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Sur un mur du centre-ville de Bruxelles - 1989
(photo Manuel Abramowicz).

Rapport 2000-2001
sur l’antisémitisme en Belgique

Chaque année le Stephen Roth Institute, un centre d’étude sur l’antisémitisme et le racisme de l’Université de Tel Aviv, publie en anglais un rapport international sur les actions et les organisations anti-Juives dans le monde. Pays par pays. Voici la partie consacré à la Belgique de l’édition 2001.

En 2000 et durant les premiers mois de l’année 2001, aucun acte violent prémédité de type antisémite n’a été enregistré. Cependant, une « littérature » et des discours anti-juifs ont continué à être diffusés, de façon limitée, dans divers secteurs de la société belge.

Contrairement à d’autres Etats européens, l’antisémitisme en Belgique reste cantonné, pour une grande part, au sein de mouvements politiques d’extrême droite à l’heure actuelle toujours marginaux. Il n’existe pas d’organisation importante dont l’objet principal serait la « lutte contre les Juifs ». Certes, à Anvers et Bruxelles, le cercle Vrij historisch onderzoek (VHO, Recherche historique libre) poursuit la réalisation autonome et la diffusion de divers pamphlets ouvertement antisémites, sous le couvert d’« études » visant à nier le judéocide. Mais VHO reste un groupuscule confidentiel, comme nous le verrons plus loin.

Une chose est sûre, en Belgique, à l’instar d’autres pays européens, l’antisémitisme est bien moins ancré que le racisme contre les Arabes. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, l’organisme du gouvernement fédéral belge chargé de combattre le racisme, s’est d’ailleurs une nouvelle fois inquiété, en 2000, de l’augmentation de la discrimination envers des personnes d’origine étrangère en général, et arabe en particulier. Nous remarquons également un renforcement de l’argumentation « biologique » dans les textes racistes. En effet, à la fin des années septante, sous l’impulsion de la Nouvelle Droite, l’extrême droite dans son ensemble se revendiquait de l’ethno-différentialisme (idée hypocrite du respect des cultures différentes sans hiérarchisation des peuples). Depuis quelques années, le racisme biologique, à la base du nazisme, se développe de plus en plus au sein de forces politiques néofascistes.

L’antisémitisme au sein de la population belge
Sur l’ensemble de la Belgique, l’antisémitisme n’est pas partagé par la majorité de la population. Les antisémites, comme nous le verrons, se localisent essentiellement au sein de structures politiques ou politico-religieuses jusqu’à présent groupusculaires ou n’ayant qu’une faible importance dans le paysage politique et culturel. Certes, alimenté par une propagande d’extrême droite ou intégriste religieuse, l’antisémitisme se cultive dans certaines sphères restreintes de notre société.

C’est notamment le cas auprès de certains supporters de football. En décembre 2000, Marc Degryse, le meneur de jeu de l’équipe GB Anvers, dénonça les violences de membres de fan-clubs qui profitent des rencontres sportives pour scander des slogans insultants et racistes à l’encontre d’autres amateurs de football ou en direction de joueurs d’équipes adverses. Comme lors d’une récente rencontre entre Bruges et Anvers, de part et d’autre dans les gradins, des saluts hitlériens et des slogans antisémites furent observés. Cela n’est en rien étonnant quand on sait que, depuis de nombreuses années, des o-sides ont été systématiquement infiltrés par la droite nationaliste. A Charleroi, par exemple, une bande de hooligans agissant sous le nom des Wallon’Boys est sous l’influence de l’extrême droite. Plusieurs de ces hooligans ont régulièrement participé aux manifestations des groupuscules REF et Nation.

Dans l’histoire politique récente, des dérapages pouvant revêtir un caractère antisémite ont été commis également par des hommes politiques issus de partis démocratiques. Le dernier en date est survenu, en mai 1998, quand un responsable wallon du Parti social-chrétien (PSC, alors au pouvoir) a manifesté, publiquement et sans ambiguïté, un comportement antisémite à l’égard d’un autre dirigeant local de ce parti. Exceptionnels jusqu’à présent, ces dérapages confirment néanmoins la persistance de préjugés sur les Juifs, sans doute dus à une méconnaissance ou à l’influence des écrits antisémites du théoricien national-catholique français Charles Maurras sur des politiciens issus des rangs de l’ultradroite catholique pratiquante.

