Nationalistes corses,
des liens avec lextrême droite ?Le leader
nationaliste corse François Santoni avait dénoncé, avant son assassinat, les dérives
mafieuses de ses anciens compagnons darmes, les projets secrets de faire de la Corse
une plaque tournante du crime et les liens de certains avec lextrême droite. Le 17
août dernier, un gêneur a été éliminé.
Vendredi passé, à 41 ans, François Santoni (photo AP), un
des leaders historiques du nationalisme radical corse, a été assassiné. Membre du Front
de libération nationale de la Corse (FLNC) dès 1978, il dirigera ensuite la branche
politique du mouvement nationaliste, notamment comme secrétaire dA Cuncolta
naziunalista. Tout en continuant son action politique, depuis plusieurs années, François
Santoni avait pris ses distances avec la nouvelle génération indépendantiste, entre
autres celle qui négocie actuellement avec Matignon un nouveau statut pour lîle.
Avec son compagnon de route, Jean-Michel Rossi (assassiné il y a juste un an), il avait
dénoncé les «dérives mafieuses» du mouvement corse.
Contrôler la Corse
Pour Santoni, « une opération de grande envergure (
) dont le but est de
semparer de la Corse » était en cours. Il rajoutait à propos du meurtre
du préfet Erignac : «Les promoteurs de ce crime évoluent dans le monde des
affaires et du pétrole, à Paris, en Corse, En Afrique et ailleurs. Ces gens brassent
(
) des milliards pas toujours très propres et quil faut faire circuler dans
des circuits parallèles, quil faut blanchir avent de les réinjecter dans
léconomie légale. (
) Pour y parvenir, il leur faut impérativement obtenir
un changement de statut de lîle et prendre le contrôle de lappareil
politique, cest-à-dire de lAssemblée de Corse. La première tentative est
menée en 1994, lorsque Charles Pasqua négocie avec le FLNC Canal historique, pour
lobtention dun statut de territoire doutre-mer» (extrait du
livre de François Santoni : «Contre-enquête sur trois assassinats : Erignac,
Rossi, Fratacci», aux éditions Denoël, 2001) .
Accointance avec lextrême droite
Un an auparavant, François Santoni et Jean-Michel Rossi avaient informé, dans «Pour
solde de tout compte» (également publié chez Denoël), que des liens entre le FLNC
Canal historique et le milieu toulonnais existaient. Dans ce livre, les deux auteurs
(aujourdhui éliminés) brossèrent également le portait de Jean-Guy Talamoni, le
principal chef de file des nationalistes négociant un accord sur la Corse, depuis 1999,
avec le gouvernement français. Pour Santoni et Rossi, Talamoni et son entourage avaient
des «accointances avec lextrême droite»
La présence déléments dextrême droite au sein de la mouvance
nationaliste corse nest pas nouvelle. Plusieurs documents lattestent. Par
exemple, dans un livre dextrême droite, «Les Rats Maudits Histoire des
étudiants nationalistes 1965-1995», on rappelle que parmi la direction du FLNC, en 1982,
on retrouve « plusieurs anciens activistes qui ont fait leurs premières armes au
GUD». Le GUD (Groupe Union Défense) est une organisation étudiante néofasciste
réputée pour ses actions violentes sur les campus contre les syndicalistes étudiants de
gauche. Des attentats racistes ont encore été perpétrés par des fractions
indépendantistes issues du FLNC. Les actes racistes en Corse seraient même supérieurs
à ceux enregistrés dans le reste de la France. Cette réalité est occultée et niée
par beaucoup sur cette île.
François Santoni, certes nétait pas un pacifiste, il avait du sang sur les
mains (comme il laffirmait lui même), mais, récemment, inquiet des liens mafieux
de ceux qui monopolisent aujourdhui la scène nationaliste corse et révolté des
compromissions du gouvernement français avec ces derniers, il avait décidé de briser
lomerta. Et de passer à la contre-offensive, entre autres, contre les assassins de
son ami Jean-Miche Rossi. Le 17 août, un empêcheur de tourner en rond a donc été
assassiné. Au sujet de ce meurtre, «Libération» titrait, le lendemain, en première
page : «Assassinat dun gêneur».
(MAZ RésistanceS - 19 août 2001)