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Législatives belges du 18 mai 2003

Un tapis rouge médiatique
pour les ennemis
de la liberté ?

Dans le Nord du pays, le Vlaams Blok fait quasi quotidiennement la une de l'actualité. Ce parti néofasciste est devenu, pour beaucoup de médias, un parti comme les autres. Une partie de la presse se rend ainsi complice de l'opération " politiquement correcte " que développe le Blok depuis plusieurs années. Un membre de la rédaction néerlandophone de " RésistanceS ", nous explique pourquoi.

En quoi diffère cette période de campagne électorale de celle de 1999 ? Incontestablement, la différence réside dans l'attention positive accordée par la plupart des médias du nord du pays au Vlaams Blok. Quelques exemples. Dans la presse flamande, le numéro trois de ce parti d'extrême droite, Gerolf Annemans, est décrit comme étant le plus malin de la classe (politique). Pour rendre l'actualité plus originale, sur le mode des jeux télévisés grand public, un média a même invité Gerolf Annemans à se faire coiffer chez un coiffeur turc. Un autre organe de presse n’hésita pas à demander à Philip Dewinter de raconter une blague sur un Marocain. Le président du VB, Frank Vanhecke, eut quant à lui l’occasion d’exprimer dans la presse ses sentiments à l'égard des socialistes !

Comme nous le voyons, la couverture médiatique dont bénéficie le plus important parti néofasciste d'Europe est très fantaisiste et enfreint les règles élémentaires de la déontologie journalistique. En effet, les questions critiques, quant à elles, ne sont pas à l'ordre du jour. A la VRT, la télévision publique flamande, la politique est devenu bel et bien un divertissement. Soit, mais si le Vlaams Blok reçoit les mêmes égards que n'importe quel autre parti, la démocratie est en péril. Parce que justement, le Blok n'est pas un parti comme les autres.

Des Flamands dans la résistance
C'est ce qu'ont compris une partie des leaders d'opinion flamands. Dans une interview récente publiée dans l'hebdomadaire " Humo ", certains d'entre eux s’insurgent avec véhémence contre cette tendance faisant du VB un produit d'actualité qui fait monter les ventes et l'audimat. Qui sont ces résistants à l'air du temps ? Ce sont des journalistes et des intellectuels éminents comme Walter Zinzen, Gui Polspoel, le professeur Etienne Vermeersch et l'écrivain Marc Spruyt. Gui Polspoel, journaliste à la télévision commerciale VTM, affirma dans les colonnes de " Humo " : " J'ai toujours été un inconditionnel de la VRT, mais mon coeur saigne quand je vois comment on traite le Vlaams Blok ". Polspoel est un homme bien placé pour faire ce constat. Lui aussi, il fait occasionnellement des interviews de dirigeants du Vlaams Blok pour la chaîne commerciale. Mais, avec lui et contrairement à ce que font beaucoup de ses confrères, l’entretien est mené sans concessions, avec intelligence et n'épargne en rien le parti néofasciste. Résultat : les masques du Blok tombent vite.

Par contre, le son de cloche est bien différent à la VRT : elle braque les projecteurs sur le VB, et ce sans aucune distance critique. On pourrait être tenté de croire que c'est une nouvelle stratégie de la chaîne de télévision publique. Espère-t-elle, en toute naïveté, ainsi contrer le Blok ? Leo Debock, le rédacteur en chef de la VRT, refuse de répondre à cette question, et se borne à dire : " on évaluera après.... ".

La VRT n'est pas le seul média flamand qui se livre à un excès de zèle favorable au Vlaams Blok. La chaîne commerciale VTM - à l'exception de son journaliste Gui Polspoel, comme nous l'avons écrit plus haut - et le journal libéral " Het Laatste Nieuws " sont déjà des habitués de la mise en évidence du côté " humain " du Blok. Plus récemment, c'est le quotidien catholique " De Standaard " qui a capitulé. Une candidate aux élections y vantait ainsi l'intérêt du régime d'apartheid à l'époque où l'Afrique du Sud était une dictature raciste.

bracke.jpg (12726 bytes) La VRT a rompu le cordon sanitaire. Siegfried Bracke (photo VRT), pourtant un excellent journaliste, traite le Vlaams Blok comme si c'était un parti comme les autres.

Seul le journal " De Morgen " réussit à ne pas ouvrir ses colonnes au Blok. On serait tenté de demander quel est son mode d'emploi. Ce quotidien progressiste a toujours été, il faut le savoir, à la pointe de la dénonciation du rôle néfaste que joue le VB dans le paysage politique néerlandophone. A plusieurs reprises, il a publié des enquêtes d'investigation pour montrer les liens maintenus entre le parti de Franck Vanhecke et les milieux les plus malsains de l'extrême droite (les négationnistes, les néonazis et autres antisémites indécrottables). Pourtant, comme " De Morgen ", certains médias ont tenté de résister. C'était le cas de la VRT qui était fière de présenter, il y a un an, une note déontologique stipulant que le Vlaams Blok n'est pas un parti comme les autres. Cette note mentionnait qu'il fallait parler de lui uniquement si cela était strictement nécessaire du point de vue journalistique. Et au niveau de l'actualité du Blok, tous les journalistes sont du même avis : il n'a au niveau parlementaire aucune pertinence et la plupart de ses députés sont des " fainéants ". Alors pourquoi ce déséquilibre entre un bilan mitigé, un profil antidémocratique clair et une telle couverture médiatique ?

Justice - média – politique: les bras tombent
Comment comprendre cette nouvelle tendance médiatique déplorable ? Certains avancent que, le Blok n'ayant pas été condamné lors du procès que lui ont intenté le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme et la section flamande de la Ligue des droits de l'homme, il n'y aurait donc aucune raison de le traiter comme un parti différent des autres. Cela voudrait dire que la plupart des médias ne prennent plus leurs responsabilités pour dénoncer la vraie nature idéologique du Blok, à l'instar de la justice d'ailleurs, ou du monde politique.

Aujourd'hui d'ailleurs, les ténors de la Nieuw-vlaamse alliantie (N-VA, la Nouvelle alliance flamande, formation politique formée par l'aile ultra nationaliste de feue la Volksunie) et les chrétiens-démocrates du CD&V (le pseudopode du CVP) jugent le cordon sanitaire hypocrite et contre-productif. Et demain, s’attèleront-ils à son démontage complet, avec la complicité d'une partie de la presse néerlandophone ?

Johan Gulbenkian
Avec la complicité d'Alexandre VICK

RésistanceS © Bruxelles / 13 mai 2003 (article traduit du néerlandais. L'auteur de cet article est un membre néerlandophone de la rédaction bilingue de RésistanceS)

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