A la lecture d’un ouvrage universitaire, coédité par la Fondation Roi Baudouin et les éditions De Boeck au début de l’année 2001, on apprend que 13 % des « Belges n’aimeraient pas avoir comme voisins » des Juifs. Cependant, ce rejet à l’égard des Juifs est le taux le moins important des catégories proposées par l’études (17 % des « Belges n’aimeraient pas avoir comme voisins » des « gens d’une autre race », 18 % des « travailleurs étrangers ou immigrés », 22 % des « Musulmans » et 35 % des « Gitans »).

L’extrême droite antisémite
En règle générale, tous les partis, toutes les organisations et toutes les publications d’extrême droite sont - ou sont constitués de tendances - antisémites. Cependant, le racisme anti-Juif ne s’y exprime plus ouvertement. L’utilisation de codes, de synonymes, de métaphores ou l’usage d’un humour cynique est régulier pour désigner les Juifs. Ce qui permet de ne pas clairement les nommer et empêcher toute accusation de nostalgie affichée pour la dictature nazi allemande de jadis. Dans divers opuscules, les termes « Haute finance », « Haute finance vagabonde et anonyme », « cosmopolitisme » ou « mondialisme » servent de « prêtes-noms » pour cibler les Juifs.

La thèse du « complot mondialiste », fomenté par l’« Internationale juive », reste donc l’une des principales obsessions des mouvements politiques antidémocratiques. Pour eux, les Juifs sont toujours l’ennemi principal. Il n’est donc pas rare de lire, dans leurs journaux ou ceux, édités à l’étranger (par exemple, l’hebdomadaire français « Rivarol ») qu’ils conseillent à leurs adhérents de lire, des allusions directes aux pseudo-plans machiavéliques de la communauté juive pour dominer le monde par l’anéantissement de la « race blanche » (sic).

Le double langage de l’extrême droite s’est une nouvelle fois exprimé lors des élections municipales d’octobre 2000. A l’occasion de celles-ci, le Vlaams Blok (VB) a confirmé son souhait d’éliminer toute référence – visible - à son héritage antisémite. La direction actuelle de ce parti d’extrême droite (fort de plus de 15 % sur l’ensemble de la Région flamande et de scores supérieurs à 20 % dans la plupart des grandes villes flamandes) tente de se donner une « nouvelle image » afin d’accéder le plus vite possible au pouvoir. Mais, pour y arriver, le VB sait qu’il devra acquérir des nouveaux électeurs et faire des alliances avec les fractions les plus conservatrices de partis démocratiques. Pour se faire, il est donc obligé d’adapter un discours plus « soft » à propos de certaines thématiques. D’autant plus que, dans la ville d’Anvers, le VB propose ouvertement à la Communauté juive de voter pour ses listes électorales. La revue juive « Regards » s’est par ailleurs inquiétée, à plusieurs reprises, du fait que des Juifs anversois votèrent dans le passé pour cette formation politique singularisée par une démagogie antipolitique et un racisme anti-Arabes à outrance.

Force est de constater, toutefois, que les antisémites d’hier, qui participèrent à la fondation du VB, en 1978, et les jeunes militants originaires d’organisations néonazies sont encore nombreux à l’intérieur et dans la « périphérie » de ce parti. En effet, plusieurs structures militantes et groupes de réflexion proches du Vlaams Blok continuent pour leur part à entretenir la « culture antisémite » qui faisait fureur à l’époque du nazisme.

Le principal groupe permettant le maintien des liens du VB avec une mouvance encore plus extrémiste est Voorpost. A la fois groupe d’action pour une Flandre indépendante et cercle politico-religieux païen, Voorpost fut fondé en 1976 par de jeunes dirigeants nationalistes proches de la Nouvelle Droite française (en particulier le Groupement de recherche et d’études pour la Civilisation européenne, le GRECE, mené par Alain de Benoist) et des organisations néonazies étrangères. Voorpost s’occupa aussi de la distribution de livres niant les crimes contre l’humanité du régime national-socialiste allemand. Aujourd’hui, Voorpost est toujours dirigé par des membres importants de la direction du Vlaams Blok, comme l’ex-sénateur Roeland Raes (son vice-président de 1978 à février 2001) et le député Francis Vanden Eynde (actuel vice-président de la Chambre des députés). A l’origine, Voorpost est issu d’un autre cercle nationaliste, Were Di.

