La frontière entre le Canada et les États-Unis restera fermée pendant un mois encore, alors que les provinces rouvriront lentement

Des camions lourds s’alignent à l’approche du poste frontière de Windsor, en Ontario. Ottawa et Washington ont convenu de laisser la frontière fermée aux déplacements non essentiels pour un mois supplémentaire. (Rob Gurdebeke/La Presse Canadienne)

Plusieurs provinces lèvent cette semaine une partie des restrictions imposées pour freiner la pandémie et amorcent une réouverture prudente de leur économie. La frontière canado-américaine, elle, demeurera inaccessible aux déplacements non essentiels pendant au moins un mois de plus.

Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé l’entente de prolongation au cours de son point de presse quotidien.

Ottawa et Washington s’étaient entendus en mars pour fermer temporairement la frontière aux voyages non essentiels – donc aux visites de plaisance – tout en maintenant la circulation des marchandises et le passage des travailleurs dont l’emploi exige de traverser.

L’entente avait déjà été reconduite d’un mois en avril et venait à échéance le 21 mai.

Selon M. Trudeau, les provinces ont manifesté un “désir clair” de voir la frontière demeurer fermée, par crainte de voir des cas de COVID-19 remonter vers le nord. Les Américains, a-t-il ajouté, se montraient “tout à fait ouverts” à une nouvelle prolongation.

Interrogé sur le moment où le Canada rouvrirait aux visiteurs étrangers, il a répondu que son gouvernement avançait semaine par semaine, au rythme d’une situation qui change vite.

“À chaque étape, nous devons prendre les bonnes décisions en fonction des circonstances”, a-t-il dit.

Même lorsque les restrictions de voyage seront assouplies, a prévenu M. Trudeau, des mesures robustes devront rester en place afin de limiter la propagation du virus et d’éviter que les voyageurs ne deviennent eux-mêmes des vecteurs de contagion.

La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a fait valoir que le déconfinement progressif rendrait crucial le repérage rapide des nouveaux cas, question d’éviter l’engorgement du réseau de la santé. La diminution du nombre de voyageurs internationaux, a-t-elle noté, a d’ailleurs facilité le travail des autorités.

“S’il y a une augmentation du volume, nous voulons nous assurer que la sécurité des Canadiens demeure notre priorité. Nous voulons donc non seulement maintenir, mais renforcer certaines de ces mesures”, a-t-elle déclaré, rappelant que la quarantaine obligatoire de 14 jours imposée aux arrivants reste une pièce maîtresse de la stratégie fédérale.

Mme Tam a ensuite indiqué au comité de la santé de la Chambre des communes que rien ne garantissait que le Canada appuierait une réouverture de la frontière au terme de la prolongation. La suite, a-t-elle précisé, dépendra de l’évolution épidémiologique chez le voisin américain et, pour l’heure, sa recommandation – partagée par les médecins hygiénistes en chef – consiste à maintenir les restrictions en l’état.

Revenant sur la décision de fermer la frontière, Mme Tam a reconnu que, avec le recul, elle aurait pu être prise plus rapidement, et que les leçons de cette crise nourriraient les choix à venir.

Un arbitrage entre santé publique et relance

Moshe Lander, économiste à l’Université Concordia, estime que la frontière demeurera vraisemblablement fermée plusieurs mois encore.

La reprise, explique-t-il, exigera des tests de dépistage rapides et fiables ainsi que des exigences minimales de quarantaine. Or les gouvernements réserveront d’abord ces tests à leurs propres citoyens, et ne les consacreront aux étrangers qu’ensuite.

Il fait valoir que le dépistage de millions de personnes franchissant la frontière détournerait des ressources nécessaires à la protection du territoire national, et qu’un tel volume de tests n’est pas envisageable avant des mois.

