Une petite enquête de RésistanceS

Des Belges liés
au négationniste Jürgen Graf ?

Ce dirigeant de l’extrême droite suisse est recherché par la justice de son pays pour racisme et négationnisme. Jürgen Graf vit en exil à Téhéran. De ce sanctuaire, il continue sa croisade antisémite. Avec une organisation néonazie américaine, il tenta d’organiser une rencontre internationale pour adeptes d’histoires fictives, en mars 2001, à Beyrouth. Il y a quelques années, les écrits de Graf étaient diffusés en Belgique par une négationnistes proche du Vlaams Blok. Elle devrait maintenant intéresser la police. Enquête au cœur de l’"internationale" négationniste, de Bâle à Téhéran, en passant par Dworp, un petit village flamand près du Château de Beersel…

En octobre 2000, le Tribunal fédéral suisse a confirmé la condamnation du bâlois Jürgen Graf à quinze mois de prison ferme pour violations répétées de la loi suisse antiraciste. Ce leader du groupuscule négationniste Vérité et Justice devait se présenter aux portes du pénitencier de Schöngrün, dans le canton de Soleure, pour purger sa peine. Le négateur a préféré prendre la fuite. Depuis lors, il vivrait en République islamique d'Iran et y bénéficierait de la complicité de certaines autorités politico-religieuses et universitaires pour poursuivre sa croisade négationniste et antisémite.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’Iran des ayatollahs apporte son soutien (politiques et financier) à ceux qui nient l’existence des crimes hitlériens. Dans les années quatre-vingt, une librairie néonazie française avait reçu, par exemple, un chèque important de l’ambassade iranienne à Paris. Le diplomate persan en contact avec ce lieu où étaient vendus les principaux livres de Faurisson, Hitler, Degrelle et C° sera par la suite expulsé du territoire français dans le cadre d’enquêtes antiterroristes.

Tout en étant recherché, suite à l'émission d'un mandat d’arrêt international, de Téhéran, véritable sanctuaire antisémite, le néonazi suisse Jürgen Graf continue à sa guise de propager les écrits délirants de la secte à laquelle il appartient. Jusqu’à récemment encore. Vérité et Justice était en effet - avec l'Institute for Historical Review (IHR, basé en Californie) - l'organisateur d'une conférence négationniste prévue, à Beyrouth, du 30 mars au 3 avril 2001. Grâce à la pression d’intellectuels arabes, cette conférence fut, à la dernière minute, annulée par le gouvernement libanais.

L’organisation Vérité et Justice et l'Institute for Historical Review, deux structures de propagande visant à nier les crimes nationaux-socialistes, sont liés au mouvement néonazi international. En Belgique, ils sont en contact avec le cercle VHO et le Hertog Jan van Brabant (HJVB).

Les "kamarades" belges de Graf
Il y a quelques années, en septembre 1993, "L’Holocauste au scanner", l'un des livres de Jürgen Graf, était diffusé en Belgique, sous le manteau par une certaine Jeanine Colson. Celle-ci est l'épouse d'André Van Hecke, l'animateur principal du HJVB. Cette amicale regroupe les plus fanatiques anciens combattants de la SS flamande. Son but est de maintenir allumée la flamme du flambeau de la dictature allemande conduite par Adolf Hitler. C'est pour cette raison que le HJVB joue un rôle clé dans le soutien aux divers mouvements néonazis et d'extrême droite en Europe. Il sera en contact étroit avec le Parti des forces nouvelles (PFN), le groupe l'Assaut d’Hervé Van Laethem (aujourd’hui secrétaire fédéral du mouvement Nation), l'association l'Anneau de Ralf Van den Haute (alors conseiller communal Vlaams Blok), le cercle EROE de Robert Steuckers (référence idéologique des jeunes du VB), le Westland new post (organisation terroriste néonazie liée aux services secrets de l’OTAN), la revue française "Militant"… Le couple Van Hecke-Colson, gardien du HJVB, fut également à plusieurs reprises candidats sur des listes électorales du Vlaams Blok.

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Lorsqu’elle représentait officiellement en Belgique les éditions suisse Guideon burg verlag (celles qui publièrent le livre négationniste de Jürgen Graf), Jeanine Colson apportait aussi son soutien financier à l’association des Amis de Robert Brasillach (ARB). Comme leur nom l’indique, ces ARB défendent la mémoire politique du collabo français Robert Brasillach. Basée en Suisse, à Genève, cette association est un nid à négationnistes et autres adorateurs nostalgiques de l’Ordre nouveau national-socialiste. Une antenne belge des ARB existe, sise avenue de Messidor, à Bruxelles. Elle est animée par son vice-président, Jean Devyver. En automne 1998, le nom de Jeanine Colson-Van Hecke figurait toujours dans le "tableau d’honneur de la générosité" (sic) publié dans le bulletin de l’association en question. Autre "Belge" présent dans ce "tableau" : Karel Dillen, le président-fondateur du Vlaams Blok et auteur de la traduction de "Nuremberg ou la Terre promise", l’ouvrage négationniste de feu Maurice Bardèche, beaux-frère et "compagnon de route" de Robert Brasillach.

Fréquentant assidûment ce milieu malsain et revanchard depuis les années quatre-vingt, active dans le soutien aux négateurs poursuivis par la justice (ce fut le cas de l’hystérique Olivier Mathieu, condamné en 1991 en Belgique) et pilier du réseau belge négationniste, il se pourrait que Jeanine Colson ait maintenu ses contacts avec le hors-la-loi Jürgen Graf. Interpol et la police helvétique devraient peut-être alors passer à Dworp, la commune près de Bruxelles, où habite le couple Van Hecke-Colson, pour en savoir un peu plus sur les éventuelles complicités du négateur recherché.

Simon HARYS
RésistanceS - 26 mars 2001

Lire sur ce site à propos du négateur-menteur Jürgen Graf :
La cavale du négationniste suisse Jürgen Graf en Iran (article du quotidien "Le Monde" des 18-19 février 2001).