Portrait de l'éminence grise de Johan Demol
(président du Vlaams Blok-Brussel)
Patrick Sessler, le commissaire politique
Sur notre document: Patrick Sessler (sous la flèche) lors
d'un rassemblement néonazi en Espagne.
Ce militant de longue date de l'extrême droite belge fut le premier à apporter
un soutien politique à Johan Demol. Ce conseiller communal officiellement
indépendant fut élu, en 1994, sur la liste du Front national à Schaerbeek
(commune de la Région de Bruxelles-capitale). Depuis lors, il y est devenu
lhomme de main du Vlaams Blok et le "commissaire politique" le plus écouté
par Demol. Patrick Sessler est la cheville ouvrière du Comité de soutien de
ce parti flamingant dextrême droite. Cette structure est destinée à parquer
les sympathisants francophones. La permanence hebdomadaire de Johan
Demol tenue dans un café schaerbeekois est également organisée par
le même Sessler. Ce dernier semble beaucoup se dépenser pour ses
nouveaux "kamarades". Trop, selon dautres "manches à balle" du Blok...
Quelle ambiance !
Détesté par beaucoup (qui le jalouse, diront certains), Patrick Sessler est
cependant une référence dans lextrême droite. En 1979, à la même époque
que Johan Demol, il adhère au Front de la jeunesse (FJ). Très vite, ce jeune
nationaliste de bonne volonté se fait remarquer par les dirigeants du Parti
des forces nouvelles (PFN, le bras politique du FJ). Résultat, il sera envoyé
en mission dans le Hainaut pour structurer des "cellules PFN". Un parti de
plus en plus néonazi et adepte de la secte idéologique niant lexistence des
chambres à gaz nazies.
Cest durant la Foire du livre de Bruxelles, en mars 1989, que Sessler
défraye, pour la première fois, la chronique en tant que tenancier du stand
Libertés 89. Ce stand soi-disant anodin était en réalité celui des éditions
néonazies parisiennes Avalon et tenu par les chiens de garde du PFN. Sur
les tables, on pouvait se procurer, notamment, des ouvrages négationnistes
et les principaux textes théoriques de base du national-socialisme allemand.
Un témoin se souvient avoir vu les dirigeants du Blok Filip Dewinter et Karel
Dillen en personne rendre visite à ce stand. En présence de Léon Degrelle,
le mois suivant, Sessler sera parmi les invités de la cérémonie organisée, à
Madrid, à loccasion du centième anniversaire de la naissance dAdolf Hitler.
Il ny était pas seul : plusieurs actuels cadres du Vlaams Blok avaient fait le
voyage avec lui. Deux mois plus tard, il rejoindra pourtant le Front national
de Daniel Féret.
Patrick Sessler y fréquenta le gratin (du FN mais aussi celui du PSC 2000,
laile ultradroite du parti social-chrétien, héritière du Cepic). Promu au poste
de secrétaire politique, il fut chargé de lorganisation des sections
wallonnes
jusquen 1991 où il fut exclu du FN. Il profita de ce petit break
pour peaufiner ses relations particulières avec les autres formations
extrémistes (Agir, lAssaut, le Front régional wallon et... le Vlaams Blok). Il
mettra sur pied sa propre association, SOS-Identité.
Néanmoins, malgré le litige du passé, il réintégrera ensuite le FN. La création
du service daction, de sécurité et de renseignements frontiste sera son
oeuvre. Elu eurodéputé en 1994, Daniel Féret fera de Sessler son assistant
parlementaire. Pour peu de temps. Un an plus tard, lhomme de confiance
reprit la porte. En réaction, il fondera lAlliance radicale, une dissidence
frontiste qui sera soutenue en coulisse par le Vlaams Blok
pour "mettre le
bordel" dans lextrême droite francophone.
Par après, en juin 1996, avec la complicité de la conseillère communale ex-
FN Fernande Philippart, lancien commissaire politique frontiste lança le
mouvement Nouvelles orientations pour les libertés sociales. En abrégés
NOLS... comme Roger Nols, lex-bourgmestre de la cité des nes qui laisse
toujours aujourdhui un souvenir haineux aux extrémistes flamands (suite à
sa discrimination ethno-linguistique anti-Flamands quil avait organisée dans
les années 70). Lambition du mouvement mort-né NOLS était de faire
souffler "le vent du Nolsisme sur la politique bruxelloise. Cest-à-dire un
populisme offensif libéré du carcan droite/gauche" (1). Pour y penser, Sessler
sétait adjoint l« apport » intellectuel (de salon) dun certain Robert
Steuckers, également collabo du Vlaams Blok à la même époque.
Après avoir été abandonné par Roger Nols, il se « blokkérisa » totalement,
tout en continuant à collectionner des ennemis. Il compte en effet une flopée
dadversaires au sein de la famille extrémiste. Parmi eux : les gros-bras du
BIS de Kerstens, des skinheads de lex-groupe lAssaut et le journal
"Polémique". Concernant ce dernier, il faut se rappeler que cest à la suite
des (bons) conseils de Sessler que Demol cessa sa rubrique hebdomadaire
dans ce journal belgicain (2).
Simon HARYS
(1) Selon le communiqué de presse du Mouvement NOLS, du 24 juin 1996.
(2) "RésistanceS", n° 4, automne 1998, p. 8.
Source : "RésistanceS", n° 6, printemps 1999, pp. 19-21.
|