"Maudite:Autriche" est notre
bulletin d'information mensuel sur la situation en Autriche et l'impact du nouveau
gouvernement. Nous avons décidé de lancer ce bulletin car nous avons pu nous rendre
compte que peu de gens savent ce qu'il se passe actuellement en Autriche, surtout depuis
l'étranger. Le gouvernement a atteint son objectif : avec les discussions sur les
"sanctions" de l'Union européenne, la folie quotidienne qui règne dans le pays
a peu à peu disparu de l'ordre du jour, pour le public international. Nous voulons
éviter la "normalisation" du gouvernement autrichien de droite/extrême-droite.
Mais nous sommes aussi motivés par des raisons plus personnelles, car le suivi
international permet d'éviter que la situation s'aggrave, pour l'heure du moins. Il est
donc essentiel que ce bulletin soit distribué aussi loin que possible, afin d'informer
autant de personnes que possible de la situation autrichienne. En un mot : distribuez,
distribuez et distribuez encore ! Vous pouvez utiliser à volonté ces informations pour
toute publication, mais veuillez nous en avertir par E-mail.
Vos critiques et remarques sont les bienvenues, de préférence en
allemand ou en anglais, à : raw@swi.priv.at
Bonne lecture !
Sommaire
[1] Le gouvernement veut interdire les manifestations
[2] Une visite chez un "Expert es Démocratie"
[3] Les humbles serviteurs de Monsieur Windholz
[4] Connexions internationales du FPOe (1)
[5] Connexions internationales du FPOe (2)
[6] Allocution d'un extrémiste de droite à l'académie FPOe
[7] Le FPOe et son passé
[8] Des dizaines de milliers de dossiers sur les vols nazis dans les archives de Vienne
[9] Sondage d'opinion du mois
[10] Le FPOe "leader de block"
[11] Liberté artistique
[12] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (1)
[13] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (2)
[14] Fonctionnaires à vendre
[15] Douches froides en Carinthie
[16] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (1)
[17] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (2)
[18] Dénonciation
[19] Des dealers et l'Audi A8
[20] Incendie criminel dans un logement pour étrangers
[21] Aimez l'Autriche ! (1) - le projet
[22] Aimez l'Autriche ! (2) - les conséquences
[23] Aimez l'Autriche ! (3) - "Les Indiens prennent le fort"
[24] La raison de l'arrêt d'une conférence économique
[1] Le gouvernement veut interdire les manifestations
À l'occasion d'une récente conférence de presse, certains membres du OeVP ont exigé
l'interdiction de la manifestation "illégale"(elle n'est pas annoncée à la
police) hebdomadaire du mardi, le porte-parole de la sécurité publique, Wolfgang Ulm,
déclarant que 57 officiers de police ont été blessés. Il est surprenant de constater
que la police rejette cette demande en alléguant une décision de la cour suprême en
1985 prévoyant que l'absence de notification préalable d'une manifestation n'est pas un
élément suffisant pour l'interdire. En outre, il serait assez délicat pour 100 ou 150
policiers de disperser 2 000 ou 3 000 manifestants. Pourtant, il y vont désormais à
l'intimidation ! Le chef du bureau responsable de la sécurité de l'État de la police de
Vienne, Hofrat Zander, qui est responsable de la récente émeute policière (voir notre
numéro précédent de Maudite:Autriche, 0600), menace les activistes de faire appel aux
forces de police et de prendre des mesures vigoureuses. Entre-temps, les activistes connus
reçoivent des notifications de police en permanence.
[2] Une visite chez un "Expert es Démocratie"
Afin de défendre "bec et ongles" (Wolfgang Schuessel) la réputation
de l'Autriche, la Ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner,
a lancé une nouvelle offensive de charme visant à démontrer à des personnalités
internationales et surtout du monde des médias que l'Autriche est parfaitement capable
d'avoir un comportement démocratique. La tournée a été soigneusement organisée, il y
a quelques temps déjà, par une agence de relations publiques. À Londres, B.
