Pierre Vial, le gourou de Terre et Peuple

Portrait du chef du clan des païens du FN-bis français (le Mouvement national républicain de Bruno Mégret). Ce dissident du GRECE représente l'extrême droite pure et dure. Avec des références historiques nous rappelant les années 30. En Belgique, Pierre Vial influence les idéologues du Vlaams Blok et des chefs de clans des Front nationaux locaux.

Actuellement professeur d’histoire à l’Université de Lyon III et membre (suspendu) du bureau politique du Front national français, Pierre Vial était en octobre dernier l’invité des associations politico-culturelles du FN belge (voir notre article "Renaissance européenne"). Ce "vieux militant" d’extrême droite débuta en politique dans les rangs de l’Algérie française. A l’occasion de ce combat colonialiste, il connut la prison. En 1969, il sera parmi les fondateurs du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (Grece). Durant près de quinze ans, Pierre Vial participera à quasi toutes les structures grecistes (de la troupe scout aux éditions, en passant par la formation des cadres et la direction de la revue Éléments). Après des différends internes concernant la ligne idéologique et les stratégies politiques à adopter, il rejoignit le parti lepéniste au milieu des années 80. En novembre 1994, pour imprégner les troupes FN de ses conceptions concernant la "guerre ethnique" à venir, il créa sa propre association, "Terre et Peuple".

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Pierre Vial et Jean-Marie Le Pen. Depuis lors, le premier a tenté, avec Bruno Mégret, de liquider le second lors d'un putsch avorté en décembre 1998. Ensuite, Vial participera à la création d'un FN-bis : le Mouvement national républicain (MNR).

A cette occasion, il en profita pour marquer définitivement sa rupture avec ses anciens compagnons de route grecistes. Il faut dire qu’il cultivait une opposition obsessionnelle envers sa "famille politique" d’origine. "Il est consternant de voir que certains intellectuels (autoproclamés), censés appartenir à une Nouvelle Droite qui ne mérite plus en rien son nom, joignent leur voix au concert antinational, en se gaussant de ceux qui entendent lutter contre "la menace de l’invasion organisée par l’"anti-France ", écrira-t-il en mai dernier dans La Lettre de Terre et Peuple, l’organe de combat de son association. Une association qui deviendra très vite la tendance païenne de la formation de Jean-Marie Le Pen.

Le retour des Gaulois
Terre et Peuple se définit avant tout comme une "Communauté culturelle" dont la " mission " est de combattre "pour la patrie". Un combat qui passe impérativement par le renforcement d’une "identité enracinée" sur base de l’héritage des Gaulois. Il y a quelques mois, à propos de ces derniers, le "druide" Vial écrivait : "Nous voulons que nos petits-enfants soient, à leur tour, Gaulois et fiers de l’être. Que cela plaise ou non aux amateurs de sociétés multicolores, sans corps et sans âme, contre lesquels nous avons engagé la résistance. Dans une guerre qu’il faut appeler par son nom : une guerre de libération nationale" (1).

Les thèses "völkisch", c’est-à-dire un racisme biologique de type hitlérien basé sur la "loi du sang" (un principe partagé chez nous par le Vlaams Blok ou encore le Front nouveau), sont l’une des autres références de Terre et Peuple. Dans un article du quotidien Le Monde relatant une conférence de Pierre Vial, en 1997, il y était mentionné : "Terminant son intervention à la gloire des Celtes et des païens, M. Vial exaltait l’association du rouge, du noir et du blanc. Ces couleurs étaient celles du drapeau nazi" (2). Pour l’intéressé, bien entendu, les présentations qui sont faites par la presse de son association sont "évidemment très réductionnistes et donc caricaturales". L’objectif de ces présentations serait de "l’enfermer dans une imagerie fantasmatique noire, diabolisante" (3).

Implantée en région lyonnaise, en Touraine, en Alsace et en région parisienne, Terre et Peuple est soutenue par plusieurs dirigeants du FN, comme Yvan Blot, député européen et "patron" d’un autre satellite frontiste, le cercle "Nation et Humanisme". Blot fut membre, au début des années 70, du Grece et ensuite cofonda le Club de l’Horloge, une "société de pensée" d’orientation nationale-libérale. Il fait partie de la garde rapprochée du délégué général Bruno Mégret. La plupart des activistes de Terre et Peuple se recrutent dans les rangs du Renouveau étudiant (RE), le pseudo-syndicat étudiants du FN singularisé par son "mégretisme". Pierre Vial est considéré par certains comme le cerveau de RE. Il en est d’ailleurs son président d’honneur. Dans la périphérie militante du Front, il est l’une des références de Réfléchir et Agir, une publication mise sur pied par des skinheads lecteurs assidus des anciens travaux doctrinaux du Grece.