M. Lander résume la pandémie comme le compromis économique par excellence : l’épidémiologie d’un côté, l’économie de l’autre. Trop miser sur l’une nuit à l’autre. Jusqu’ici, dit-il, la balance a penché du côté de la santé; les politiciens commencent à regarder vers l’économie, sans vouloir mettre en péril la santé nationale au profit de l’accès aux marchés étrangers.

Les prêts d’urgence élargis aux entreprises sans masse salariale

M. Trudeau a par ailleurs annoncé que le gouvernement élargit l’admissibilité au programme de prêts sans intérêt destiné aux petites entreprises. Les entreprises sans masse salariale pourront désormais obtenir des prêts garantis par l’État pouvant atteindre 40 000 $ chacune.

Un quart du montant n’a pas à être remboursé.

Les modifications au Compte d’urgence pour les entreprises canadiennes (CUEC) ouvrent le programme :

  • Aux travailleurs autonomes qui tirent un revenu de leur entreprise.
  • Aux entreprises qui font appel à des entrepreneurs.
  • Aux entreprises familiales qui rémunèrent leurs employés en dividendes plutôt qu’en salaires.

Les demandeurs dont la masse salariale est inférieure à 20 000 $ doivent détenir un compte d’exploitation auprès d’une institution financière, un numéro d’entreprise de l’Agence du revenu du Canada ainsi qu’une déclaration de revenus de 2018 ou de 2019.

Ils doivent en outre avoir engagé des dépenses non reportables – loyer, taxes foncières, services publics, assurances – se situant entre 40 000 $ et 1,5 million de dollars.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) salue une annonce qui profitera aux entreprises familiales versant des dividendes, aux gymnases et autres employeurs d’entrepreneurs, ainsi qu’aux propriétaires qui louent des chaises, comme les salons de coiffure.

La FCEI insiste sur l’urgence de mettre en oeuvre l’élargissement : les entreprises jusque-là exclues, dit-elle, ont traversé deux mois avec très peu de soutien et s’apprêtent à affronter une nouvelle échéance de loyer, le 1er juin.

L’organisation ajoute que, alors que de nombreuses provinces envisagent de rouvrir leur économie, les petites entreprises auront besoin d’un appui soutenu pour franchir les prochains mois. Elle réclame une hausse du plafond des prêts et de la portion effaçable, plusieurs entreprises devant composer avec une reprise de longue haleine.

La Chambre de commerce du Canada estime que l’annonce répond en partie à ses critiques : les anciennes règles d’admissibilité, soutenait-elle, désavantageaient certaines structures d’entreprise, notamment les entrepreneurs qui tirent directement leur revenu de leur activité. Elle prévient toutefois que l’obligation de détenir un compte d’affaires écartera de nombreuses petites entreprises qui n’en ont pas.

À Ottawa, le chef conservateur Andrew Scheer a repris son appel à la reprise des travaux parlementaires.

Il réclame le retour d’un contingent réduit de députés à Ottawa le 25 mai, conformément aux consignes de distanciation physique émises par la santé publique.

Qualifiant le Parlement de service essentiel, M. Scheer reproche à M. Trudeau de se servir de la crise sanitaire mondiale pour échapper à la transparence et à la reddition de comptes, au moment où son gouvernement engage des milliards de dollars.

“Le gouvernement ne doit pas être autorisé à cacher des choses aux Canadiens”, a-t-il lancé.

Les provinces, elles, poursuivent leur déconfinement par étapes cette semaine.

En Colombie-Britannique, les restaurants peuvent rouvrir leurs salles à manger à condition de respecter des protocoles sanitaires, dont des menus jetables et le maintien des distances.

En Saskatchewan, les commerces, les coiffeurs et les massothérapeutes sont autorisés à reprendre du service sous réserve de règles d’espacement et d’hygiène.

L’Ontario lève également certaines restrictions et permet la réouverture des commerces de détail dont l’entrée donne sur la rue.

Le premier ministre Doug Ford a toutefois annoncé que les écoles demeureraient fermées jusqu’à la fin de l’année scolaire.

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