LES GRANDES ENQUETES DU R.I.D.A.F.
Un Ervin à découvert
Cela fait trop longtemps que le dénommé « Robert Ervin » sévit. Evoluant dans une mouvance liée au nazisme, ce « spécialiste de lIslam » est connu pour ses textes empreints dun racisme primaire ; nous rappelant une sinistre période et influençant plusieurs dirigeants de la droite nationaliste, comme Marguerite Bastien, par exemple. Le RIDAF (1) a retrouvé sa trace, ainsi que sa véritable identité. Voici en exclusivité, pour "RésistanceS", les résultats de cette enquête.
Jusquil y a peu, on pouvait lire le dit Robert Ervin dans "le Bastion", le mensuel officiel du Front nouveau de Belgique (FNB). Jamais depuis larrivée de ce groupuscule ultra-raciste sur la scène politique belge, les idées quil véhicule depuis plus de sept ans navaient rencontré une aussi large audience. Robert Ervin contribua à lédifice doctrinal du FNB en matière de discrimination raciale, y compris vis-à-vis des étrangers italiens comme nous le verrons dans cet article. Pour sa part, Marguerite Bastien, la
présidente-fondatrice du FNB, dans ses éditoriaux et dans ses tracts se référait constamment à Ervin. Tant mieux pour lui : il a toujours eu besoin de reconnaissance. Même caché derrière un masque. Sa période de militantisme chez Bastien fut sa période dor.Robert Ervin est en réalité un nom de plume. Celui utilisé depuis plusieurs années par Didier H. (le nom complet de cet individu est connu du RIDAF). Ce Nivellois, né en juin 1963, était encore, il y a quelques mois, lun des "intellectuels nationalistes" (sic) du FNB et le responsable de sa section du Brabant wallon. Mais, selon le témoignage recueilli auprès dun activiste de cette formation, suite à un conflit avec Marguerite Bastien, Didier H. sen est éloigné. Déçu. Une fois de plus.
Avant son arrivée à la direction du FNB, le nom de Robert Ervin apparaît pour la première fois, à notre connaissance, en juin 1992, dans "Vouloir". Cette revue culturelle pluridisciplinaire est éditée par Robert Steuckers (Europa), le leader belge de lépoque de la Nouvelle Droite (ND), un mouvement intellectuel européaniste visant à réarmer idéologiquement lextrême droite. Quelques mois plus tard, Ervin se retrouve dans la rédaction de feu "lAnneau", un fanzine lié au "groupe Steuckers". Fondé au milieu des
années 80 par Ralf Van den Haute (un étudiant flamand de lUniversité libre de Bruxelles), "lAnneau" souhaitait faire découvrir à ses lecteurs "lempire de notre passé germanique et celtique, empire du passé et empire du futur". Il était issu de cette idéologie fascistoïde qui fait des idéaux progressistes nés au Siècle des Lumières la matrice de tous les malheurs de l"Europe
blanche".Au même moment, Ralf Van den Haute dirigeait lunité bruxelloise de la Vlaamse jeugd, les jeunesses du Hertog Jan van Brabant, le plus nazi des cercles danciens SS flamands !