Ferrero-Waldner a rencontré un expert en démocratie, l'ex-Premier ministre britannique
Margret Thatcher, qui a évoqué son grand ami, l'ancien dictateur chilien Augusto
Pinochet, en ces termes : "Il a apporté la démocratie au Chili." L'Autriche a
beaucoup à apprendre de lui !? Il a peut-être des idées à mettre en uvre contre
les activistes antigouvernementaux qui dérangent.... Pour ce qui est de savoir si l'Union
européenne reconnaîtra la rencontre avec un opposant à l'Union, c'est une autre
question. Mais la démocratie exige des sacrifices... surtout de la part de l'opposition.
[3] Les humbles serviteurs de Monsieur Windholz
Le nouveau président de la "Section de Basse Autriche" du FPOe, Ernest
Windholz, n'est pas le seul à rencontrer des problèmes du fait de certaines idées
d'extrême-droite (il a notamment utilisé la devise des Waffen SS, corps armé
hitlérien, "Notre honneur, c'est notre foi", à l'occasion de son discours
d'inauguration (cf. notre numéro précédent, Maudite:Autriche, 0600). Une autre
personnalité de cette section, Barbara Rosenkranz, n'est autre que l'épouse de
Horst-Jakob Rosenkranz, l'éditeur du magazine d'extrême-droite "Fakten"
("Les faits"). D'autres liens très instructifs de ce genre ont été révélés
par l'hebdomadaire "Profil" dans son numéro du 12 juin dernier : avant son
accession à des fonctions politiques, Bernhard Blochberger a été candidat du corps
néofasciste (NDP) de feu Norbert Burger. Lorsque que le NDP a été interdit en 1988,
Blochberger s'est pris d'intérêt pour le "référendum citoyen - Du cur pour
les natifs du pays" qui est bien connu pour ses opinions hostiles aux étrangers. Il
avait pour habitude de signer ses "compétents" articles par la formule
"Salutations allemandes". C'est déjà probablement lors de sa période au NDP
qu'il a rencontré son ami Frank-Dieter Stanzel qui est devenu "1.
Bundesschriftwart" (une expression employée pour qualifier un secrétaire sous le
national-socialisme). À la fin du mois d'avril dernier, le passé de Stanzel fut de
nouveau évoqué publiquement lors d'une inauguration d'un conseil local. Lorsqu'un
commentaire lui a été demandé au sujet de son passé au NDP, il s'est contenté de
répondre : "Je n'ai tué ni pendu personne que je sache - Tout ceci était
légal." Aujourd'hui Blochberger et Wolfgang Haberler sont collègues au Parlement
provincial de Basse Autriche. Ils ont tous deux écrit des articles dans le passé pour
"Der Voelkerfreund"("L'Ami des Nations"), un périodique publié par
des personnes qui ont été décrites comme un "petit groupe d'extrémistes de
droite" par le Centre de documentation de la Résistance autrichienne (DOeW).
Haberler fait en outre partie du conseil municipal d'une localité de Basse Autriche, et
le FPOe local dans sa ville a distribué des dépilants en 1990 qui déclaraient :
"L'Autriche était allemande, elle est allemande et elle restera allemande". En
1997, Alois Preiszler et Edwin Rambossek, deux autres membres du FPOe, ont participé à
l'assemblée générale de la "Camaraderie Prince Eugen", une "organisation
de vétérans d'extrême-droite" selon le centre DOeW. Dans les années soixante,
Rainer Mauritz, aujourd'hui expert financier auprès du FPOe, s'est impliqué dans une
série d'attaques dans le Sud du Tyrol, pour lesquelles il a été condamné à une peine
de cinq ans et demi de prison. En 1993, la police a découvert des drapeaux à croix
gammée et autres matériels de propagande nazie au domicile de son ancien agent de
presse. Il fut accusé par un membre du FPOe du conseil municipal qui fut exclu du parti
pour cette accusation.
[4] Connexions internationales du FPOe (1)
Quelque 150 émissaires de Lega Nord sont venus rencontrer le FPOe de Carinthie. Selon
Martin Strutz, l'objectif de cette entrevue était "l'échange de pensées sur des
questions de politique et d'organisation". Il va de soi que les sanctions de l'Union
européenne contre l'Autriche ont été au cur des discussions, sanctions que les
deux parties ont condamnées. Les représentants de Lega Nord venaient de Vicenza où
Joerg Haider était allé soutenir leur campagne électorale à l'automne 1999. À cette
occasion, selon le magazine "Padania" publié par Lega Nord, il aurait déclaré
: "Viva la Padania".
