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Le Dossier spécial "résistances en Autriche, la lutte continue" du site internet "RésistanceS", vous propose

Evil: Austria!

# Numéro 2 # Juillet 2000 #

Diffusé en Belgique, notamment, par RésistanceS (www.antifa.net/resistances). Traduction: Urban Blight (mailto:blight@linuxstart.com). Edition française (autres éditions en allemand, anglais, espagnol et finlandais).

 

Bienvenue dans ce nouveau numéro
de "Maudite: Autriche !"

Tout d'abord, nous souhaitons vous remercier pour les très nombreuses réactions positives au premier numéro de notre bulletin d'information. Ces réactions nous ont montré l'importance et la nécessité de ce projet et nous ont insufflé de l'énergie pour
poursuivre ! Nous avons beaucoup apprécié les nombreuses
propositions de soutien de traductions, et spécialement les
traductions qui nous ont été proposées à notre grande surprise :-))))

La dernière version existe donc désormais en allemand, anglais,
espagnol, français et finlandais. Pour recevoir une version
spécifique, il vous suffit de nous faire parvenir un E-mail ou de
consulter notre toute nouvelle page d'accueil sur Internet à
l'adresse http://www.raw.at sous la rubrique "Newsletter" qui
comporte les différentes versions du bulletin (et bien entendu une
foule d'autres informations très intéressantes !). Si quelqu'un peut
nous traduire le bulletin dans une autre langue, qu'il nous
l'indique. Nous adressons un grand merci à tous ceux qui ont
distribué notre bulletin dans le monde entier !

Pour ceux qui ne nous connaissent pas encore :

"Maudite:Autriche" est notre bulletin d'information mensuel sur la situation en Autriche et l'impact du nouveau gouvernement. Nous avons décidé de lancer ce bulletin car nous avons pu nous rendre compte que peu de gens savent ce qu'il se passe actuellement en Autriche, surtout depuis l'étranger. Le gouvernement a atteint son objectif : avec les discussions sur les "sanctions" de l'Union européenne, la folie quotidienne qui règne dans le pays a peu à peu disparu de l'ordre du jour, pour le public international. Nous voulons éviter la "normalisation" du gouvernement autrichien de droite/extrême-droite. Mais nous sommes aussi motivés par des raisons plus personnelles, car le suivi international permet d'éviter que la situation s'aggrave, pour l'heure du moins. Il est donc essentiel que ce bulletin soit distribué aussi loin que possible, afin d'informer autant de personnes que possible de la situation autrichienne. En un mot : distribuez, distribuez et distribuez encore ! Vous pouvez utiliser à volonté ces informations pour toute publication, mais veuillez nous en avertir par E-mail.

Vos critiques et remarques sont les bienvenues, de préférence en allemand ou en anglais, à : raw@swi.priv.at

Bonne lecture !

Sommaire
[1] Le gouvernement veut interdire les manifestations
[2] Une visite chez un "Expert es Démocratie"
[3] Les humbles serviteurs de Monsieur Windholz
[4] Connexions internationales du FPOe (1)
[5] Connexions internationales du FPOe (2)
[6] Allocution d'un extrémiste de droite à l'académie FPOe
[7] Le FPOe et son passé
[8] Des dizaines de milliers de dossiers sur les vols nazis dans les archives de Vienne
[9] Sondage d'opinion du mois
[10] Le FPOe "leader de block"
[11] Liberté artistique
[12] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (1)
[13] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (2)
[14] Fonctionnaires à vendre
[15] Douches froides en Carinthie
[16] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (1)
[17] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (2)
[18] Dénonciation
[19] Des dealers et l'Audi A8
[20] Incendie criminel dans un logement pour étrangers
[21] Aimez l'Autriche ! (1) - le projet
[22] Aimez l'Autriche ! (2) - les conséquences
[23] Aimez l'Autriche ! (3) - "Les Indiens prennent le fort"
[24] La raison de l'arrêt d'une conférence économique

