amnésie, bêtise Parmi les prétendants aux postes de conseillers communaux qui vont sortir des urnes le 8 octobre prochain, l'on peut trouver un parti extrémiste de droite, dénommé EUR (Européens Unis pour le Renouveau). Bien sûr, comme tous les partis qui ne veulent pas renoncer à lavantage démagogique procuré par les discours ouverts et démocratiques, EUR se défend dappartenir à lextrême droite (la reconnaissance de cette adhésion pourrait nuire à la réalisation de leurs justes desseins argumentons malins !). Mais comme lenfant pris le doigt dans la confiture par ses pairs, et que lévidence de la remontrance prend au dépourvu, ce parti se défend bien mal. En fait, EUR se défend avec toute la naïveté de lenfant et la mauvaise foi de ladulte resté ignorant (et ignorant des autres). EUR est un parti autoritaire qui vise à nier certains pour le bien des autres (leur idéal du bien imposé à chacun). Le présent article vise à décrire cette démarche de négation dautrui, parce quil est important à nos yeux, en période délection, de les ouvrir sur les multiples visages des idéologies de lextrême. LEUR affiche ainsi un faciès "post-moderne": il sagit de dépasser les clivages gauche-droite en critiquant les partis traditionnels, mais de manière feutrée (personne n'a le monopole du social, de la défense des indépendants, de l'environnement) et en surveillant son vocabulaire (pas de « pourris », « bande des quatre », etc., restons polis). Pour EUR, les partis traditionnels sont tout simplement dépassés. Seul le renouveau quil promet, garantit lavenir : un renouveau bien ficelé et tout propre, tout droit sorti de lEtat Europe rêvé par les Pères fondateurs. Quoi de plus « in », quoi de plus jeune, quoi de plus novateur ? ! Bien quils se défendent de suivre une quelconque tendance dextrême droite, les réactionnaires dEUR adoptent des positions caricaturales de ce type sur les questions de société qui sont les fers de lance de la droite autoritaire. On retrouve donc immanquablement les thèmes de la famille, de la sécurité et lordre public, du droit à la vie, etc. Dans le volumineux chapitre réservé aux homosexuels sur leur site internet, les partisans dEUR paraissent avancer masqués, comme la plupart des homophobes et racistes démocrates actuels ou du moins ébauchent-ils cette forme dhypocrisie bien pensante. On réentend donc certaines précautions oratoires dusage : « nous ne sommes pas contre les homosexuels mais contre la promotion de lhomosexualité. » Ceci constitue les ornements typiques de ceux qui préfèrent attaquer des abstractions qui les dérangent plutôt que daffronter les critiques des individus qui auront à souffrir de cette attaque. Le programme dEUR en matière dhomosexualité, de sexualité en général, voire de toute relation affective, est motivé par une vue rigide du destin idéalisé de lhumanité. Comme dans la plupart des formes dintégrismes religieux, politiques ou purement idéologiques, ils sont piégés dans leur vision du monde et veulent limposer aux autres par un processus de négation des partis adverses. Le canevas général est le suivant : lhumanité a un but qui dépasse les êtres qui la compose, et il faut atteindre ce but par des moyens précis. Dans le cas du discours sur les rapports interpersonnels (affectifs et/ou sexuels et/ou homosexuels), le moteur qui conduira à la satisfaction de ce but fonctionne avec les constituants idéalisés de la façon suivante. Pour EUR, le fondement de la société est La famille, cest-à-dire cette célèbre image dEpinal : papa, maman et les enfants. Pour EUR, ce noyau est le seul légitime car il est le produit de la nature présent depuis des temps immémoriaux, cadeau précieux conféré par Dame Nature aux humains pour quils accomplissent leur destin : se reproduire et transmettre leurs valeurs à leurs progénitures. Nous nentrerons pas dans le détail de leur logique (leur programme est un véritable zoo en matière damalgames et de raccourcis de la pensée). Les EUR semblent ignorer que la famille traditionnelle quils défendent est une forme de vie qui a fait une apparition ponctuelle dans l'histoire de la famille en Europe, et dont