[5] Connexions internationales du FPOe (2)
Lors d'une interview, le président du Bureau allemand de la sécurité constitutionnelle,
Heinz Fromm, a souligné que le succès du FPOe exerçait une influence certaine sur la
scène politique de droite en Allemagne. Il a ajouté qu'il existe des connexions entre
les supporters du FPOe et les extrémistes de droite allemands.
[6] Allocution d'un extrémiste de droite à l'académie
FPOe
Ce n'est qu'aujourd'hui qu'il a été rendu public qu'un extrémiste de droite allemand,
Horst Mahler, a été invité par une association académique liée au FPOe pour venir
tenir une conférence à Vienne le 23 novembre 1999 sur le thème : "La trahison de
la gauche allemande par Adolf Hitler. La trahison de l'Allemagne par la gauche. Y a-t-il
un avenir pour la nation et la race allemandes ?" Au cours de son allocution, Horst
Mahler n'a pas su retenir son enthousiasme pour A. Hitler : "Hitler a su prendre en
main et unir les forces nationales et révolutionnaires de cette nation."
[7] Le FPOe et son passé
Le FPOe local du village de Seekirchen a annoncé que la communauté ne participerait pas
au Fonds du travail obligatoire nazi. Au contraire, l'adjoint au maire FPOe et
représentant du corps législatif, Helmut Naderer, a exigé un dédommagement de la part
du gouvernement fédéral allemand ainsi que des gouvernements actuels des anciens Alliés
de la Seconde guerre mondiale, pour tous ceux dont des proches ont été emmenés en
Russie ou dans d'autres pays victorieux ou qui ont perdu la vie durant le conflit. Helmut
Naderer a avancé comme argument à cette décision pour Seekirchen : "Il est
historiquement prouvé que la municipalité n'a jamais fait usage du travail
obligatoire". Donc, "il n'y a aucune raison pour accorder un soutien financier
à cette action.". Au contraire, de nombreux habitants de Seekirchen étaient encore
emprisonnés ou punis de travaux obligatoires en Russie ou dans d'autres pays alliés,
bien après la fin de la guerre. "Nombre d'entre eux n'ont pas survécu aux
conditions de vie inhumaines et sont morts. D'autres ne sont revenus des camps de travail
que plus de dix ans plus tard."
[8] Des dizaines de milliers de dossiers sur les vols nazis
dans les archives de Vienne
Les dossiers secrets du bureau central de l'émigration juive et le service de
l'expropriation ont été conservés durant des décennies au bureau des Affaires
financières de Vienne. Ces dossiers comportent des listes nominatives de transports des
citoyens juifs déportés de Vienne à destination de camps d'extermination ou
disciplinaires. Les premières estimations semblent indiquer l'existence de plus de 100
000 dossiers qui ont été conservés sans que les familles des victimes aient été au
courant. Ces dossiers ne contiennent pas uniquement des informations sur la déportation
de Juifs autrichiens, mais aussi sur l'assistance apportée par les banques dans les
expropriations. En outre, ils semblent préciser que les autorités autrichiennes étaient
parfaitement informées de l'étendue de l'expropriation déjà immédiatement après la
guerre. Première réaction du président de la Communauté israélite, Ariel Muzicant :
"Ceci constitue un tel outrage que ces faits à eux seuls devraient entraîner des
plaintes de l'ordre de plusieurs centaines de milliards." La Communauté israélite
ne portera pas plainte, mais elle exige une campagne d'éclaircissement complet sur les
crimes de l'Holocauste.
Source : "Der Standard" du 30 juin et du 1er juillet 2000
[9] Sondage d'opinion du mois
Selon le sondage d'opinion de l'institut INTEGRAL, 8 % des Autrichiens pensent que le
génocide des Juifs sous le Troisième Reich n'est pas un fait historiquement prouvé. La
plupart d'entre eux sont des personnes âgées ou des électeurs du FPOe. Dix pour cent
des personnes interrogées n'ont pas voulu répondre à cette question.
