Alliance entre radicaux et nationaux-libéraux
Des sarkozystes belges rejoignent Nation
Après l'échec de toutes ses précédentes
initiatives, le fondateur de l'UMP-B, petit parti belge d'ultradroite
libérale d'inspiration « sarkozyste », rallie Nation,
un mouvement rassemblant les ultras de l'extrême droite francophone.
Ce transfuge démontre que Nation se situe bel et bien à
droite de l'échiquier politique. Contrairement à ce
qu'il scande à ses jeunes militants.
Cette alliance démontre donc le manque de clarté politique
de cette mouvance s'affirmant pourtant être les « identitaires
» du nationalisme belge.

Manifestation des extrémistes de droite
de Nation, avec des néonazis nationalistes flamands anti-Belgique.
Aujourd'hui, ils sont également rejoints par des nationaux-libéraux
nationalistes belges de l'ex-UMP-B. Est-ce bien « identitaire
» tout cela ? © Photo : Blokbuster.
Cela faisait un petit temps que la rumeur d'abord, l'information vérifier
ensuite, nous était parvenue. Le dirigeant-fondateur de l'UMP-Belgique,
Pierre D'Ans, et ses derniers partisans, négociait un transfuge
vers le mouvement Nation. En décembre de l'année dernière,
RésistanceS avait informé ses lecteurs de la création
de cette UMP-Belgique, un nouveau parti s'affirmant alors –
sans aucune autorisation - être la « branche belge »
de l'UMP de Nicolas Sarkozy.
Disciples inconditionnels de celui qui allait être élu
président de la République française au mois
de mai, l'UMP-Belgique se revendiquait comme un parti de « droite
nationaliste » et se disait fidèle au libéralisme.
Présente de façon extrêmement marginale aux élections
législatives de juin passé, l'UMP-Belgique implosa pour
finir. Mis en minorité, Pierre D'Ans quittera son parti pour
directement en fonder un autre : l'UMB (Union pour un mouvement belge).
Nomadisme politique
Il faut savoir que ce personnage est un habitué du nomadisme
politique et de la création de formations politiques éphémères.
Auparavant, en 2004, il avait été été
effectivement à l'initiative de la fondation du Bloc national,
puis fut proche de Force nationale, une dissidence du Front national
de Daniel Féret. Suite à des conflits internes, Pierre
D'Ans claqua la porte de ce FN bis pour tenter de récupérer
en Belgique, avec l'UMP-B, un hypothétique « effet Sarkozy
». Une fois de plus son logiciel politique mis en place démontra
son incompétence. Pour ne pas perdre la main, au début
de ce mois, il fut à l'initiative d'une nouvelle organisation
politique, l'Alternative sociale, après avoir fondé
l'Union pour un mouvement belge...
Résumons le parcours de cette
personnalité folklorique de l'extrême droite belge francophone
: en moins de trois ans de temps, il fonda, participera à la
création ou rejoindra pas moins de six formations politiques
différentes : le Bloc national (en 2004), Force national (en
2004), l'UMP-Belgique (en décembre 2006), l'UMB (en juin 2007),
l'Alternative sociale (début octobre 2007) et le mouvement
Nation (mis octobre 2007). Un parcours phénoménal au
sein de l'extrême droite belge francophone (sur l'UMP-B, l'UMB,
l'Alternative sociale et Nation : voir plus bas notre encadré).
Le bric à brac de l'extrême droite francophone
Avec le Baron Emanuele Licari di Castel Mola (un jeune aristocrate
provenant de la direction du Front national « féretiste
»), Pierre D'Ans rejoint maintenant le mouvement Nation. Ce
transfuge se fait officiellement de façon collective avec leur
Alternative sociale, une organisation politique apparue au tout début
de ce mois. Au sein de Nation, Pierre D'Ans et le Baron Emanuele Licari
di Castel Mola comptent y représenter un courant interne de
tendance national-libérale, une orientation politique pourtant
rejetée par Nation, depuis sa création en 1999.
Force est aussi de constater qu'Alternative
sociale affirme vouloir défendre la « civilisation judéo-chrétienne
»... pourtant considérée comme un ennemi par le
parti qu'ils viennent de rejoindre. Beaucoup de « cadres »
de Nation proviennent d'organisations politiques adversaires résolus
du concept de « civilisation judéo-chrétienne
», préférant à celle-ci l'héritage
païen de l'Europe. Parmi les premiers militants de Nation, une
bonne partie venait de l'Assaut, un groupe néonazi et antisémite,
pour qui le terme « judéo » relevait de l'insulte.
Il est donc fort à parier que les relations politiques entre
ces « anti-judéo-chrétiens » et les militants
de la « civilisation judéo-chrétienne »
d'Alternative sociale seront explosives. Jusqu'à une nouvelle
scission...
Et dire que l'extrême droite se
revendique comme étant d'essence « identitaire ».
Avec l'alliance entre Nation, s'autoproclamant comme étant
« nationaliste-révolutionnaire » et l'Alternative
sociale, issue directement de l'UMP-Belgique sarkozyste, une chose
est sure, l'extrême droite francophone est clairement caractérisée
par son manque d'« identité ». Cette nouvelle composition
politique confirme une fois encore le bric à brac que représente
l'extrême droite belge francophone...
Alexandre VICK
Les
« acteurs » de ce nouveau bric à brac
Pour comprendre
le ralliement de l'Alternative sociale de Pierre D'Ans au mouvement
Nation, une radioscopie des « forces » en présence
est nécessaire à faire.
