RésistanceS.be 08-02-2014


Qui est Mamadou Bah ?


Traqué par l'extrême droite néonazie grecque, il s'est réfugié en Belgique


Il est Guinéen et a obtenu le statut de réfugié en Grèce. Pourtant, c'est ce pays européen, berceau de la démocratie que Mamadou Bah a fui. Comme tant d'autres étrangers, il était devenu la cible des commandos néonazis d'Aube dorée.

PAR MARTINE VANDEMEULEBROUCKE
Rédaction web d'Amnesty Belgique

 


Mamadou Bah © Photo : Krasnyi/Pierre Vanneste


Dans ce quartier populaire d'Anderlecht, Mamadou Bah ne sent pas trop dépaysé. Les communautés maghrébines et africaines s'y côtoient comme à Athènes où il vivait, il y a trois semaines encore. « Je dois refaire ma vie à zéro », nous dit-il en tournant et retournant sa tasse de café entre les mains.

Refaire sa vie, en sécurité, il l'espère en tout cas. Obtenir l'asile en Belgique est une bataille qui est loin d'être gagnée d'avance. On le sent tout de suite : Mamadou est un homme atteint. Physiquement et psychologiquement. En Grèce, où il avait obtenu le statut de réfugié, il a été tabassé et menacé de mort par les militants d'Aube dorée et les policiers grecs n'ont rien fait pour le protéger, au contraire. L'infiltration de la police par ce mouvement d'extrême droite est évidente.
Le Guinéen a connu le racisme, l'humiliation, la peur. Il parle calmement mais sa voix dissimule mal sa colère lorsqu'il évoque ses dernières semaines à Athènes.


Réfugié en Grèce
« Est-ce les mesures d'austérité qui ont fait basculer ce pays ? La Grèce a changé. Les gens sont devenus racistes. Je n'aurais jamais imaginé vivre ce que j'ai vécu dans un pays européen. ».
Lors de notre rencontre, le premier geste de Mamadou aura été de brandir sa carte rose comme un trophée désormais inutile. Cette carte, tous les demandeurs d'asile la reçoivent à leur arrivée en Grèce. Elle donne le droit de travailler, de circuler librement, en théorie du moins. Elle doit être renouvelée tous les six mois aussi longtemps que dure l'examen de la demande d'asile. Mamadou, arrivé clandestinement en Grèce en 2006, aura attendu six ans avant d'être reconnu réfugié. La carte rose, il faut pouvoir la sortir lors de chaque contrôle de la police, « donc entre dix et quinze fois par jour. Les contrôles sont incessants. On peut vous embarquer sans motif. je ne compte plus le nombre de fois où des policiers sont montés dans le bus et en ont fait descendre tous les immigrés. »

Pourtant, assure Mamadou, « les Grecs étaient aimables quand je suis arrivé. Cela permettait d'attendre avec espoir. J'ai tout fait pour m'intégrer. J'ai appris la langue, j'ai trouvé du travail dans un restaurant. » Mais avec un statut particulier tout de même. « J'étais le seul Noir et donc j'étais le seul à être payé en black », sourit-il.

« J'ai vite compris que je ne serais jamais reconnu légalement comme travailleur. Je travaillais douze heures par jour et le week-end, je gagnais 20 euros les jours de semaines. »


Chasse aux étrangers
Mamadou voit le comportement de la population changer à l'égard des étrangers. Il assiste à la montée en puissance d'Aube dorée. Il s'investit dans les mouvements antifascistes, devient Secrétaire de l'Union des ressortissants guinéens de Grèce. Il aide les immigrés blessés suite aux agressions commises par les néonazis d'Aube dorée qui paradent en uniforme noir et circulent la nuit en moto, à la chasse de tous ceux qui ont une tête d'étranger. Et dans la nuit du 22 août dernier, il comprend que son tour est arrivé.

