Un autre danger : les sectes

RésistanceS est une revue qui combat le fascisme et la pensée unique, comme l’indique son sous-titre. RésistanceS s’oppose donc à tous les « phénomènes » totalitaires, politiques, économiques mais aussi religieux. Pour nous, toute forme d’intégrisme représente un véritable danger. C’est pourquoi, nous avons également placé dans notre « ligne de mire » les sectes.

Un poison nommé Scientologie

scientol.jpg (18634 bytes)En septembre 1999, la justice belge s’est intéressée de près aux finances et au système de fonctionnement de la dite « Eglise » de Scientologie. Les milliards de dollars de cette secte, placés sur des comptes de la KB-Lux, la branche luxembourgeoise de la plus importante banque flamande, étaient au coeur de cette nouvelle « affaire religio-financière ». Par son infiltration d’organes de l’Etat et du monde économique, la Scientologie représente un réel danger pour les démocraties. Ses méthodes, quant à elles, s’apparentent à un véritable fascisme technocratique. Pour y voir plus clair, voici sa « carte d’identité ».

Cette secte est bicéphale. Deux pôles l’animent. Le premier développe une « croyance » de type spirituel, plus proche — malgré un style européen — du bouddhisme que du christianisme. Comme dans d’autres sectes contemporaines, une intervention extra-terrestre figure dans les « textes sacrés » de ce mouvement multinational et sectaire. Rien d’étonnant à cela : avant de créer la Scientologie, son gourou s’illustrait comme auteur de science-fiction. Le second pôle se concentre sur un développement économique. Depuis de nombreuses années, il prend le devant sur le premier pôle. La croyance n’est plus ici religieuse, elle est désormais économique. Faire de l’argent (beaucoup d’argent) est l’un des buts de cette secte. A cette fin, elle prescrit sa méthode d’élévation personnelle aux cadres et à des hauts dirigeants de sociétés. Sa spécialisation : la formation de ceux-ci pour les rendre encore plus performants et… faire encore plus d’argent.

Qui est son fondateur ?
Lafayette Ron Hubbard (1911-1986). De nationalité américaine, il se rendit d’abord célèbre grâce à ses livres de science-fiction et une biographie adaptée.

Est-ce une « religion » ?
Officiellement, elle se définit comme une philosophie religieuse appliquée. Elle se base sur une méthode de contrôle de soi : la Dianétique. Elle n’est pas une religion révélée, n’a pas de filiation chrétienne et dans ses textes, la notion de Dieu n’est pas définie. Le prosélytisme est une de ses bases. Selon le rapport de l’enquête parlementaire belge (remis en 1997), la Scientologie est une religion appliquée. Certains l’ont appelée le « bouddhisme technologique ». C’est également une université ouverte où certaines personnes viennent suivre des cours aussi bien pour se former à certaines techniques de management que pour se parfaire sur le plan individuel et spirituel. La Scientologie se base sur les écrits de son fondateur Ron Hubbard.

Quelle est sa « bible » ?
Son ouvrage de référence est « La Dianétique - La puissance de la pensée sur le corps ». Traduit dans plus de 20 langues différentes, ce livre a été écrit, en 1950, par Ron Hubbard.

Où siège-t-elle ?
A Los Angeles (siège mondial), à Clearwater en Floride (siège de la SEA-Organization, structure regroupant son élite) et à Copenhague (siège européen).

Quel est son « truc »?
Elle propose aux futurs adeptes de mieux se sentir dans cette société grâce à la Dianétique, une méthode « thérapeutique » radicalement hostile à la psychanalyse. Cette secte se caractérise surtout par son infiltration de grandes sociétés industrielles sous le couvert d’agences de communication ou d’organismes de formation en management.

Combien sont-ils dans le monde ?
De 6 millions à 10 millions, selon les chiffres fournis par la secte elle-même. Actuellement, il existe plus de 200 centres scientologues sur l’ensemble de la planète. Depuis la chute du Bloc soviétique, elle se développe également en Europe de l’Est.

Combien d’adeptes belges ?
Entre 6 000 et 7 000 personnes. Dont 15 permanents.

A quoi ressemble l’adepte-type ?
S’il faut en croire ses dirigeants, les membres de cette secte proviennent de divers milieux socio-économiques. Toutefois, on y rencontre un nombre surélevé de cadres, de dirigeants d’entreprises (privées dans la majorité des cas, mais également publiques) ainsi que des policiers, des avocats, des médecins et des magistrats.

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Notre document: Annonce d'une conférence de "L'église" de scientologie de Belgique publiée, il y a quelques années, dans le quotidien Le Soir.

Comment recrute-t-elle?
Ses fidèles de base sont souvent recrutés dans la rue après avoir accepté de subir un test de personnalité. Ce test peut de prime abord paraître anodin. Ceux qui feront plus tard partie de son élite se recrutent pour leur part durant les formations organisées par des organismes-écrans auprès de grosses sociétés.

Des stars à la Scientologie ?
Dès 1955, Hubbard lance son Celebrity project. Objectif : recruter des personnalités connues afin d’attirer les premiers adeptes. Aujourd’hui, des dizaines de stars du show-bizz en sont membres et participent aux campagnes de propagande pro-scientologue. Parmi eux, citons : John Travolta, Tom Cruise, Nicole Kidman, Juliette Lewis ou encore Priscilla Presley.

Simon HARYS



Les grandes dates de la Scientologie
1911 : Naissance dans le Nebraska de Lafayette Ron Hubbard, le fondateur.

1950 : Publication par Hubbard du livre de référence de la scientologie : La Dianetique - La puissance de la pensée sur le corps.

1954 : Installation de la première « Eglise » de Scientologie à Washington.

1959 : Hubbard s’installe en Angleterre. La Scientologie se développe ensuite dans le reste de l’Europe.

1970 : Ron Hubbard est condamné par contumace, en France, à la prison ferme pour fraude fiscale.

1973 : Implantation en Belgique.

1975 : Apogée du mouvement.

1982 : Crise interne. Ron Hubbard quitte la direction. Selon son propre fils, Ron de Wolf, il est atteint de schizophrénie et de paranoïa aiguë. Au même moment, des purges se déroulent contre les éléments les moins dociles. Des excommuniés fondent Free Zone, un nouveau mouvement toujours basé sur les techniques de la Scientologie.

1984 : Création de l’IAS, l’organisation internationale visant à fédérer les scientologues des quatre coins du monde.

1986 : Mort de Ron Hubbard (d’une congestion cérébrale).

1990 : A la suite de plaintes déposées contre eux, plusieurs scientologues sont inculpés à Paris et à Marseille.

1993 : Reçoit officiellement, aux Etats-Unis, le statut d’Eglise. Dans son livre, Une secte au cœur de la République (publié chez Calmann-Lévy), le journaliste français Serge Faubert révèle que la Scientologie a réussi à infiltrer plusieurs ministères français et même l’Elysée.

1996 : Les autorités allemandes prennent des mesures exemplaires pour empêcher l’infiltration des institutions publiques par les scientologues.

1997 : L’administration Clinton, pour sa part, au nom de la liberté religieuse, apporte son soutien aux scientologues en Allemagne. Au même moment, en Suisse, des magistrats jugent que la Scientologie ne peut être reconnue comme une religion au sens du code pénal pour la bonne et simple raison que celle-ci ne glorifie pas un être divin ou supérieur.

1999 : Quelques jours après l’ouverture d’un nouveau procès en France, la justice belge s’intéresse à son tour aux scientologues. En septembre, plusieurs de ses temples seront perquisitionnés (S.H).

(RésistanceS, n° 8, hiver 1999-2000)