Les négateurs de l’ultra-"gauche"

Le cas de Ligne rouge

"Voyage" dans les rangs des anciens ultra-gauchistes convertis au négationnisme. Membres actifs de la secte des négateurs, ils sont les nouveaux collabos de l’extrême droite. Etude du cas de "Ligne rouge", groupuscule de propagande pour la "guérilla urbaine" européenne et "vitrine légale" des ex-Cellules "communistes" combattantes. De 1983 à 1985.

La négation des chambres à gaz homicides nazies est une entreprise politique de nature essentiellement néonazie. Cependant, des négationnistes et des antisémites provenant des rangs de l’ultra-gauche sont également actifs dans ce domaine, depuis les années cinquante et soixante. Ils sont minoritaires et totalement marginalisés au sein de la gauche radicale. De gauche, ils ne le sont d’ailleurs plus, depuis leur alliance avec l’extrême droite, formelle, tactique ou "littéraire".

En Italie et en France, plusieurs cas existent. En Belgique, à notre connaissance, il y en a que deux : Ligne rouge et le groupe Entretiens & Conférences. Ces deux groupuscules furent présents sur le terrain dans les années quatre-vingt. Depuis lors, ils ont disparu de la circulation. Nous nous attarderons ici à l’étude du premier.

Un cas particulier : Ligne rouge
Cofondé par Pierre Carette (le futur dirigeant du CCC) en personne, ce collectif politique voit le jour à Bruxelles, au mois de septembre 1983. Un an plus tard, il deviendra la couverture légale des Cellules communistes combattantes (CCC). Auparavant, Ligne rouge servit à préparer le terrain de la "lutte armée" qui allait être menée pendant près de deux ans par les CCC. Ce collectif était lui-même issu de "Subversion", une revue fondée par Pierre Carette et Frédéric Oriach (leader de la tendance radicale d’Action directe). C’est ce dernier qui impulsa l’idée de créer LR afin de propager au grand jour les "vertus" de la "guérilla urbaine".

Cette organisation d’agit-prop (agitation et propagande) publia ponctuellement un organe d’information du même nom, de 1983 à 1985. Dans son premier numéro, "Auschwitz ou le grand alibi", un document italien servant de texte-fondateur au courant négationniste d’ultra-gauche, rien de moins, y fut publié. Il faut savoir que dans cette nébuleuse, l’antisionisme politique rime souvent avec un antisémitisme des plus classique. Il faut dire que pour ces partisans de la "guérilla urbaine", le tableau de la situation politico-économique du monde était bien simple : "Le Juif", c’était aussi le capitaliste, donc l’"ennemi numéro un" du prolétariat !

Selon Jos Vander Velpen, l’auteur du livre "Les CCC. L’Etat et le terrorisme", avant de poser ses premières bombes, Pierre Carette ne réussit qu’a regrouper au sein de LR qu’une petite poignée de sympathisants. Notamment, un groupuscule d’autonomes, dont la spécialité consistait à noyauter les manifestations progressistes pour y provoquer des affrontements avec les forces de l’ordre. On y retrouvait également un militant — connu sous le sobriquet de "Joe Dalton" — qui, quelques années auparavant, avait été exclu de la Ligue révolutionnaire des travailleurs (l’ancêtre de l’actuel Parti ouvrier socialiste). Cette ligue le soupçonnait d’être un agent provocateur à la solde de services policiers. Le doute concernant "Joe Dalton" était partagé par toute l’extrême gauche belge. Mais, apparemment, pas par l’aile "pro-militariste" de l’ultragauche.

Dès le début, le futur noyau dur des CCC faisait partie du collectif Ligne rouge. En octobre 1984, après une absence de plusieurs mois, la publication du mensuel qu’il éditait reprit… au lendemain du premier attentat commis par les CCC. Il publiera les communiqués revendiquant les attentats de cette organisation armée. Après l’arrestation de l’unique cellule combattante de la "Bande à Carette", en décembre 1985, le journal "Ligne rouge" cessa de paraître. Ce n’est qu’en prison, que Pierre Carette dénoncera la "dégénérescence totale" de cette structure. Il écrira à son propos : "le collectif LR n’est plus qu’une compilation anarchique et familiale d’individus louches, d’aventuriers, de petit-bourgeois en mal d’exotisme… mais aussi certainement quelques jeunes militant(e)s qu’il est plus que grand temps de dégager de cette triste saga" (1).

Manuel ABRAMOWICZ
RésistanceS – 31 mars 2001

(1) Extrait d’une lettre de Pierre Carette cité dans le livre "Les CCC. L’Etat et le terrorisme" de Jos Vander Velpen, éditions EPO, 1988, p. 32.