Le trou noir

Le Livre noir orchestré par Stéphane Courtois (1), propulsé sur orbite maxi-médiatique en novembre 1997, s'impose à des masses de lecteurs désarmés qui baignent déja depuis plusieurs années dans une pensée unique en matière de « mort du communisme ». Mais pourquoi tant d'acharnement sur le cadavre ?

Par Jean-Marie CHAUVIER

La carrière de l'ouvrage indique déja qu'il s'agit d'un grand succès éditorial. Deux cents mille exemplaires de l'édition française auraient été vendus l’hiver dernier, des éditions sont prévues ou déja lancées en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, peut-être en Russie... la nouvelle « bible de l'anticommunisme » fait le tour du monde. Il semble qu'elle rencontre un très large consensus. Dans les milieux communistes tétanisés, les réactions sont évidemment embarrassées, plus soucieuses de tourner la page que de l'affronter, au point de concéder au discours noir que l'URSS était bien une monstruosité, mais avec laquelle on n'a rien à voir. Parmi les rares exceptions à cette dérobade : les antistaliniens de toujours, l'aile trotskiste, qui saisit les problèmes à bras le corps et sans aucun tabou (2).

Le Livre noir n'est pas une exception. Il n'est que la crête parisienne et pointue d'une déferlante partie de... Moscou dès 1989-91. D'anciens idéologues officiels du PC soviétique (Iakovlev, inspirateur de Gorbatchev, Tsipko, autre responsable idéologique du comité central, Volkogonov, général-idéologue de l'armée qui, en 1986 encore, chantait les louanges de la guerre en Afghanistan) s'illustrent dans un anticommunisme proprement hystérique. La réflexion initiale sur les racines du stalinisme et les lendemains d'Octobre 1917, est passée aux anathèmes jetés sur Lénine et les Rouges, à la démonisation de l'URSS comme « Empire du Mal », pour aboutir à la réhabilitation de la contre-révolution de 1918-20 et du dernier tsar Nicolas II. Pour Iakovlev d'ailleurs, Lénine est pire que Hitler et Staline !

A l'Est comme à l'Ouest, des centaines de livres, d'articles, d'émissions de télévision véhiculent plus ou moins la même peinture au noir du passé du socialisme réel et les mêmes idées-force sur le communisme que véhicule ou suggère le Livre noir :

Un. Le communisme est d'essence criminelle. Le crime est central dans son Histoire. Ses crimes contre l'humanité, au sens défini au procès de Nuremberg, exposent le communisme, ses organisations, ses complices, ses idées, à une condamnation sans appel. Des chiffres résument tout : 85 millions voire 100 millions de victimes du communisme, dont 20 millions pour la seule URSS — telles sont les affirmations du Livre noir, en fait Stéphane Courtois, supérieures à celles des co-auteurs du même, mais inférieures à d'autres estimations courantes.

Deux. Cette tare criminelle est génétique, c’est-à-dire inscrite dans la révolution d'Octobre 1917, les idées terroristes de Lénine et Trotski, voire, avant eux, de Karl Marx, et d'aucuns ajoutent : de toutes les idéologies révolutionnaires, anarchistes, républicaines, issues de 1789 et des lumières.

Trois. Communisme et nazisme sont comparables et similaires sinon totalement identiques : les régimes communistes ont causé beaucoup plus de victimes que l'Allemagne nazie. Génocide de race et génocide de classe sont également criminels. Un « Nuremberg du communisme » serait donc justifié.

Dans le Livre noir français, ces trois idées-force sont le fait du coordinateur Stéphane Courtois, auteur de la préface et de la post-face qui délivrent le message idéologique de l'ouvrage, largement répercuté par les médias. Mais ces idées-là sont contestées... par les deux principaux co-auteurs, Nicolas Werth, historien de l'URSS et Jean-Louis Margolin, spécialiste de la Chine. Situation paradoxale et largement ignorée du public : les idées-force du Livre noir ne sont pas celles de ses principaux auteurs ! (3)

Mais ce sont elles, et elles seules que popularisent les médias, porte-voix du seul Courtois. Vaste escroquerie intellectuelle ? Nous n'en sommes pas à une près...

Histoire ou réquisitoire ?