l'importance n'a cessé de diminuer à partir du 19e siècle. De fait, leur discours ne tient nullement compte, voire rejette, lexistence de lunion libre, des parents divorcés, des diverses formes de célibats, des familles monoparentales, des familles recomposées, des familles composées de parents de même sexe, etc. Pourtant ces projets de vies et ces familles existent ! Belle modernité en vérité que cette image figée dune réalité parmi dautres, basée sur la méconnaissance des diversités sociales, affectives, sexuelles qui nous entourent, et sappuyant sur ladhésion aveugle à des principes difficilement vérifiables mais vraisemblablement construits (« il faut être deux dans un couple », « il faut tomber amoureux », « deux parents ne peuvent être que deux êtres de sexes biologiques différents », « les rôles sociaux des hommes et des femmes sont différents et définis pour de bon », « lhomosexualité est une maladie », etc.). Et il nest pas simple de se protéger contre cette forme dintégrisme qui vise à conférer des caractéristiques immuables aux groupes humains (« les femmes sont comme ceci ») ou un caractère impératif aux particularités de certains projets de vie (« il faut avoir des enfants »). Notamment, les médias se régalent habituellement de ces séduisantes simplifications : « les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus », « Les hommes savent pourquoi », « Cest notre destinée que de tomber amoureux, de vivre en couple et fonder un foyer », etc. Plus généralement, chaque jour, notre environnement sous la plupart de ses aspects, nous façonnent à son image et il est par définition impossible déchapper totalement à cette forme de dépendance. On pourrait longtemps débattre de la possibilité et de la nécessité de déconstruire les stéréotypes que notre environnement nous impose mais cela ferait lobjet dune discussion rapidement hors de propos. Limportant est de remarquer ce qui anime les EUR : lignorance a-réflexive et amnésique qui permet au regard de se tourner avec intransigeance vers un aspect du passé (« jadis ») choisi et élevé au statut de vérité éternelle (« toujours »). Lextrême droite ne fait pas mieux. Si une grande part de leur propos se focalise sur la famille, EUR ne manque cependant pas daborder de nombreux autres thèmes chers à ce genre didéologies agressives. Dans le chapitre consacré au Droit à la vie (qui rappelle Pro Vita de sinistre mémoire), ils mélangent tout : la pauvreté et les démunis, les enfants victimes des pédophiles, la lutte contre la drogue (sans jamais énoncer la moindre proposition concrète). En ce qui concerne la sécurité et lordre public, là aussi, les pires slogans et constats sont faits sans aucune proposition constructive. Et bien entendu, les équations et amalgames les plus éculés sont présentés : Insécurité = insuffisance de forces de l'ordre = maffia = immigration extra-communautaire. L'EUR dénonce également le rôle joué par les syndicats et les profiteurs du système social. Ensuite, il sagit de dire oui à la patrie Europe, mais dans la préservation de l'identité de chaque peuple qui la compose, belle patrie dont la multiculturalité n'est pas évoquée, et dont l'élargissement à l'Est est présenté comme suspect. Pas trop de différences culturelles et pas trop de pauvres des ex-Républiques soviétiques : la Patrie Europe se doit d'être occidentale et riche. Pour davantage dinformations, nous vous conseillons de consulter leur site internet à lentrée duquel une gentille coccinelle vous accueillera bête à Bon Dieu figurant également sur le sigle dAN (Alleanza Nazionale), le parti néo-fasciste italien (ex-MSI). Curieuse coïncidence ! Ajoutons à cela que le président d'EUR, Salvatore Albelice, aux dernières élections consulaires des Italiens de Belgique était présent sur la liste du CTIM, les Comités Tricolores des Italiens dans le Monde, "internationale" mise sur pied par les héritiers de l'Etat fasciste italien (cf. le site internet de RésistanceS). Enfin, pour mémoire, notons quEUR, c'est aussi à Rome le quartier des Ministères, voulu par Mussolini dans les années Trente. Patrick Jeuniaux François Sant' Angelo |