Les discours musclés de Vial séduisent donc les éléments les plus radicaux du Front. Il faut savoir qu’il ne fait pas dans le détail. A ce niveau, Pierre Vial est direct et la langue de bois lui est inconnue. Pour lui "la mission de l’intellectuel organique (est d’) armer mentalement les militants pour leur permettre, ensuite, d’être physiquement efficaces. L’intellectuel organique définit les enjeux, éclaire et instruit, trace la voie. Puis il applique les principes qu’il a enseignés en prenant la tête de sa section pour conduire la vague d’assaut" (4). Comme on le voit, ses propos sont effectivement clairs et ses références historiques précises. En 1993, lors du congrès du Renouveau étudiant, il scanda : "Nous sommes de ceux qui aiguisons nos longs couteaux sur les trottoirs"... Les historiens reconnaîtront dans cette phrase, le titre d’un des plus fameux chants des sections d’assaut du parti nazi d’Adolf Hitler (5).

Chez les Belges
En Belgique, depuis bien longtemps, Pierre Vial vient donner des conférences pour ses " camarades " locaux. En septembre 1980, il était l’invité des "grandes conférences" du Grece belge (mené par Georges Hupin) pour parler de "la libération païenne". Au milieu des années 80, l’idéologue français fréquentait Robert Steuckers, un ancien du Grece Belgique, cofondateur d’Orientations et de Vouloir (des revues néo-droitistes) et futur dissident du Grece.

En 1996, Pierre Vial animait une rubrique dans Europe nouvelles, un "magazine européen d’information" édité dans la périphérie bruxelloise par l’Anneau, une association issue du Grece-Belgique et alors liée au milieu néonazi parisien. Le 16 mai 1998, il participait au premier colloque du "groupe de combat" Thulé-Sodalitas (le nouveau nom de l’association l’Anneau). Le même mois, un article de présentation favorable à Terre et Peuple était publié dans le magazine du Vlaams Blok. L’auteur de l’article ? Roeland Raes, l’actuel vice-président de ce parti nationaliste flamand. Au début des années 70, le même Raes faisait déjà partie des premiers partisans du Grece-Belgique. Comme on le voit, Pierre Vial est devenu au fil des années la pierre angulaire entre le FN français et l’extrême droite belge, tant néerlandophone que francophone.

Notes :
(1) Pierre Vial : "Gaulois ? Présents !", in La Lettre de Terre et Peuple, janvier-février 1998.
(2) Christiane Chombeau : " Le rouge-noir-blanc nazi en honneur chez les Bleu-Blanc-rouge" ", le Monde, 30 septembre 1997.
(3) Pierre Vial : "Pour que vive la France, battons-nous !", in La Lettre de Terre et Peuple, mai 1998.
(4) Extrait d’un article de Pierre Vial dans Offensive pour une nouvelle université (trimestriel du Renouveau étudiant), n° 1, 1er. Trimestre 1997, page 4.
(5) Les Dossiers du Canard enchaîné, n° 69, octobre 1998, page 73.

Vial en quelques dates

1967 : il est membre du Mouvement nationaliste du progrès (ex-Europe-Action, extrême droite pro-Algérie française qui donnera naissance au Grece) et devient le directeur de la revue lyonnaise "Socialisme européen".

1969 : il fait partie des fondateurs du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européene (Grece).

1971 : membre du noyau dur de la rédaction de Nouvelle Ecole, la revue théorique gréciste alors distribuée en Belgique par Roeland Raes (actuel vice-président du Vlaams Blok).

1974 : il met sur pied la section lyonnaise des "Jeunes libéraux pour Chaban" (à l’époque où le Grece soutenait Giscard d’Estaing).

1975 : participe à la création d’Europe-jeunesse, le mouvement de scoutisme du Grece. Auteur avec Jean Mabire (un spécialiste, entre autres, des SS) du livre "Les Solstices. Histoires et actualité".

1978 : il est nommé secrétaire général du Grece.

1979 : coordonne l’ouvrage "Pour une renaissance culturelle. Le Grece prend la parole".

pfn.jpg (37054 bytes)1983 : il écrit avec Alain de Benoist (le dirigeant emblématique du Grece) "La Mort. Traditions populaires". Se rapproche du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR, néofasciste et révisionniste) de Jean-Gilles Malliarakis. En Belgique, le MNR est lié au Parti des forces nouvelles (ci-contre : autocollant antisémite du PFN).