[1] Le gouvernement veut interdire les manifestations
À l'occasion d'une récente conférence de presse, certains membres du OeVP ont exigé l'interdiction de la manifestation "illégale"(elle n'est pas annoncée à la police) hebdomadaire du mardi, le porte-parole de la sécurité publique, Wolfgang Ulm, déclarant que 57 officiers de police ont été blessés. Il est surprenant de constater que la police rejette cette demande en alléguant une décision de la cour suprême en 1985 prévoyant que l'absence de notification préalable d'une manifestation n'est pas un élément suffisant pour l'interdire. En outre, il serait assez délicat pour 100 ou 150 policiers de disperser 2 000 ou 3 000 manifestants. Pourtant, il y vont désormais à l'intimidation ! Le chef du bureau responsable de la sécurité de l'État de la police de Vienne, Hofrat Zander, qui est responsable de la récente émeute policière (voir notre numéro précédent de Maudite:Autriche, 0600), menace les activistes de faire appel aux forces de police et de prendre des mesures vigoureuses. Entre-temps, les activistes connus reçoivent des notifications de police en permanence.

[2] Une visite chez un "Expert es Démocratie"
Afin de défendre "bec et ongles" (Wolfgang Schuessel) la réputation de l'Autriche, la Ministre autrichienne des Affaires étrangères, Benita Ferrero-Waldner, a lancé une nouvelle offensive de charme visant à démontrer à des personnalités internationales et surtout du monde des médias que l'Autriche est parfaitement capable d'avoir un comportement démocratique. La tournée a été soigneusement organisée, il y a quelques temps déjà, par une agence de relations publiques. À Londres, B. Ferrero-Waldner a rencontré un expert en démocratie, l'ex-Premier ministre britannique Margret Thatcher, qui a évoqué son grand ami, l'ancien dictateur chilien Augusto Pinochet, en ces termes : "Il a apporté la démocratie au Chili." L'Autriche a beaucoup à apprendre de lui !? Il a peut-être des idées à mettre en œuvre contre les activistes antigouvernementaux qui dérangent.... Pour ce qui est de savoir si l'Union européenne reconnaîtra la rencontre avec un opposant à l'Union, c'est une autre question. Mais la démocratie exige des sacrifices... surtout de la part de l'opposition.

[3] Les humbles serviteurs de Monsieur Windholz
Le nouveau président de la "Section de Basse Autriche" du FPOe, Ernest Windholz, n'est pas le seul à rencontrer des problèmes du fait de certaines idées d'extrême-droite (il a notamment utilisé la devise des Waffen SS, corps armé hitlérien, "Notre honneur, c'est notre foi", à l'occasion de son discours d'inauguration (cf. notre numéro précédent, Maudite:Autriche, 0600). Une autre personnalité de cette section, Barbara Rosenkranz, n'est autre que l'épouse de Horst-Jakob Rosenkranz, l'éditeur du magazine d'extrême-droite "Fakten" ("Les faits"). D'autres liens très instructifs de ce genre ont été révélés par l'hebdomadaire "Profil" dans son numéro du 12 juin dernier : avant son accession à des fonctions politiques, Bernhard Blochberger a été candidat du corps néofasciste (NDP) de feu Norbert Burger. Lorsque que le NDP a été interdit en 1988, Blochberger s'est pris d'intérêt pour le "référendum citoyen - Du cœur pour les natifs du pays" qui est bien connu pour ses opinions hostiles aux étrangers. Il avait pour habitude de signer ses "compétents" articles par la formule "Salutations allemandes". C'est déjà probablement lors de sa période au NDP qu'il a rencontré son ami Frank-Dieter Stanzel qui est devenu "1. Bundesschriftwart" (une expression employée pour qualifier un secrétaire sous le national-socialisme). À la fin du mois d'avril dernier, le passé de Stanzel fut de nouveau évoqué publiquement lors d'une inauguration d'un conseil local. Lorsqu'un commentaire lui a été demandé au sujet de son passé au NDP, il s'est contenté de répondre : "Je n'ai tué ni pendu personne que je sache - Tout ceci était légal." Aujourd'hui Blochberger et Wolfgang Haberler sont collègues au Parlement provincial de Basse Autriche. Ils ont tous deux écrit des articles dans le passé pour "Der Voelkerfreund"("L'Ami des Nations"), un périodique publié par des personnes qui ont été décrites comme un "petit groupe d'extrémistes de droite" par le Centre de documentation de la Résistance autrichienne (DOeW). Haberler fait en outre partie du conseil municipal d'une localité de Basse Autriche, et le FPOe local dans sa ville a distribué des dépilants en 1990 qui déclaraient : "L'Autriche était allemande, elle est allemande et elle restera allemande". En 1997, Alois Preiszler et Edwin Rambossek, deux autres membres du FPOe, ont participé à l'assemblée générale de la "Camaraderie Prince Eugen", une "organisation de vétérans d'extrême-droite" selon le centre DOeW. Dans les années soixante, Rainer Mauritz, aujourd'hui expert financier auprès du FPOe, s'est impliqué dans une série d'attaques dans le Sud du Tyrol, pour lesquelles il a été condamné à une peine de cinq ans et demi de prison. En 1993, la police a découvert des drapeaux à croix gammée et autres matériels de propagande nazie au domicile de son ancien agent de presse. Il fut accusé par un membre du FPOe du conseil municipal qui fut exclu du parti pour cette accusation.

