RésistanceS.be 24-05-2014

Après des « dimanches noirs », des « dimanches rouges » ?


Elections 2014, l'extrême droite de Belgique en voie de remplacement...

Les trois élections - régionales, législatives et européennes - de ce dimanche pourraient porter un coup décisif aux derniers représentants de la droite extrême. Le Vlaams Belang, les « morts-vivants » du FN belge et ses dissidents devront être balayés par des forces nouvelles. La N-VA dans le nord du pays, les nouveaux micro-partis populistes de la droite ultralibérale à Bruxelles et en Wallonie. Mais aussi, par la gauche radicale conduite par le PTB-GO. Etat des lieux à quelques heures des scrutins.

 

 

Panneau électoral à Bruxelles. Aujourd'hui, l'extrême droite n'est plus une alternative crédible chez les « électeurs protestataires ». La gauche radicale pourrait dès lors la remplacer avec un programme politique pourtant totalement à son opposer © Photo : Manuel Abramowicz



En Flandre : un leadership nationaliste en chute
Depuis les élections communales de 2006, le Vlaams Belang (VB), « Intérêts flamands » en français, est en mauvaise santé électorale. Il fut pourtant le parti d'extrême droite en Europe le plus fort, après le Front national français. En Flandre de son ascension (lors des élections locales de 1988) jusqu'au début des années 2000, le VB (fondé en 1978) influencera l'agenda politique. Cette formation était alors surpuissante. Scandant « België barst » (Que la Belgique crève!), tel un lion affamé, le VB menaçait de dévorer tout entier le pays. Ce parti indépendantiste était présent partout avec des scores donnant le vertige : une moyenne de 15 % sur l'ensemble de la Flandre, des pointes au-dessus des 20 % dans plusieurs villes et plus de 30 % à Anvers. A tous les échelons de pouvoir, le parti néofasciste avait des représentants politiques. Mais, siégeant systématiquement dans l'opposition.

Lassés d'y rester, des responsables du VB préconiseront pour briser le cordon sanitaire - les isolant dans le paysage politique - une stratégie plus pragmatique afin de se faire accepter par les autres. Le but : rentrer dans des majorités. Les échecs électoraux, enregistrés depuis 2006, permis aux opposants internes de renforcer leur critique de la ligne radicale défendue par la direction du parti. Un changement de cap fut à nouveau revendiqué. Sans succès. Filip Dewinter, officiellement numéro deux sur papier, mais dans les faits le véritable patron de la formation nationaliste, maintiendra en place sa stratégie fidèle aux fondamentaux du VB. Ce qui alimentaire encore plus les conflits internes entre pragmatiques et radicaux. Plusieurs dirigeants du VB claqueront sa porte, dont le deuxième président de son histoire, Frank Van Hecke.


La chute libre aux dernières élections du Vlaams Belang est donc due à sa trop longue présence dans l'opposition (de 1978 à nos jours !), aux tensions internes entre « modérés » et radicaux, aux départs successifs de plusieurs de ses cadres... Le rouleau compresseur électoral représenté par la Nieuw-vlaamse alliantie du charismatique Bart Wever (N-VA), « Alliance néo-flamande » en français, a aussi, bien entendu, poussé dans les cordes du ring politique le parti des « Intérêts flamands ».

Les électeurs pragmatiques du Vlaams Belang l'ont bien compris : pour obtenir un changement réel en Flandre, ils n'ont plus intérêts à voter VB, mais N-VA. Ce dimanche 25 mai, le parti de Filip Dewinter pourrait, selon la régression électorale subie depuis 2006 et les sondages actuels, passer en-dessous de la barre des 10 %. Un seuil qui annoncera, comme RésistanceS.be l'avait déjà prédit depuis plusieurs années, un parti en voie de groupusculisation.