1984 : il quitte son poste de secrétaire général du Grece.

1985 : conférencier au "1er colloque européen pour une nouvelle culture" coorganisé par le MNR et le cercle Proudhon à Genève.

1986 : il s’éloigne du MNR.

1988 : il est nommé secrétaire de la section villeurbannaise du Front national (petite commune de tradition socialiste près de Lyon).

1990 : obtient 27% aux élections cantonales partielles à Villeurbanne. Il apparaît comme un des "cerveaux" de l’Institut d’études indo-européennes, une structure frontiste installée au coeur de l’Université Lyon III.

1991 : dirigeant-fondateur des "Amis de Saint-Loup", une association politico-littéraire créée en l’honneur de cet ancien dirigeant de la SS française. Pierre Vial considère ce dernier comme étant son "père spirituel".

1993 : confirme son influence idéologique sur les jeunes frontistes en devenant un des collaborateurs d’Offensive pour une nouvelle université, le journal du Renouveau étudiant (structure étudiante du FN, pro-Mégret).

1994 : il fonde l’association communautariste Terre et Peuple.

1998 : Pierre Vial décroche le poste de vice-président de la commission Culture du Conseil régional Rhône-Alpes (que préside Charles Millon).

Jusqu'en décembre 1998, il était aussi au sein du FN, membre du bureau politique, du comité central, le délégué national adjoint à la formation des cadres du parti (sous les "ordres" de Bruno Mégret), le vice-président adjoint de l’Institut de formation nationale et le secrétaire général de Fraternité française, l’organisation caritative.

5 décembre 1998 : participe à la tentative de putch organisé par les mégretistes pour prendre le pouvoir au sein du FN et mettre au placard Jean-Marie Le Pen.

7 décembre : il est exclu du FN. Ensuite, il participera à la création d'un FN-bis : le Mouvement national républicain (MNR), conduit par Bruno Mégret..

Vial dans le texte : Un prophète de la guerre

Pierre Vial reconnaît Marc Augier (mieux connu sous le pseudonyme de Saint-Loup) comme étant son véritable "père spirituel". Cet écrivain-idéologue d’extrême droite fut le responsable de Devenir, la revue officielle de la SS française. Pour mieux illustrer les instincts guerriers de l’association Terre et Peuple, nous avons sélectionné quelques écrits de Pierre Vial, son président-fondateur. Ses propos sont de véritables appels à la violence. Pour rappel, en Belgique, il est considéré comme un exemple à suivre par la plupart des groupuscules néopaïens, les associations politico-culturelles du Front national et le vice-président du Vlaams Blok.

"Nous savons, nous, que faute de vouloir faire l’histoire, on devient sa victime. Se soumettre ou se battre ? Nous nous battrons."

Dans Eléments pour la Civilisation européenne (revue du Grece), n° 32, novembre-décembre 1979.

"Nous allons tout droit vers une guerre ethnique et cette guerre sera totale (...). Il faut donc préparer mentalement, psychologiquement, moralement et physiquement le plus grand nombre possible de nos compatriotes à cette perspective, afin qu’ils vivent cette échéance le moins mal possible, c’est-à-dire en se donnant le maximum de chances de survivre. Cet impératif donne tout son sens à nos activités : en organisant des randonnées, des visites de sites et d’expositions, des conférences, des stages de formation, nous voulons mettre en alerte les hommes et les femmes de notre peuple sur le sens des affrontements qui se préparent et forger leur détermination à faire face".

Dans La Lettre de Terre et Peuple, n° 4, 1995.

"Pour faire la guerre culturelle, il faut une armée. Nous avons l’ambition de créer cette armée. Une armée qui doit être une communauté de travail, de combat et de foi (...). Nous allons tout droit vers une guerre raciale."

Lors d’un entretien accordé à Europe nouvelles, n° 15, septembre-octobre 1996, et republier ensuite, en néerlandais, dans le Vlaams Blok magazine.

"La lutte identitaire des peuples, engagée pour leur survie, contre le déracinement cosmopolite, a toutes les caractéristiques d’une guerre. Guerre Totale. Et donc d’abord et avant tout guerre culturelle, puisque la culture est l’expression, dans tous les domaines, de l’âme d’un peuple."

Dans sa rubrique "Guerre culturelle ", de septembre-octobre 1996, publiée dans Europe nouvelles.

"Un jour apparaîtra dans le droit français un chef d’accusation, le plus grave de tous : crime contre la nation et le peuple français. Ce jour-là, on fera les comptes."

Dans sa rubrique " Notre mémoire ", du 5 mars 1997, publiée dans National-Hebdo