L’anticommunisme contre l’antifascisme

Pourquoi publier un article dénonçant les objectifs idéologiques du Livre noir du communisme, l’ouvrage dirigé par l’ancien maoïste Stéphane Courtois ? Comme l’auteur de cet article, Jean-Marie Chauvier, loin de nous est l’idée de défendre le stalinisme, un régime totalitaire et meurtrier. Cependant, la sortie de ce livre, il y a bientôt un an, a permis à ceux qui veulent se dédouaner de leur filiation avec le nazisme de sortir du bois en revendiquant un « procès de Nuremberg » contre les communistes.

Après l’échec du négationnisme (qui n’a donné lieu qu’à des débats entre spécialistes et non au sein de l’opinion publique), un tel procès leur seraient utile pour masquer les crimes nazis commis de 1933 à 1945 sur l’ensemble du continent européen. De banaliser ces crimes. De les oublier. Et ensuite, certainement, de remettre au goût du jour l’infâme idéologie hitlérienne et ses « sous-produit », notamment vichyste. De plus, à travers la campagne politique anticommuniste, certains s’attaquent à l’antifascisme. Celui-ci aurait été l’allié des staliniens. Instrumentalisé, il est vrai par Joseph Staline, essentiellement durant la guerre civile espagnole, l’essence de l’antifascisme reste néanmoins son pluralisme. L’antifascisme est aussi l’adversaire principal et l’empêcheur de tourner en rond pour le Front national en France. En Grande-Bretagne, ce sont les antinazis en grande partie qui ont fait disparaître de la carte politique l’extrême droite locale. Les choses sont donc logiques : en diabolisant le communisme, par ricochet, on cible aussi l’antifascisme.

Le « procès du communisme » servirait encore à démolir le cordon sanitaire isolant l’extrême droite. Ce n’est pas pour rien, que bien avant la sortie du Livre noir, les principaux mentors du Front national français réclamaient ce procès. Lors de l’Université d’été du FN à Orange en août 1997, le journaliste d’extrême droite Martin Peltier déclara : Il n’y a toujours qu’un seul exclu, un seul diable depuis Nuremberg, c’est le nazisme, par extension le fascisme, le racisme et tout ce qui défend la Nation. Si Le Pen est hors du jeu politique c’est parce qu’on n’a pas encore fait le procès du communisme (...). Il faut en finir avec ce mensonge historique qui crée un seul diable (...). Pour que nous puissions demain libérer le système politique français, libérer les esprits, libérez les Français, il faut montrer, dire que le communisme est la pire des machines de mort et d’asservissement (1).

Soyons vigilants : la lutte contre les régimes dictariaux est juste, la récupération de cette lutte par des zélateurs de l’Ordre nouveau est intolérable. Notre devoir est de dénoncer et de combattre cette manoeuvre.

La rédaction

(1) cité par la journaliste Christiane Chombeau dans son article Le FN veut organiser le « procès de Nuremberg du communisme », in Le Monde, 12 septembre 1997.