Les néonazis chiliens préparent lanniversaire dAdolf Hitler
(20 avril 2000)
En octobre 1998, Augusto Pinochet était arrêté à Londres. En Europe, lextrême droite dans son ensemble, Margaret Thatcher et dautres ont manifesté leur soutien à lex-dictateur. Au Chili, les néonazis pro-pinochetistes veulent organiser un grand rassemblement international pour commémorer lanniversaire dAdolf Hitler ! Thierry Delforge, un militant belge ayant vécu près de 2 ans au Chili, nous livre un reportage sur le mouvement néonazi chilien et ses complicités au sein de lEtat.
Beaucoup de Chiliens sétonnent du haut-le-corps qui saisit les Européens à la vue des parades militaires de linfanterie chilienne qui a conservé le casque de la Wehrmacht, modèle 1940, et feignent lincompréhension devant lindignation que peut susciter lexistence dune avenue Pétain à Santiago.
Voilà au contraire un motif de fierté pour la bourgeoisie chilienne, celle qui célèbre la « Journée de la Race » (sic), ou, naguère comme journée de fête nationale, lanniversaire du coup dEtat du 11 septembre 1973.
Cest que le Chili officiel senorgueillit aussi de la sanglante conquista espagnole, de la prussification de son armée, à lépoque de lexpansion coloniale de lEmpire Allemand, de la britannisation de sa Marine de guerre et dune tradition de guerre civile où larmée na jamais failli dans le massacre douvriers ou de paysans désarmés. Mein Kampf est étudié à lEcole Militaire et se trouve en vente chez tous les bouquinistes. Le fascisme français nest pas absent : en 1993, Pinochet, chef suprême des Forces armées recevait Jean-Marie Le Pen.
Bien entendu, comme le Brésil, lArgentine, lUruguay et le Paraguay, le Chili compte un fort contingent de nazis pensionnés et une nombreuse colonie dAllemands dont les ancêtres ont achevé, au XIXe siècle, la conquête des terres du Sud, arrachées par la force à la nation indienne Mapuche.
On se souviendra quErnst Röhm, après avoir pris part au putsch manqué dHitler à Munich et avant de diriger les SA, sexila en Bolivie où il participa à la réorganisation de larmée bientôt engagée dans la désastreuse et sanglante guerre du Chaco.
On évalue dautre part à 60 millions de dollars les sommes investies en Argentine par les organisations nazies, accueillies avec sympathie par Peron.
Le même phénomène sest produit avec plus de profondeur et plus de discrétion au Chili, la démocratie-chrétienne ayant souvent servi de paravent honorable au caudillisme et aux différentes tendances fascistes, créoles ou importées, et sintitulant elle-même la phalange.
La Colonie Dignidad
Outre les filières classiques dexil et daccueil des nazis, le Chili a vu sinstaller, au cours des années 50, une colonie, proclamée de bienfaisance, et baptisée Dignidad (dignité), implantée dans la 8e Région, à proximité de la frontière argentine.Linstallation de ce véritable camp retranché se fit sous lautorité dun « éducateur », poursuivi en RFA pour faits de pédophilie, avec lassistance de Caritas Catolica et le patronage de Franz-Josef Strauss, président de la CSU bavaroise.
Outre un centre dhébergement pour des centaines denfants abandonnés, tant allemands que chiliens, la colonie devint une base dentraînement pour les milices du groupe fasciste Patria y Libertad (FNPL), un arsenal et différentes installations de type militaire comme un aérodrome, une station radar et un réseau de souterrains furent construits.
Dès avant le coup dEtat du 11 septembre 1973, le général Pinochet avait établi des liens damitié et de coopération avec les dirigeants, dont le plus connu est Paul Schaeffer.
Après le coup dEtat, la colonie devint un centre de torture et dextermination. On recense plus dune centaine de victimes.
Lors de larrivée au pouvoir du gouvernement dit « de transition », dirigé par le social-chrétien Alwyn, et devant les révélations de plus en plus nombreuses et précises, des enquêtes furent menées, dès 1989, portant sur...la situation fiscale des entreprises développant des activités économiques au sein de Dignidad.