[4] Connexions internationales du FPOe (1)
Quelque 150 émissaires de Lega Nord sont venus rencontrer le FPOe de Carinthie. Selon Martin Strutz, l'objectif de cette entrevue était "l'échange de pensées sur des questions de politique et d'organisation". Il va de soi que les sanctions de l'Union européenne contre l'Autriche ont été au cœur des discussions, sanctions que les deux parties ont condamnées. Les représentants de Lega Nord venaient de Vicenza où Joerg Haider était allé soutenir leur campagne électorale à l'automne 1999. À cette occasion, selon le magazine "Padania" publié par Lega Nord, il aurait déclaré : "Viva la Padania".

[5] Connexions internationales du FPOe (2)
Lors d'une interview, le président du Bureau allemand de la sécurité constitutionnelle, Heinz Fromm, a souligné que le succès du FPOe exerçait une influence certaine sur la scène politique de droite en Allemagne. Il a ajouté qu'il existe des connexions entre les supporters du FPOe et les extrémistes de droite allemands.

[6] Allocution d'un extrémiste de droite à l'académie FPOe
Ce n'est qu'aujourd'hui qu'il a été rendu public qu'un extrémiste de droite allemand, Horst Mahler, a été invité par une association académique liée au FPOe pour venir tenir une conférence à Vienne le 23 novembre 1999 sur le thème : "La trahison de la gauche allemande par Adolf Hitler. La trahison de l'Allemagne par la gauche. Y a-t-il un avenir pour la nation et la race allemandes ?" Au cours de son allocution, Horst Mahler n'a pas su retenir son enthousiasme pour A. Hitler : "Hitler a su prendre en main et unir les forces nationales et révolutionnaires de cette nation."

[7] Le FPOe et son passé
Le FPOe local du village de Seekirchen a annoncé que la communauté ne participerait pas au Fonds du travail obligatoire nazi. Au contraire, l'adjoint au maire FPOe et représentant du corps législatif, Helmut Naderer, a exigé un dédommagement de la part du gouvernement fédéral allemand ainsi que des gouvernements actuels des anciens Alliés de la Seconde guerre mondiale, pour tous ceux dont des proches ont été emmenés en Russie ou dans d'autres pays victorieux ou qui ont perdu la vie durant le conflit. Helmut Naderer a avancé comme argument à cette décision pour Seekirchen : "Il est historiquement prouvé que la municipalité n'a jamais fait usage du travail obligatoire". Donc, "il n'y a aucune raison pour accorder un soutien financier à cette action.". Au contraire, de nombreux habitants de Seekirchen étaient encore emprisonnés ou punis de travaux obligatoires en Russie ou dans d'autres pays alliés, bien après la fin de la guerre. "Nombre d'entre eux n'ont pas survécu aux conditions de vie inhumaines et sont morts. D'autres ne sont revenus des camps de travail que plus de dix ans plus tard."