« Je rentrais de mon travail et j'attendais le bus. J'ai vu quatre motos arriver avec deux personnes sur chacune d'elles. Je me suis retourné pour qu'ils ne voient pas mon visage mais le conducteur de la deuxième moto m'a vu et m'a lancé : qu'est-ce que tu fais ici en Grèce ? Moi, je reculais, je comprenais que je n'allais pas m'en sortir. J'ai pris la fuite en courant mais la première moto m'attendait un peu plus loin. Son conducteur m'a frappé sur la tête avec une barre de fer. Je n'arrivais plus à me relever. J'ai cru que j'allais mourir. Je saignais beaucoup. Je suis entré dans la circulation automobile. Ils ont voulu me suivre mais l'un d'eux a dit : laisse, il va tout de même mourir. »
Mamadou n'est pas allé à l'hôpital. L'hôpital public est en principe gratuit mais dans les faits, il ne l'est plus pour les immigrés. Il 'a pas porté plainte non plus. « Si on porte plainte contre Aube dorée, on vous dit que la plainte est irrecevable. Si vous insistez, les policiers deviennent menaçants. »



Lors d'une manifestation de haine raciale organisée par les néonazis de l'Aube dorée © Photo : The Guardian.


Exfiltré par le CADTM
Mamadou s'est fait un jour racketté par un policier qui lui pris 40 euros lors d'une fouille (« l'équivalent de deux jours de mon salaire) ». Il s'est fait mettre à nu lors d'un contrôle. « Comment voulez-vous avoir confiance ? ».
Cette agression a terrorisé Mamadou mais l'a aussi mis en colère.

« J'ai parlé à des journalistes grecs et ils ont publié mon récit. A la suite de ces articles, les militants d'Aube dorée sont venus jusqu'à mon lieu de travail. Ils ont dit qu'ils venaient achever la besogne. J'ai été prévenu par un vendeur de sandwichs juste à temps pour m'enfuir. Ensuite, ils ont repéré ma maison. J'ai dû aller habiter chez des amis. Le président grec du CADTM (Comité pour l'abolition de la dette du Tiers-monde) m'a dit que j'avais été courageux mais que je devais quitter la Grèce. Si la police t'embarque, m'a-t-il dit, cela ne va pas bien se passer pour toi. »
Alors le quatre octobre, Mamadou est parti pour la Belgique où il savait que des amis et militants du CADTM pourraient l'accueillir. Avec un objectif précis : demander l'asile à la Belgique.

« C'est aussi un choix symbolique. Bruxelles, c'est l'Europe. Si je n'ai pas la protection de la Belgique, où irais-je ? »
La Belgique pourrait-elle accorder l'asile à Mamadou ? En principe, rien ne l'interdit. Un réfugié reconnu dans un état européen peut demander l'asile à un autre état si le premier n'est pas capable d'assurer sa protection.


Immigrés en danger
Mamadou dispose d'un visa Schengen qui lui permet de rester trois mois dans notre pays. En demandant l'asile, il s'expose au risque de recevoir un ordre de quitter le territoire parce que l'Office des étrangers pourrait le soupçonner de vouloir immigrer. Sa demande d'asile, telle qu'elle a été introduite en Grèce, pourrait repartir de zéro et ne pas être jugée recevable. S'il franchit ce premier écueil, il reste le principal : convaincre le Commissariat général aux réfugiés qu'il est en danger en Grèce. C'est jouable, estime son avocat : il a été agressé en tant qu'Africain mais aussi à titre personnel puisque Aube dorée l'a pourchassé jusqu'à son domicile.

Mais, on s'en doute, le message qui serait ainsi donné à la Grèce (et aux étrangers qui y vivent) n'a, politiquement, rien d'anodin.
Mamadou compte sur la mobilisation du mouvement associatif belge.