Dès que les accusations, fondées sur de nombreux témoignages de tortures, dassassinats, de séquestres, de sépultures clandestines, denlèvements denfants, de trafics dorganes, de viols de mineurs et de mauvais traitements, furent connues de lopinion publique, se mit en place tout un réseau de protections qui impliquait la police, les magistrats, la Cour suprême, les Forces armées, des personnalités de lEglise catholique, un rabbin et lambassade de RFA. Et bien entendu le journal « El Mercurio », auprès duquel « La Libre Belgique » paraît dangereusement révolutionnaire.
Sauvant la face, le « gouvernement de la transition à la démocratie » obtint la dissolution de lentité juridique Colonie de bienfaisance Dignidad, en 1991.
Ce nest quen 1997 que la justice entama des poursuites contre Paul Schaeffer pour faits de pédophilie, sans que jamais il fût question dautres inculpations. Bien entendu, Schaeffer est introuvable. Alors que la colonie héberge des citoyens allemands, jamais la justice allemande, et moins encore les autorités, nont entamé la moindre démarche, fut-ce-t-elle diplomatique, pour assurer la protection de ses ressortissants.
En 1997 encore, le Président de la Cour suprême recevait personnellement des dignitaires de la colonie et leurs avocats.
Hommes de main
Les groupes fascistes ont pu, pendant les dix-sept années de dictature militaire, faire la preuve quil sont des auxiliaires indispensables pour les basses besognes de police que larmée répugne parfois à accomplir. Les groupes paramilitaires sont une composante indispensable à la lutte menée par limpérialisme et les bourgeoisies nationales contre les mouvements populaires : escadrons de la mort, mercenaires, sicaires, hommes de main. Ils sont organisés selon les concepts enseignés dans les académies militaires nord-américaines, jusque dans les détails.Laspect « culturel » de leur idéologie apparaît souvent comme un adjuvant romantique à la pensée unique : à la « fin de lhistoire » et à léconomisme, qui se heurtent de plein fouet à la réalité sociale et qui se retournent inévitablement contre ses propagandistes, sajoute le fatras idéologique des sectes et du nihilisme nazi ou fasciste espagnol, Vive la mort !
Si le patronat chilien sest mobilisé comme un seul homme pour « sauver » Pinochet, cest aussi parce que les Forces armées sont étroitement impliquées dans les structures économiques du pays, depuis les participations croisées dans les grandes unités productives jusquà la perception dun impôt direct sur toutes les matières premières exportées.
Enfin, la corruption et le chantage, éléments décisifs et indispensables pour accélérer leffondrement de lEtat, et gérer la misère en utilisant le lumpenprolétariat, procurent aux groupes fascistes les moyens qui parfois leur manquaient.
Rassemblement nazi
Dès 1997, des néonazis chiliens annoncèrent leur souhait dorganiser, en avril 2000, un rassemblement international pour célébrer lanniversaire dAdolf Hitler. Ce rendez-vous nostalgique na fait lobjet que de timides protestations, principalement dorganisations politiques de jeunesse et dun petit noyau de jeunes se réclamant de la lutte des juifs du ghetto de Varsovie.Le secrétaire dEtat à lIntérieur a déclaré quil serait mis des obstacles à la présence détrangers ayant subi des condamnations pour faits de violence. On ne peut sempêcher de penser que pour ce qui est de la présence de nationaux-socialistes, fascistes et autres nazis, le gouvernement démocrate-chrétien-socialiste a déjà fait preuve de sa volonté de préserver le pluralisme qui sied à un pays qui a restauré la démocratie.
Cest précisément parce quil sagit de restaurer la démocratie au Chili que nous devons entamer une campagne internationale pour linterdiction du rassemblement néonazi prévu en avril 2000. Celui-ci serait le symbole dune nouvelle défaite, non seulement pour le peuple chilien, mais pour tous les peuples du monde et pour tous ceux qui luttent contre le fascisme sous toutes ses formes et pour les véritables droits de lHomme.
Thierry Delforge
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