 

La balkanisation totale des facho-francophones
A Bruxelles et en Wallonie, l'extrême droite est, depuis bien avant son grand frère flamand, en état de décomposition avancée. Potentiellement puissante dès son succès électoral, désormais historique, aux communales de 1994, les chefaillons successifs du Front national belge, apparu en 1985, ont juste été capables, en plus trente ans d'existence, de ruiner l'héritage frontiste. Pourtant, le terrain politique sur lequel le FN s'était bâti était promoteur. L'extrême droite bénéficiait chez nous alors des ondes de choc positives de la popularité en France, sans cesse grandissante, de Jean-Marie Le Pen d'abord, puis de sa fille, Marine Le Pen. En février 2012, selon un sondage, plus de 10 % de Bruxellois et 12 % de Wallons exprimaient leur adhésion à la présidente actuelle du FN d'outre-Quiévrain.

Du côté francophone, la droite extrême eut donc toute les possibilités pour se construire comme une force nouvelle d'opposition véritable à ladite « bande des quatre ». Cette droite idiote et inefficace a implosé par ses propres fautes. La contre-offensive antifasciste et les révélations régulières du journal RésistanceS.be - sur ce qui se passait dans ses coulisses – a aussi participé à sa liquidation totale. D'ailleurs, Marine Le Pen s'est en personne référée aux articles de RésistanceS.be sur les liens de ses amis belges avec des néofascistes solidaristes pour mettre fin à l'aventure du FN dans notre pays .


Résultat des courses : aux élections de ce dimanche, les survivants de l'extrême droite francophone se présentent fortement affaiblis et en ordre dispersé. Ici et là, les électeurs protestataires, réactionnaires, poujadistes, xénophobes et hantés par ladite « islamisation de la société » devront faire le choix entre les différentes offres électorales faites par les derniers groupuscules issus du frontisme national à la belge : Nouvelle Wallonie Alternative (NWA), Front wallon (FW), Nation, parti PLUS (pour : Patriotisme Liberté Union Souveraineté, P+) et Wallonie d'abord.

Avant les élections, pour éviter leur balkanisation, plusieurs groupuscules avaient tenté des regroupements pour se présenter ensemble aux électeurs. La NWA avait même mis en place pour cela un « Front d'union national » (FuN)

Le parti P+ proposera une « alliance patriotique » pour se partager les morceaux du frontisme. Le Front wallon – créé par la Fédération des nationalistes wallons (FNW) - lancera un appel à rejoindre ses rangs. Quant au mouvement « national-solidariste » Nation, il proposera, au cours d'une réunion secrète, au FN belge historique (toujours sous l'influence de son président-fondateur, le docteur Daniel Féret) un accord électoral. Toutes ces tentatives d'unité ont été vouées à l'échec.


Le VB et les Le Pen contre les facho-francophones !
Dans le Hainaut, pour les élections législatives, les « morts-vivants » du FN belges – et leurs candidats à la succession (NWA, Nation, P+...) - pourraient être balayés par la liste « FpN » (Faire place Nette). Avec un logo et une propagande électorale proches du look de l'ex-Front national, cette liste a été mise en place par provocation par le Vlaams Belang, comme l'avait déjà annoncé, en décembre dernier, le web-journal RésistanceS.be.

 

« Faire place Nette » propose de « balayer les ordures politiques » (sic) avec l'aide de ses « collabos » wallons. Parmi les candidats de FpN, il y a en effet :

  • en troisième place sur la liste des candidats effectif, l'ex-commissaire de police Jean-François Godart, soutenu par la Nouvelle alliance francophone (NAF), une des énièmes scissions microscopiques du FN ;

  • Georges Hupin (7e candidat effectif), le « gourou » de la secte politique « Terre & Peuple – Bannière Wallonie » et ancien responsable du service de formation idéologique du Front national à l'époque de l'« ère Féret » (du nom de son président-fondateur, Daniel Féret) ;

  • et Marco Santi (9e candidat suppléant), le président de Démocratie nationale, un groupuscule issu lui aussi du FN unitaire qui fut mis sur pied en 2012, avec l'aide de l'eurodéputé frontiste français Bruno Gollnisch.


