RésistanceS 14-03-2007

Bilan de Films & Fascismes – semaine du cinéma en résistance


Des projections et de nombreux débats utiles pour notre combat


La semaine du cinéma en résistance Films & Fascismes, organisée au centre culturel bruxellois le Botanique par l'asbl Libération films, RésistanceS, le Pac et le Ciep/Moc, s'est terminée ce mardi 13 mars. Durant sept jours d'affilés, plus de vingt projections de films de cinéma, de documentaires et de reportages de télévision inédits ont été faites. En parallèle à ces diffusions, vingt-et-un intervenants sont venus apporter des informations utiles, parfois même la controverse nécessaire à tout débat démocratique, devant un large public, souvent constitué en majorité de jeunes (18-25 ans).

Mieux comprendre les fascismes par le débat
Les sept débats quotidiens ont permis de mieux déceler les diverses facettes de l'extrême droite. L'attrait qu'elle peut susciter par ses slogans fanatisés et primitifs, notamment lorsqu'ils sont diffusés à la télévision, fut l'objet du premier débat rassemblant le journaliste Jean-Claude Defossé (RTBF), auteur de deux exceptionnels reportages de télévision sur le Front national et sur le Vlaams Blok/Belang, et la militante bruxelloise néerlandophone Jo De Leeuw, co-directrice de l'ouvrage ''L'Extrême droite contre les femmes''. Leurs interventions respectives donnèrent lieux à diverses questions, avis et à un vif débat avec un public dynamique. Au cours duquel, le sexisme, le racisme, la responsabilité du capitalisme dans l'émergence de l'extrême droite, l'évocation de la civilisation occidentale comme étant supérieure aux autres civilisations, le fanatisme... se retrouvèrent pointés du doigt par l'une ou l'autre prise de position.

Les raisons de la résistance armée contre le fascisme s'expliqua, le lendemain, en présence d'un historien spécialiste de l'occupation nazie, José Gotovitch (professeur à l'Université libre de Bruxelles et ancien directeur du Centre d'étude guerres et sociétés contemporaines, le Ceges) et un ancien résistant, le docteur André Wynen. Sans aucun tabou, nostalgie héroïque exagérée et dans un langage clair, ils ont décrit le pourquoi, selon eux, du passage à la résistance de simples citoyens pour qui le combat pour la liberté méritait les plus grands sacrifices.

Le professeur José Gotovitch expliqua la vie quotidienne des clandestins recherchés par toutes les officines de répression nazies, mais aussi leurs questions existentielles à propos de leur engagement personnel et les réactions d'une population docile, souvent hostile à tout acte de résistance par peur des représailles.

André Wynen, entré en résistance à l'âge de 16 ans, raconta que son choix se détermina quand son ''seuil d'acceptation à la soumission'' avait été atteint. Il était donc naturel qu'il prenne les armes contre l'ennemi. Le vendredi soir, après la deuxième diffusion de l'exceptionnel reportage ''White Terror'' (sur l'internationalisation du mouvement nazi-skin), Anne Morelli (professeur d'histoire à l'Université libre de Bruxelles) et moi-même (au titre de coordinateur de RésistanceS) plaidèrent pour un ''antifascisme politiquement incorrect''. Pour nous, la victoire sur l'extrême droite ne pourra avoir lieu que si un engagement préalable s'enclenche pour lutter efficacement contre les inégalités sociales. De plus, l'antifascisme a souvent été utilisé comme alibi par des fractions de partis démocratiques afin de camoufler des pratiques indignes du monde politique.

Pour l'historienne Anne Morelli, la seule solution contre l'extrême droite, c'est la gauche radicale anticapitaliste. Avec quelques exemples à la clés, elle évoqua les barrages électoraux fais contre l'extrême droite dans des communes où le Parti du travail de Belgique (PTB), par exemples, se manifeste par une présence politique significative.