[10] Le FPOe "leader de block"
Alors que le OeVP s'efforce d'améliorer ces connaissances en matière de démocratie, le
FPOe s'engage sur la voie du cosmopolitisme. Dans le district viennois de Simmering, par
exemple, le FPOe sait montrer le meilleur de lui-même. Une Turque qui vit dans un
logement de la municipalité provoquait depuis longtemps son voisinage. Le simple fait que
son fils ait refusé de prêter son jeu de Gameboy aux autres enfants a suffi à la foule
raciste pour réagir contre le "contrôle étranger". Lors de réparations sur
son balcon, des saletés sont tombées sur le balcon de l'étage du dessous, ce qui a paru
amplement suffisant pour alerter le FPOe. Herr Anetsdorfer, membre du FPOe, lui a alors
fait parvenir un courrier indiquant : "Nous avons appris que vous n'êtes
malheureusement pas capable de respecter les conditions habituelles élémentaires (!) de
vie en appartement. Nous vous prions donc d'éviter à l'avenir de causer de tels troubles
(!) et de bien vouloir vous conformer davantage aux usages courants en Europe centrale
(!)." La lettre s'achevait par : "Nous espérons avoir pu vous faire entrevoir
un aperçu des opinions de votre voisinage, et espérons pouvoir constater à l'avenir une
amélioration de vos manières." Les "opinions" de Herr Anetshofer ont
été révélées il y a quelque temps, par l'hebdomadaire viennois "Falter" :
à l'occasion d'un remue-méninges pour la réalisation de nouveaux dépliants du FPOe,
Anetshofer a eu des moments d'inspiration illuminée tels que : "Qui extermine la
nation et le pays ? Le SPOe et les demandeurs d'asile !" (cela rime, en Allemand !).
Quant à une suggestion proposant d'organiser un forum de débats à un endroit
fréquenté par des Turcs, il a répondu : "Dans le meilleur des cas je vais y lancer
une grenade." C'est la voix de la nation !
[11] Liberté artistique
Selon ses propres déclarations, Gerard Mortier, directeur artistique des "Salzburg
Festivals", se sent "surveillé comme dans un État policier". "Les
déclarations politiques pouvant être considérées comme des ruptures de contrat"
un avocat relit à présent chacune de ses lettres qui pourraient receler une connotation
politique.
[12] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté
d'expression (1)
Occupée politiquement par les votes du FPOe et du OeVP, la direction des émissions
nationales ORF a décidé d'ouvrir une enquête impliquant la série radio intitulée
"Journal Panorama" sur l'objectivité de la sélection des thèmes et des
intervenants. La rédaction du service de l'information de l'ORF a qualifié ceci
d'"événement sans précédent dans l'histoire de la radio". Elle voit dans
cette enquête une tentative du gouvernement pour mettre fin aux reportages critiques et
une attaque contre la liberté de la presse.
[13] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté
d'expression (2)
Pour la première fois en Europe, un parti politique (le FPOe) poursuit un magazine en
vertu de la loi relative au respect d'accord de réciprocité des transactions
commerciales (!). À l'origine, une campagne de publicité du magazine NEWS. Boehmdorfer -
alors simple avocat et aujourd'hui Ministre de la Justice - s'était engagé dans cette
action. Ces poursuites ont pu être lancées suite au verdict rendu par un tribunal
estimant que le FPOe, en sa qualité de propriétaire d'un journal de parti,
concurrençait d'autres parutions. Dans une conversation entre le FPOe et NEWS, le
négociateur du FPOe a déclaré : "Si NEWS met un terme à ses critiques sur le
gouvernement, le FPOe suspendra sa requête." Récemment Boehmdorfer, en sa qualité
de Ministre de la Justice, a augmenté les peines pour les affaires de ce genre, qui
passent de ATS 80 000 à 1,3 millions par jour. Ceci menacera certainement l'existence des
médias trop critiques, à l'avenir.