Union pour
un mouvement populaire-Belgique (UMP-B)
L'UMP-B est apparue en décembre 2006 en pleine campagne
électorale française pour la présidentielle.
Son principal meneur était alors Pierre D'Ans, une jeune
historien de la région liégeoise provenant du Bloc
national, un éphémère parti qui tenta de
concurrencer le Front national à Liège en 2004.
Inspiré
de l'UMP française, le grand parti fédérateur
de la droite d'outre-Quiévrain présidé
par Nicolas Sarkozy, l'UMP-B affirmera être son pendant
belge. Après un article de RésistanceS repris
dans la presse belge et française, le parti de Nicolas
Sarkozy désavouera ses autoproclamés supporters
belges.
Formée de
militants venant de l'extrême droite belge francophone
(du Bloc national, de Force nationale et du Front national)
et de la droite libérale (des jeunesses du Mouvement
réformateur), l'UMP-B n'est jamais arrivée à
réellement se structurer. Après son échec
flagrant aux élections législatives de juin dernier,
ce nouveau petit parti implosa.
Pierre D'Ans, Emanuele
Licari di Castel Mola et l'un ou l'autres autres membres de
l'UMP-B mirent alors une nouvelle structure sur pied, l'Union
pour un mouvement belge (UMB). Pour sa part, à l'heure
actuelle l'UMP-B affirme toujours exister.
Union pour
un mouvement Belge (UMB)
Dissidence, née en juin 2007, de l'Union pour un mouvement
populaire-Belgique (UMP-B), « l'UMB est un mouvement politique
qui se veut être un mouvement réellement ancré
sur des valeurs de droite », affirme le Baron Emanuele
Licari di Castel Mola, l'un de ses trois fondateurs, sur son
site Internet personnel. L'existence de l'UMB ne fut que de
quelques semaines puisqu'elle donna très vite naissance,
en octobre 2007, à l'Alternative sociale.
Alternative
sociale (AS)
Jusqu´à preuve du contraire, ce tout nouveau mouvement
(il est apparu officiellement au début du mois d'octobre
2007) n'est constitué que de deux activistes, Pierre
D´Ans et Emanuele Licari di Castel Mola. Même s'ils
affirment le contraire, dans leur propagande de bonne aloi.
Le modèle
de cette « alternative » est Azione sociale (fondée
d'abord sous le nom d'Alternativa sociale), le parti italien
dirigé par Alessandra Mussolini, la petite fille de l'ex-dictateur
fasciste et dirigeante de l'une des fractions la plus radicale
de l'extrême droite active en Italie. Ce qui ne l'empêcha
pas de faire alliance aussi bien avec les plus orthodoxes de
celle-ci (Forza nuova, Fronte sociale nazionale, Movimento idea
sociale de Pino Rauti...) et Forza italia, le parti libéral
de Silvio Berlusconi. L'Alternative sociale (belge) affirme
vouloir représenter un courant « national-libéral
» pour défendre la « civilisation judéo-chrétienne
» menacée aujourd'hui, selon elle, par l'islamisme.
C'est d'ailleurs
suite à la manifestation interdite contre l'Islam, organisée
le 11 septembre dernier à Bruxelles, que les initiateurs
de l'AS ont décidé de rallier Nation. Au sein
de ce dernier, ils annoncent vouloir y représenter un
courant « national-libéral ».
Nation quant à
lui affirme être résolument anti-libéral
dans ses discours tenus en direction de ses jeunes militants.
L'Histoire politique de l'extrême droite a toujours enseignée
les parentés entre celle-ci et la droite la plus classique.
L'alliance entre cette Alternative sociale (qui n'a de «
sociale » que le nom) et Nation confirme cette réalité.
L'extrême droite n'est en aucune manière «
sociale », encore moins « révolutionnaire
» comme aime pourtant l'affirmer Nation.

L'Alternative sociale, tendance «
national-libérale » du mouvement Nation, s'inspire
directement de l'expérience des néofascistes italiennes
menés par Alessandra Mussolini... comme le montrent ces
différents logos réunis par RésistanceS.
Nation
Ce mouvement, né en 1999, est constitué de nationalistes
radicaux. Parmi ses fondateurs et premiers dirigeants, se trouvaient
des activistes de l'Assaut, un groupe d'action néonazi
des années 1980-1990. Beaucoup de ses militants proviennent
aussi des rangs du Front national de Daniel Féret ou
du Front nouveau de Belgique (FNB), une des nombreuses dissidences
frontistes. Après un essai électoral infructueux,
Nation s'est associé au FNB aux dernières élections.
Ce mouvement affirme
être la « seule alternative » et l'«
unique opposition » au système politique. Cependant,
depuis plus de neuf ans de présence sur le terrain sa
perspective de prendre le leadership de l'extrême droite
du côté francophone du pays semble de plus en plus
illusoire. Surtout depuis la prise de contrôle du Front
national par ses dits « réformateurs ». Ces
derniers ont en effet l'ambition de désormais ancrer
structurellement le FN dans la paysage politique belge... sans
pour autant y associer Nation, dont l'image leur serait trop
néfaste.
En cas de création
d'un FN compétent, il est sûr que Nation sera le
grand perdant et restera donc à l'état groupusuculaire.
Avec ses
nouveaux « amis sarkozystes » ?
[A.VICK]
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© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 14 octobre
2007.
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