Celui-ci joue également le rôle de courroie de transmission avec le nazisme et continue, comme jadis, à influencer la ligne idéologique du Vlaams Blok. Apparu en 1962, autour d’anciens collaborateurs pro-allemands, dont des anciens de la Waffen SS flamande et le fondateur du Vlaams Blok, Karel Dillen, les travaux doctrinaux de ce groupe de réflexion ont servi de base au manifeste de fondation du Vlaams Blok. Were Di se bat pour la fin de l’Etat belge et la création d’un Etat flamand indépendant sur la base d’une « Communauté homogène » de « race blanche », tout comme le Vlaams Blok. Plusieurs parlementaires de ce dernier sont toujours membres du comité de rédaction de « Dietsland-Europa », le mensuel de Were Di. Dans ce mensuel, Robert Faurisson, l’un des « gourous » de la secte négationniste, est défendu, tout comme l’héritage national-socialiste.

Dans cette myriade d’organisations nationalistes, plus extrémistes les unes que les autres, il se trouve également le Nationalistische studenten verbond (NSV), une « amicale » d’étudiants universitaires d’extrême droite fondée en 1976. Plusieurs dirigeants du VB débutèrent leur activité politique au sein du NSV. C’est le cas de Philip Dewinter et de Franck Van Hecke, respectivement numéro deux et président du parti. Le sigle du NSV est la croix celtique, un symbole celtique récupéré par les néonazis. Après le vote de la loi antinégationniste du 23 mars 1995, le NJSV (la branche lycéenne du NSV) éditera un autocollant affirmant que le « révisionnisme n’est pas un crime ! ». La dernière manifestation de cette association étudiante, en mars 2001 à Anvers, reçu le soutien du Vlaams Blok. Une autre organisation de jeunesse, officiellement indépendante de ce parti d’extrême droite, est la Vlaamse Jongeren Mechelen (VJM), un groupuscule skinhead actif dans la ville de Malines, comme son nom l’indique, et en contact avec plusieurs autres mouvements néonazis et antisémites, en Wallonie comme à l’étranger.

Dans l’ombre des activités parlementaires du VB, les néonazis se sont donc renforcés. Durant l’année 2000, une nouvelle organisation fut mise sur pied sous l’appellation de Blood and Honour-Flanders (B&H). Section flamande du mouvement skinhead anglais du même nom, elle a pour sigle la croix gammée. En Belgique, dans les années quatre-vingt, une première tentative de structurer une section de B&H eut lieu autour de l’ex-Vlaamse Militanten Orde (VMO). L’actuel B&H-Flanders est apparu quelques mois après l’autodissolution de l’Odal Aktiekomitee, un groupuscule néonazi qui avait le projet de recréer le VMO. Il y a quelques années, à l’intérieur de l’appareil dirigeant anglais de B&H, une branche paramilitaire a été constituée sous le nom de Combat 18. Prônant la lutte armée, cette structure clandestine a commis plusieurs actes terroristes en Grande-Bretagne et en Suède. Chez nous, Combat 18 dispose de quelques sympathisants se recrutant dans des organisations comme Blood and Honour-Flanders.

Pour finir, il faut également signaler que des néonazis flamands possèdent leur propre « religion raciale». En effet, à Ichtegem (près de la ville de Gand), en 2000, la Wereldkerk van der Kreator Nederlandstalig est apparue. C’est la section flamande officielle de la World Church of the Creator (WCOTC), une organisation néonazie basée aux Etats-Unis, et qui a pour objectif de défendre la « Race blanche » contre le « judéo-christianisme », sous l’égide d’une nouvelle religion dénommée « La Créativité ». L’autre contact belge de la WCOTC est le réseau semi-clandestin belgo-hollandais Consortium-De Levensboom. Un nouveau groupuscule skinhead NS (national-socialiste), les Flanders white nationalists (FWN), serait aussi lié à la branche flamande de la WCOTC. Le webmaster du site Internet néonazi Aryan Nightmare serait pour sa part l’un des responsables de cette dernière.