Mais qu'est-ce que le Livre noir ? Comme l'indique le titre, c'est un réquisitoire du communisme. Comme le précise le sous-titre, crimes, terreurs, répression, ce communisme est réduit à la violence.

Ce n'est donc pas une Histoire du communisme, ni même une Histoire des violences auxquelles est mêlé ou dont est ou serait responsable le communisme ou les régimes qui s'en sont réclamés, mais l'acte d'accusation contre le communisme jugé responsable de ces crimes.

L'objet du livre fait cependant problème. Pour les principaux auteurs, il ne s'agit que des phases répressives des régimes qui se définissaient comme socialistes ou que l'on rassemblait sous l'appellation de socialisme réel. Pour d'autres, et notamment Courtois, ce sont tantôt les répressions, tantôt les régimes, tantôt les idées, y compris l'eugénisme social de Lénine prolongeant le socio-historisme de Marx qui sont visés : les cibles sont fluctuantes. De fait, les contributions sont très inégales — certaines émanent d'historiens dont les qualités professionnelles sont indéniables, tel Nicolas Werth, d'autres se situent au niveau de la polémique journalistique. Il ne s'agit pas d'un ouvrage collectif, a précisé lors d'une conférence à Bruxelles Karel Bartosek, l'un des auteurs pourtant les plus proches des thèses de Courtois.

Les historiens co-auteurs-discordants semblent s'être fait piéger par Courtois. Les discussions précédant la parution du livre ont frôlé la rupture de contrat. Mais l'un des co-auteurs, Jean-Louis Margolin, aurait été menacé de poursuites par l'éditeur, Robert Laffont.

Si les auteurs divergent sur les points essentiels dont Courtois tire sa doctrine (chiffres globaux de victimes, centralité du crime, affinités communisme-nazisme), ils sont au moins d'accord sur la démarche entreprise : celle du réquisitoire. Position moralement défendable, mais qu'en résulte-t-il pour la réécriture scientifique de l'Histoire ? Dans la partie consacrée à l'URSS, Nicolas Werth choisit par exemple de ne traiter que de la terreur rouge dans la guerre civile de 1918-20, de minimiser la terreur blanche et les violences déchaînées par la contre-révolution et les interventions étrangères antisoviétiques.

Les faits qu'il rapporte, sur base d'archives soviétiques et de rapports de l'armée blanche, paraissent établir de façon indédiable les intentions et agissements criminels de Lénine et de Trotski — face aux opposants bourgeois et paysans, aux anarchistes. La terreur rouge de 1918-20 atteint ses extrémités dans l'extermination de populations entières appartenant aux communautés cosaques. Courtois y voit la marque d'un génocide, Werth décèle en tout cas, dans cette décosaquisation une préfiguration de la dékoulakisation (massacre et déportation des paysans koulaks) perpétrée sous Staline. Peut-on cependant ignorer le rôle des Cosaques dans le déclenchement de la contre-révolution, en collusion tantôt avec les Allemands, tantôt avec les interventionnistes de l'« Entente franco-britannique » et les armées blanches de Dénikine ou Koltchak ?

La question doit être posée, non pour justifier les massacres commis par les Rouges, mais pour en interpréter la nature : volonté génocidaire ou engrenage des terreurs où le salut appartient à celui qui tire le premier ? N'étaient-ils que des bavures, d'ailleurs, les progromes (massacres) de dizaines de milliers de juifs (et bien sûr de non-juifs, ouvriers et paysans pro-soviétiques) par les Blancs et les nationalistes ukrainiens ? D'autre part, si la guerre civile met en présence les Bolchéviks et l'ensemble de la population, notamment paysanne — comme le suggère le Livre noir — par quel miracle les Rouges l'ont-ils emporté ? L'Armée rouge n'était-elle pas finalement composée aux quatre cinquièmes... de paysans ?

Peut-être faut-il rappeler que les contre-révolutionnaires ne se battaient pas seulement contre le pouvoir bolchévique mais, le plus souvent aussi, pour reprendre la terre acquise en 1917 par les paysans, ceux-ci ne pouvant dès lors que pencher en faveur des Rouges chaque fois que les Blancs redevenaient menaçants.