[8] Des dizaines de milliers de dossiers sur les vols nazis dans les archives de Vienne
Les dossiers secrets du bureau central de l'émigration juive et le service de l'expropriation ont été conservés durant des décennies au bureau des Affaires financières de Vienne. Ces dossiers comportent des listes nominatives de transports des citoyens juifs déportés de Vienne à destination de camps d'extermination ou disciplinaires. Les premières estimations semblent indiquer l'existence de plus de 100 000 dossiers qui ont été conservés sans que les familles des victimes aient été au courant. Ces dossiers ne contiennent pas uniquement des informations sur la déportation de Juifs autrichiens, mais aussi sur l'assistance apportée par les banques dans les expropriations. En outre, ils semblent préciser que les autorités autrichiennes étaient parfaitement informées de l'étendue de l'expropriation déjà immédiatement après la guerre. Première réaction du président de la Communauté israélite, Ariel Muzicant : "Ceci constitue un tel outrage que ces faits à eux seuls devraient entraîner des plaintes de l'ordre de plusieurs centaines de milliards." La Communauté israélite ne portera pas plainte, mais elle exige une campagne d'éclaircissement complet sur les crimes de l'Holocauste.

Source : "Der Standard" du 30 juin et du 1er juillet 2000

[9] Sondage d'opinion du mois
Selon le sondage d'opinion de l'institut INTEGRAL, 8 % des Autrichiens pensent que le génocide des Juifs sous le Troisième Reich n'est pas un fait historiquement prouvé. La plupart d'entre eux sont des personnes âgées ou des électeurs du FPOe. Dix pour cent des personnes interrogées n'ont pas voulu répondre à cette question.

[10] Le FPOe "leader de block"
Alors que le OeVP s'efforce d'améliorer ces connaissances en matière de démocratie, le FPOe s'engage sur la voie du cosmopolitisme. Dans le district viennois de Simmering, par exemple, le FPOe sait montrer le meilleur de lui-même. Une Turque qui vit dans un logement de la municipalité provoquait depuis longtemps son voisinage. Le simple fait que son fils ait refusé de prêter son jeu de Gameboy aux autres enfants a suffi à la foule raciste pour réagir contre le "contrôle étranger". Lors de réparations sur son balcon, des saletés sont tombées sur le balcon de l'étage du dessous, ce qui a paru amplement suffisant pour alerter le FPOe. Herr Anetsdorfer, membre du FPOe, lui a alors fait parvenir un courrier indiquant : "Nous avons appris que vous n'êtes malheureusement pas capable de respecter les conditions habituelles élémentaires (!) de vie en appartement. Nous vous prions donc d'éviter à l'avenir de causer de tels troubles (!) et de bien vouloir vous conformer davantage aux usages courants en Europe centrale (!)." La lettre s'achevait par : "Nous espérons avoir pu vous faire entrevoir un aperçu des opinions de votre voisinage, et espérons pouvoir constater à l'avenir une amélioration de vos manières." Les "opinions" de Herr Anetshofer ont été révélées il y a quelque temps, par l'hebdomadaire viennois "Falter" : à l'occasion d'un remue-méninges pour la réalisation de nouveaux dépliants du FPOe, Anetshofer a eu des moments d'inspiration illuminée tels que : "Qui extermine la nation et le pays ? Le SPOe et les demandeurs d'asile !" (cela rime, en Allemand !). Quant à une suggestion proposant d'organiser un forum de débats à un endroit fréquenté par des Turcs, il a répondu : "Dans le meilleur des cas je vais y lancer une grenade." C'est la voix de la nation !

[11] Liberté artistique
Selon ses propres déclarations, Gerard Mortier, directeur artistique des "Salzburg Festivals", se sent "surveillé comme dans un État policier". "Les déclarations politiques pouvant être considérées comme des ruptures de contrat" un avocat relit à présent chacune de ses lettres qui pourraient receler une connotation politique.

[12] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (1)
Occupée politiquement par les votes du FPOe et du OeVP, la direction des émissions nationales ORF a décidé d'ouvrir une enquête impliquant la série radio intitulée "Journal Panorama" sur l'objectivité de la sélection des thèmes et des intervenants. La rédaction du service de l'information de l'ORF a qualifié ceci d'"événement sans précédent dans l'histoire de la radio". Elle voit dans cette enquête une tentative du gouvernement pour mettre fin aux reportages critiques et une attaque contre la liberté de la presse.