Depuis le milieu des années quatre-vingt, le « révérend » de la section française de la WCOTC (apparue officiellement durant l’année 2000), Olivier Devalez, est en contact en Belgique avec plusieurs groupes néonazis néerlandophones et francophones : VHO, le groupe l’Assaut, des bandes de skinheads NS,… Il avait également tenté d’implanter, sans succès, le Ku Klux Klan en France et Belgique, avec le soutien de quelques sympathisants belges provenant du même milieu. En mars 2001, la presse relata que le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme venait de communiquer un dossier sur la Wereldkerk van der Kreator Nederlandstalig à la justice. En octobre 2000, les deux dirigeants de cette « église raciale pour la Race Blanche » furent candidats aux élections municipales sur des listes locales du Vlaams Blok. Après les révélations sur l’appartenance de l’un d’entre eux, Dimitri Vandenheede, à la direction de la secte politico-religieuse nord-américaine, le VB l’exclut, afin de ne pas heurter la tendance « modérée » de son électorat et ses éventuels futurs partenaires politiques issus de partis traditionnels. Ce qui n’empêchera pas d’autres néonazis militant dans les rangs du VB d’y rester.

La droite chrétienne intégriste
Un des principaux centres de diffusion de discours proches de l’antisémitisme classique est « Polémique-Info ». Ce journal amateur national-chrétien a été fondé, en 1995, par Alain Escada, un dissident radical de la mouvance nationale-monarchiste belge d’ultradroite. Provenant des rangs de Pro Belgica (une association royaliste et unitariste belge), Escada fut, tour à tour, le responsable des jeunes du cartel électoral Belgique-Europe-België (fondé en 1989), le président-fondateur de sa scission, Unie, le porte-parole officiel du Front nouveau de Belgique (dès 1995) et l’un des derniers « compagnons de route » du Front national. Le directeur de « Polémique-Info » dirige par ailleurs l’association intégriste « Belgique & Chrétienté » et fréquente la Fraternité Saint-Pie X.

Cette dernière a été fondée par feu Monseigneur Lefebvre, au début des années septante, en Suisse. Dans divers documents de cette « Fraternité », active à Bruxelles, dans la Région flamande et dans la Région wallonne, des annotations clairement antisémites figurent aux côtés de louanges faites au Maréchal Pétain et aux théories judéophobes de Charles Maurras.

A la fin du mois de juillet 2000, le quotidien francophone  Le Soir   informait que la branche belge de la Contre-Réforme catholique (CRF, également connue sous le nom de « Communion phalangiste ») projetait de s’implanter plus solidement dans notre pays. Née en France autour de l’«abbé » Georges de Nantes (°1928), la CRF poursuit la « croisade » contre les Juifs entamée jadis par les rois catholiques. La documentation en notre possession au sujet de ce groupe sectaire catholique mentionne deux contacts belges. Le premier se trouve à Heusy (province de Liège), le second à Westmalle (province d’Anvers). Aujourd’hui, totalement isolés de l’Eglise catholique, les fidèles belges de l’«abbé » Georges de Nantes regrouperaient environ une centaine de croyants. Dans les années septante, ce mouvement intégriste avait reçu le soutien en Belgique du « Nouvel Europe magazine » et du Front de la jeunesse, un journal et un groupe d’action d’extrême droite fessant partie de la mouvance de l’aile d’ultradroite du Parti social-chrétien.

L’extrême droite néopaïenne
Depuis plusieurs années, les cercles néopaïens d’extrême droite se sont restructurés. Pour la plupart d’entre eux, le but est de lutter contre le judéo-christianisme, la mondialisation de l’économie sous l’égide des Etats-Unis, l’américanisation de la société, le communisme international, etc. En ce qui concerne le judéo-christianisme, s’est essentiellement le judaïsme qui est visé comme étant la principale religion monothéiste responsable de la « répression » envers les adeptes des religions polythéistes. Ces cercles politico-religieux sont fortement actifs au sein d’organisations nationalistes plus généralistes. Plusieurs de ces dernières sont clairement orientées religieusement vers les différents cultes païens, c’est le cas de Voorpost (proche du Vlaams Blok) et de l’association des Amis de la Renaissance européenne (liée au Bloc wallon). A l’heure actuelle, plusieurs « sectes » néopaïennes représentent un certain courant de pensée, mais, l’ampleur de leurs activités reste très limitée.