[14] Fonctionnaires à vendre
Le Ministère de l'Intérieur a récemment revu à la baisse le salaire quotidien des
fonctionnaires des travaux d'intérêt général qui passe de ATS 155,00 (soit environ 22
DM ou 11 dollars USD) à ATS 43,00 (soit environ 6 DM ou 3 USD). L'expert en nutrition du
Ministère de l'Intérieur a également fourni la liste des courses quotidiennes : 53
grammes de poulet rôti, 4 grammes d'épinards (égouttés), 143 grammes de pain, 9
grammes de chou, 18 grammes de pâtes, 14 grammes de thon, 142 millilitres de lait frais,
un demi-sachet de thé, 0,7 ¦uf. Cette liste provient de la liste des fournitures
d'urgence de l'Association de défense civile. De nombreuses organisations sociales ne
bénéficiant plus officiellement du soutien de ce service social, le Ministre de
l'Intérieur Strasser a eu une autre idée brillante : les organisations ayant besoin de
ces fonctionnaires sociaux peuvent les obtenir pour la somme modique de ATS 10 500. Le
marché aux esclaves est ouvert. Remarque : en Autriche, le service militaire est
obligatoire pour les hommes. La conscription dure 8 mois, le service civil 12 mois. Ainsi,
les objecteurs de conscience refusant le port des armes et souhaitant éviter
l'emprisonnement pour refus d'incorporation doivent servir 4 mois de plus. Les personnes
bénéficiant du service civil sont principalement affectées dans les services de police,
les services hospitaliers et instituts sociaux tels que "ai" ou le Centre de
documentation de la Résistance autrichienne (DOeW). Nombre de ces postes ont été
supprimés et les instituts concernés font face à des problèmes d'ordre financier. Ces
réductions visent des cibles bien spécifiques : les organisations de défense des droits
de l'homme et les centres hospitaliers à Vienne (la ville étant dirigée par les
sociaux-démocrates) sont principalement visés, la police absolument pas. De nombreux
fonctionnaires de ces travaux d'intérêt général doivent à présent attendre longtemps
avant de pouvoir reprendre leur service. Il n'en reste pas moins que le service civil est
une forme de travail forcé qui entraîne des problèmes de salaire dans de nombreuses
professions.
[15] Douches froides en Carinthie
En Carinthie, le magazine "Life in Line" a été distribué aux sorties
d'écoles pendant un certain temps. Les jeunes de Carinthie ont ainsi pu lire différents
articles traitant de ce qu'il convient de faire pour devenir un homme. Un vrai homme
n'effectue pas de service civil mais : "La formation aéroportée est un des plus
grands défis en matière d'éducation". "Life in Line" expliquait
également le rôle essentiel de la sexualité dans la maturité de l'homme : "Deux
modèles de morales contradictoires viennent à l'esprit : d'un côté, le garçon
rationnel qui prend une douche froide chaque jour et recherche en permanence sa princesse.
De l'autre, le garçon absolument perdu qui ne tient pas sur ses jambes. Qui a les
meilleurs atouts... pour établir une relation aimable et heureuse ? L'as de cur est
dans les mains du prince loyal qui comprend la vieille école de la conquête sentimentale
dans toute sa noblesse et qui rendra sa femme heureuse." Ce comble de non-sens
bénéficie du soutien du gouvernement provincial de Carinthie (dirigé par le FPOe), de
l'ORF de Carinthie et du journal "Kleine Zeitung". Dans un article d'une page et
demie, Joerg Haider s'est lancé dans une diatribe contre la drogue, se présentant comme
un exemple resplendissant. Le journal l'a dépeint comme "le chef le plus remarquable
d'un gouvernement provincial dans toute l'histoire de notre pays. Athlétique, en pleine
forme, presque partout au même moment, toujours parfaitement bien informé, il donne en
permanence l'impression de rentrer de vacances."
