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Intégrisme catholique

Danger : homophobie !
Du mépris au fascisme…

« Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme » (Albert Camus)

 

Les curés intégristes, un fléau du passé ? Hélas non. Si le monde catholique a évolué, quelques ( ?) irréductibles continuent à reprendre à leur compte des thèses qui firent jadis les choux gras de la propagande d’extrême droite. Contrairement à ce que les professionnels du racisme aimeraient nous faire croire, l’intégrisme n’est pas toujours musulman, loin s’en faut, comme le prouvent les récentes déclarations d’un compagnon très proche du pape Jean-Paul II, le cardinal belge Gustaaf Joos. Auteur d’un prêche médiatique contre les l’homosexuel, les juifs et les francs-maçons.

L’intégrisme religieux, tout le monde connaît. Mais on ne pense pas nécessairement à sa version catholique. Lequel existe bel et bien, comme en témoignent une nouvelle fois les déclarations du cardinal belge Gustaaf Joos, un ami personnel de Jean-Paul II. Ici sur cette photo, la façade de l’église bruxelloise de la Fraternité Saint-Pie X, un groupe catholique intégriste également auteur de déclarations homophobes, stigmatisant le pouvoir politique supposé des Juifs et le « complot maçonnique ». Dans la droite ligne de l’extrême droite de jadis…

 

 

 

 

 

 

 


 

 

Dans une interview donnée en janvier 2004 à l’hebdomadaire flamand « P-Magazine », mais aussi au quotidien « Nieuwsblad », le cardinal Gustaaf Joos ne mâche pas ses mots, s’agissant notamment de l’homosexualité, mais aussi des Juifs, des francs-maçons, de la politique ou de la démocratie. Tiens tiens…

« Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme », écrivait l’écrivain français Albert Camus. Voilà qui devrait apporter un élément de réponse à ceux qui s’interrogeraient sur le lien entre l’antifascisme et la lutte contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle, lutte dont il va être question ici.

Homophobie maladive
En décrétant que la majorité des homosexuels sont en réalité des pervers sexuels – et les 5 à 10 pour cent restant de pauvres hères en proie à de véritables « problèmes » –, en qualifiant l’homosexualité de « phénomène de mode », mais aussi en stigmatisant la « sexualité débridée » dans laquelle le préservatif permet de se « vautrer » sans vergogne, en laissant libre cours à sa « bestialité » (sic), Gustaaf Joos, cardinal fraîchement émoulu, n’a pas seulement démontré, si besoin était, qu’un ecclésiaste octogénaire n’est décidément pas la meilleure personne-ressource qu’on puisse trouver en matière de morale sexuelle. Laquelle, et c’est heureux, se soucie peu de normes et d’étiquette(s), mais bien d’épanouissement et de respect.

Non, Gustaaf Joos a surtout brossé le portrait de la société qu’il appelle de ses vœux : une société d’interdits et de tabous, où les homosexuels honteux et repentants reconnaissent humblement leur « problème » et, est-il besoin de le préciser, « contiennent » leurs pulsions nécessairement « bestiales » ; une société où le mariage, indissoluble et hétérosexuel par définition, est la seule issue possible aux sombres penchants bestiaux qui sommeillent en nous, au lieu qu’aujourd’hui, comme chacun sait, le préservatif fait que l’on s’accouple « comme des chiens dans la rue »…

Le respect, de tout évidence, n’étouffe pas Gustaaf Joos. Celui qui, somme toute, ignore tout de ce continent mystérieux qu’est la sexualité humaine – ou du moins le devrait-il, à moins qu’il n’ait lui aussi souffert parfois d’un défaut de contention…– ne se prive pas de jeter tout son mépris à la tête de ceux qui tentent simplement de la vivre.

En route vers le « complot judéo-maçonnique » ?
Mais le reste des déclarations fracassantes de celui qui est, depuis leurs années d’études communes à Rome après la guerre, l’ami de Jean-Paul II, nous éclaire quelque peu sur le personnage : car après avoir tiré à boulets rouges sur les homosexuels, il s’en prend pêle-mêle aux hommes politiques, à la franc-maçonnerie, au suffrage universel, aux « morveux de dix-huit ans » dont la voix vaut autant que celle du respectable ( ?) père de famille, et enfin aux Juifs – tiens, revoilà le bon vieux « complot judéo-maçonnique » ! –, co-responsables de l’élection de Bill Clinton, ce « maniaque sexuel » (sic) ! Et voilà la boucle bouclée…

Finalement, sous son apparente liberté de ton, ce que le brave cardinal n’aime pas, mais alors pas du tout, est-ce que ça ne s’appellerait pas tout simplement la … liberté ? Ainsi que son principal avatar, la démocratie ?

Plusieurs plaintes ont d’ores et déjà été déposées contre Gustaaf Joos (voir encadré ci-dessous). On attend toujours la réaction du Vatican, dont le bouillant cardinal dépend directement…

Nadia GEERTS

© Résistances – www.resistances.be - Bruxelles - 27 janvier 2004.

 

Gustaaf Joos bientôt devant les tribunaux ?

Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), habilité à agir en justice sur base, notamment, des lois contre le racisme et contre les discriminations, a annoncé, le 23 janvier dernier, qu’il déposait plainte contre les propos du cardinal Gustaaf Joos. Voici le communiqué de presse du CECLR au sujet de cette plainte :

« Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme - qui depuis l’entrée en vigueur de la loi anti-discrimination du 25 février 2003 est compétent pour traiter, entre autres, des discriminations liées à l’orientation sexuelle - a décidé, en toute sérénité, de déposer plainte contre le Cardinal Gustaaf Joos, pasteur à Landskouter, dans la commune d’Oosterzele.

Le Centre a pris acte de la déclaration de la Conférence Episcopale Belge dans laquelle celle-ci prend ses distances par rapport à aux propos du Cardinal. Pour éviter toute mauvaise interprétation, cette plainte doit donc être bien comprise comme relative aux propos de Gustaaf Joos et non contre l’Eglise Catholique de Belgique.

Le Centre introduira la plainte auprès du Parquet de Gand pour insulte (art. 448 du Code Pénal) et demandera également l’application de l’art. 12 de la loi anti-discrimination. Cet article donne la possibilité au juge de doubler la peine minimum « lorsqu’un des mobiles du délit est la haine, le mépris ou l’hostilité à l’égard d’une personne en raison de sa prétendue race (…), de son orientation sexuelle, (…) ».

Le Centre estime inacceptable de traiter 90 % des homosexuels et des homosexuelles de « pervers sexuels » et de considérer les 10 % restant comme de pauvres personnes ayant besoin d’aide. Les faits sont encore aggravés par le maintien des propos par le Cardinal qui ne s’excuse même pas et qui répète ses propos dans plusieurs autres médias et face aux caméras ».

Centre pour l'égalité des chances
et la lutte contre le racisme
138 rue Royale
1000 Bruxelles

Tél. : 00-32-2-212.30.00
Courriel : Centre@cntr.be
Internet : www.diversite.be

 

 

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