Les Fils des Âses (dont le nom officiel est Association des Successeurs des Âses, ASA), par exemple, sont actifs depuis 1992. Basé à Bruxelles, ce groupuscule politico-religieux de défense de la « race nordique » est né au sein de la tendance néonazie de la Nouvelle Droite. Le discours érudit des Fils des Âses sert à masquer, en réalité, des positions extrêmement violentes. En effet, récemment encore, des publications liées à l’ASA ou à son porte-parole, Bernard Mengal, ont clairement justifié le passage à la lutte armée contre le système. Cette radicalité, leur a permis, au fil du temps, de devenir des modèles pour les groupes skinheads néonazis et néopaïens.

Bernard Mengal s’occupe depuis 1992, entre autres, de « Megin », l’« organe de combat et de réflexion des Fils de Âses », de « Gjallarhorn » (le supplément de « Megin » de 1997 à décembre 2000) et de l’édition d’ouvrages basés sur un racisme de type biologique et un antisémitisme obsessionnel. Dans « Racines », une autre revue confidentielle réalisée, de 1994 à 1998, par le porte-parole des Fils des Âses et un dirigeant du groupuscule REF, cette ligne éditoriale sera bien entendu maintenue. En février 1997, « Racines » publiait un long article historique pour justifier l’antisémitisme et nier le judéocide. Cette revue sera reprise en main l’année suivante par Thule-Sodalitas, une autre secte néopaïenne dirigée par un ancien responsable bruxellois du Vlaams Blok. L’auteur principal des ouvrages et des revues de Bernard Mengal est le Français Pierre Chassard. Ensemble, ils s’occupent aussi, depuis juin 1998, de la revue « Contre-Thèses ». Dans le numéro 2 de celle-ci (daté du mois de juillet 1999), le terrorisme contre « les détenteurs d’un pouvoir qui livre le sol national à l’ennemi » est une nouvelle fois justifié. Lié depuis le début des années quatre-vingt à la revue chrétienne orthodoxe « Altaïr » (éditée à Braine-L’Alleud), le publiciste Bernard Mengal fut proche du Front national et aujourd’hui de l’association des Amis de la Renaissance européenne et du Front nouveau de Belgique.

Le Vlaams Heidens Front (VHF, Front païen flamand) est un autre groupe néopaïen de plus en plus actif en Flandre. Son siège se trouve à Torhout. Le VHF est membre d’une « internationale » païenne d’obédience « nationale-socialiste ». Ce Front païen flamand publie des livres sur « les méfaits du judéo-christianisme sur le peuple allemand ». Quant à la page liens de son site Internet, elle renvoie directement vers divers sites d’extrême droite (Vlaamse jongeren Mechelen, Voorpost, Taal aktie komitee,…).

Le VHF et les Fils de Âses ne sont que les principaux « représentants » d’un mouvement politico-religieux marginal et constitué de « tribus » antagonistes sur le plan de l’approche religieuse et concurrents. Ils sont néanmoins soutenus par les travaux de recherche et d’étude de revues spécialisées (comme « Antaios », éditée à Bruxelles et diffusée par les éditions L’Âge d’Homme), moins marquées à l’extrême droite et servent de caution intellectuelle aux groupuscules se revendiquant plus clairement comme étant les successeurs des adeptes païens du IIIème Reich.