Mécaniques et stéréotypes
Le samedi soir, c'est plus en détail que les ''mécaniques du fascisme'' seront ''radioscopiées'' par des spécialistes en psychologie et en sociologie. Marc Abramowicz (psychologue), Francis Martens (psychanalyste), Christian Boucq (animateur-formateur au CIEP/MOC et co-auteur du livre ''Déminons l'extrême droite'', récemment édité chez Couleurs livre) et Yvon Beguivin (journaliste et écrivain français vivant en Belgique) ouvrir le débat pour mieux comprendre les ''peurs'' que peuvent représenter la confrontation avec des personnalités d'extrême droite, mais aussi les peurs de ces derniers pour expliquer leur engagement fanatisé dans des organisations d'extrême droite. Le pourquoi de l'embrigadement individuel dans des mouvements collectifs prônant la haine, notamment raciale mais également la revendication de politique inégalitaire, fut expliqué durant ce débat des plus utiles. Lors de celui-ci, Jacky Degueldre, modérateur de ce débat et co-organisateur de Films & Fascismes, évoqua une expérience suédoise. Constatant qu'une bonne majorité de jeunes délinquants et militants néonazis avaient des traits communs pouvant permettent une explication de leur marginalité, par exemple l'absence ou l'abandon de leur père, une association locale a développé une expérience révolutionnaire en la matière : la mise en place d'un réseau de père de substitution. Actuellement, ce travail exceptionnel semble déjà porter ses fruits. Un exemple donc à suivre.

Le lendemain, malgré un splendide dimanche ensoleillé, ils furent plusieurs à rejoindre la salle obscure du Botanique pour (re)voir ''Vlaams choc'', le document qui suscita au moment de sa projection à la RTBF une vive polémique. Le débat qui s'en suivi avec Paul Pataer, le président de la Ligue flamande des droits de l'homme au moment où celle-ci s'était jointe à l'action judiciaire du Centre pour l'égalité des chances qui condamna définitivement le Vlaams Blok pour racisme, donna la possibilité d'avoir un avis antifasciste flamand clair et précis. Par un discours intelligent et posé, Paul Pataer, comme à son habitude, exprima la sensibilité de nombreux flamands à l'égard d'une Flandre de plus en plus égoïste en cette période de crise économique. Paul Pataer, comme notre ami Jos Vander Velpen, représente la ''Flandre résistante''.

 

Fascisme tropical et ordinaire
L'extrême droite n'étant pas une exclusivité ni flamande en particulier, ni belge ou européenne en général, le ''fascisme tropical'' s'analysa également au cours de notre semaine de cinéma, le lundi soir après la projection du film ''Hôtel Rwanda'', avec deux autres brillants orateurs : Jean Vogel (politologue à l'Université libre de Bruxelles, responsable de l'Institut Marcel Liebman et spécialiste du totalitarisme) et Bob Kabamba (politologue à l'Université de Liège et chercheur spécialisé sur l'Afrique centrale). Le passage à l'acte génocidaire, raciste, fasciste, haineux... n'est pas propre aux populations pauvres du Sud, parce que la barbarie est universelle. Bob Kabamba et Jean Vogel, par de nombreux exemples évoqués – historiques et contemporains - durant leurs prises de parole, permirent de mieux comprendre les possibilités de l'endoctrinement de foules fanatisés pour commettre des massacres de masse. La mobilisation sur des références nationalistes, ethniques ou culturelles réunit souvent les facteurs pouvant déterminer que nous sommes dans une période qui pourrait déboucher sur un génocide. L'utilisation de termes animaliers pour désigner les ''ennemis'' est l'un de ses multiples facteurs. Conclusion : l'acte génocidaire, comme le fascisme et le racisme, est propre aux idéologies portant la haine dans leurs corpus de fondation.

