Sur un mur du centre-ville de Bruxelles
- 1989 |
Rapport 2000-2001 sur lantisémitisme en Belgique Chaque année le Stephen Roth Institute, un centre détude sur lantisémitisme et le racisme de lUniversité de Tel Aviv, publie en anglais un rapport international sur les actions et les organisations anti-Juives dans le monde. Pays par pays. Voici la partie consacré à la Belgique de lédition 2001. En 2000 et durant les premiers mois de lannée 2001, aucun acte violent prémédité de type antisémite na été enregistré. Cependant, une « littérature » et des discours anti-juifs ont continué à être diffusés, de façon limitée, dans divers secteurs de la société belge. Contrairement à dautres Etats européens, lantisémitisme en Belgique reste cantonné, pour une grande part, au sein de mouvements politiques dextrême droite à lheure actuelle toujours marginaux. Il nexiste pas dorganisation importante dont lobjet principal serait la « lutte contre les Juifs ». Certes, à Anvers et Bruxelles, le cercle Vrij historisch onderzoek (VHO, Recherche historique libre) poursuit la réalisation autonome et la diffusion de divers pamphlets ouvertement antisémites, sous le couvert d« études » visant à nier le judéocide. Mais VHO reste un groupuscule confidentiel, comme nous le verrons plus loin. Une chose est sûre, en Belgique, à linstar dautres pays européens, lantisémitisme est bien moins ancré que le racisme contre les Arabes. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, lorganisme du gouvernement fédéral belge chargé de combattre le racisme, sest dailleurs une nouvelle fois inquiété, en 2000, de laugmentation de la discrimination envers des personnes dorigine étrangère en général, et arabe en particulier. Nous remarquons également un renforcement de largumentation « biologique » dans les textes racistes. En effet, à la fin des années septante, sous limpulsion de la Nouvelle Droite, lextrême droite dans son ensemble se revendiquait de lethno-différentialisme (idée hypocrite du respect des cultures différentes sans hiérarchisation des peuples). Depuis quelques années, le racisme biologique, à la base du nazisme, se développe de plus en plus au sein de forces politiques néofascistes. Lantisémitisme au sein de la population
belge Cest notamment le cas auprès de certains supporters de football. En décembre 2000, Marc Degryse, le meneur de jeu de léquipe GB Anvers, dénonça les violences de membres de fan-clubs qui profitent des rencontres sportives pour scander des slogans insultants et racistes à lencontre dautres amateurs de football ou en direction de joueurs déquipes adverses. Comme lors dune récente rencontre entre Bruges et Anvers, de part et dautre dans les gradins, des saluts hitlériens et des slogans antisémites furent observés. Cela nest en rien étonnant quand on sait que, depuis de nombreuses années, des o-sides ont été systématiquement infiltrés par la droite nationaliste. A Charleroi, par exemple, une bande de hooligans agissant sous le nom des WallonBoys est sous linfluence de lextrême droite. Plusieurs de ces hooligans ont régulièrement participé aux manifestations des groupuscules REF et Nation. Dans lhistoire politique récente, des dérapages pouvant revêtir un caractère antisémite ont été commis également par des hommes politiques issus de partis démocratiques. Le dernier en date est survenu, en mai 1998, quand un responsable wallon du Parti social-chrétien (PSC, alors au pouvoir) a manifesté, publiquement et sans ambiguïté, un comportement antisémite à légard dun autre dirigeant local de ce parti. Exceptionnels jusquà présent, ces dérapages confirment néanmoins la persistance de préjugés sur les Juifs, sans doute dus à une méconnaissance ou à linfluence des écrits antisémites du théoricien national-catholique français Charles Maurras sur des politiciens issus des rangs de lultradroite catholique pratiquante. A la lecture dun ouvrage universitaire, coédité par la Fondation Roi Baudouin et les éditions De Boeck au début de lannée 2001, on apprend que 13 % des « Belges naimeraient pas avoir comme voisins » des Juifs. Cependant, ce rejet à légard des Juifs est le taux le moins important des catégories