Mais quelle évocation médiatique de l'Histoire s'arrête-t-elle encore, aujourd'hui, à ce genre de détails ? Quels livres, quelles émissions de télé, quels journalistes évoquant cette période prennent-ils soin de préciser qu'Octobre 1917, réduit à un vulgaire coup d'état, était aussi et surtout l'accomplissement d'une grande révolution sociale, ne fût-ce que par la légalisation, au Congrès des Soviets, du grand partage des terres (150 millions d'hectares) entamé spontanément par les paysans, sans attendre la permission des Bolchéviks ? Et sans ce détail, comment comprendre la victoire des Bolchéviks dans la guerre civile — malgré les affrontements extrêmement violents avec les paysans sur les problèmes de réquisitions et de mobilisation ? Quel sens y a-t-il d'ailleurs d'évoquer les soulèvements paysans antibolchéviks si l'on ignore la résistance de ces mêmes paysans à la contre-révolution blanche ?

Nous sommes confrontés ici à un problème de sources. La guerre civile russe reste mal connue. L'édition francophone ne publie plus guère que des ouvrages radicalement hostiles au bolchévisme, comme Pipes, Malia, Courtois. Les Carr, Deutscher, Liebman ne sont pas réédités (4). Un Lewin est rarement traduit. Il reste quelques auteurs publiés en français, tels Ferro et Salomoni, qui proposent de la révolution russe autre chose que de violentes diatribes (5).

Fin 1997, sont parus sur la guerre civile, outre le Livre noir, un ouvrage de l’historien Dominique Venner, un ancien dirigeant notoire de l’extrême droite des années 60 qui est toujours proche à l’heure actuelle de la Nouvelle Droite. Parallèlement, des cassettes video circulent, qui reproduisent, sur la révolution bolchévique, la vieille théorie (fabriquée en 1917 par les états-majors alliés de l'Entente franco-britannique) du complot allemand dont Lénine aurait été l'agent, une idée qui reprend du service en Russie (6). Comment le grand public peut-il se former dans de telles conditions ?

La famine de 1932-33: un génocide ?

Le Livre noir revient largement sur une période mieux connue : celle des répressions staliniennes des années trente, où collectivisation forcée et déportations de paysans précèdent (en 1928-33) la grande terreur proprement dite, de 1936-38, décimant le parti, l'armée, les syndicats, les jeunesses communistes, les cadres de l'Internationale, etc... On se trouve là face à l'un des plus grands crimes du vingtième siècle (déportations et Goulag ayant englouti des millions d'hommes, brisé une génération, mutilé des nations entières). Sommet de cette orgie meurtrière : la famine de 1932-33, qui fit six millions de morts au moins. Les historiens sont généralement d'accord pour la considérer comme le résultat de la politique stalinienne de collectivisation forcée et de réquisitions. De là à parler d' un génocide planifié, il y a un pas, que franchit le Livre noir. Il n'est pas le seul. La question est ouverte.

Pour Nicolas Werth, certes plus prudent que Courtois, il s'agit bien d'un crime délibéré, au vu des réquisitions de semences et des exportations de blé maintenues alors que la famine était déja là, sans oublier le blocus des régions touchées et le manque de secours aux victimes. Sur cette abomination, des pièces à conviction manquaient peut-être : l'ouverture des archives à Moscou permet de combler ce vide. Ces pièces sont accablantes pour le régime stalinien et... ceux qui persistent dans la fidélité à ce régime et/ou dans le négationnisme des crimes commis. Comparables à ceux des nazis... ce qui n'implique aucun amalgame.

Comparaisons et amalgames

Le comparatisme est une méthode courante et parfaitement justifiable dans la recherche historique. Comparer les dictatures de Staline et Hitler entre elles...et avec d'autres n'a rien de scandaleux.

Le fascisme rouge stalinien, s'incarnant dans le Goulag, les prisons du NKVD, leurs tortionnaires, leurs marches de la mort et leurs charniers, n'est pas moins abominable que les fascismes brun et noir.

Les comparaisons permettent de déceler les analogies... mais aussi les différences. Elles devraient être des plus instructives: qu'y avait-il de commun ou d'antinomique dans les régimes en question, leurs pratiques terroristes, leurs genèses socio-politiques, leurs systèmes économiques, les idées et les valeurs dont ils se réclamaient .