L’influence de l’extrême droite antisémite étrangère
Comme cela a été montré plus haut, plusieurs organisations belges sont liées à des mouvements étrangers antisémites et/ou négationnistes. Parmi ces derniers, en résumé, citons : la Fraternité Saint-Pie X, la World Church of the Creator (WCOTC), le NSDAP-AO (Etats-Unis), l’Unité radicale, le Groupe Union Défense (France), Aktiefront nationale socialisten, Nederlandse volksunie (Pays-Bas), Nationaldemokratische partei Deutschlands, le NPD (Allemagne), etc. En octobre 2000, une campagne de soutien au NPD s’organisa lorsque la classe politique demanda l’interdiction de ce parti néonazi allemand. Les publications belges « Devenir » (liée au mouvement Nation) et « Le Bastion » (mensuel du Front nouveau de Belgique), notamment, se firent l’écho de cette campagne de solidarité avec le NPD.

Dans des publications d’extrême droite belges, un antisémitisme indirect est également décelable, lorsque ces mêmes publications se réfèrent à des journaux ou des propagandistes antisémites étrangers. Dans le journal bruxellois « Polémique-Info », par exemple, les références à Henry Coston ont encore été nombreuses ces derniers mois. Henry Coston est l’un des principaux meneurs antisémites en France. Durant l’Occupation nazie, il participa notamment à la propagande antisémite qui permit la déportation des Juifs de France. Coston est ensuite resté l’un des plus illustres propagandistes de l’extrême droite contemporaine. Pour « Polémique-Info », il est un modèle à suivre. Autres références et liens antisémites du journal bruxellois : les revues françaises « lecture et Tradition », « lectures françaises » ainsi que « Faits & Documents », un périodique confidentiel spécialisé dans la dénonciation de l’« Internationale juive », du « complot judéo-maçonnique », des divers pouvoirs occultes et directement héritier des travaux politiques d’Henry Coston.

Il y a quelques années, Alain Escada (le fondateur de « Polémique-Info ») représentait en Belgique « Rivarol ». Depuis sa création, en France en 1952, cet hebdomadaire antisémite et négationniste reçoit le soutien de divers mouvements et publications de l’extrême droite belge. En 2000-2001, « Rivarol » avait toujours des contacts amicaux avec, notamment, le Front nouveau de Belgique (FNB), la revue « Devenir » (un opuscule « nationaliste-révolutionnaire »), le journal satirique flamand « t ‘Pallieterke », l’association des Amis de la Renaissance européenne,…

Le négationnisme
En 1995, la Belgique se dotait d’une loi antinégationniste. Elle n’allait toutefois pas mettre fin aux activités pro-négationnistes. Depuis, le cercle Vrij historisch onderzoek (VHO, fondé à Anvers, en 1983, par des proches du Vlaams Blok) poursuit intensément la diffusion de ses brochures niant - d’une façon ou d’une autre - les crimes nazis. Au mois de février 2001, VHO lançait une campagne d’envergure de distribution de tracts dans trois communes de Bruxelles. Quelques mois auparavant, ce groupuscule antisémite fut rejoint par Vincent Reynouard. Notoire activiste négationniste français (il animait notamment l’Association normande pour l’éveil du citoyen, ANEC), ce dernier s’est exilé en Belgique suite à ses ennuis judiciaires. Vincent Reynouard est hébergé à Ixelles (Bruxelles) dans une communauté chrétienne intégriste proche de la Fraternité Saint-Pie X (voir plus haut). Au début des années nonante, Olivier Mathieu, un autre provocateur antisémite français, avait lui aussi trouvé refuge dans cette même communauté. L’installation à Bruxelles de Vincent Reynouard prouve, une fois de plus, que notre pays est bel et bien resté une plaque tournante internationale du négationnisme et du néonazisme.

Pour l’heure, VHO ne reçoit plus aucun soutien officiel de la part des mouvements nationalistes. Ce qui n’était pas le cas dans les années quatre-vingt, jusqu’au milieu des années nonante, avant le vote de la loi antinégationniste du 23 mars 1995. Hypocritement et pour des raisons « politiquement correctes », ces mouvements nationalistes ne souhaitent plus être associés aux engagements sectaires de VHO ; ce qui n’a pas mis fin aux liens de sympathie entre ce cercle semi-clandestin et des dirigeants importants de ces mêmes mouvements.

