INTEGRATION? QUELLE INTEGRATION?

L'intégration a été une thématique importante dans le débat (pré-) électoral du 18 mai dernier, surtout après la désormais célèbre phrase prononcée par l'ex-président d'un grand parti: "L'intégration est un échec".

La phrase en question a suscité, comme on le sait, de nombreux remous et polémiques dans le champ politique et associatif de notre petite Belgique francophone. Quel sens donner à ce propos et à ceux qui vont inévitablement suivre ? On s’est bien entendu interrogés sur l'émergence de ce débat à quelques semaines seulement des élections fédérales. D'aucuns auront d'ailleurs vu là une stratégie électoraliste droitière, histoire de caresser dans le sens du poil un électorat potentiel… D'autres, étonnamment, auront vu dans l'émergence d'un tel « débat » la volonté de briser - enfin! - un tabou politiquement sécularisé.

Il n'empêche, diront certains, devons-nous fermer la porte à un débat aussi important ? Non, bien entendu. Mais de quoi s’agit-il en l'occurrence ? De l’idée selon laquelle les populations d'origine immigrée seraient potentiellement dangereuses eu égard à leur culture, à leur religion, etc. ? Ou que leurs jeunes sont souvent délinquants, par exemple ? Ou bien encore qu'il leur arrive d’insulter leurs professeurs ?

A quoi on ajoute immanquablement qu'évidemment, comme partout, il ne faut pas généraliser: il y a, heureusement, les bons et, hélas, les mauvais… En clair: de bonnes et de mauvaises personnes d'origine immigrée, comme il y a de bons et de mauvais partis politiques ?

Alors, au travers d'une analyse que l'on nous dit pertinente et mûrement réfléchie, on assure avoir trouvé la solution pour lutter contre les mauvais partis politiques: il faut braquer ses phares sur les mauvais immigrés (autrement dit les "non-intégrés" ou les "réfractaires" à ladite intégration, c'est selon). On nous explique ainsi que le développement de l'extrême droite serait proportionnel à la non-intégration des mauvais immigrés (CQFD…).

Redevenons sérieux: l'intégration des populations d'origine étrangère dans notre pays n'est pas un échec. Pourquoi ? Parce qu'on ne demande pas à des personnes majoritairement nées ou ayant passé une part importante de leur vie sur le territoire belge, de s'intégrer dans une société qu'ils connaissent, qui les a vus grandir, se former, se faire exploiter aussi, bref en un mot, se socialiser...

C'est un leurre de nous faire croire qu'il existe un problème d' « allochtonie » ambiant. Comme le constatait, à juste titre, le Comite contre le délit d'origine, en 40 ans, l'allochtone est devenu autochtone. Et si problème il y a, ce sont des problèmes… belges avec des symptômes belges et des solutions… bel…intelligentes.

Que l'on se comprenne bien: l'intégration n'est aucunement l'assimilation. Une démarche intégrative ne suppose en aucune manière un devoir d'assimilation…

Les islamistes auxquels on fait souvent allusion - du reste de manière tout à fait démagogique dans le chef de certaines personnalités politiques - ne représentent qu'une fraction infime de ces populations et ne sont certainement pas représentatifs de l'immense majorité des citoyens de confession musulmane ; de même, les ultra-conservateurs catholiques de l' Opus Dei ne représentent pas toute la catholicité.

Il convient donc de s'interroger sur l'enjeu d'un tel débat. La question semble simple: pourquoi vouloir tant marquer l'origine de ces populations ? Pourquoi créer de l'altérité là où il y a d'abord de la ressemblance ? Ce manichéisme (stupide au demeurant) autochtones/allochtones relève clairement d'une volonté de stigmatisation, et non pas, comme le prétendent certains, d'une volonté réelle de citoyenneté active et égalitaire...

Pire, on laisse se créer ainsi un amalgame douteux et franchement dangereux qui a pour conséquence de nourrir les peurs, les craintes, les rancoeurs et les frustrations des deux côtés.

La logique doit être différente, elle doit s'inscrire dans une volonté clairement affichée de casser les idées reçues sur un problème qui n'en est pas un mais qui, il faut le concéder, mérite réflexion et débats dans un cadre qui poserait clairement les enjeux du "vivre ensemble", avec ses différences et ses spécificités, dans la société belge.

Les solutions à des problèmes complexes sont et seront toujours complexes. Beaucoup trop complexes pour certains ?

 

Moustapha BUDCHICH
Permanent au Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX)
16/06/2003