proposées par létudes (17 % des « Belges naimeraient pas avoir comme voisins » des « gens dune autre race », 18 % des « travailleurs étrangers ou immigrés », 22 % des « Musulmans » et 35 % des « Gitans »). Lextrême droite antisémite La thèse du « complot mondialiste », fomenté par l« Internationale juive », reste donc lune des principales obsessions des mouvements politiques antidémocratiques. Pour eux, les Juifs sont toujours lennemi principal. Il nest donc pas rare de lire, dans leurs journaux ou ceux, édités à létranger (par exemple, lhebdomadaire français « Rivarol ») quils conseillent à leurs adhérents de lire, des allusions directes aux pseudo-plans machiavéliques de la communauté juive pour dominer le monde par lanéantissement de la « race blanche » (sic). Le double langage de lextrême droite sest une nouvelle fois exprimé lors des élections municipales doctobre 2000. A loccasion de celles-ci, le Vlaams Blok (VB) a confirmé son souhait déliminer toute référence visible - à son héritage antisémite. La direction actuelle de ce parti dextrême droite (fort de plus de 15 % sur lensemble de la Région flamande et de scores supérieurs à 20 % dans la plupart des grandes villes flamandes) tente de se donner une « nouvelle image » afin daccéder le plus vite possible au pouvoir. Mais, pour y arriver, le VB sait quil devra acquérir des nouveaux électeurs et faire des alliances avec les fractions les plus conservatrices de partis démocratiques. Pour se faire, il est donc obligé dadapter un discours plus « soft » à propos de certaines thématiques. Dautant plus que, dans la ville dAnvers, le VB propose ouvertement à la Communauté juive de voter pour ses listes électorales. La revue juive « Regards » sest par ailleurs inquiétée, à plusieurs reprises, du fait que des Juifs anversois votèrent dans le passé pour cette formation politique singularisée par une démagogie antipolitique et un racisme anti-Arabes à outrance. Force est de constater, toutefois, que les antisémites dhier, qui participèrent à la fondation du VB, en 1978, et les jeunes militants originaires dorganisations néonazies sont encore nombreux à lintérieur et dans la « périphérie » de ce parti. En effet, plusieurs structures militantes et groupes de réflexion proches du Vlaams Blok continuent pour leur part à entretenir la « culture antisémite » qui faisait fureur à lépoque du nazisme. Le principal groupe permettant le maintien des liens du VB avec une mouvance encore plus extrémiste est Voorpost. A la fois groupe daction pour une Flandre indépendante et cercle politico-religieux païen, Voorpost fut fondé en 1976 par de jeunes dirigeants nationalistes proches de la Nouvelle Droite française (en particulier le Groupement de recherche et détudes pour la Civilisation européenne, le GRECE, mené par Alain de Benoist) et des organisations néonazies étrangères. Voorpost soccupa aussi de la distribution de livres niant les crimes contre lhumanité du régime national-socialiste allemand. Aujourdhui, Voorpost est toujours dirigé par des membres importants de la direction du Vlaams Blok, comme lex-sénateur Roeland Raes (son vice-président de 1978 à février 2001) et le député Francis Vanden Eynde (actuel vice-président de la Chambre des députés). A lorigine, Voorpost est issu dun autre cercle nationaliste, Were Di. Celui-ci joue également le rôle de courroie de transmission avec le nazisme et continue, comme jadis, à influencer la ligne idéologique du Vlaams Blok. Apparu en 1962, autour danciens collaborateurs pro-allemands, dont des anciens de la Waffen SS flamande et le fondateur du Vlaams Blok, Karel Dillen, les travaux doctrinaux de ce groupe de réflexion ont servi de base au manifeste de fondation du Vlaams Blok. Were Di se bat pour la fin de lEtat belge et la création dun Etat flamand indépendant sur la base dune « Communauté homogène » de « race blanche », tout comme le Vlaams Blok. Plusieurs parlementaires de ce dernier sont toujours membres du comité de rédaction de « Dietsland-Europa », le mensuel de Were Di. Dans ce mensuel, Robert Faurisson, lun des « gourous » de la secte négationniste, est défendu, tout comme lhéritage