[16] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles
- SEK (1)
Les membres du SEK attirent toujours l'attention : qu'il s'agisse des arrestations par des
policiers masqués du SEK au cours du carnaval antifasciste, du bureau-conseil pour les
réfugiés et étrangers du Parti Vert, cible d'une des actions du SEK, ou encore de la
fermeture d'un sauna fréquenté par des homosexuels ou de l'assassinat d'un dealer
présumé (Imre B.), ou bien encore de propos racistes et sexistes ("poufiasse/pute
à nègre") - les "Rambo" de la police civile sont très actifs (voir le
numéro précédent de "Maudite:Autriche", juin 2000). L'affaire Imre B. n'est
pas terminée : si l'on en croit la police, le coup est parti accidentellement au moment
où le dealer présumé ouvrait la portière de sa voiture. Même dans les milieux
policiers, on émet des doutes quant à cette version peu crédible de l'accident, et le
rapport d'autopsie dément clairement la version officielle. À présent, il a été rendu
public que la même nuit, le tireur lui-même (!) - que l'on disait souffrir d'un
traumatisme consécutif à cet "accident" - avait interrogé des témoins
oculaires, violant les conventions relatives à la torture (!) et avait participé à des
fouilles de résidences le lendemain. Il est donc très compréhensible que le passager de
la voiture de Imre B. ait "confirmé la version officielle de l'accident",
surtout lorsque l'on sait que les "témoins" ont été battus, menacés et
humiliés au cours de leur interrogatoire.
[17] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles
- SEK (2)
Si la police ne parvient pas à obtenir une condamnation de manière légale, cela ne pose
plus de problème à présent. Plus d'une centaine de Noirs ont été arrêtés au cours
de l'"Opération de printemps" (un raid de grande envergure contre les
trafiquants de stupéfiants, à forte motivation raciste). À une exception près, tous
ont été traduits en justice et condamnés pour trafic de stupéfiants sur très peu de
preuves, voire sans aucune preuve. Si aucune preuve ne peut être produite, la police
s'efforce d'acheter les principaux témoins. Elle promet en particulier une réduction de
l'internement pour les drogués ou les personnes impliquées dans le trafic, ou elle les
paie tout simplement. Lors d'un procès s'étant tenu récemment, la déposition d'un
témoin de ce genre, nommé "Anonyme 1" et ayant comparu masqué, a suffi pour
prononcer une condamnation à cinq ans de détention. Le système judiciaire fonctionne
entièrement à l'envers ! Lors d'une autre affaire, l'avocat de la défense a demandé à
un "témoin" de ce genre ce qu'il avait reçu de la police pour son témoignage.
Réponse du témoin : "Dois-je répondre à cette question en public ? Et de toute
façon, ça n'a pas été contre une tasse de thé !" Le seul acquittement d'un Noir
a été dû à des contradictions flagrantes entre les "témoins à charge". Et
il n'y a rien de surprenant au fait que ces "témoins" particuliers soient
fréquemment accompagnés au tribunal par des membres du SEK, afin d'assurer leur
intimidation. Un officier de police a ainsi récemment rageusement claqué la porte d'une
cour de justice, après qu'un de "ses témoins" a subitement changé d'opinion,
alors qu'un autre a tapé sur l'épaule de "son témoin" et l'a invité à
prendre un verre. Pour l'heure, ces méthodes sont employées "uniquement"
contre des Noirs. La voie avait été préparée par la propagande raciste qui a eu libre
cours durant des années sous l'ancien gouvernement SPOe/OeVP. Ce n'est plus qu'une
question de temps pour que les opposants au gouvernement et les activistes politiques
soient traités de la même manière.
[18] Dénonciation
Une légère modification de la législation a permis une nouveauté : pour la première
fois, un citoyen normal - qui, au contraire de la police, n'est pas soumis aux
réglementations de la conduite des officier des police - peut procéder à des enquêtes
en qualité de "prolongement" de police. Pour la première fois, le système
judiciaire autorise un enquêteur amateur hobbyste à révéler au tribunal ses
"observations", de manière absolument anonyme et en l'absence des accusés.
Personne à part les officiers de police ne les connaît, personne ne connaît leur
récompense - car selon des personnes des milieux judiciaires, ils bénéficieront de
rétributions et de la bienveillance de la police... Big Brother is watching you. Big
Brother is denouncing you.
