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Affiche de propagande d'une revue nationaliste européenne. Antisioniste ou... ? (photo RésistanceS).

Une stratégie
antisémite bien huilée

Avant d’agir contre les antisémites (pour mieux les combattre), il faut comprendre leurs mécanismes. Voici une anecdote exceptionnelle qui décrit l’un d’entre eux.

Il y a quelques années, cela devait être en 1996, lors d’une édition bruxelloise du Salon des étudiants, je tenais avec un collègue du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme un stand d’information sur nos activités. De jeunes belges d’origine marocaine nous interpellèrent en nous informant qu’ils allaient voter aux prochaines élections. Ce qui était en soit une bonne nouvelle pour nous. Or, nous allions rapidement déchanter. Parce que ces mêmes jeunes, au demeurant bien sympathiques, nous annoncèrent tout de go qu’ils n’allaient pas voter pour Ecolo – « les écologistes veulent tout taxer » nous diront ces étudiants –, ni pour le PS, – « ce sont tous des voleurs », poursuivront-ils –, et surtout pas pour le PRL – « ce sont tous des Juifs ».

Vote islamiste pour le Front national
Patatra, devant notre stand antiraciste, des racistes venaient de s’exprimer. Ce n’était que le début d’un long prêche antisémite. Tout d’abord, nous nous interrogeâmes pour savoir pour qui allaient-ils voter, dans ce cas ? La réponse vint rapidement : pour le Front national ! Mais pourquoi ? Leur stratégie (ou plutôt celle de ceux qui avaient endoctriné ces jeunes) consistait à soutenir électoralement l’extrême droite afin de renforcer l’influence du racisme sur le monde politique. Quand le « vrai racisme » (dixit ces mêmes jeunes) allait faire force de gouvernement et commencer réellement à opprimer les étrangers alors seulement les « masses » musulmanes pourraient être mobilisées en leur proposant de les sortir de là, avec la seule solution, de faire la « Djiad » contre les « régimes racistes » d’Europe.

Pour justifier ses prédications révolutionnaires, l’avant-garde islamiste se doit de provoquer une situation pré-révolutionnaire (comme hier les terroristes d’extrême gauche qui provoquaient l’Etat par leurs attentats afin qu’il montre sa « vraie nature » fasciste, selon l’analyse stratégique des théoriciens de la lutte armée). Ces jeunes nous confirmeront cela en nous disant, en signe d’au revoir : « C‘est seulement à ce moment là que la troisième guerre mondiale débutera. Cette guerre sera faite contre tous les Juifs ». Abasourdi par cette profession de foi digne de « moines-soldats », je rétorquai qu’une guerre mondiale contre environ quinze millions de Juifs étaient peut-être excessive. Le plus embrigadé de ces jeunes me lança alors : « tu n’as rien compris. Les « Vanden » et compagnie, ce sont tous des Juifs ».

Une autre explication
Cette phrase lapidaire et terrifiante me refit penser à une discussion que j’avais eue – quelques années auparavant - avec un de mes amis musulmans (un progressiste celui-là). Il m’avait expliqué alors que pour pas mal d’intégristes, le mal, l’ennemi ou le concurrent étaient à chaque coup dénoncé comme étant un Juif. « Le Juif » incarne - chez ces « fous de Dieu » – Satan. Il sert de dynamique pour mobiliser des fidèles haineux en leur proposant une situation facile à comprendre : avec des « bons » et des « méchants » (les Juifs). Tout ceux qui ne pensent pas et ne partagent pas la même vision de l’Islam que le courant intégriste (donc même les musulmans progressistes)  sont qualifiés par ce même courant de « Juif ».

Le conflit israélo-palestinien n’est donc pas à la base de cette forme de racisme portée aussi par une expression arabo-musulmane fondamentaliste. Les racines de ce racisme est tout autre. Sans Israël (ses crimes de guerre, son injustice, son non respect des droits de l’homme dans les territoires occupés), il serait sans doute moins virulent, mais tout aussi présent.

Manuel ABRAMOWICZ

Bruxelles - Février 2002