Happart : nationaliste du monde

"RésistanceS" est aussi une revue de débats et de réflexions. Chez nous, les avis divergent. Nous sommes du camp du pluralisme politique, seul vaccin à la pensée unique. B. Vaes et C. Demelenne ont écrit un livre très critique à l’égard de José Happart, député européen PS et figure de proue de la résistance wallonne à Fourons depuis la fin des années ’70. Nous lui avons demandé son avis.

Bénédicte Vaes et Claude Demelenne, les auteurs du livre "Le cas Happart - La tentation nationaliste", vous définissent comme un nationaliste sans idéal socialiste. Est-ce le cas ?

José Happart — Ma Nation, c’est le Monde. Mon Etat, c’est l’Europe. Ma Région, c’est la Wallonie. Ma Commune, c’est Fourons. Je ne suis nationaliste que du Monde et si mon combat pour le respect de la Démocratie à Fourons m’a amené à prendre des positions de pointe, c’est parce que c’était le seul moyen, en dehors des actions violentes que je réprouve totalement, pour attirer l’attention sur le dossier Fouronnais et le faire avancer. Peu me chaut les élucubrations des gens qui feignent d’ignorer le non-respect des Droits de l’Homme à Fourons pour justifier leur manque de courage à prendre position pour la défense des Droits de l’Homme lorsque ceux-ci sont bafoués près de chez eux. Je ne sais pas si je suis socialiste mais ce que je sais, c’est que je suis un homme de gauche "moderne".

Le nationalisme est-il toujours d’extrême droite ou existerait-il un "nationalisme de gauche" ?

Le nationalisme se base sur l’intolérance et se régénère dans le refus d’accepter l’autre. Tout comme les dictatures peuvent être de droite ou de gauche, il est vraisemblable que l’on puisse, je suppose, trouver des nationalistes de gauche comme de droite. Ceux-là mêmes qui me traitent de nationaliste sont, quant à eux, des nationalistes "belges". En quoi ce nationalisme "d’Etat", qui exclut (par exemple de la Fonction Publique) toutes celles et tous ceux qui ne sont pas belges, est-il le meilleur ?

De 1989 à 1994, le parti AGIR, lié aux anti-belges du Vlaams Blok, a développé une thématique ethno-identitaire. Aujourd’hui, au sein du Front National, des transfuges d’Agir avec d’autres tentent de régionaliser cette formation pour mettre sur pied un FN-Wallon. Quel est votre avis sur ces néofascistes revendiquant l’autonomie de la Wallonie ? Voire l’indépendance ?

L’indépendance de la Wallonie ou celle de la Flandre serait un non-sens à l’époque de la construction lente et laborieuse d’un Etat européen. Le débat à ce jour est de savoir si l’on fait cet Etat européen et sur base de quelles instances institutionnelles. Pour ma part, l’Europe des Etats rendra irréalisable l’Etat européen. Il faudra donc construire l’Etat européen sans les institutions d’Etat nées du 19e siècle. Je suis un autonomiste convaincu et militant. Je crois en effet que seules les Régions seront à même de défendre les peuples, leur(s) culture(s), leur(s) langue(s), leur(s) croyance(s).

Je suis bien entendu contre le FN autant que je le suis contre le Vlaams Blok et chacun sait que ces partis d’extrême droite n’utilisent dans leurs slogans la sensibilité régionale qu’aux fins de parvenir au pouvoir pour exploiter, à travers celui-ci, les peuples qu’ils dominent pour leurs intérêts propres.

Selon vous, le slogan "Wallon d’abord" est-il un slogan raciste ?

Oui, bien sûr, mais il est utilisé par beaucoup de militants wallons de gauche pour revendiquer leur part au niveau du marché de l’économie et de la richesse produite. En effet, face à l’attitude des Flamands, il ne reste pas beaucoup d’autres solutions si l’on veut défendre nos intérêts et l’avenir économique de nos enfants.

Comme vous l’avez déjà affirmé souvent, pensez-vous vraiment être un rempart en Wallonie contre l’extrême droite ? Si oui, pourquoi ?

Je crois en effet être un rempart contre l’extrême droite. Il suffit de voir combien ces derniers me haïssent et combien " mes amis de gauche " me jalousent. Ma conception de la Démocratie, le combat que je mène pour elle depuis plus de 30 ans ont suffisamment convaincu et démontré mes capacités à jouer ce rôle de rempart.