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Hommage à Léon Schwartzenberg (1923-2003)

Léon, un militant indispensable

Un homme est mort, comme il en meurt tous les jours. Cet homme a appartenu à la poignée d’Hommes et de Femmes exceptionnels qui peuplent nos contrées. Il fut et restera un modèle pour nos combats respectifs. Cet Homme est à lui seul exemplatif. Pour nous tous, son cheminement est une des voies tracées invitant tous ceux qui sont engagés dans des luttes à la persévérance et à la détermination. En dépit de l’indifférence et des renoncements d’une majorité.

Son histoire politique et militante doit toujours résonner en nous, parce qu’elle nous dit, en quelque sorte : « c’est possible, ce n’est qu’un nouveau début, continuons le combat !».

Léon est mort et la mémoire que nous aurons de lui vivra toujours. De la résistance contre le nazisme et son occupation au combat multidimensionnel d’aujourd’hui pour un « autre monde », il se plaça systématiquement en première ligne. Avec pudeur et modestie, mais empreint d’une ténacité extraordinaire, Léon viendra soutenir dans leurs rangs celles et ceux dont il estimait la résistance de maintenant juste et justifiée.

Cet homme, ce résistant de l’histoire et du contemporain, restera une image positive pour les générations futures. A nous d’entretenir la flamme de son souvenir et de continuer la poursuite des combats dans lesquels il s’engagea.

Un autre résistant pour la vie et la liberté a écrit : « Les hommes qui luttent un jour sont bons, ceux qui luttent une semaine sont meilleurs, et s'ils luttent toute une vie, ils sont indispensables ». Cette phrase du poète antifasciste allemand Bertolt Brecht décrit à merveille la vie de Léon Schwartzenberg.

Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – Bruxelles – octobre 2003

En synergie avec la rédaction de RésistanceS, cet hommage à Léon Schwartzenberg est également publié dans l’hebdomadaire belge « Le Journal du Mardi » du 21 octobre 2003. En vente dans toutes les librairies de Belgique.

 


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Le militant infatigable. Léon Schwartzenberg, ici sur cette photo, lors d’un meeting de la LCR, en avril 2002 (photo : Manuel Abramowicz)

Le cheminement
du militant Léon Schwartzenberg

Issue de la Diaspora juive installée en République française, étudiant et résistant pendant la Seconde guerre mondiale, médecin après celle-ci, Léon Schwartzenberg continuera toujours le combat. Comme un révolté, un insurgé. Sa rébellion contre les systèmes d’enfermement et contre les ennemis des libertés (la liberté que seule nous garantit la démocratie comme celle de mourir dignement) a fait de « Léon », il y a plus de vingt ans, l’une des personnalités les plus populaires – juste après l’abbé Pierre - dans le cœur des Français. Avec ses compagnons de route, tels le scientifique Albert Jacquard et Mgr. Gaillot, il restera un « frère » auprès de ces « habitants d’en bas », de ces Français et de ces étrangers en France, oppressés par une commune misère.

Mort le 14 octobre 2003, le citoyen Schwartzenberg eut une vie militante exemplaire. Il fut sur de multiples fronts : contre le nazisme de hier, contre l’extrême droite lepénisante d’aujourd’hui, contre les renoncements de certains de ses alliés politiques, contre le sida, contre le cancer, contre le racisme, contre la misère,… Léon est et était un opposant modèle. Un dissident digne de ce noble nom. Un amoureux de la liberté. Léon était pour la vie en liberté. Comme le montrent à suffisance les quelques repères chronologiques que nous vous proposons ci-dessous.

1923
Le 2 décembre, naissance à Paris de Léon Schwartzenberg dans une famille juive.

Durant l’Occupation nazie
Après avoir débuté des études de médecine à Toulouse, les portes de la faculté lui sont interdites. Le gouvernement national-fasciste français (illégal) de Vichy souhaite bouter hors de la vie sociale les « métèques » (c’est-à-dire, dans le langage antisémite de l’époque, les Juifs). En 1943, à l’âge de vingt ans, Léon Schwartzenberg entre dans la Résistance antinazie. Il y sera actif avec ses deux frères, qui seront ensuite arrêtés et assassinés au camp de concentration de Mathausen.

Début des années 1970
Devient professeur agrégé de cancérologie à l’Institut de cancérologie et d’immuno-génétique de Villejuif.

1977
Invité à « Apostrophes » (France 2), il prend la défense, courageusement pour l’ époque, du droit de mourir dignement. Il dira, entre autre, au cours de cette historique émission de télévision : « Je suis simplement contre le maintien à tout prix d’une vie qui n’est plus une existence ». Le débat sur l’euthanasie est publiquement lancé.

La même année, il va s’opposer à l’organisation à Buenos Aires, en pleine dictature fasciste, d’un congrès international de cancérologie.

1979
Léon Schwartzenberg lance un appel public pour interdire toute forme d’engagement médical auservice de la torture. En effet, depuis belle lurette, dans plusieurs systèmes totalitaires, des docteurs et des infirmiers ont mis leurs compétences médicales au service de la torture.

1988
Sous le gouvernement socialiste conduit par Michel Rocard, il est nommé ministre délégué à la santé. Ses déclarations fracassantes sur le sida et la lutte à mener contre le fléau de la drogue font naître la polémique entre lui et son chef de gouvernement. Une semaine après sa nomination, Léon Schwartzenberg, qui aurait voulu être « le ministre des droits des malades » remet sa démission.

1989
Il est élu, sur la liste du Parti Socialiste, au Parlement européen.

1991
Le Conseil de l’ordre des médecins le suspend suite à ses déclarations dans la presse défendant le principe d’euthanasie dans certains cas bien particuliers. A sa faveur, la suspension d’exercice de sa profession sera ensuite cassée par le Conseil d’Etat.

1994
Léon Schwartzenberg est réélu au Parlement européen, après s’être représenté sur une liste unitaire d’intellectuels adversaires résolus des lâchetés européennes vis-à-vis de la guerre qui faisait rage en ex-Yougoslavie.

Après 1994
Le médecin et militant progressiste va continuer ses combats auprès de ses amis Gaillot et Jacquard, dans la rue, dans les squats, dans les églises occupées pour exiger le droit de vivre en liberté et sous la protection de nos démocraties. Il participe encore activement aux actions organisées par les militants de Droit au logement (DAL).

2002
Politiquement, il terminera sa vie de militant accompli auprès de la gauche radicale. Léon Schwartzenberg fera ainsi partie des proches d’Olivier Besancenot, le jeune candidat aux élections présidentielles d’avril-mai 2002 de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

2003
Atteint d’ un cancer, le militant et cancérologue de renom s’éteint le 14 octobre.

Maintenant
Il restera un exemple et un modèle non seulement pour nous, mais aussi pour les générations futures qui peupleront le monde du militantisme.

 

Manuel ABRAMOWICZ

© RésistanceS – Bruxelles – octobre 2003

Source : cette chronologie de Léon Schwartenzberg a été réalisée avec les informations publiées dans l’hommage que lui rendit le quotidien français « Le Monde », le 16 octobre 2003. Titre de l’article : « Léon l’insurgé ».

Photo : © Manuel ABRAMOWICZ – RésistanceS – octobre 2003