Pionnière de ce comparatisme, Hannah Arendt englobait les deux régimes sous le concept de totalitarisme : mais elle n'y incluait pas l'URSS pré et post-stalinienne, ni à fortiori le communisme. C'est abusivement qu'on la cite, fréquemment, pour justifier une définition totalitaire de l'URSS qui n'était pas la sienne.

Lorsque comparaisons et totalitarisme deviennent synonymes d'assimilation, il y a en effet un glissement de sens permettant d'annuler la périodisation de l'Histoire soviétique, d'ignorer ce qui sépare, en profondeur, l'Allemagne nazie et l'URSS, à fortiori le nazisme et le communisme. Que peut y gagner la connaissance ?

Pour pouvoir comparer, il faut d'abord identifier les objets que l'on compare. Cela vaut pour les régimes communistes. Pourquoi ne pas, d'abord, les comparer entre eux ? La révolution cubaine et celle de Pol Pot sont-elles de même nature ? Le bourreau Beria et le guerillero Che Guevara sont-ils à mettre dans le même sac ? Dans l'Histoire soviétique elle-même, le régime des soviets en 1917 est-il assimilable au communisme de guerre de 1918-20, au régime d'économie mixte de la NEP des années vingt, n'y a-t-il pas un tournant stalinien après 1928, le régime stalinien de dictature personnelle et de terreur de masse est-il assimilable à ce que connaît l'URSS sous Krouchtchev, dans les années 60, au régime bureaucratique de croisière sous Brejnev ?

Est-il sérieux — et honnête — de mettre sur le même plan les violences exercées dans un contexte de guerre civile à protagonistes multiples (1918-20), la terreur de masse exercée sous Staline contre des populations désarmées, et la répression sélective, sous Brejnev, de minorités dissidentes ?

Qu'y a-t-il de vraiment commun entre l'idéologie industrialiste et anti-paysanne de Staline et l'utopie anti-urbaine, nationaliste et raciste, de Pol Pot et de ses insurgés paysans ? Autant de questions qui invitent à de passionnantes… comparaisons. En tant que sociétés, l'Allemagne hitlérienne et l'URSS stalinienne sont très éloignées. La première appartient à la civilisation européenne avancée — vie urbaine, production, déportations, camps obéissent à une logique industrielle sophistiquée. L'URSS stalinienne n'a pas quitté la barbarie asiatique qu'un Lénine prétendait extirper. Civilisés d'un côté, sauvages de l'autre… Voir les différences entre systèmes répressifs, entre camps nazis et goulag n'implique pas que l'un justifie ou relativise les horreurs des uns et des autres. Y a-t-il cependant, sous Staline, un phénomène équivalent à la destruction planifiée, hautement organisée, méticuleusement exécutée des juifs en tant que juifs à Auschwitz-Treblinka ?

Il n'y a aucune raison, du reste, de s'en tenir aux seuls domaines de la politique et de la répression. Qu'ont de commun, à cette époque, les habitants de Hambourg et de Cologne ou de la Ruhr, avec ceux du Donbass, des campagnes sibériennes ou de l'Ouzbekistan ? En Asie musulmane soviétique, dans leur mode de vie et même les structures de pouvoir, n'y a-t-il pas plus de pertinentes comparaisons possibles avec l'Afghanistan ou le Pakistan voisins, qu'avec l'Allemagne? Cologne et la Ruhr sont en revanche très proches de... nous, de nos sociétés libérales développées. C'est là que d'autres comparaisons-rapprochements s'imposent.

Démocraties-dictatures : quels liens ?