En février 2001, les liens du Vlaams Blok avec la mouvance négationniste allait être rappelés quand son vice-président, Roeland Raes, affirma, lors d’une émission de télévision hollandaise, ses doutes sur l’existence des chambres à gaz homicides nazies. Ce n’était pas la première fois que ce dirigeant historique du Blok apportait un soutien explicite aux travaux de propagande des négateurs. Trois mois après le vote de la loi belge antinégationniste du 23 mars 1995, dans « Dietsland Europa » (le mensuel de Were Di : relire plus haut), Roeland Raes consacra une critique positive à « La police de la pensée contre le révisionnisme », un livre édité par la « Revue d’Histoire Révisionniste » et écrit par Eric Delcroix, un avocat français d’extrême droite connu pour son engagement négationniste de longue date. En octobre 1997, lors d’un meeting de Bruxelles-Identité-Sécurité (BIS), un mouvement francophone pro-Vlaams Blok et issu du PFN (groupuscule néonazi et négationniste), Roeland Raes déclara que le vote de son parti en faveur de la loi « criminalisant les révisionnistes », en 1995, avait été la plus grande erreur historique du VB, comme le rapportera à l’époque le journal antifasciste « RésistanceS ». Lors de ce meeting du BIS, d’autres orateurs, représentant l’extrême droite française, tiendront des propos antisémites, toujours selon « RésistanceS ».

Nous pouvons aussi mentionner à propos du négationnisme que des organisations dont l’objectif officiel n’est pas la négation des crimes nazis sont néanmoins en relation avec des cercles négationnistes. C’est le cas de l’association des Amis de la Renaissance européenne. Fondée par les actuels dirigeants du Bloc Wallon (un parti politique apparu lors des élections municipales d’octobre 2000), cette association est en contact avec le directeur de « L’Autre Histoire » (une publication négationniste éditée en Bretagne) et avec Jean-Robert Debbaudt. Durant la Guerre 39-45, le second combattit dans la Waffen-SS wallonne et se chargea de l’édition, en 1979, d’un pamphlet négationniste écrit par Léon Degrelle – le général de la brigade SS « Wallonie » qui poursuivit bec et ongles son combat contre le « sionisme international », jusqu’à sa mort en mars 1994. Des amis de Léon Degrelle publieront ensuite son dernier manuscrit connu, « Tintin mon copain ». Un livre de 231 pages imprimé anonymement en décembre 2000. Diffusé à Paris, entre autres, par une librairie d’extrême droite lié à la Nouvelle Droite belge, ce livre complètement illégal confirme la conversion de longue date de Léon Degrelle au négationnisme.

Les provocations hors-la-loi des adeptes de la négation des chambres à gaz nazies n’ont pas encore été jugées. Cependant, en novembre 2000, la justice bruxelloise condamna pour sa part David Vercruysse sur base de la loi antinégationniste. Membre du Vlaams Blok, ce dernier militait aussi au sein d’organisations francophones, dont Synergies Européennes de Robert Steuckers. En août 1997, David Vercruysse avait diffusé à Bruxelles « Final Conflict », une publication néonazie anglaise pro-négationniste. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme avait alors porté plainte auprès du Parquet de Bruxelles. Le procès et la condamnation de David Vercruysse furent les premiers à avoir lieu sur base de la loi antinégationniste.

La diffusion sur Internet
La propagation sur Internet, via des sites propres ou des forums de discussion, de textes racistes et/ou antisémites d’origine belge n’a pas cessé d’augmenter ces dernières années. Plusieurs sites réalisés par des organisations belges sont entièrement consacrés à ce type de « prose ». C’est le cas de ceux du Vlaams Blok, du Front national, du Front nouveau de Belgique, du Bloc Wallon, du VHO, de Blood & Honour-Flanders, d’Aryan Nightmare, etc. En 2000, plus de 82 sites belges que l’on peut qualifier d’extrême droite, racistes et/ou non démocratiques, étaient répertoriés par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme.

Les réseaux islamistes intégristes
En 1998, le rapport sur la Belgique réalisé pour le Centre européen de recherche et d’action contre le racisme et l’antisémitisme (CERA) informait de l’existence de réseaux politico-religieux d’obédience islamiste intégriste acquis généralement aux thèses antisémites, par un anti-judaïsme radical. Parmi les organisations citées, nous trouvions des groupes provenant des diverses filiations des Frères Musulmans : Talia (filiation syrienne), le Parti de la libération islamique (filiation palestinienne) et le Secours islamique (filiation égyptienne).