[13] Une certaine idée en noir et bleu de la liberté d'expression (2)
Pour la première fois en Europe, un parti politique (le FPOe) poursuit un magazine en vertu de la loi relative au respect d'accord de réciprocité des transactions commerciales (!). À l'origine, une campagne de publicité du magazine NEWS. Boehmdorfer - alors simple avocat et aujourd'hui Ministre de la Justice - s'était engagé dans cette action. Ces poursuites ont pu être lancées suite au verdict rendu par un tribunal estimant que le FPOe, en sa qualité de propriétaire d'un journal de parti, concurrençait d'autres parutions. Dans une conversation entre le FPOe et NEWS, le négociateur du FPOe a déclaré : "Si NEWS met un terme à ses critiques sur le gouvernement, le FPOe suspendra sa requête." Récemment Boehmdorfer, en sa qualité de Ministre de la Justice, a augmenté les peines pour les affaires de ce genre, qui passent de ATS 80 000 à 1,3 millions par jour. Ceci menacera certainement l'existence des médias trop critiques, à l'avenir.

[14] Fonctionnaires à vendre
Le Ministère de l'Intérieur a récemment revu à la baisse le salaire quotidien des fonctionnaires des travaux d'intérêt général qui passe de ATS 155,00 (soit environ 22 DM ou 11 dollars USD) à ATS 43,00 (soit environ 6 DM ou 3 USD). L'expert en nutrition du Ministère de l'Intérieur a également fourni la liste des courses quotidiennes : 53 grammes de poulet rôti, 4 grammes d'épinards (égouttés), 143 grammes de pain, 9 grammes de chou, 18 grammes de pâtes, 14 grammes de thon, 142 millilitres de lait frais, un demi-sachet de thé, 0,7 ¦uf. Cette liste provient de la liste des fournitures d'urgence de l'Association de défense civile. De nombreuses organisations sociales ne bénéficiant plus officiellement du soutien de ce service social, le Ministre de l'Intérieur Strasser a eu une autre idée brillante : les organisations ayant besoin de ces fonctionnaires sociaux peuvent les obtenir pour la somme modique de ATS 10 500. Le marché aux esclaves est ouvert. Remarque : en Autriche, le service militaire est obligatoire pour les hommes. La conscription dure 8 mois, le service civil 12 mois. Ainsi, les objecteurs de conscience refusant le port des armes et souhaitant éviter l'emprisonnement pour refus d'incorporation doivent servir 4 mois de plus. Les personnes bénéficiant du service civil sont principalement affectées dans les services de police, les services hospitaliers et instituts sociaux tels que "ai" ou le Centre de documentation de la Résistance autrichienne (DOeW). Nombre de ces postes ont été supprimés et les instituts concernés font face à des problèmes d'ordre financier. Ces réductions visent des cibles bien spécifiques : les organisations de défense des droits de l'homme et les centres hospitaliers à Vienne (la ville étant dirigée par les sociaux-démocrates) sont principalement visés, la police absolument pas. De nombreux fonctionnaires de ces travaux d'intérêt général doivent à présent attendre longtemps avant de pouvoir reprendre leur service. Il n'en reste pas moins que le service civil est une forme de travail forcé qui entraîne des problèmes de salaire dans de nombreuses professions.

[15] Douches froides en Carinthie
En Carinthie, le magazine "Life in Line" a été distribué aux sorties d'écoles pendant un certain temps. Les jeunes de Carinthie ont ainsi pu lire différents articles traitant de ce qu'il convient de faire pour devenir un homme. Un vrai homme n'effectue pas de service civil mais : "La formation aéroportée est un des plus grands défis en matière d'éducation". "Life in Line" expliquait également le rôle essentiel de la sexualité dans la maturité de l'homme : "Deux modèles de morales contradictoires viennent à l'esprit : d'un côté, le garçon rationnel qui prend une douche froide chaque jour et recherche en permanence sa princesse. De l'autre, le garçon absolument perdu qui ne tient pas sur ses jambes. Qui a les meilleurs atouts... pour établir une relation aimable et heureuse ? L'as de cœur est dans les mains du prince loyal qui comprend la vieille école de la conquête sentimentale dans toute sa noblesse et qui rendra sa femme heureuse." Ce comble de non-sens bénéficie du soutien du gouvernement provincial de Carinthie (dirigé par le FPOe), de l'ORF de Carinthie et du journal "Kleine Zeitung". Dans un article d'une page et demie, Joerg Haider s'est lancé dans une diatribe contre la drogue, se présentant comme un exemple resplendissant. Le journal l'a dépeint comme "le chef le plus remarquable d'un gouvernement provincial dans toute l'histoire de notre pays. Athlétique, en pleine forme, presque partout au même moment, toujours parfaitement bien informé, il donne en permanence l'impression de rentrer de vacances."