national-socialiste. Dans cette myriade dorganisations nationalistes, plus extrémistes les unes que les autres, il se trouve également le Nationalistische studenten verbond (NSV), une « amicale » détudiants universitaires dextrême droite fondée en 1976. Plusieurs dirigeants du VB débutèrent leur activité politique au sein du NSV. Cest le cas de Philip Dewinter et de Franck Van Hecke, respectivement numéro deux et président du parti. Le sigle du NSV est la croix celtique, un symbole celtique récupéré par les néonazis. Après le vote de la loi antinégationniste du 23 mars 1995, le NJSV (la branche lycéenne du NSV) éditera un autocollant affirmant que le « révisionnisme nest pas un crime ! ». La dernière manifestation de cette association étudiante, en mars 2001 à Anvers, reçu le soutien du Vlaams Blok. Une autre organisation de jeunesse, officiellement indépendante de ce parti dextrême droite, est la Vlaamse Jongeren Mechelen (VJM), un groupuscule skinhead actif dans la ville de Malines, comme son nom lindique, et en contact avec plusieurs autres mouvements néonazis et antisémites, en Wallonie comme à létranger. Dans lombre des activités parlementaires du VB, les néonazis se sont donc renforcés. Durant lannée 2000, une nouvelle organisation fut mise sur pied sous lappellation de Blood and Honour-Flanders (B&H). Section flamande du mouvement skinhead anglais du même nom, elle a pour sigle la croix gammée. En Belgique, dans les années quatre-vingt, une première tentative de structurer une section de B&H eut lieu autour de lex-Vlaamse Militanten Orde (VMO). Lactuel B&H-Flanders est apparu quelques mois après lautodissolution de lOdal Aktiekomitee, un groupuscule néonazi qui avait le projet de recréer le VMO. Il y a quelques années, à lintérieur de lappareil dirigeant anglais de B&H, une branche paramilitaire a été constituée sous le nom de Combat 18. Prônant la lutte armée, cette structure clandestine a commis plusieurs actes terroristes en Grande-Bretagne et en Suède. Chez nous, Combat 18 dispose de quelques sympathisants se recrutant dans des organisations comme Blood and Honour-Flanders. Pour finir, il faut également signaler que des néonazis flamands possèdent leur propre « religion raciale». En effet, à Ichtegem (près de la ville de Gand), en 2000, la Wereldkerk van der Kreator Nederlandstalig est apparue. Cest la section flamande officielle de la World Church of the Creator (WCOTC), une organisation néonazie basée aux Etats-Unis, et qui a pour objectif de défendre la « Race blanche » contre le « judéo-christianisme », sous légide dune nouvelle religion dénommée « La Créativité ». Lautre contact belge de la WCOTC est le réseau semi-clandestin belgo-hollandais Consortium-De Levensboom. Un nouveau groupuscule skinhead NS (national-socialiste), les Flanders white nationalists (FWN), serait aussi lié à la branche flamande de la WCOTC. Le webmaster du site Internet néonazi Aryan Nightmare serait pour sa part lun des responsables de cette dernière. Depuis le milieu des années quatre-vingt, le « révérend » de la section française de la WCOTC (apparue officiellement durant lannée 2000), Olivier Devalez, est en contact en Belgique avec plusieurs groupes néonazis néerlandophones et francophones : VHO, le groupe lAssaut, des bandes de skinheads NS, Il avait également tenté dimplanter, sans succès, le Ku Klux Klan en France et Belgique, avec le soutien de quelques sympathisants belges provenant du même milieu. En mars 2001, la presse relata que le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme venait de communiquer un dossier sur la Wereldkerk van der Kreator Nederlandstalig à la justice. En octobre 2000, les deux dirigeants de cette « église raciale pour la Race Blanche » furent candidats aux élections municipales sur des listes locales du Vlaams Blok. Après les révélations sur lappartenance de lun dentre eux, Dimitri Vandenheede, à la direction de la secte politico-religieuse nord-américaine, le VB lexclut, afin de ne pas heurter la tendance « modérée » de son électorat et ses éventuels futurs partenaires politiques issus de partis traditionnels. Ce qui nempêchera pas dautres néonazis militant