« Je ne me bats pas seulement pour moi-même. Je me bats pour tous les immigrés qui sont en danger et qui ne sont pas entendus. Un Grec (le rappeur Pavlos Fyssas) a été poignardé par Aube dorée ? On a aussitôt arrêté son dirigeant mais combien d'étrangers n'ont-ils pas été blessés ou tués en Grèce ? Comme ces ouvriers agricoles albanais qui avaient eu le culot de demander à leur patron d'être payés. Ou ces cueilleurs de fraises guinéens qu'on a tirés comme des lapins. Ils ne comptent pas eux ? »
Mamadou se tait. Que dire de plus en effet ?

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

[L'article publié ci-dessus l'a été une première fois, le 22 octobre 2013, sur le site Internet d'Amnesty Belgique. Republié, le 8 février 2014, sur le site du web-journal RésistanceS.be avec l'aimable autorisation de son auteure. Les sous-titres, les illustrations et leurs légendes sont de RésistanceS.be.]

© RésistanceS.be / Manuel Abramowicz

Campagne de solidarité avec Mamadou Bah, pourchassé par les néonazis grecs de l'Aube dorée et réfugié politique en Belgique.

Avec le soutien des ONG et des syndicats belges

Amnesty

Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM)

Réseau international de lutte pour l'abolition de la dette des pays du Sud

Confédération des syndicats chrétiens (CSC)

Fédération générale du Travail de Belgique (FGTB)

Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté

Institut Marcel Liebman

Ligue des droits de l'Homme

RésistanceS.be
Web-journal de l'Observatoire belge contre l'extrême droite

Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB)

 


AU SOMMAIRE

Appel de soutien
Nous réclamons le droit d'asile pour Mamadou Bah. Signé par des dizaines de personnalités
Publié dans le quotidien LE SOIR du 5 février 2014

Qui est Mamadou Bah ?
Traqué par l'extrême droite néonazie grecque, il s'est réfugié en Belgique. Article de la journaliste Martine Vandemeulebroucke
Rédaction web d'Amnesty Belgique

 



Depuis son arrivée comme demandeur d'asile en Belgique, Mamadou Bah participe à des conférences-débats sur la situation politique en Grèce. Comme le montre cette affiche © CADTM

 

COMITE DE SOUTIEN
à Mamadou Bah
victime et cible de l'Aube dorée

Personne de contact :
Denis Desbonnet
denisdesbonnet@gmail.com

PLUS D'INFOS ?
Sur le site du CADTM


A LIRE SUR LE SITE
du web-journal RésistanceS.be

• SUR LES NÉONAZIS GRECS DE L'AUBE DOREE

La Grèce est-elle au bord de la guerre civile ? (septembre 2013)

Suite à l'assassinat du chanteur antifasciste Pavlos Fyssas, le dirigeant-fondateur d'Aube dorée et plusieurs de ses bras-droits ont été arrêtés.

Touchée par des plans européens d'austérité sans pitié et une violence politique quotidienne, la Grèce dérive-t-elle vers une situation de pré-guerre civile ?

PAR MANUEL ABRAMOWICZ
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• DOSSIER GRECE (JUIN 2012)



© RésistanceS.be / MAZ

En juin 2012, le web-journal RésistanceS.be proposait à ses lecteurs un dossier complet sur l'histoire et l'actualité de l'extrême droite en Grèce, à l'occasion du succès électoral des néonazis du parti néonazi Aube dorée.

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• L'EXTREME DROITE EST CRIMINOGENE D'ATHENES A PARIS



© RésistanceS.be / MAZ

Le fascisme tue. En juin 2013, Clément Méric (19 ans), un jeune militant antifasciste, est agressé mortellement par une bande de skin-nazis à Paris.

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RESISTANCES SOUTIENT AUSSI
les éditions parisiennes Syllepse

A LIRE : LE LIVRE

« Aube dorée – Le livre noir sur
le parti nazi-fasciste grec »

du journaliste grec Dimitri Psarras
Editions Syllepse, Paris, 2014
200 pages
Format : 115 x 190
ISBN : 9782849504113

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