[16] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (1)
Les membres du SEK attirent toujours l'attention : qu'il s'agisse des arrestations par des policiers masqués du SEK au cours du carnaval antifasciste, du bureau-conseil pour les réfugiés et étrangers du Parti Vert, cible d'une des actions du SEK, ou encore de la fermeture d'un sauna fréquenté par des homosexuels ou de l'assassinat d'un dealer présumé (Imre B.), ou bien encore de propos racistes et sexistes ("poufiasse/pute à nègre") - les "Rambo" de la police civile sont très actifs (voir le numéro précédent de "Maudite:Autriche", juin 2000). L'affaire Imre B. n'est pas terminée : si l'on en croit la police, le coup est parti accidentellement au moment où le dealer présumé ouvrait la portière de sa voiture. Même dans les milieux policiers, on émet des doutes quant à cette version peu crédible de l'accident, et le rapport d'autopsie dément clairement la version officielle. À présent, il a été rendu public que la même nuit, le tireur lui-même (!) - que l'on disait souffrir d'un traumatisme consécutif à cet "accident" - avait interrogé des témoins oculaires, violant les conventions relatives à la torture (!) et avait participé à des fouilles de résidences le lendemain. Il est donc très compréhensible que le passager de la voiture de Imre B. ait "confirmé la version officielle de l'accident", surtout lorsque l'on sait que les "témoins" ont été battus, menacés et humiliés au cours de leur interrogatoire.

[17] La police et le groupe spécial d'enquêtes criminelles - SEK (2)
Si la police ne parvient pas à obtenir une condamnation de manière légale, cela ne pose plus de problème à présent. Plus d'une centaine de Noirs ont été arrêtés au cours de l'"Opération de printemps" (un raid de grande envergure contre les trafiquants de stupéfiants, à forte motivation raciste). À une exception près, tous ont été traduits en justice et condamnés pour trafic de stupéfiants sur très peu de preuves, voire sans aucune preuve. Si aucune preuve ne peut être produite, la police s'efforce d'acheter les principaux témoins. Elle promet en particulier une réduction de l'internement pour les drogués ou les personnes impliquées dans le trafic, ou elle les paie tout simplement. Lors d'un procès s'étant tenu récemment, la déposition d'un témoin de ce genre, nommé "Anonyme 1" et ayant comparu masqué, a suffi pour prononcer une condamnation à cinq ans de détention. Le système judiciaire fonctionne entièrement à l'envers ! Lors d'une autre affaire, l'avocat de la défense a demandé à un "témoin" de ce genre ce qu'il avait reçu de la police pour son témoignage. Réponse du témoin : "Dois-je répondre à cette question en public ? Et de toute façon, ça n'a pas été contre une tasse de thé !" Le seul acquittement d'un Noir a été dû à des contradictions flagrantes entre les "témoins à charge". Et il n'y a rien de surprenant au fait que ces "témoins" particuliers soient fréquemment accompagnés au tribunal par des membres du SEK, afin d'assurer leur intimidation. Un officier de police a ainsi récemment rageusement claqué la porte d'une cour de justice, après qu'un de "ses témoins" a subitement changé d'opinion, alors qu'un autre a tapé sur l'épaule de "son témoin" et l'a invité à prendre un verre. Pour l'heure, ces méthodes sont employées "uniquement" contre des Noirs. La voie avait été préparée par la propagande raciste qui a eu libre cours durant des années sous l'ancien gouvernement SPOe/OeVP. Ce n'est plus qu'une question de temps pour que les opposants au gouvernement et les activistes politiques soient traités de la même manière.

