Négationnisme belge
Création d’une branche francophone

Une « succursale » francophone et bruxelloise du cercle anversois VHO vient d’être créée. Comme sa « maison mère », son objet est de nier le génocide des Juifs commis par la dictature nazie.

Depuis belle lurette, le négationnisme est présent en Belgique dans le but de nier les crimes du régime nazi commis durant la deuxième guerre mondiale, en particulier les chambres à gaz qui permirent la mise en pratique d’un des plans d’extermination les plus fous. Le gommage pur et simple du génocide des Juifs commis par le nazisme est au cœur de la stratégie négationniste, dont les objectifs principaux sont de blanchir l’idéologie nationale-socialiste et la dictature hitlérienne, de lui donner ses « lettres de noblesse » et de poursuivre, par d’autres voies, une croisade antisémite historique et maladive. En effet, l’antisémitisme des négationnistes est une évidence.

De Karel Dillen au groupe l’Assaut
Plusieurs « personnages emblématiques » de l’extrême droite de Belgique se sont engagés dans la brèche négationniste. C’est le cas de Karel Dillen, le fondateur et actuel président d’honneur du Vlaams Blok (VB), qui traduisit en néerlandais, en 1952, le livre négationniste de son ami Maurice Bardèche, un des premiers « assassins de la mémoire » français (1). Ensuite, des organisations ou des publications confidentielles, essentiellement en Flandre, mais également en Wallonie, se mettront en place pour reprendre ce nauséabond flambeau.

Dans les années septante et quatre-vingt, ce fut le cas du Vlaamse militanten orde (le fameux VMO, connu pour ses camps d’entraînement paramilitaires dans les Ardennes et sa nostalgie du IIIième Reich), du groupe Voorpost de Roeland Raes (cofondateur du VB et vice-président de celui-ci de 1978 à 2001), de la revue « Haro » (cofondée par Roeland Raes et d’autres futurs dirigeants du VB), des éditions du Baucens (installées à Braine-Le-Comte, elles étaient liées à la mouvance national-catholique intégriste), de « Taboe » ou encore des faux cercles libre- exaministes comme l’éphémère et arnaqueuse Association pour l’indivisible liberté d’expression (AILE, un groupuscule lié à l’ex-SS wallon Léon Degrelle) et le Vrij historisch onderzoek (un pseudopode à la fois de « Taboe » et de « Haro »).

Le groupe néonazi l’Assaut d’Hervé Van Laethem (l’actuel meneur du mouvement Nation, aujourd’hui poursuivi devant les tribunaux pour racisme) joua également un rôle clé dans la diffusion du négationnisme en Belgique.

Malgré cette kyrielle de « pôles » d’activistes acharnés, souvent en connexion les uns avec les autres, la propagande visant à la promotion du nazisme, par le biais de la négation de ses crimes, eut bien vite du plomb dans l’aile. Ne trouvant pas ses « publics cibles », abandonné par ses « parrains politiques » de l’extrême droite opportuniste et marginalisé par leur succès électoraux, le négationnisme allait rapidement être rangé au rayon des mauvais souvenirs. Cependant, un dernier carré de fanatiques décida que le « triomphe » du négationnisme était toujours à l’ordre du jour ! Ces derniers se regroupèrent derrière l’étendard agité par le faux cercle « humaniste » Vrij historisch onderzoek (VHO).

Depuis lors, VHO n’a pas cessé de réaliser, d’imprimer et de diffuser les pamphlets des principaux auteurs négationnistes. Et ce malgré la loi criminalisant ces « assassins de la mémoire », loi votée par le Parlement belge en 1995. 

VHO : une succursale bruxelloise et francophone
Soutenu par un « cercle sympathisant » constitué en majorité de néonazis belges (flamands comme francophones), les « bureaux » de VHO sont installés dans la ville d’Anvers. De là, son « chef », Siegrief Verbeke (un ancien du VMO et « compagnon de route » du Vlaams Blok), a tissé une véritable toile d’araignée qui lui permet de prendre langue avec les négateurs de France et de Suisse, notamment. Il n’est ainsi pas rare que « L’Autre Histoire » et « Le Courrier du Continent », des opuscules néonazis français et suisse francophone, fassent les louanges de VHO, entre autres pour la production d’ouvrages en français. Tout comme « Rivarol », un hebdomadaire parisien d’extrême droite pour qui la revendication explicite au droit d’être antisémite, d’être négationniste ou souvent les deux à la fois s’affirme au fil des numéros.

Récemment encore, comme le montre cet extrait, « Rivarol » manifesta son soutien au groupuscule néonazi VHO. Le Vlaams Blok, le Front nouveau de Belgique, le Front national ou le journal « Polémique-Hebdo » apportent – pour leur part - un soutien inconditionnel à la diffusion chez nous de cet hebdomadaire raciste, antisémite, nostalgique de la France de Pétain et négationniste.

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Pour multiplier son champ d’activité, une succursale bruxelloise et francophone de VHO a été ouverte, il y a quelques semaines, dans la commune d’Ixelles. Avec les mêmes initiales que la « maison mère », la version francophone signifie « Vision Historique Objective ». Son responsable se dénomme Vincent Reynouard, un Français « exilé » en Belgique suite à quelques ennuis qu’il connut avec la justice de son pays pour ses activités négationnistes. Chez nous, Vincent Reynouard a trouvé refuge dans une communauté religieuse chrétienne intégriste. Celle-ci avait déjà accueilli dans son sanctuaire ixellois, au début des années nonante, un autre négationniste français (membre par ailleurs d’un groupusculaire parti national-socialiste français !) alors également en fuite en Belgique. Pour sa part, le « gourou » de cette communauté politico-religieuse vendait quelques ouvrages négationnistes dans les librairies qu’il possédait alors à Bruxelles.

Il est a signaler que depuis l’arrivée de Vincent Reynouard dans notre capitale, des tracts de VHO en français ont été à nouveau diffusés dans plusieurs des dix-neuf communes de la Région bruxelloise. Avec la création récente du cercle Vision historique objective, VHO semble vouloir passer à une vitesse supérieure dans ses activités crapuleuses visant à diffuser son idéologie du mensonge. Toutefois, la nouvelle organisation francophone n’est que la énième tentative de structuration de ceux qui veulent tuer l’Histoire. Auparavant, toutes les autres tentatives furent vouées à l’échec. Ses initiateurs ne le savent pas encore, mais Vision historique objective   se trouve déjà dans les oubliettes de l’Histoire.

 

Manuel ABRAMOWICZ
RésistanceS – Bruxelles - 12 juin 2002

(1) « Assassins de la mémoire » est le nom utilisé par l’historien Pierre Vidal-Naquet pour désigner ceux qui nient les crimes contre l’humanité perpétrés par les nazis.