Attention, Force est de constater que la diabolisation des Fronts divers et autres Blok ne sert pas la cause du mouvement de résistance au totalitarisme. Pour sortir de son ghetto politique, l'extrême droite provoque et adopte un pseudo discours révolutionnaire. Et ainsi, installe son piège. Les procès, l'antifascisme primaire, les vieux partis traditionnels qui s'affublent à outrance du label « partis démocratiques » et le manichéisme imbécile permettent aussi au fascisme nouveau de s'ancrer dans le paysage politique. Des stratégies antifascistes adaptées, sans langue de bois, populaires et intelligentes doivent donc impérativement accoucher. Il est moins deux pour agir. Depuis larrivée sur la scène politique du Front national de Jean-Marie Le Pen, il y a plus de treize ans, les initiatives antifascistes se sont multipliées pour sopposer à la bête immonde. Objectif : freiner lascension politique de lextrême droite. Méthode : la dénoncer par tous les moyens comme étant un danger pour notre démocratie lors de contre-manifestations. Ces dernières sont lapanage des fronts antifascistes. Cest souvent sous le coup de lémotion que très vite une réaction sorganise sans que les objectifs soient clairement définis. D'abord, visons les craintifs et les mous Des contre-manifs
et la justice au service de lextrême
droite ? Cest pourquoi, Hubert Defourny planifia sans doute avec les conseils de ses Kamarades ou par la lecture douvrages bien particuliers de manière « publicitaire » ou comme un bon joueur déchecs les réactions à ses provocations. La technique utilisée par Defourny et Cie. est explicitement détaillée dans le livre de Goebbels Mon combat pour Berlin (voir notre article de la page 20). Il faut savoir que lextrême droite met sur pied des stratégies extrêmement bien hiérarchisées. Elle se livre à un travail de longue haleine qui peut même récupérer les initiatives sopposant théoriquement à elle. Lors de la campagne pour les élections européennes de 1984, Jean-Marie Le Pen est au zénith des médias. Ses meetings sont perturbés par des contre-manifestations qui en font la publicité et la télé qui relaie les incidents (...). Ce parfum de scandale alimente une dynamique, note Lorrain de Saint-Affrique, lancien expert en communication du chef frontiste dans son livre-entretien récemment publié (2). Plus loin, il informe que la communication se fait par les contre-manifestations plus que par les affiches. Dailleurs, dans un des tracts de Ref diffusé en 1996, il était mentionné en exergue cette petite phrase pleine de sens : Beaucoup dennemis, beaucoup dhonneur !. Les discours révolutionnaires
séduisent Dans lex-Allemagne de lest, en Russie... beaucoup de jeunes bannis du système sengagent dans les groupes néonazis qui sont les seuls à être présents sur le terrain, à lexception de quelques organisations dextrême gauche. La haine du régime les unit dans des actions concrètes ; des actions collectives loin du train-train quotidien que leur réserve leur situation sociale. Dans son livre Des taupes dans lextrême droite consacré au groupe néonazi belge WNP, le journaliste René Haquin avait déjà remarqué que ce qui a dû fasciner les plus jeunes, tant du Front de la jeunesse que plus tard au Westland new post, cest le besoin de violence. Besoin de saffirmer dans une société à labandon, sans chef, sans discours. Besoin de retrouver une fraternité, un coude à coude. Les initiateurs du WNP le savaient bien, et ce nest pas par hasard, ce nest pas par simple nostalgie quils copièrent, pour le proposer aux autres, le système himmlérien. Ils le firent avec dautant plus defficacité que le Front de la jeunesse et le Vlaamse militanten orde, qui incarnaient ces « vertus », se remettaient mal de leurs procès respectifs. Il nest dès lors guère étonnant de retrouver des militants du WNP dans dautres groupes de jeunes, eux aussi, à la recherche dune identité, eux aussi violents. Le livre du journaliste René Haquin fut publié en 1985. Il est vrai que lorsque que lon adhère à un parti extrémiste, à une bande de skins ou à une secte quelconque, on a limpression de faire partie dune famille. On est pris en main. Et ici, tous