dans les rangs du VB dy rester. La droite chrétienne intégriste Cette dernière a été fondée par feu Monseigneur Lefebvre, au début des années septante, en Suisse. Dans divers documents de cette « Fraternité », active à Bruxelles, dans la Région flamande et dans la Région wallonne, des annotations clairement antisémites figurent aux côtés de louanges faites au Maréchal Pétain et aux théories judéophobes de Charles Maurras. A la fin du mois de juillet 2000, le quotidien francophone Le Soir informait que la branche belge de la Contre-Réforme catholique (CRF, également connue sous le nom de « Communion phalangiste ») projetait de simplanter plus solidement dans notre pays. Née en France autour de l«abbé » Georges de Nantes (°1928), la CRF poursuit la « croisade » contre les Juifs entamée jadis par les rois catholiques. La documentation en notre possession au sujet de ce groupe sectaire catholique mentionne deux contacts belges. Le premier se trouve à Heusy (province de Liège), le second à Westmalle (province dAnvers). Aujourdhui, totalement isolés de lEglise catholique, les fidèles belges de l«abbé » Georges de Nantes regrouperaient environ une centaine de croyants. Dans les années septante, ce mouvement intégriste avait reçu le soutien en Belgique du « Nouvel Europe magazine » et du Front de la jeunesse, un journal et un groupe daction dextrême droite fessant partie de la mouvance de laile dultradroite du Parti social-chrétien. Lextrême droite néopaïenne Les Fils des Âses (dont le nom officiel est Association des Successeurs des Âses, ASA), par exemple, sont actifs depuis 1992. Basé à Bruxelles, ce groupuscule politico-religieux de défense de la « race nordique » est né au sein de la tendance néonazie de la Nouvelle Droite. Le discours érudit des Fils des Âses sert à masquer, en réalité, des positions extrêmement violentes. En effet, récemment encore, des publications liées à lASA ou à son porte-parole, Bernard Mengal, ont clairement justifié le passage à la lutte armée contre le système. Cette radicalité, leur a permis, au fil du temps, de devenir des modèles pour les groupes skinheads néonazis et néopaïens. Bernard Mengal soccupe depuis 1992, entre autres, de « Megin », l« organe de combat et de réflexion des Fils de Âses », de « Gjallarhorn » (le supplément de « Megin » de 1997 à décembre 2000) et de lédition douvrages basés sur un racisme de type biologique et un antisémitisme obsessionnel. Dans « Racines », une autre revue confidentielle réalisée, de 1994 à 1998, par le porte-parole des Fils des Âses et un dirigeant du groupuscule REF, cette ligne éditoriale sera bien entendu maintenue. En février 1997, « Racines » publiait un long article historique pour justifier lantisémitisme et nier le judéocide. Cette revue sera reprise en main lannée suivante par Thule-Sodalitas, une autre secte néopaïenne dirigée par un ancien responsable bruxellois du Vlaams Blok. Lauteur principal des ouvrages et des revues de Bernard Mengal est le Français Pierre Chassard. Ensemble, ils soccupent aussi, depuis juin 1998, de la revue « Contre-Thèses ». Dans le numéro 2 de celle-ci (daté du mois de juillet 1999), le terrorisme contre « les détenteurs dun pouvoir qui livre le sol national à lennemi » est une nouvelle fois justifié. Lié depuis le début des années quatre-vingt à la revue chrétienne orthodoxe « Altaïr » (éditée à Braine-LAlleud), le publiciste Bernard Mengal fut proche du Front national et aujourdhui de lassociation des Amis de la Renaissance européenne et du Front nouveau de Belgique. Le Vlaams Heidens Front (VHF, Front païen flamand) est un autre groupe néopaïen de plus en plus actif en Flandre. Son siège se trouve à Torhout. Le VHF est membre dune « internationale » païenne dobédience « nationale-socialiste ». Ce Front païen flamand publie des livres sur « les méfaits du judéo-christianisme sur le peuple allemand ». Quant à la page liens de son site Internet, elle renvoie directement vers divers sites dextrême droite (Vlaamse jongeren Mechelen, Voorpost, Taal aktie komitee, ). Le VHF et les Fils de Âses ne sont que les principaux « représentants » dun mouvement politico-religieux marginal et constitué de « tribus » antagonistes sur le plan de lapproche religieuse et concurrents. Ils sont néanmoins soutenus par les travaux de recherche et détude de revues spécialisées (comme « Antaios », éditée à Bruxelles et diffusée par les éditions LÂge dHomme), moins marquées à lextrême droite et servent de caution intellectuelle aux groupuscules se revendiquant plus clairement comme étant les successeurs des adeptes païens du IIIème Reich. Linfluence de lextrême droite
