RésistanceS 15-12-2006

Extrême droite : les connexions obscures


Voyage chez les crânes rasés du nazisme


Dans le cadre de son cinéma d’ATTAC, l’organisation altermondialiste vous invite à assister au débat qu’il organise contre l’extrême droite et à la diffusion exceptionnelle de « White terror ». Ce film-documentaire, réalisé par le journaliste suisse Daniel Schweizer, fait le tour du monde de la « planète nazie », incarnée ici par les « bonehaeds », les skin-nazis. Ces fous de la croix gammée.

 


Boneheads (skin-nazis) : des crânes rasés et des croix gammées.


Dès les premières images…
… on est transporté dans un décor de carte postale. Sur les lieux d’un crime suisse. Le 27 janvier2001, le jeune apprenti Marcel von Allmen a été massacré à coups de barre d’acier par ses compagnons, qui l’ont balancé d’une falaise dans le lac de Thoune. Parce qu’il n’avait pas respecté la loi du silence imposée par l’Ordre des chevaliers aryens, le groupuscule dont il faisait partie, ses camarades ont donc choisi de l’assassiner. Dans White Terror, le dernier film de sa trilogie consacrée au mouvement skinhead, Daniel Schweizer esquisse d’abord une tentative ratée de reportage sur ce mouvement assassin - la police helvétique faisant tout son possible pour en ignorer l’importance et la dangerosité. Puis, devant l’impossibilité d’aller plus avant, le réalisateur se lance dans un road-movie initiatique.
Succédant à Skin or die (1998) et Skinhead Attitude (2003), ce nouveau documentaire apporte donc un éclairage saisissant et incendiaire sur la subculture skin qui -née dans le prolétariat anglais et la musique ska il y a quarante ans- s’est retrouvée phagocytée par l’extrême droite à partir des années 80.

Suprématisme
De la Suède aux Etats-Unis, en passant par l’Allemagne et la Russie... Au fil des rencontres (à travers une série de portraits) se dessine, sans complaisance, une carte mondiale du phénomène skin dans sa diversité douloureuse : entre antiracistes anarchisants d’une part, et militants pour la suprématie blanche de l’autre. Le spectateur assiste dès lors au discours brut de fanatiques qui vénèrent comme il se doit Adolf Hitler, en appellent ouvertement à la guerre contre les étrangers, les Noirs, les Juifs, et tout ceux qui n’ont pas le profil caucasien. D’autant qu’à travers Internet, on se trouve confronté à une Internationale d’un nouveau genre, dont les Etats-Unis sont le paradis, sous le couvert du premier amendement garantissant la liberté de parole.
White Terror fait ainsi dans le grand-angle. Ne se concentrant plus sur les seules têtes d’œufs pourris, mais sur toute la nébuleuse entourant l’idéologie du White power, Schweizer s’en va d’abord en Suède (suivre des manifestations fascistes hautement tolérées par la police et les autorités, lesquelles ne voient pas de raisons à interdire les concerts-trash où sont scandés des« Heil Hitler » à plein décibels), puis déboule aux Etats-Unis, où le milieu apprend à fonctionner, un peu à la manière d’Al-Qaïda, en groupuscules indépendants sans véritables chefs ni liens entre eux (à l’inverse, on y voit aussi la tentative de fédérer -sous la protection de la police et du premier amendement de la Constitution- tous ceux qui croient la race blanche « en danger d’extinction », tel le KKK, les églises ultraconservatrices, ou les mouvements aryens).
Dernière étape ? La Russie, paradoxe hideux de l’Histoire : alors que25 millions de soldats soviétiques ont été tués par les forces nazies, on y découvre des hooligans d’extrême droite faire le salut hitlérien sur la Place Rouge et des popes bénir des drapeaux à croix gammée dans les églises orthodoxes.

Nouvelle paranoïa
En résulte un document d’une rare précision, qui évite la diabolisation au profit d’une vision complexe basée sur des faits. Et si Schweizer se met en scène dans son propre film, le cinéaste n’essaie jamais de piéger ses interlocuteurs. Il est là pour disséquer les fondements d’une nouvelle forme de paranoïa raciste dont la monstruosité n’est que plus frappante lorsqu’elle s’exprime à visage découvert. White Terror est donc un film exemplaire à découvrir sans délai.


Les skin-nazis sont des adeptes fanatiques de la croix gammée. Image du film « White terror ».

Précis, sans fard ni prétention militante : « Faire des films, commente Schweizer, c’est affronter le monde, se coltiner à son état, en chercher les mauvaises fréquentations, le gênant et l’insupportable. Toute la dignité d’un cinéaste est peut-être d’oser regarder en face une vérité indigne de lui. D’être présent là où on n’ose plus l’être ». Un propos courageux qui s’adresse tout aussi bien à la militance de gauche qu’à l’opinion dite « progressiste ».

Par Jean FLINKER
Militant d'ATTAC-Bruxelles et cofondateur d'ATTAC-Belgique

RésistanceS – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 15 décembre 2006

« White terror »

Cinéma d’ATTAC Bruxelles
Jeudi 21 décembre 2006 – 20 h 30

Cinéma Arenberg
Galerie de la Reine 26
1000 Bruxelles


20 h 30 : le débat « Pourquoi le fascisme continue-t-il à faire recette ? »
21 h 30 : le film
Prix d’entrée : 6,6 euros (débat compris) sauf les Article 27.

Les invités du débat
Jo De Leeuw : enseignante, coordinatrice du livre « L’extrême droite contre les femmes » (traduit du néerlandais en français aux éditions Luc Pire).
Manuel Abramowicz, auteur du « Guide des résistances à l’extrême droite » (éditions Labor, Prix Condorcet-Aron du meilleur livre francophone 2006) et coordinateur de la rédaction de RésistanceS (www.resistances.be).



« White terror »

Film suisse
Réalisateur : Daniel Schweizer
Sortie : 2005
Durée: 90 minutes
Diffusion Belgique : Libérations films


Pour un antifascisme « politiquement incorrecte »
Jo De Leeuw et Manuel Abramowicz proposent une approche « politiquement incorrecte » de la lutte contre l'extrême droite. Ils combattent ses organisations politiques, « radioscopient » scrupuleusement leurs programmes politiques et décortiquent leurs corpus idéologiques en démontrant leur vraie nature.

Au delà d'une diabolisation facile – mais souvent contre-productif (liant le VB, FN et C° au nazisme) - Jo De Leeuw et Manuel Abramowicz mobilisent les citoyens actifs en dénonçant « tout simplement » l'ultralibéralisme antisocial (antipopulaire) des formations d'extrême droite. Le VB et le FN n'étant pour finir que le versant négatif des politiques proposées et imposées par les partis... dits « démocratiques ».
L’extrême droite est dangereuse parce qu’elle est de droite pure et dure, partisane du capitalisme exploiteur de l’homme par l’homme, contre les aspirations populaires et le progressisme. Le VB, le FN… sont et resteront des partis rétrogrades, conservateurs et inégalitaires.