Le dernier débat se consacra à la compréhension des ''populismes et des fascismes ordinaires''. Comment peut-on basculer du jour au lendemain dans une ''société d'extrême droite'' ? Comme base de départ à ce débat plus que nécessaire, un reportage sur la ville française d'Orange, tombée aux mains du Front national en 1995, fut projeté. Olga Zrihen (sénatrice et conseillère communale PS), Richard Miller (éminence grise du libéralisme social porté par Louis Michel et échevin MR) et Zoé Genot (députée fédérale bruxelloise Ecolo) débattirent - et polémiquèrent aussi - pour expliquer la montée de l'extrême droite en Belgique, mais également de manière plus locale dans leur commune respective : La Louvière, Mons et Saint-Josse. La question du non respect du cordon sanitaire fut encore ouverte, tout comme les responsabilités directes de partis démocratiques dans la présence grandissante, au coeur de notre société, de l'extrême droite et de ses idées nauséabondes. Les pratiques politiciennes favorisant le ''vote protestataire'' furent dénoncées par l'ensemble de ce panel très politique du dernier débat de Films & Fascismes.

Il faut aussi ici remercier tous les modérateurs de nos débats, sans qui ceux-ci auraient manqués d'un dynamisme d'animation des plus agréables, dans l'ordre chronologique des débats : Jean-Jacques Jespers (ex-journaliste RTBF, professeur en communication à l'Université libre de Bruxelles), Joseph Coché (animateur à l'asbl Libération films), Alain De Keussche (chroniqueur à la RTBF et collaborateur au ''Journal du Mardi''), Jacky Degueldre (coordinateur des projets et relations publiques de Présence et action culturelles), Henri Goldman (co-directeur de la revue ''Politique''), Julien Dohent (historien et coordinateur du service Solidarité du Centre d’action laïque de la Province de Liège) et enfin Johanne Montay (journaliste au service politique de la RTBF).

Le combat continue
Films & Fascismes - malgré l'absence de certains dont la présence aurait été utile pour eux-même, afin de mieux combattre dès aujourd'hui encore l'extrême droite, ses organisations et idées - fut en résumé une belle expérience. Utile pour l'ensemble de ceux qui agissent déjà sur le terrain, notre ''semaine'' devrait, nous l'espérons fort bien, susciter l'intérêt des autorités publiques pour la répéter l'année prochaine. D'ici-là, nous poursuivrons notre action, avec nos partenaires de Films & Fascismes et de bien d'autres.

Manuel ABRAMOWICZ
Coordinateur de RésistanceS et co-organisateur de Films & Fascismes



Quelques photos des débats de la semaine Films & Fascismes


© RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Photos : Manuel Abramowicz - Article mis en ligne le 14 mars 2007



 

 

Nombreux soutiens sur le Net

De nombreux sites Internet firent la promotion de Films & Fascismes :

Cinébel (consacré à l'actualité du cinéma en Belgique), Ciné Maniacs, A voix autre (du journal libertaire du même nom), Mouvements.be, ceux de Solidarité socialiste (mouvement belge de coopération dans le tiers-monde), de la section bruxelloise de la Ligue des droits de l'Homme, du MRAX, de Namur antifasciste (Naf), de Ras l'front (le réseau antifasciste français), de Quinoa (ONG d'éducation au développement), du Cirque Royal, de la Direction générale de l'enseignement obligatoire, de l'Office de promotion du tourisme de Wallonie et de Bruxelles, de l'Agenda culturel officiel de la Région bruxelloise, du Conseil bruxellois de coordination sociopolitique, du Centre d'information et de documentation pour les jeunes, de la section d'Anderlecht d'Ecolo, de la chaîne musicale MCM, d'Espace citoyen, des Amis du Monde diplomatique...

Merci beaucoup à ceux-là pour leur soutien.


Films & Facismes ?
Pour toutes les autres informations sur cette semaine du cinéma en résistance, consultez notre dossier spécial que nous lui avons consacré :

http://www.resistances.be/fetf.html