Sur les murs de Vienne ou sur divers calicots des manifestations
anti-FPÖ-ÖVP, on peut dorénavant lire Widerstand (Résistance).
Malgré l'existence depuis belle lurette d'organisations antifascistes,
venons-nous dassister à l'An zéro de la résistance autrichienne
? Portraits de ses principaux mouvements. Par ordre alphabétique.
> Demokratische Offensive
Dès l'intronisation de l'équipe FPÖ-ÖVP (en février 2000), LOffensive
démocratique a multiplié l'organisation de manifestations. A la base
de ce collectif unitaire de résistance, on trouve le Club républicain
et SOS-Mitmensch. L'Offensive démocratique rassemble maintenant divers
groupes étudiants, féministes, comités de quartier, etc. Son objectif
est le même que celui de ses camarades de combat : la chute du gouvernement
bleu-noir (le noir est la couleur des conservateurs et le bleu celle
des libéraux nationaux-populistes du FPÖ) et la tenue de nouvelles
élections.
> Der Republikanische Club Neues Österreich
Ce club de réflexion et daction est né après lélection
à la présidence, en 1986, de l'ancien officier nazi Kurt Waldheim.
Ses initiateurs proviennent du milieu progressiste intellectuel et
artistique. Dès le pacte post-électoral entre le FPÖ et lÖVP,
le Club républicain sest lancé dans la bataille avec ses compagnons
de route de toujours. Il agit comme un centre culturel et politique
en interaction avec la société civile. En plus des conférences-débats
dactualité régulièrement organisées, il publie " Bulletin ",
un périodique dune haute teneur intellectuelle.
> Dokumentationsarchiv des sterreichischen Widerstandes
(DöW)
Ce centre de documentation est issu en droite ligne de la résistance
antinazie. Né en 1963, le DöW est toujours animé par des anciens résistants
et des historiens antifascistes. Il s'est donné pour mission de traquer
l'extrême droite, l'ultra droite et de prouver leurs liens avec les
milieux néonazis nationaux ou internationaux, dont des groupuscules
responsables d'actions terroristes. Il détient des milliers de documents
sur la Deuxième guerre mondiale, le génocide commis par les nazis,
lextrême droite après 1945
Des conférences et des séminaires
sont régulièrement organisés par cet organisme indépendant. Il édite
une lettre dinformation qui a pour titre " Mitteilungen ".
> Ligue des Droits de l'Homme
La section autrichienne de l'organisation internationale du même nom
a, dès l'investiture du gouvernement bleu-noir, mis sur pied des actions
d'information et l'organisation de ripostes à adopter face à la nouvelle
donne politique. Elle s'occupa notamment de la visite en Autriche,
au début du mois de février, du président de lépoque de la section
belge de la Ligue des Droits de l'Homme, Georges-Henri Beauthier.
> Radio Orange
Cette radio libre est devenue au fil des événements le média de référence
de la contestation. D'après un article de "Libération" du
19 février 2000, le nombre de ses auditeurs était estimé à 20 000,
avant le mois de février. Trois semaines plus tard, il serait passé
à plus de 100 000 auditeurs ! Radio Orange est rapidement devenue
la radio de la majorité silencieuse autrichienne. Pour l'un de ses
sept permanents : "le concept est de donner la parole à ceux,
groupes ou minorités, qui n'ont pas accès aux médias". Au programme
: des émissions pour les populations issues de l'immigration (y compris
dans la langue d'origine, comme par exemple le Vietnamien), des débats
sur les divers mouvements revendicatifs, de la musique multiculturelle
(de la salsa à la chanson française, en passant par des chants traditionnels
turcs), des flashs d'infos sur les manifestations anti-FPÖ-ÖVP
Les émissions de Radio Orange sont réalisées grâce à plus de 500 bénévoles !
> Rosa Antifa Wien (RAW)
Depuis plusieurs années, cette organisation est active dans
le combat antifasciste. Tout naturellement, après les élections législatives
doctobre 1999, où le FPÖ obtint plus de 27 % des voix, le RAW
est devenu lun des fers de lance de la nouvelle résistance.
Par des actions originales ou plus traditionnelles, il anime un large
réseau de militants. En juin 2000, Rosa antifa Wien lança Evil :
Austria !, un bulletin mensuel de contre-informations
circulant sur internet par e-mail. Avec lobjectif de diffuser,
en plusieurs langues (dont le français), des informations sur la situation
politique en Autriche, au jour le jour. Et notamment sur les mesures
gouvernementales ou les " bavures " policières.
Evil : Austria ! est diffusé avec le soutien dun
réseau européen, actif de Vienne à Amsterdam, en passant par Lyon
et Bruxelles. RésistanceS est membre de ce réseau et diffuse
Evil : Austria ! sur son site (voir le sommaire de
ce dossier autrichien).
> SOS-Mitmensch
Cette association est devenue la plaque tournante de la contestation
au gouvernement noir-bleu. Cest elle qui est la base de la manifestation
internationale du 19 février 2000 à Vienne (plus de 200 000 personnes).
Dans le camp des anti-ÖVP-FPÖ, elle représente laile activiste.
Une aile agissant en concertation avec laile intellectuelle
du mouvement, incarnée par le Republikanische Club Neues Österreich.
Ces deux mouvements sont notamment à la base de lOffensive démocratique,
un front pluraliste de lutte contre lextrême droite. Fondée
en 1993, sous le modèle de l'organisation antiraciste française SOS-racisme,
SOS Mitmensch organisait cette année-là une gigantesque manifestation
pour protester contre un référendum anti-étrangers proposé par le
parti dextrême droite de Jörg Haider. Depuis lors, au quotidien,
SOS-Mitmensch défend les droits des étrangers et lutte contre les
préjugés xénophobes dans un pays où les revendications multiculturelles
sont mal vues par beaucoup.
> Les sites Internet
Les anti-Haider-Schüssel se retrouvent dans la rue, mais également
sur internet. Plusieurs sites ont été créés. Ils diffusent des informations
précises sur lagenda antifasciste, des dossiers sur le vrai
visage du FPÖ, des illustrations originales et animées. La plupart
des sites antifascistes étrangers, comme celui de la Coordination
antifasciste de Belgique (CAF) et de " RésistanceS ",
ont établi des liens directs en direction de ces sites autrichiens.
Le 1er mars 2000, le magazine télé français " Télérama "
consacrait un intéressant article sur ces sites.
Manuel ABRAMOWICZ