Dans son rapport annuel, sorti en mai 2001, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme mentionnait qu’il s’était « également inquiété des propos antisémites tenus lors de manifestations organisées à Bruxelles et à Anvers suite aux affrontements meurtriers en Israël et dans les territoires occupés (en octobre 2000). Des activistes agissant au sein de la Communauté maghrébine ont tenté de diffuser une propagande anti-juive, malgré les appels au calme tenus par diverses instances religieuses et culturelles musulmanes ».

L’organisme public gouvernemental précisait que « cet antisémitisme semble être entretenu par des mouvements politico-intégristes sur base d’une méconnaissance manifeste de la Communauté juive et d’une désinformation systématique ». Nous pouvons préciser que l’objectif de ces mêmes mouvements est d’entretenir l’image négative de leur ennemi principal, le judaïsme.

L’antisionisme
Nous ne décrirons ici que l’antisionisme empreint d’antisémitisme. En effet, des organisations politiques et culturelles se sont engagées, depuis forts longtemps, dans un combat d’opposition à l’égard de l’Etat d’Israël, sans toutefois, se situer dans un « environnement antisémite ». Des Juifs de gauche militent d’ailleurs au sein de ces organisations. L’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB), un mouvement non sioniste issu de la résistance juive communiste durant l’Occupation nazie de l’Europe, est très active dans les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien. Ce qui n’empêche pas l’UPJB, comme le Cercle communautaire laïc juif (CCLJ), de rester fortement engagée dans la lutte contre l’antisémitisme et l’extrême droite.

Mais malgré une présence juive dans les manifestations d’opposition au gouvernement israélien qui eurent récemment lieu en Belgique, des organisations présentes y diffusèrent des mots d’ordre explicitement antisémites. En octobre 2000, suite à une telle manifestation, des débordements se produisirent au rythme de slogans antisémites. Une tentative d’incendie criminel contre une synagogue bruxelloise et des dégradations devant le monument des Martyrs juifs à Anderlecht eurent ensuite lieu, mais, aucunement dans les proportions des violences antisémites qui se déroulèrent au même moment en France. L’ensemble de ces actes fut condamné par diverses instances religieuses ou culturelles musulmanes.

Pour sa part, une partie de l’extrême droite profita de l’occasion pour lancer une campagne de provocation. Vers le mois de novembre 2000, des affiches antisionistes apparurent à Bruxelles. Ces affiches – qui proclamaient « Israël assassin ! » - étaient signées par Intifada européenne, un groupuscule nationaliste émanant du mouvement Nation. Intifada européenne semble succéder à l’Anti-Zionistische aktie (AZA), un cercle néonazi actif, à la fin des années nonante, en Belgique et au Pays-Bas. L’AZA avait alors organisé quelques campagnes de solidarité avec le peuple palestinien ainsi qu’avec le régime dictatorial irakien.

Les réactions pour lutter contre ces fléaux
Face aux intenses activités de l’extrême droite de Belgique, les réactions ont été nombreuses. Plusieurs secteurs de la société belge se sont mobilisés pour passer à la contre-offensive. Les manifestations antifascistes se sont multipliées ainsi que les rencontres et les journées d'études sur ce sujet. Des campagnes anti-extrême droite de grande ampleur furent organisées. Les syndicats, en partie, ont tenté de mobiliser leurs forces, tout comme la plupart des partis politiques. Le « cordon sanitaire », accord entre ces derniers pour isoler politiquement le Vlaams Blok et l’extrême droite en Wallonie, s’est renforcé. Les plaintes et les procès contre des dirigeants néofascistes ont encore augmenté ces dernières années. Dans les écoles, les informations pédagogiques pour sensibiliser les élèves et les étudiants se sont poursuivies. Des citoyens, de manière plus isolée, passèrent aussi à l’action pour dire non aux ennemis de la Démocratie. Pour sa part, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme a vu ses compétences renforcées, par le gouvernement et le parlement fédéral, pour mener à bien un combat plus général contre les discriminations.

Manuel Abramowicz