[18] Dénonciation
Une légère modification de la législation a permis une nouveauté : pour la première fois, un citoyen normal - qui, au contraire de la police, n'est pas soumis aux réglementations de la conduite des officier des police - peut procéder à des enquêtes en qualité de "prolongement" de police. Pour la première fois, le système judiciaire autorise un enquêteur amateur hobbyste à révéler au tribunal ses "observations", de manière absolument anonyme et en l'absence des accusés. Personne à part les officiers de police ne les connaît, personne ne connaît leur récompense - car selon des personnes des milieux judiciaires, ils bénéficieront de rétributions et de la bienveillance de la police... Big Brother is watching you. Big Brother is denouncing you.

[19] Des dealers et l'Audi A8
Lors d'une interview pour l'hebdomadaire "Format" (no. 25/19.6.00), on a demandé au directeur de la police viennoise si le harcèlement policier subi par les Noirs africains avait des motivations racistes. Réponse de Stiedl : "Les statistiques démontrent que nous ne poursuivons pas les Noirs africains pour des questions de racisme mais parce qu'un grand nombre d'entre eux sont impliqués dans des trafics de stupéfiants." Il a ajouté : "Si des Noirs africains vendent de la drogue à un moment et à un endroit donnés, les contrôles adéquats seront effectués, sur des Noirs et non sur des Blancs." Question de "Format" : "Vous déclarez donc que la couleur de la peau est un critère pour la police". Réponse de Stiedl : "Je vais vous expliquer cela autrement : si davantage de voiture de type "Audi A8" sont volées, nous contrôlerons davantage de voitures Audi A8... Si des Noirs africains sont suspectés de trafic de drogue dans une localité donnée, la police contrôlera les Africains présents."

[20] Incendie criminel dans un logement pour étrangers
Le 27 juin, un immeuble de Salzbourg habité par des étrangers a été la cible d'un incendie criminel. Les habitants ont pu quitter les lieux à temps. Comme d'habitude, la police exclut d'emblée la possibilité d'une motivation politique.

[21] Aimez l'Autriche ! (1) - le projet
"Aimez l'Autriche ! - Première semaine européenne de coalition" - tel est le titre d'une production du réalisateur allemand Christoph Schlingensief, du Festival de Vienne ("Wiener Festwochen" 11.-17.6.). Au centre-ville, près de l'opéra, Schlingensief a logé 12 demandeurs d'asile dans des conteneurs d'expulsion. Par le biais d'Internet et d'écrans, les demandeurs pouvaient être observés. Par vote téléphonique TED, deux demandeurs devaient être choisis chaque jour pour être expulsés. L'inscription "Les étrangers dehors" figurait en haut du conteneur, avec juste en-dessous une bannière portant le logo du "Neue Kronenzeitung" (quotidien autrichien populaire au plus grand tirage). À côté se trouvait un drapeau du FPOe. Schlingensief entendait "mettre en pratique le jeu du FPOe". Parallèlement, le projet était un miroir pour tout le monde, car - selon le réalisateur - "l'observateur s'observe lui-même" et "les vrais mensonges sont dans l'obscurité". La frontière entre la fiction et la réalité a rapidement disparu. Les "natifs d'Autriche" qui jouaient en réalité les rôles principaux ont fait de leur mieux - ou plutôt de leur pire. Une foule se tenait en permanence autour du village de conteneurs. Des discussions envenimées ont eu lieu et des cris ont retenti ("Nazis, Nazis, nous sommes ce que nous sommes, nous n'avons pas besoin de nègres ici. Ni de Juifs non plus"), ainsi que des discussions véhémentes pour et contre les forums Internet. Mardi soir, le village a été attaqué (tentatives d'incendie criminel, deux individus armés de couteaux ont pénétré de force dans la zone des conteneurs et ont tenté de détruire la bannière "Étrangers dehors"). En début d'après-midi du mardi, des étrangers ont jeté des bombes d'acide butyrique en direction du village de conteneurs. Des débats politiques ont suivi l'événement : l'OeVP estimait que le projet de Schlingensief était "contestable et va à l'encontre du but recherché", qu'il amènerait de nombreux touristes à se faire "une impression fausse de l'Autriche et des émotions injustifiées" (Secrétaire générale de l'OeVP, Maria Rauch- Kallat). Le FPOe a annoncé une motion contre le conseiller culturel de l'OeVP, Peter Marboe. Hilmar Kabas (chef du parti du FPOe viennois) a déclaré pour sa part : "L'indignation des citoyens a atteint son paroxysme." Le "Kronenzeitung" qualifie Marboe de "perturbateur gaspillant l'argent des contribuables". Des termes fleuris caractéristiques du "Kronenzeitung" et du répertoire du FPOe ont pu être entendus : citoyens indignés, gaspillage de l'argent des contribuables, dénigrement de l'Autriche, exploitation des sentiments envieux, ce n'est pas de l'art...