les discours moralistes ne servent à rien Comme disait le dramaturge Bertolt Brecht : Dabord la bouffe et ensuite la morale. Un habitant socialement et politiquement pauvre dun quartier laissé à labandon par le pouvoir et victime dune atmosphère insécurisante na quun seul souhait : mieux vivre et vivre en paix. Il se fout de la couleur des uniformes policiers ou si cest la droite ou la gauche qui pourront mettre fin à son calvaire. Il faut une bonne fois pour toute cesser de penser que lensemble de la population agit de manière cartésienne, de façon idéologique... Les choses sur le terrain sont beaucoup plus complexes que cela... Que faire ? En France, le mouvement antifasciste organise brillamment et popularise les actions contre les nouveaux collabos, c'est-à-dire Charles Millon et les autres membres de la particratie qui se sont alliés par opportunisme aux frontistes au moment des dernières régionales. A part dans ces cas précis, les contre-manifs ne sont pas nécessaires. Cela ne sert à rien pour un mouvement de résistance de mobiliser son avant et arrière banc dès quun quelconque parti dextrême droite se réunit pour une réunion locale dans une arrière-salle dun café inconnu de lensemble de la population. Plus qu'autre chose, une contre-manif amplifiera cette réunion. Elle lui servira de tremplin publicitaire. Elle lui apportera même une couverture médiatique démesurée. Alors que faire ? En route vers de nouvelles stratégies Par exemple, à Liège, dénonçons auprès dun large public Ref et la Fédération FN-Agir comme étant des traîtres au peuple wallon. En effet, ils sont les alliés du Vlaams Blok pour qui les Wallons sont après les étrangers arabo-musulmans les deuxièmes boucs émissaires. La dénonciation de lextrême droite comme étant lhéritière du nazisme est une nécessité. Toutefois, elle nest pas suffisante. Cest lensemble de son programme qui doit être démonté : son sexisme, ses revendications antisociales, sa volonté dembrigader la jeunesse, son exploitation de linsécurité et ses actuelles pratiques douteuses et dictatoriales lorsquelle est au pouvoir (voir les villes contrôlées par le FN en France). Montrons aux couches de la population séduites par les slogans démagogiques, les aberrations et les contradictions des néofascistes. Il faut être direct, simple (sans être simpliste), ne pas diaboliser de façon manichéenne (il y a les mauvais : les partis dextrême droite, et les bons : les démocrates) et sans longs discours, mettre à sac le fonds de commerce de lextrême droite. Il faut dire aux habitants des quartiers votant pour lextrême droite : lextrême droite vous ment. Elle vous manipule. Elle se fout de vous. Lextrême droite est antisociale. Ses dirigeants sont des démagogues, des escrocs politiques et des arrivistes, etc. Expliquons aussi aux électeurs que loin des préoccupations sociales dont ils font mine de se targuer, une fois élus, les représentants de partis dextrême droite nhésitent pas à trahir leur programme électoral en votant les lois les plus ultra-libérales. Les villes frontistes au service de l'antifascisme
! Résistances citoyennes Mais, lantifascisme ne reste quun des éléments de la lutte qui sera culturelle et politique. Contre lextrême droite, seul un véritable programme idéologique se traduisant par des actions concrètes pourra casser sa progression. Depuis vingt ans, ce sont dabord les inégalités sociales, les ravages du néolibéralisme, létouffement du débat démocratique, les faux-semblants, les connivences, le consensus, la corruption et les prébendes qui ont « fait le jeu du Front national ». Celui-ci ne reculera pas si les brasiers qui ont alimenté son expansion continuent de sétendre, notait en mai dernier Serge Halimi dans Le Monde diplomatique. Il est encore temps dagir intelligemment l Par Manuel ABRAMOWICZ, HAIJME et Jorge ROZADA Notes (1) Nom donné par nos camarades antifascistes doutre-Quiévrain aux manifestations anti-FN. (2) Dans lombre de Le Pen, Lorrain de Saint-Affrique et Jean-Gabriel Fredet, Hachette, 1998, page 31. [Extrait du dossier de RésistanceS n° 4 Automne 1998 Dossier antifascisme] |
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