Quel rapport entre l'Allemagne nazie, l'Italie fasciste et les démocraties occidentales ? N'ont-elles pas en partage le capitalisme... et l'anticommunisme, à l'époque où nos bourgeoisies préféraient Hitler au front populaire ? Par quels processus (hier, demain ?) les démocraties libérales engendrent-elles des dictatures ? Peut-on identifier le nazisme sans explorer le terreau dont il est issu - crise capitaliste internationale et nationale allemande? On risque de faire figure de marxiste ringard, à évoquer le rôle des grands Konzern dans l'accession d'Hitler au pouvoir et au coeur du système nazi, en ce compris l'exploitation (capitaliste) des esclaves des camps et la fourniture (marchande) du gaz Ziklon B par les chimistes d'IG Farben aux « entreprises » d'Auschwitz-Birkenau. Or, resituer le nazisme à ce contexte-là n'est pas évident. Ce ne sont pas les feuilletons TV genre Holocauste, ni la Liste de Schindler façon Spielberg qui peuvent éclairer les jeunes générations. Les rapports nazisme-capitalisme sont occultés. On sait très peu que les camps ont d'abord servi aux opposants communistes, à quel point l'anticommunisme était cardinal dans la démarche nazie (et fasciste en général) ou encore que les gaz fournis par IG Farben (dont les actionnaires touchent encore leurs dividendes) ont été expérimentés sur des prisonniers soviétiques avant d'être employés à Auschwitz-Birkenau pour la destruction des juifs. D'une façon générale, le nazisme est réduit à ses extrémités et à sa folie racistes, au judéocide — présentés de telle façon qu'ils échappent à toute rationalité. Une polarisation sur cette seule et atroce singularité conduit non seulement à ignorer les autres exterminations de masse imputables à l'Allemagne hiltérienne (des millions de slaves soviétiques, polonais et yougoslaves, les tziganes...) mais, surtout, à extraire les crimes nazis de leur contexte, à les rendre exotiques au point d'occulter leur rapport avec notre civilisation industrielle et capitaliste. De même, le concept de totalitarisme, dans son usage polémique courant, a pour fonction d'évacuer de notre territoire le nazisme amalgamé au « jumeau » communiste. L'ensemble totalitaire étant situé hors-champ, il n'est plus nécessaire de s'interroger sur les rapports entre le nazisme et notre système, sur la manière dont les démocraties capitalistes en crise (question on ne peut plus actuelle !) peuvent générer des régimes autoritaires en accord avec les lois du marché.

Une telle interrogation renvoie en effet aux réelles réalités sociales, tout comme le stalinisme renvoie aux profondeurs de l'Histoire et de la révolution russes, à la crise des années vingt, ou le lepénisme à la crise sociale actuelle en France.

En somme, l'Histoire n'est pas seulement l'Histoire des idées ou des grands hommes et de leurs folies, il n'y a pas d'utopie au pouvoir, mais des forces réelles, et le pouvoir n'est pas tout... C'est à l'Histoire des modes de production et de leurs crises, des sociétés et de leurs contradictions qu'il faut réintégrer nazisme ou stalinisme si l'on veut avoir une quelconque chance d'en faire des objets de connaissance et non de simples épouvantails de foire.

 

Notes

(1) Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné, Andrzej Paczkowski, Karel Bartosek, Jean-Louis Margolin : Le livre noir du communisme, éditions Robert Laffont, Paris, 1997.

(2) Lire Critique communiste, revue théorique de la Ligue communiste révolutionnaire, 2 rue Richard-Lenoir, 93100 Montreuil, France.

(3) Jean-Louis Margolin et Nicolas Werth contestent leur propre Livre noir dans Le Monde, du 14 novembre 1997.

(4) Marcel Liebman : Le léninisme sous Lénine, deux volumes, éditions du Seuil, Paris, 1973. Ce livre est resté sans équivalent sur le sujet. Pour une analyse des idées et des actes de Lénine, de ses contradictions, de ses responsabilités dans la genèse de la terreur et du stalinisme, on se retrouve avec Liebman à des années lumières des polémiques actuelles.

(5) Marc Ferro : La Révolution russe, nouvelle édition, chez Albin Michel, Paris, 1997 et Antonella Solomoni : La Révolution russe, éditions Casterman, Tournai, 1993, un excellent outil pédagogique.

(6) Pour des informations et des analyses de qualité, voir : Party, State and society in the Russian Civil War, Indiana University Press, 1989. Il existe également de nouveaux travaux russes qui mériteraient d’être connus.

Présentation de l’auteur de cet article :
Né à Bruxelles en 1941, Jean-Marie Chauvier a vécu de 1964 à 1969 en URSS. Journaliste politique spécialiste de ce pays, il est l’auteur ou le coauteur de plusieurs ouvrages sur l’URSS parus en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne, au Japon et en Belgique. Dans les années 70-80, il fut l’animateur des comités Tchécoslovaquie et du Premier Mai. Rassemblant des militants de la gauche belge, ces comités luttaient pour les libertés démocratiques et la solidarité avec les dissidents dans les pays de l’Est.