antisémite étrangère Dans des publications dextrême droite belges, un antisémitisme indirect est également décelable, lorsque ces mêmes publications se réfèrent à des journaux ou des propagandistes antisémites étrangers. Dans le journal bruxellois « Polémique-Info », par exemple, les références à Henry Coston ont encore été nombreuses ces derniers mois. Henry Coston est lun des principaux meneurs antisémites en France. Durant lOccupation nazie, il participa notamment à la propagande antisémite qui permit la déportation des Juifs de France. Coston est ensuite resté lun des plus illustres propagandistes de lextrême droite contemporaine. Pour « Polémique-Info », il est un modèle à suivre. Autres références et liens antisémites du journal bruxellois : les revues françaises « lecture et Tradition », « lectures françaises » ainsi que « Faits & Documents », un périodique confidentiel spécialisé dans la dénonciation de l« Internationale juive », du « complot judéo-maçonnique », des divers pouvoirs occultes et directement héritier des travaux politiques dHenry Coston. Il y a quelques années, Alain Escada (le fondateur de « Polémique-Info ») représentait en Belgique « Rivarol ». Depuis sa création, en France en 1952, cet hebdomadaire antisémite et négationniste reçoit le soutien de divers mouvements et publications de lextrême droite belge. En 2000-2001, « Rivarol » avait toujours des contacts amicaux avec, notamment, le Front nouveau de Belgique (FNB), la revue « Devenir » (un opuscule « nationaliste-révolutionnaire »), le journal satirique flamand « t Pallieterke », lassociation des Amis de la Renaissance européenne, Le négationnisme Pour lheure, VHO ne reçoit plus aucun soutien officiel de la part des mouvements nationalistes. Ce qui nétait pas le cas dans les années quatre-vingt, jusquau milieu des années nonante, avant le vote de la loi antinégationniste du 23 mars 1995. Hypocritement et pour des raisons « politiquement correctes », ces mouvements nationalistes ne souhaitent plus être associés aux engagements sectaires de VHO ; ce qui na pas mis fin aux liens de sympathie entre ce cercle semi-clandestin et des dirigeants importants de ces mêmes mouvements. En février 2001, les liens du Vlaams Blok avec la mouvance négationniste allait être rappelés quand son vice-président, Roeland Raes, affirma, lors dune émission de télévision hollandaise, ses doutes sur lexistence des chambres à gaz homicides nazies. Ce nétait pas la première fois que ce dirigeant historique du Blok apportait un soutien explicite aux travaux de propagande des négateurs. Trois mois après le vote de la loi belge antinégationniste du 23 mars 1995, dans « Dietsland Europa » (le mensuel de Were Di : relire plus haut), Roeland Raes consacra une critique positive à « La police de la pensée contre le révisionnisme », un livre édité par la « Revue dHistoire Révisionniste » et écrit par Eric Delcroix, un avocat français dextrême droite connu pour son engagement négationniste de longue date. En octobre 1997, lors dun meeting de Bruxelles-Identité-Sécurité (BIS), un mouvement francophone pro-Vlaams Blok et issu du PFN (groupuscule néonazi et négationniste), Roeland Raes déclara que le vote de son parti en faveur de la loi « criminalisant les révisionnistes », en 1995, avait été la plus grande erreur historique du VB, comme le rapportera à lépoque le journal antifasciste « RésistanceS ». Lors de ce meeting du BIS, dautres orateurs, représentant lextrême droite française, tiendront des propos antisémites, toujours selon « RésistanceS ». Nous pouvons aussi mentionner à propos du négationnisme que des organisations dont lobjectif officiel nest pas la négation des crimes