[19] Des dealers et l'Audi A8
Lors d'une interview pour l'hebdomadaire "Format" (no. 25/19.6.00), on a
demandé au directeur de la police viennoise si le harcèlement policier subi par les
Noirs africains avait des motivations racistes. Réponse de Stiedl : "Les
statistiques démontrent que nous ne poursuivons pas les Noirs africains pour des
questions de racisme mais parce qu'un grand nombre d'entre eux sont impliqués dans des
trafics de stupéfiants." Il a ajouté : "Si des Noirs africains vendent de la
drogue à un moment et à un endroit donnés, les contrôles adéquats seront effectués,
sur des Noirs et non sur des Blancs." Question de "Format" : "Vous
déclarez donc que la couleur de la peau est un critère pour la police". Réponse de
Stiedl : "Je vais vous expliquer cela autrement : si davantage de voiture de type
"Audi A8" sont volées, nous contrôlerons davantage de voitures Audi A8... Si
des Noirs africains sont suspectés de trafic de drogue dans une localité donnée, la
police contrôlera les Africains présents."
[20] Incendie criminel dans un logement pour étrangers
Le 27 juin, un immeuble de Salzbourg habité par des étrangers a été la cible d'un
incendie criminel. Les habitants ont pu quitter les lieux à temps. Comme d'habitude, la
police exclut d'emblée la possibilité d'une motivation politique.
[21] Aimez l'Autriche ! (1) - le projet
"Aimez l'Autriche ! - Première semaine européenne de coalition" - tel est le
titre d'une production du réalisateur allemand Christoph Schlingensief, du Festival de
Vienne ("Wiener Festwochen" 11.-17.6.). Au centre-ville, près de l'opéra,
Schlingensief a logé 12 demandeurs d'asile dans des conteneurs d'expulsion. Par le biais
d'Internet et d'écrans, les demandeurs pouvaient être observés. Par vote téléphonique
TED, deux demandeurs devaient être choisis chaque jour pour être expulsés.
L'inscription "Les étrangers dehors" figurait en haut du conteneur, avec juste
en-dessous une bannière portant le logo du "Neue Kronenzeitung" (quotidien
autrichien populaire au plus grand tirage). À côté se trouvait un drapeau du FPOe.
Schlingensief entendait "mettre en pratique le jeu du FPOe". Parallèlement, le
projet était un miroir pour tout le monde, car - selon le réalisateur -
"l'observateur s'observe lui-même" et "les vrais mensonges sont dans
l'obscurité". La frontière entre la fiction et la réalité a rapidement disparu.
Les "natifs d'Autriche" qui jouaient en réalité les rôles principaux ont fait
de leur mieux - ou plutôt de leur pire. Une foule se tenait en permanence autour du
village de conteneurs. Des discussions envenimées ont eu lieu et des cris ont retenti
("Nazis, Nazis, nous sommes ce que nous sommes, nous n'avons pas besoin de nègres
ici. Ni de Juifs non plus"), ainsi que des discussions véhémentes pour et contre
les forums Internet. Mardi soir, le village a été attaqué (tentatives d'incendie
criminel, deux individus armés de couteaux ont pénétré de force dans la zone des
conteneurs et ont tenté de détruire la bannière "Étrangers dehors"). En
début d'après-midi du mardi, des étrangers ont jeté des bombes d'acide butyrique en
direction du village de conteneurs. Des débats politiques ont suivi l'événement :
l'OeVP estimait que le projet de Schlingensief était "contestable et va à
l'encontre du but recherché", qu'il amènerait de nombreux touristes à se faire
"une impression fausse de l'Autriche et des émotions injustifiées"
(Secrétaire générale de l'OeVP, Maria Rauch- Kallat). Le FPOe a annoncé une motion
contre le conseiller culturel de l'OeVP, Peter Marboe. Hilmar Kabas (chef du parti du FPOe
viennois) a déclaré pour sa part : "L'indignation des citoyens a atteint son
paroxysme." Le "Kronenzeitung" qualifie Marboe de "perturbateur
gaspillant l'argent des contribuables". Des termes fleuris caractéristiques du
"Kronenzeitung" et du répertoire du FPOe ont pu être entendus : citoyens
indignés, gaspillage de l'argent des contribuables, dénigrement de l'Autriche,
exploitation des sentiments envieux, ce n'est pas de l'art...