[22] Aimez l'Autriche ! (2) - les conséquences
Le projet de Christoph Schlingensief va également donner lieu à toute une série de charges. Le FPOe poursuit le Festival de Vienne pour diffamation et atteinte à la crédibilité, une personne privée anonyme a évoqué le "mépris de l'État". La bannière du "Kronenzeitung" avait déjà été enlevée le second jour de l'action et le journal a lancé une poursuite pour l'utilisation de son logo, alléguant qu'il est "illégal et injurieux, contre les intérêts de la société". Commentaires de Schlingensief : "Je suis attristé par le comportement du "Kronenzeitung", on ne perd pas chaque jour de si bons amis." Alors que le Président du FPOe de Basse Autriche, Windholz, a pu sans conséquence citer la devise des Waffen SS, "Notre honneur, c'est notre foi", (voir notre numéro précédent, 0600) avec l'excuse qu'il s'agissait d'un mot spontané (le fait qu'il soit proche d'un "vétéran" SS connu pour aimer raconter des histoires sur le "bon vieux temps" ne surprend que peu de personnes), l'artiste Christoph Schlingensief est poursuivi pour violation de la loi contre le renouveau de la propagande nazie (cette loi spécifique n'existe qu'en Autriche). La raison de cette poursuite est la bannière portant une référence satirique à cette citation fixée sur les conteneurs "Aimez l'Autriche". Le Ministre de la Justice, Boehmdorfer, a insisté pour appeler lui-même différents journaux afin de les informer personnellement des poursuites dans l'affaire Schlingensief.

Fait surprenant : quatre membres FPOe du Parlement national ont porté plainte contre Schlingensief pour "délits punissables, en particulier suspicion d'incitation". La bannière "Étrangers dehors" invitait en effet manifestement des actions hostiles aux étrangers en Autriche. La propagande du FPOe, pourtant, a utilisé des slogans tels que "Stop à l'infiltration étrangère", "Contre l'abus du droit d'asile" et "Vienne ne doit pas devenir Chicago", lors de différentes campagnes électorales.

[23] Aimez l'Autriche ! (3) - "Les Indiens prennent le fort"
Les participants des manifestations quotidiennes du mardi contre le gouvernement sont montés sur le toit du conteneur, ont détruit le piquet "Étrangers dehors" et ont peint les slogans "Résistance" et "Non au racisme". Certains d'entre eux sont entrés de force pour "sauver" symboliquement les demandeurs d'asile surpris. D'autres manifestants ont retiré les bâches de camion d'un groupe associé au OeVP indiquant que la production de Schlingensief était UNIQUEMENT un "jeu dangereux avec les émotions". Cette "attaque des Indiens dans le fort de l'Ouest" (Schlingensief) était sans aucun doute voulue comme une intervention dans le "jeu de l'expulsion" et une preuve de solidarité. Les opinions ont toutefois divergé et entraîné des discussions.

[24] La raison de l'arrêt d'une conférence économique
Après la visite du conteneur de Christoph Schlingensief, quelque 200 manifestants sont allés à l'hôtel Marriott qui accueillait une conférence économique internationale de la National Bank. Ils ont interrompu le Ministre des Finances Grasser (du FPOe) alors qu'il allait menacer de plans de réforme des retraites pour les employés des chemins de fer fédéraux autrichiens (OeBB). Des sifflets et de ch¦urs ("Résistance", "Nous voulons Schuessel") ont arrêté son discours. Les manifestants ont quitté l'hôtel une vingtaine de minutes plus tard. Le chancelier fédéral Schuessel a annulé sa venue, la conférence a pris fin jusqu'au lendemain. Des poursuites pour "violation de propriété" et "refus de l'autorité exécutive" ont été annoncées.

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