nazis sont néanmoins en relation avec des cercles négationnistes. Cest le cas de lassociation des Amis de la Renaissance européenne. Fondée par les actuels dirigeants du Bloc Wallon (un parti politique apparu lors des élections municipales doctobre 2000), cette association est en contact avec le directeur de « LAutre Histoire » (une publication négationniste éditée en Bretagne) et avec Jean-Robert Debbaudt. Durant la Guerre 39-45, le second combattit dans la Waffen-SS wallonne et se chargea de lédition, en 1979, dun pamphlet négationniste écrit par Léon Degrelle le général de la brigade SS « Wallonie » qui poursuivit bec et ongles son combat contre le « sionisme international », jusquà sa mort en mars 1994. Des amis de Léon Degrelle publieront ensuite son dernier manuscrit connu, « Tintin mon copain ». Un livre de 231 pages imprimé anonymement en décembre 2000. Diffusé à Paris, entre autres, par une librairie dextrême droite lié à la Nouvelle Droite belge, ce livre complètement illégal confirme la conversion de longue date de Léon Degrelle au négationnisme. Les provocations hors-la-loi des adeptes de la négation des chambres à gaz nazies nont pas encore été jugées. Cependant, en novembre 2000, la justice bruxelloise condamna pour sa part David Vercruysse sur base de la loi antinégationniste. Membre du Vlaams Blok, ce dernier militait aussi au sein dorganisations francophones, dont Synergies Européennes de Robert Steuckers. En août 1997, David Vercruysse avait diffusé à Bruxelles « Final Conflict », une publication néonazie anglaise pro-négationniste. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme avait alors porté plainte auprès du Parquet de Bruxelles. Le procès et la condamnation de David Vercruysse furent les premiers à avoir lieu sur base de la loi antinégationniste. La diffusion sur Internet Les réseaux islamistes intégristes Dans son rapport annuel, sorti en mai 2001, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme mentionnait quil sétait « également inquiété des propos antisémites tenus lors de manifestations organisées à Bruxelles et à Anvers suite aux affrontements meurtriers en Israël et dans les territoires occupés (en octobre 2000). Des activistes agissant au sein de la Communauté maghrébine ont tenté de diffuser une propagande anti-juive, malgré les appels au calme tenus par diverses instances religieuses et culturelles musulmanes ». Lorganisme public gouvernemental précisait que « cet antisémitisme semble être entretenu par des mouvements politico-intégristes sur base dune méconnaissance manifeste de la Communauté juive et dune désinformation systématique ». Nous pouvons préciser que lobjectif de ces mêmes mouvements est dentretenir limage négative de leur ennemi principal, le judaïsme. Lantisionisme Mais malgré une présence juive dans les manifestations dopposition au gouvernement israélien qui eurent récemment lieu en Belgique, des organisations présentes y diffusèrent des mots dordre explicitement antisémites. En octobre 2000, suite à une telle manifestation, des débordements se produisirent au rythme de slogans antisémites. Une tentative dincendie criminel contre une synagogue bruxelloise et des dégradations devant le monument des Martyrs juifs à Anderlecht eurent ensuite lieu, mais, aucunement dans les proportions des violences antisémites qui se déroulèrent au même moment en France. Lensemble de ces actes fut condamné par diverses instances religieuses ou culturelles musulmanes. Pour sa part, une partie de lextrême droite profita de loccasion pour lancer une campagne de provocation. Vers le mois de novembre 2000, des affiches antisionistes apparurent à Bruxelles. Ces affiches qui proclamaient « Israël assassin ! » - étaient signées par Intifada européenne, un groupuscule nationaliste émanant du mouvement Nation. Intifada européenne semble succéder à lAnti-Zionistische aktie (AZA), un cercle néonazi actif, à la fin des années nonante, en Belgique et au Pays-Bas. LAZA avait alors organisé quelques campagnes de solidarité avec le peuple palestinien ainsi quavec le régime dictatorial irakien. Les réactions pour lutter contre ces fléaux Manuel Abramowicz |