| Sont-ils dextrême droite ? Pour le 8 octobre 2000, lextrême droite nest pas la seule force
politique à user dun discours musclé, alimenté ici et là de références
discriminatoires envers diverses catégories minoritaires constituant notre société (les
étrangers, les homosexuel(le)s,
). Mais, ces autres forces sont-elles vraiment
dextrême droite ? Passage en revue de ces étranges troupes.
Européens unis pour le renouveau (EUR)
Le « parti » EUR a déposé des listes communales à Anderlecht et à Tubize.
Malgré ce qu'il affirme sur son site internet, ce nouveau parti, apparu à Anderlecht au
printemps dernier, est considéré par la FGTB comme très proche des
« valeurs » véhiculées par lextrême droite. Le quartier-général
d'EUR s'était alors installé au rez-de-chaussée d'un immeuble loué par le syndicat
socialiste. EUR sadresse essentiellement à lélectorat européen en
général, italien, espagnol et portugais en particulier. Son sigle est le même que celui
de lAlliance nationale italienne (issue de lex-parti fasciste MSI). Son
président fut candidat aux dernières élections consulaires des Italiens de Belgique sur
la liste du CTIM, l'organisation internationale néofascistes des italiens vivant à
l'étranger.
Nouvelle union La Hulpoise (NUL)
Présent uniquement à La Hulpe, comme son nom lindique, aux communales de 1994, NUL
avait recueilli 7,1 % (288 voix). Dirigé par un jeune boulanger, ce groupe politique
communal vient de déposer une liste de 9 candidats pour les élections du 8 octobre 2000.
NUL ne se considère pas comme appartenir à lextrême droite. Etonnant. A la
lecture de la carte souhaitant une bonne année 1999 de la Nouvelle union La Hulpoise, on
remarque quune phrase de lécrivain Antoine de Rivarol (« Quand les
peuples cessent destimer, ils cessent dobéir ») figure en exergue, que
les dessins lillustrant sont ceux de Konk (un caricaturiste français
dextrême droite viré de « Libération » pour négationnisme) (1) et un
autre reprend la croix celtique, un symbole néofasciste. En lisant cette carte, on
apprend aussi que NUL estime que ce qui « constitue lâme même de la
patrie » (« nos traditions, notre foi, notre héritage culturel et
intellectuel ») est « attaqué sans générosité et sans justice »
(sic).
Parti des Intérêts communaux (PIC)
Le PIC sera présent uniquement à Schaerbeek. Ce nouveau « parti » est issu
de lAlliance indépendante, une dissidence du Front national conduite par le
conseiller communal Guy Quinet. Ce dernier scandalisé par le discours frontiste
sattaqua à la franc-maçonnerie démissionna de ce parti. Guy Quinet se sentait-il
visé par ces attaques ? Une chose est sûre, en adhérant au FN, la ligne raciste et
extrémiste ne l'avait pas pour autant choquée. Quant à son activité politique de
conseiller communal, elle se résume à des absences régulières aux séances du conseil.
Proprété & Sécurité (PROSEC)
La liste PROSEC ne sera visible quà Uccle. Le quotidien « Le Soir »,
nous en a fait une présentation banale, sans préciser le pedigree de sa tête de
liste : Jean Solé. RésistanceS, par contre, connaît ce personnage. Selon le
curriculum vitae quil distribua le 11 avril 1989, au cours dune conférence de
presse, Solé est né le 5 avril 1936. Licencié en sciences commerciales et consulaires
(ICHEC), il avait auparavant dirigé des « mouvements de jeunesse » et
présidé le « Comité des Jeunes de Schaerbeek ». Depuis plusieurs années,
ce chef dentreprise anime un lobby patronal réactionnaire, la Fédération des
petites et moyennes entreprises de Belgique (FPMEB).
Politiquement, le meneur de PROSEC se situe à droite, plus
particulièrement à lultradroite poujadiste, libérale populiste et proche des
milieux de la droite chrétienne. En 1989 , il participa à la création de
lUDRT 2000 (une nouvelle version de lUnion démocratique pour le respect du
travail, une formation poujadiste du début des années 80), avec, notamment, lun
des chefs de la Nouvelle (extrême) Droite belge qui avait fondé, en 1982, une revue qui
sera animée par lidéologue de référence dun groupuscule néonazi
bruxellois lié à Léon Degrelle. Après léchec électoral de lUDRT aux
Régionales bruxelloises de juin 1989, Solé allait toutefois poursuivre sa collaboration
avec lultradroite, notamment avec la formation BEB (Belgique-Europe-België, droite
conservatrice, belgicaine et monarchiste).
A partir de 1996, il commença une rubrique hebdomadaire dans
« Polémique-Info », un journal dextrême droite alors dirigé par le
porte-parole du Front nouveau de Belgique (FNB). Marguerite Bastien (la
présidente-fondatrice du FNB) y bénéficiait aussi dune tribune. Les autres
rédacteurs de « Polémique-Info » provenaient des rangs néonazis comme
Jonas, le Dr. Soas ou encore Jacques Roy. Dernièrement, on retrouva la signature de Solé
dans « Le Bastion », le mensuel raciste du FNB. Dans « Survivre »,
le bulletin trimestriel de contact de la FPMEB, n° 98 (janvier à mars 2000), il était
noté en page 8 : « les Juifs sont les plus racistes qui soient ».
Union des Bruxellois (UDB)
Cette union est menée par lex-bourgmestre populiste de Bruxelles-ville, Michel
Demaret (PSC). Siégeant comme député régional au Parlement bruxellois, il y a quelques
années, il sétait « distingué » par des propos racistes et son
soutien à la liberté dexpression pour les élus néofascistes du Vlaams Blok. Le
Front nouveau de Belgique, il y a plus dun an, rappelait que sa présidente,
Marguerite Bastien, avait rencontré Michel Demaret pour lui proposer une alliance
électorale en vue des élections régionales du 13 juin 1999. Au cours dun
entretien accordé au journal « Le Soir », le 27 février 1999, Demaret
avoua : « Je naime pas que lon empêche ce parti (le FNB, Ndlr) de
parler et quon le traite de fasciste. Bien que je naie aucune sympathie pour
ces gens-là ». Il refusa la proposition de Bastien, mais, déposera une liste
régionale avec un ancien député Front national ! Plus tard, Demaret proposera à
Jean Solé (le dirigeant de la liste PROSEC à Uccle) de le rejoindre. Etrange
fréquentation : Jean Solé est un « compagnon de route » de
lextrême droite, depuis bien longtemps (revoir à son sujet la notice sur PROSEC,
un peu plus haut).
A proprement parler, lUDB nest pas un parti
dextrême droite. Cependant, les prises de positions de son leader charismatique en
sont très proches. Comme certains de ses amis politiques. De plus, cette union, par un
discours populiste, sadresse également au même électorat que celui du FN, du FNB
ou du VB. Un hasard ?
Vivant
Cette étrange formation nest pas dextrême droite. Le politologue Pascal
Delwit (ULB), considère dailleurs Vivant comme étant le parti le plus
ultralibéral de la classe politique belge. Toutefois, dans ses rangs militent quelques
anciens élus du Front national. Ceux-ci ont-ils réellement viré leur cuti ?
Simon HARYS
RésistanceS 17 septembre 2000
(1) Les dessins de Konk sont également utilisés, en
Belgique, par le Vlaams Blok, le Front national et le Bloc Wallon. |