[22] Aimez l'Autriche ! (2) - les conséquences
Le projet de Christoph Schlingensief va également donner lieu à toute une série de
charges. Le FPOe poursuit le Festival de Vienne pour diffamation et atteinte à la
crédibilité, une personne privée anonyme a évoqué le "mépris de l'État".
La bannière du "Kronenzeitung" avait déjà été enlevée le second jour de
l'action et le journal a lancé une poursuite pour l'utilisation de son logo, alléguant
qu'il est "illégal et injurieux, contre les intérêts de la société".
Commentaires de Schlingensief : "Je suis attristé par le comportement du
"Kronenzeitung", on ne perd pas chaque jour de si bons amis." Alors que le
Président du FPOe de Basse Autriche, Windholz, a pu sans conséquence citer la devise des
Waffen SS, "Notre honneur, c'est notre foi", (voir notre numéro précédent,
0600) avec l'excuse qu'il s'agissait d'un mot spontané (le fait qu'il soit proche d'un
"vétéran" SS connu pour aimer raconter des histoires sur le "bon vieux
temps" ne surprend que peu de personnes), l'artiste Christoph Schlingensief est
poursuivi pour violation de la loi contre le renouveau de la propagande nazie (cette loi
spécifique n'existe qu'en Autriche). La raison de cette poursuite est la bannière
portant une référence satirique à cette citation fixée sur les conteneurs "Aimez
l'Autriche". Le Ministre de la Justice, Boehmdorfer, a insisté pour appeler
lui-même différents journaux afin de les informer personnellement des poursuites dans
l'affaire Schlingensief.
Fait surprenant : quatre membres FPOe du Parlement national ont
porté plainte contre Schlingensief pour "délits punissables, en particulier
suspicion d'incitation". La bannière "Étrangers dehors" invitait en effet
manifestement des actions hostiles aux étrangers en Autriche. La propagande du FPOe,
pourtant, a utilisé des slogans tels que "Stop à l'infiltration étrangère",
"Contre l'abus du droit d'asile" et "Vienne ne doit pas devenir
Chicago", lors de différentes campagnes électorales.
[23] Aimez l'Autriche ! (3) - "Les Indiens prennent le
fort"
Les participants des manifestations quotidiennes du mardi contre le gouvernement sont
montés sur le toit du conteneur, ont détruit le piquet "Étrangers dehors" et
ont peint les slogans "Résistance" et "Non au racisme". Certains
d'entre eux sont entrés de force pour "sauver" symboliquement les demandeurs
d'asile surpris. D'autres manifestants ont retiré les bâches de camion d'un groupe
associé au OeVP indiquant que la production de Schlingensief était UNIQUEMENT un
"jeu dangereux avec les émotions". Cette "attaque des Indiens dans le fort
de l'Ouest" (Schlingensief) était sans aucun doute voulue comme une intervention
dans le "jeu de l'expulsion" et une preuve de solidarité. Les opinions ont
toutefois divergé et entraîné des discussions.
[24] La raison de l'arrêt d'une conférence économique
Après la visite du conteneur de Christoph Schlingensief, quelque 200 manifestants sont
allés à l'hôtel Marriott qui accueillait une conférence économique internationale de
la National Bank. Ils ont interrompu le Ministre des Finances Grasser (du FPOe) alors
qu'il allait menacer de plans de réforme des retraites pour les employés des chemins de
fer fédéraux autrichiens (OeBB). Des sifflets et de ch¦urs ("Résistance",
"Nous voulons Schuessel") ont arrêté son discours. Les manifestants ont
quitté l'hôtel une vingtaine de minutes plus tard. Le chancelier fédéral Schuessel a
annulé sa venue, la conférence a pris fin jusqu'au lendemain. Des poursuites pour
"violation de propriété" et "refus de l'autorité exécutive" ont
été annoncées.
ÉPILOGUE
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vérifiez d'abord si vous avez vraiment reçu ce mail directement de notre part ; sinon
contactez la personne qui vous a remis ce bulletin ;-))))) Naturellement, nous préférons
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