L’opinion de Gilles Martin

Houellebecq, facho aux petits pieds

Plus s'enfle la polémique, plus montent les ventes... C’est sans doute l’adage du sinistre écrivain Michel Houellebecq qui utilise la provocation de très mauvais goût comme argument de vente. Les attentats récents aux USA ont lancé un fort climat anti-musulman partout dans le monde. Certains n’hésitent pas à assimiler l’islam aux conceptions réactionnaires et criminelles des intégristes sauce Ben Laden. Ce qui doit enchanter Houellebecq qui, comme un abruti, déclarait avant les événements que : "La religion la plus con, c’est quand même l’Islam" et de finement écrire dans son livre : " Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou qu’un enfant palestinien, ou qu’une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme…"

Ce qui est purement de la littérature nazie. Car Houellebecq, c’est Céline moins le talent, un facho au petit pied qui écrit encore que "L’amour ne peut s’épanouir que dans des conditions mentales spéciales, rarement réunies, en tout point opposées à la liberté des mœurs qui caractérise l’époque moderne" (1).

Cette critique est récurrente chez les nostalgiques de la famille traditionnelle. La mouvance catholique intégriste rejette "la liberté des mœurs" issue de Mai 68. On sent chez Houellebecq une nostalgie de la vieille devise vichyssoise "Travail, Famille, Patrie", et on comprend mieux pourquoi il déclare au magazine "Lire" : "J’ai de la sympathie pour Pétain".

Ce Nietzsche des caniveaux attend donc le salut de l’ordre et ne s’en cache guère : "La police doit agir quand des gens ont un comportement qui n’est pas conforme à la morale. Le maintien de l’ordre est une chose normale. Il n’y a pas de raison d’être menacé dans la vie quotidienne. Dans le roman, il y a cet aphorisme que j’aime bien : ‘La gendarmerie est un humanisme’". Houellebecq ne rate aucun thème pour affirmer son idéologie.

L’esclavage sexuel, par exemple, il s’en fiche : "La prostitution, je trouve cela très bien. Ce n’est pas si mal payé, comme métier. En Thaïlande, c’est une profession honorable. Elles sont gentilles et donnent du plaisir à leurs clients, elles s’occupent bien de leurs parents" et la misère du tiers monde, l’Occident n’y est pour rien : "Bien sûr qu’il y a des victimes dans les conflits du tiers monde, mais ce sont elles qui les provoquent. Si ça les amuse de s’étriper, ces pauvres cons, qu’on les laisse s’étriper".                                                                     

Brecht expliquait que dans le monde des ténèbres, on entendra le chant des ténèbres. Notre monde de violences et de barbaries a trouvé son poète : Michel Houellebecq.

Gilles Martin
Responsable des éditions bruxelloise Aden
Bruxelles 1er octobre 2001

Source : toutes les citations, sauf mention, sont extraites de l’entretien donnée à "Lire", n°298, Septembre 2001.

(1) "Extension du domaine de la lutte", J’ai Lu, n°4576, p114.

 

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