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Infiltration - Hooligans

L’extrême droite au stade

hooliw.gif (2440 bytes)En Europe, le football attire l’extrême droite depuis les années septante… Le but : noyauter les groupes de supporters violents (les hooligans) pour en grossir ses «troupes de choc». En Belgique non plus, le phénomène n’a rien d’inédit. Et voici peu, en Italie comme ailleurs, des groupes néonazis se sont mis à infiltrer les manifestations anti-mondialisation. Objectif : faire passer la résistance populaire au système néolibéral pour une affaire de casseurs.

On a beau la réguler un peu partout, la violence des stades de football n’en reste pas moins un phénomène international dont l’ampleur ne cesse de croître. Les agissements des hooligans en sont le symptôme le plus visible. A la fin des années septante, l’extrême droite anglaise a compté ces supporters violents parmi ses cibles privilégiées : elle voyait en eux des jeunes attachés aux «valeurs nationalistes» et affichant volontiers leur «fierté d’être blancs». Rompus à la guérilla en zone urbaine, certains jeunes hooligans sont ensuite devenus, outre-Manche, les chefs locaux de groupuscules néonazis : Combat 18, par exemple (1).

Wallon’s Boys, CCC et «armée blanche»

La Belgique connaîtra elle aussi, et sans tarder, ce travail d’infiltration des «sides» (les groupes de supporters violents), de diffusion d’un «message nationaliste» auprès de leurs nervis et de recrutement de ceux-ci. En Wallonie, les Wallon’s Boys-Charleroi Casual Crew (CCC) du Royal Charleroi Sporting Club (RCSC) offrent l’un des meilleurs exemples de «side» de «supporters nationalistes». Ces «garçons wallons» se joindront à plusieurs reprises aux manifestations d’AGIR, du FN, de Nation et de REF, entre autres celles qui prirent pour cible les églises occupées par des réfugiés politiques et des étrangers clandestins (2).

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Des emblèmes bien connus chez les hooligans d’extrême droite…

Jusqu’en juin 2000, leur site Internet désignait les Wallon’s Boy sous le nom de «White Army Charleroi». D’où ce nom ? Si les maillots des joueurs du club carolo sont bel et bien blancs, le blanc dont il est question ici est politique. Dans une lecture nationaliste, il renvoie à la défense de la «race blanche», un thème très en cour dans les organisations paramilitaires terroristes néonazies. Cette «armée» sans uniforme arbore en outre la croix celtique comme signe de ralliement, un symbole bien connu des milieux néonazis.

Violence et racisme affiché
Dans la capitale, les hooligans de tendance nationaliste se retrouvent dans les rangs des supporters d’Anderlecht et de Molenbeek. Les Brussels Boys sont les plus médiatisés d’entre eux. Nés dans les années quatre-vingt, ils regroupent des supporters du Racing White Daring de Molenbeek (RWDM). Ce «kop» au langage de militant et de guerrier frappe par sa violence et par son racisme affiché. Sur son site Internet, l’un de ses animateurs racontait récemment que sa commune se composait surtout de quartiers ouvriers, avant de constater que la donne avait changé : désormais, ce sont les chômeurs qui y dominent. Encore avait-il fallu qu’il se reprenne, après un «oups, pardon», pour ne pas lâcher un mot plus insultant. Un petit side, ajoutait-il, résiste malgré tout à l’envahisseur. A la lecture du «guestbook» du deuxième site des Brussels Boys, les annotations codifiées racistes ne manquent pas. Le 29 juillet 2000, l’un de leurs sympathisants y écrivait : «Vivement la saison prochaine pour se remplir la pense de bière et casser du bougnioul» (sic).

Des hooligans du RWDM ont été condamnés par la justice à la suite de divers incidents violents survenus lors de matchs de football ou en d’autres circonstances, notamment en juin 1989, quand une véritable expédition punitive fut menée contre des jeunes d’origine immigrée. Depuis ces incidents, où des membres des Brussels Boys furent impliqués, ce noyau dur d’hooligans «nationalistes» paraît avoir disparu. Un nouveau «club de supporters officiel» a vu le jour lors de la saison 1998-99, fort d’une centaine de fanatiques de l’équipe du RWDM. Il reprend le nom de «BXL Boys» tout en cherchant à se démarquer de l’image néonazie de son prédécesseur. De quoi être surpris, car le «guestbook» de son site Internet ne désemplit pas de messages ouvertement discriminatoires et racistes. Une coïncidence ?

