L’extrême droite est antisociale ! De Washington à Anvers. Le Vlaams Blok / Belang drague les néoconservateurs nord-américains Les leaders du Vlaams Blok / Belang fréquentent les think tanks néoconservateurs nord-américains. Ceux-ci séduisent l’extrême droite qui, comme eux, rejette la solidarité sociale, les services publics, les syndicats… Qui se ressemble, même partiellement, s’assemble ? Enquête, avec la collaboration d’un journaliste de RésistanceS.
Interrogés par la presse flamande peu avant les élections nord-américaines (novembre 2004), les principaux chefs de file du Vlaams Blok / Belang (VB) s’étaient déclarés fervents supporters de George Bush. Dans l’hebdomadaire Knack, Gerolf Annemans, leader du VB à la Chambre, affirme que, cet été, il s’est rendu longuement aux Etats-Unis, pour trouver de l’inspiration auprès des think tanks néoconservateurs, ces «boîtes à idées» qui tentent d’influencer les responsables politiques et ont façonné une bonne partie du programme de Bush. «J’y ai rencontré beaucoup de gens intéressants, précise-t-il. Le but est de multiplier ce genre de voyage d’études». Aux Etats-Unis, les blokkers ne sont donc pas infréquentables pour tout le monde, même si Annemans regrette que les «vieux démons véhiculés par la gauche» à propos des positions anti-juives et anti-femmes du VB, «jouent encore parfois des tours à notre parti. La gauche nous salit en colportant sur nous des choses qui sont intolérables pour l’Amérique». Les voyages de Dewinter Selon Claeys, un autre élu du VB, Emiel Verreycken, «entretient lui aussi beaucoup de contacts avec ces think tanks. Philip Dewinter est abonné depuis plusieurs années à la revue ‘Campaigns and Elections’. Il retournera sans doute bientôt aux Etats-Unis. Nous devons d’urgence organiser une visite là-bas d’une délégation de haut niveau du Vlaams Blok». «Il est important, poursuit Claeys, que les gens se rendent compte que notre parti entretient des liens avec des personnalités du monde académique, ainsi qu’avec des responsables occupant de hautes fonctions dans la société». Des liens tissés aux Etats-Unis, mais bien sûr également en Flandre. Annemans & Co flirtent ainsi, notamment, avec Pro Flandria, un club de réflexion nationaliste composé d’intellectuels et de décideurs du Nord du pays. Dès mars 2003, une trentaine de personnalités de ce club avaient lancé un appel en faveur d’une «autre approche» du Vlaams Blok. Ses promoteurs suggéraient d’impliquer vraiment ce parti dans la gestion des affaires et récusaient toute tentative d’interdiction du VB et de ses associations par voie judiciaire. Les leaders du Blok espèrent que la nouvelle étiquette «Vlaams Belang» – même si le contenu du flacon demeure inchangé – permettra de dégeler encore davantage les relations avec une série d’intellectuels flamands, dont le plus médiatique est sans aucun doute le professeur de l’Université d’Anvers, Matthias Storme. Droite et extrême droite
ensemble pour l’ultra libéralisme A l’époque, déjà, des liens se nouent avec l’ultra droite nord-américaine. «Le club de l’Horloge entretenait des contacts avec certains think tanks aux Etats-Unis. Le dénominateur commun, c’est la lutte contre le communisme, et contre les forces de gauche. C’est également la volonté de mener une contre révolution économique ultra libérale». Proximité idéologique Le volet socio-économique du programme du Vlaams Belang / Blok – ultra libéral - est rarement mis en avant par les dirigeants de ce parti… et par les médias. «La majorité des électeurs du VB ne votent pas pour lui par adhésion à ses options socio-économiques, analyse Vick. Il est même probable que si l’électorat populaire du VB était au courant de ces options, et des réalités inhumaines qu’ils recouvre, il changerait d’avis sur cette formation». Et les néonconservateurs
belges ? «A la fin des années 90, déjà, Philip Dewinter avait réuni des hommes d’affaires du port d’Anvers, dans la perspective d’une prise de pouvoir du Blok dans cette ville. On a déjà vu Annemans et Dewinter attablés dans des dîners annuels de certaines fédérations d’industriels. Tous ces gens partagent la même logique que les think tanks américains les plus à droite. Il ne faut pas s’étonner si, selon une enquête de l’hebdomadaire Trends, en 1991 déjà, 24 % des patrons flamands avaient voté pour le Vlaams Blok», rappelle le journaliste de RésistanceS. L’activisme du Vlaams Blok / Belang dans une frange du milieu patronal et intellectuel – également outre Atlantique – confirme que ce parti ne laisse rien au hasard. Le réseau d’influence qu’il est en train de tisser est particulièrement inquiétant. Il devrait aussi faire réfléchir les néoconservateurs belges qui puisent les yeux fermés dans le stock idéologique de certains think tanks américains. Pareil compagnonnage suscitera-t-il des états d’âme parmi les militants des Instituts Hayek, Atlantis & Co ? Claude DEMELENNE © RésistanceS - www.resistances.be – Bruxelles - Mis en ligne le 23 février © Cet article a été publié une première fois dans l’hebdomadaire belge « Le Journal du Mardi » (vendu dans toutes les bonnes librairies du pays), daté du 22 novembre 2004 et reproduit avec son autorisation sur le site de RésistanceS - www.resistances.be. Le surtitre, l’illustration, sa légende et le dernier sous-titre sont de RésistanceS. Mis en ligne le 23 février 2005.
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Le Blok / Belang avec Bush ! Le président des Etats-Unis, George W. Bush, modèle idéal des tendances politiques les plus réactionnaires et conservatrices (des intégristes chrétiens aux « gourous » de l’économie capitaliste pour qui l’exploitation de l’homme par l’homme reste la règle), est aussi une référence pour le parti nationaliste d’extrême droite flamingant. A la veille de sa réélection, en novembre 2004, plusieurs dirigeants du Vlaams Blok / Belang ont pris publiquement la défense du « patron » de l’Amérique. Voici quelques extraits de leurs « propos pro-bushistes », publiés dans le quotidien progressiste néerlandophone De Morgen, le 2 novembre 2004 : « Je suis ultraconservatrice,
donc je vote Bush. Ses positions éthiques font mouche ». « Je trouve
que Bush a bien gouverné pendant quatre ans. Il a fermement
riposté au onze septembre. Il devrait montrer ce qu’il
avait dans le ventre ». « Très
certainement, je vote pour Bush. Il a amené un tel réveil
néoconservateur aux Etats-Unis que ce pays a dix ans d’avance
sur l’Europe ». « Je vote Bush
parce que j’aime les cow-boys, okay »
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