Avec la liste FnP, le Vlaams Belang souhaite liquider totalement l'extrême droite francophone actuelle. Pour le parti nationaliste séparatiste flamand, les fachos-francophones représentent encore la « Belgique de papa » qu'il détestée par-dessus tout. Dans sa manoeuvre de sabotage de la droite extrême francophone, le VB a reçu le soutien personnel de Marine Le Pen et même de Jean-Marie Le Pen qui reste le président d'honneur du Front national. Les photos et déclarations de soutien de la famille Le Pen figurent en bonne place sur les tracts et affiches de la propagande du VB diffusée dans le Hainaut et dans la région de Bruxelles-capitale.

Outre la liste wallonne du Vlaams Belang et l'offensive lepénisée de celui-ci dans la capitale du pays, les fachos-francophones sont également menacés de disparition par la concurrence de la « nouvelle droite radicale ».



Avec le soutien total du Front national français, collage massif d'affiches de la liste « Faire place Nette » (FpN) proposée par le Vlaams Belang dans le but de rassembler, dans le Hainaut, les électeurs orphelins de l'ex-Front national belge - Photo : Facebook



Apparition après le 25 mai d'une « nouvelle droite radicale » ?

Depuis 2009, il se constitue sur l'ensemble de la Wallonie et à Bruxelles de petites formations politiques « à la droite de la droite ». Elles sont caractérisées par une ligne idéologique ultralibérale, mais aussi exploitant - avec d'autres mots - le fonds de commerce classique de l'extrême droite qui firent jadis ses succès : l'antipolitisme, l'insécurité, l'immigration, l'islamisation... Avec évidemment une même rhétorique et un marketing électoral identique : l'utilisation de boucs émissaires pour expliquer tous les maux qui ravagent notre société.

Le développement de ces nouveaux micro-partis s'est enclenché après la création du Parti populaire (PP) par l'avocat d'affaires carolo-bruxellois Mischaël Modrikamen. Dès le début, le PP a chassé – aussi – sur les terres frontistes.

 

A la veille des élections, ce parti véritablement populiste, représente la droite décomplexé. Une droite musclée et radicale par essence. Proposant une réelle alternative pour les électeurs orphelins du FN belge. Le Parti populaire, dès ce dimanche 25 mai, pourra renforcer, sur la base de sondages qui lui sont favorables (en avril : 7 % en Wallonie), sa future force de frappe possible par l'élection de plusieurs députés régionaux et d'au moins deux députés au Parlement fédéral.

Mais le PP devra partager avec d'autres les restes du cadavre frontiste. Des dissidents de cette formation se présentent ce 25 mai aussi aux électeurs d'extrême droite. Le parti « La Droite » est le premier de ceux-ci. Il a été fondé, en 2010, autour d'un personnage sulfureux, Aldo-Michel Mungo. La même année, le même individu s'était allié dans une croisade commune anti-Islam au Bloc identitaire, une formation d'extrême droite française. S'affirmant libérale, La Droite séduit déjà des ex-électeurs FN. Mais son succès devrait être limité et bien inférieur à son géniteur, le Parti populaire. Le groupuscule de Mungo pourrait en Wallonie recueillir 1,3 % selon un sondage du quotidien Le Soir paru ce vendredi.

D'autres ex-PP seront aussi présents, sous d'autres fanions, aux élections. Citons : Valeurs Libérales Citoyennes (VLC), Debout les Belges du député fédéral sortant Laurent Louis (converti à l'antisémitisme conspirationniste ), le Parti des pensionnés (mené aussi par un ancien responsable liégeois du Front national), Vox Populi Belgica (VPB) ou même une « modéré » Union des Libéraux (UdL).