Hooligans pour la guerre ethnique 
Chez les Brussels Boys comme chez les Wallon’s Boys, la composante skinhead domine, et ces skinheads ne dissimulent guère leur sympathie pour les symboles de la dictature nationale-socialiste (3). L’Euro 2000, en juin 2000, allait leur offrir une nouvelle occasion de se faire remarquer. Après les troubles qui émaillèrent ce grand rendez-vous sportif, le mensuel «Nation-Info» (du mouvement du même nom) consacra un dossier entier à la question. On y apprend que des «supporters belges de tendance nationaliste et provenant de plusieurs Sides de supporters. Une sorte de ‘’White Side’’» participèrent à divers combats de rue qui se déroulèrent au centre de Bruxelles contre des «jeunes» (4).

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Les skinheads néonazis, ici en concert, fréquentent souvent les stades pour en découdre.

 

Cet article de «Nation-Info» sur la «bataille de Bruxelles», première étape selon lui de la «guerre ethnique» à venir, s’achève sur ces mots : «Certains observateurs croient avoir aperçu des militants nationalistes révolutionnaires, partout où ça chauffait : aux côtés des anglais comme, et surtout, aux côtés du ’’White Side’’ belge. Délires ou action subversive bien menée ? Le saura-ton jamais ? En tout cas, il apparaît qu’une poignée de jeunes supporters belges ont sauvé l’honneur en participant et, disons-le, en gagnant la bataille de Bruxelles» (5).

L’année précédente, notre revue papier, «RésistanceS», révélait que le groupe néonazi l’Assaut, fondé par Hervé Van Laethem, aujourd’hui secrétaire national de Nation, s’était introduit dans des «sides» d’hooligans (6).

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Plusieurs «crânes rasé» de Bruxelles et de Wallonie ont été enrôlés par le mouvement Nation.

 

Après le foot, l’antimondialisation
Le groupe Nation et ses homologues néerlandophones ont aujourd’hui arrêté une stratégie destinée à infiltrer les manifestations anti-mondialisation annoncées dès ce mois de septembre 2001, quand la Belgique présidera l’Union européenne. C’est dans cette perspective qu’un comité d’action «Nationalistes contre le Globalisation» (sic) a même vu le jour pendant les grandes vacances. A Gênes, en juillet dernier, des «commandos» de néofascistes italiens avaient pris place dans les rangs des anti-mondialistes radicaux venus protester contre le sommet du G8. Le tout relève d’une «stratégie de la tension» bien rodée en Italie comme en Belgique, qui vise à faire porter la violence à ceux qui contestent le système capitaliste. Après s’être servi des terrains de football comme champs de bataille, l’extrême droite s’infiltre à nouveau chez ses ennemis historiques pour en profiter et commettre des violences (toujours profitables aux adeptes de l’Ordre nouveau), criminalisant du même coup le mouvement populaire de résistance à la mondialisation… Sous tous les masques, les nervis lobotomisés d’extrême droite ont toujours fait de bons chiens de garde…

RésistanceS - 1er septembre 2001

Notes :

(1) Implantée en Grande-Bretagne et en Suède, Combat 18 est une organisation clandestine néonazie responsable d’actions terroristes. Les initiales d’Adolf Hitler expliquent ce nom : le chiffre 1 et le chiffre 8 désignent respectivement la première et la huitième lettres de l’alphabet, A et H. En Belgique, la «division flamande» de Blood and Honour, un réseau international de skinheads se réclamant du « national-socialisme », lui reconnaît une parenté depuis 2000.

(2) F.M. : «Les sans-papiers attaqués : des Wallon’s Boys attaquent les occupants de la basilique à Charleroi», in «La Dernière Heure», du 7 décembre 1998.

(3) Du côté francophone, le mouvement skinhead connaît actuellement un retour vers ses véritables racines culturelles des débuts, notamment celles héritées du mouvement rasta. Les skinheads NS (nationaux-socialistes, que l’on appelle aussi «skinnazis» ou «naziskins») se font de plus en plus rares en Communauté française, alors que la scène skinhead flamande, elle, demeure dominée par les NS. Quant aux «crânes rasés» francophones encore politisés, ils se réclameraient volontiers des «redskins», engagés dans les rangs de la gauche radicale et marqués par des positions antiracistes.

(4) C’est à l’initiative de l’ex-magistrate Marguerite Bastien (fondatrice-présidente du Front Nouveau de Belgique) que, dans les publications racistes, le mot « jeune » sert à désigner insidieusement les jeunes issus de l’immigration nord-africaine, manière de contourner la loi antiraciste du 30 juillet 1981.

(5) Anonyme : «La bataille de Bruxelles», dossier Euro 2000, in «Nation-Info», n° 9, juillet-août 2000, p. 5.

(6) R.J et C.I : rubrique «Robes noires et chemises brunes», in «RésistanceS», n° 7, été 1999, p. 7.

 

 

flche.jpg (751 bytes) Pour en savoir plus sur l’histoire, le mouvement, la contre-culture et l’actualité des skinheads antifascistes, nous vous invitons à visiter l’excellent site français « Nono » : http://www.multimania.com/artnono/