Notons encore l'existence d'une étrange liste intitulée « Agora Erasmus ». Présente uniquement à Bruxelles pour le Parlement fédéral, ce « parti » est un cache-sexe de la branche belge du mouvement politique nord-américain conduit par Lyndon LaRouche. Comme chez Debout les Belges, les thèses complotistes sont à la base des théories de ce dernier. En ligne de mire : un « méga-complot ourdi par une oligarchie patricienne judéo-britannique » (selon un article du journal en ligne français Rue89 publié en 2012).

A « la droite de la droite », la concurrence sera rude. D'autant plus que quelques personnalités politiques de partis dits démocratiques, du MR au PS, se sont montrées offensifs sur les thèmes de prédilection de l'extrême droite historique, notamment en parlant du dossier des réfugiés politiques Afghans.


Meeting du Premier Mai 2012 du Parti du Travail de Belgique (PTB) et du Parti communiste à Liège, avec au centre Raoul Hedebouw, le jeune leader charismatique de la gauche radicale. Ce dimanche, celle-ci devrait faire son entrée dans les parlements régionaux bruxellois et wallons, ainsi qu'au Parlement fédéral © Photo Manuel Abramowicz.



Après les « dimanches noirs », des « dimanches rouges » ?

Ce dimanche, l'extrême droite flamande, incarnée depuis les années 1980 par le Vlaams Belang, va certainement passer totalement dans l'ombre de la N-VA de Bart De Wever.

Du côté francophone, la droite radicale populiste va se partager les restes du stock de la faillite de l'entreprise FN. Mais, c'est sans doute la gauche radicale qui va émerger ce 25 mai. En particulier, le PTB-GO qui pourrait passer de ses 1,6 % obtenus aux élections législatives de 2010 à près de 7 % à Bruxelles (selon un sondage effectué en février) et de 1,9 % à 9,2 % en Wallonie (d'après un sondage du mois d'avril). Plusieurs députés régionaux et au maximum trois députés fédéraux d'« extrême gauche » pourraient être élus dans quelques heures. Si cela devait être le cas, force sera de constater que la « gauche de la gauche » aura été bien plus forte que la « droite de la droite » et que l'extrême droite.


Pour cette dernière, il s'agira d'une catastrophe gigantesque. Effectivement, hier groupuscule électoral, le Parti du Travail de Belgique (PTB), aujourd'hui en cartel électoral avec une « Gauche d'ouverture » (GO) rassemblant la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et le Parti communiste de Wallonie-Bruxelles (PCWB), deviendra une alternative crédible et efficace pour représenter les exclus du système capitaliste.

« Demain unie et encore mieux organisée, cette ''nouvelle vague électorale'', résultat d’un travail quotidien de terrain - la gauche radicale sera sans doute capable de battre les forces antisociales d’extrême droite, dont l’heure semble avoir sonné », écrivait le17 mars 2001 le journal RésistanceS.be

Dès le début des années 2000, RésistanceS.be avait donc déjà annoncé, sur la base d'une analyse politique et le développement électoral observé en Europe, la possible apparition – en remplacement de « dimanches noir » - de véritable « dimanches rouges ». Le résultat de ce dimanche confirmera peut-être notre pronostic.


Manuel Abramowicz

 


 

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be info@resistances.be – Article mis en ligne le 24 mai 2014.



La gauche radicale belge francophone pourrait balayer l'extrême droite pour représenter une réelle opposition à la politique actuelle. Sur cette photo, Raoul Hedebouwn, le jeune leader charismatique du Parti du Travail de Belgique (PTB) qui se présente, ce dimanche, avec des listes PTB-GO. Elles rassemblent exceptionnellement les communistes du PCWB et les trotskistes de la LCR, avec le soutien de personnalités de la gauche politique et syndicale, dont l'ancien sénateur Ecolo Josy Dubié, des dirigeants de la FGTB de Charleroi, l'ancienne secrétaire nationale de la CSC Irène Pêtre, la philosophe Isabelle Stengers et le journaliste Hugues Le Paige © Photo Manuel Abramowicz.


 

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