Ervin divise la ND
Au fil des numéros de "lAnneau", Ervin penchait de plus en plus vers les thèmes les plus classiques de lextrême droite. Le pire était encore à venir. En novembre 1993, il réalisa un dossier critique sur lIslam. Mais sa virulence et son agressivité vis-à-vis de la religion et des populations musulmanes débouchèrent sur un schisme au sein de la nébuleuse politique animée par la ND belge. Par exemple, Koenraad Logghe (un des fondateurs de "lAnneau"), Robert Steuckers et le reste de léquipe de "Vouloir" se distancièrent des prises de position exprimées par Ervin. A cette occasion, on apprendra que la
revue "Vouloir ne sinscrit pas dans la logique dun discours globalement hostile à lIslam comme elle ne sinscrit dailleurs dans aucun discours globalement hostile à quelle que religion ou idéologie que ce soit". Plus tard, Robert Ervin et Ralf Van den Haute répondront à Steuckers-Logghe qui
seront même accusés indirectement dislamophilie.Suite à la polémique née après la sortie de ce dossier sur lIslam, "lAnneau" arrêta sa publication. Mais six mois plus tard, après un repli de circonstance pour se faire un peu oublier, ce petit monde refit surface en lançant carrément un magazine : "Europe nouvelles" (sic). Avec toujours dans léquipe de rédaction, Robert Ervin (il y était chargé des questions de démographie). Ralf Van den Haute, élu en octobre 1994 conseiller communal
Vlaams Blok, tenait une fois de plus la barre en tant que directeur de publication. Dans ce "magazine européen dinformations" (sic) la période de lOccupation nazie et de la Collaboration était exaltée à travers divers articles. Au bout de quelques mois dédition, léquipe d"Europe nouvelles" bénéficia de sang neuf, transfusé depuis la France. Le professeur Bernard Notin, renvoyé de lUniversité Jean Moulin (à Lyon) pour négation des chambres à gaz nazies, faisait ainsi son entrée dans le comité de rédaction
de cette revue qui deviendra rapidement belgo-française, après son association avec un groupe parisien connu pour sa nostalgie du national-socialisme... allemand et français.Ce sang transfusé nétait cependant pas bon. Il entraînera de nombreuses conséquences néfastes irréversibles pour "Europe nouvelles". Après dinnombrables conflits non politiques mais financiers - ce magazine cessa de paraître sur papier. Il sera alors diffusé sur Internet via le site dun nouveau groupuscule sectaire : Thule Sodalitas.
Un bastion contre le cosmopolite
Tout comme Robert Steuckers et Ralf Van den Haute (devenu le « gourou » de Thule Sodalitas), cest à cette même période que Didier H. se rapprocha du Front nouveau de Belgique (FNB). Dès octobre 1997, Ervin fit profiter le Bastion, le journal de ce néo-Front national, de ses talents intellectuels anti-
islamiques, ultranationalistes et paganisants. Des thèmes porteurs dans ce milieu-là. Bastien dailleurs sen inspira souvent dans ses éditoriaux.Avec des phrases chocs, Ervin tenta de réveiller les dormeurs du FNB. De secouer ce panier de crabes en affirmant, par exemple, dans un article sattaquant à lhistorienne belge Anne Morelli, que "notre propagande doit être aussi radicale que le discours cosmopolite et universaliste diffusé à longueur de journée et de journaux " (in "le Bastion", n° 18, novembre 1997). Dans ce même texte abscons, Ervin écrira encore que "la réactivation de notre passé, le fait de le rendre présent chaque jour, nous permet de contrer plus efficacement ladversaire, le cosmopolite, lhomme déraciné qui fait de sa maladie une vertu, de sa décadence un épanouissement". Il scandera également "lEurope aux Européens, le Maghreb aux Maghrébins, telle est la condition dune alliance véritable entre peuples enracinés et enfin libérés de la ploutocratie cosmopolite" (in "lIslam : le défi", page 35).A la lecture des articles de Robert Ervin, on remarque que ce jeune nationaliste de lombre est hanté. Il est hanté par la disparition de l"ethnie européenne", de la "race indo-européenne". Le continent européen serait la victime dun "complot mondialiste organisé par le cosmopolite" (sic). Cela ne
vous rappelle rien ? A propos de lutilisation de ces termes consciencieusement choisis par lextrême droite, Michel Winock, professeur à lInstitut détudes politiques de Paris et auteur de nombreux ouvrages sur le fascisme, le racisme et lantisémitisme, avait déjà dit : "On sait que les mots «
apatride » et « cosmopolite » sont de vieux euphémismes qui permettent déchapper à laccusation dantisémitisme" (2). Mais, apparemment, Ervin ne se soucie guère dune telle filiation.
Un Ervin avec les néonazis
Pour contrer le complot contre l"Europe blanche", la décadence ou la menace dextinction de sa "race", il propose, outre, un système véritablement dOrdre Nouveau, la "restauration intégrale du droit du sang", labolition de la double nationalité, la révision des "centaines de milliers de naturalisations de
complaisance" et le droit à la création de milices privées ! Sa collaboration régulière au "Bastion" nempêcha pas Robert Ervin dapporter, en janvier 1999, son soutien à la revue Devenir. Cette dernière
est éditée par le groupe du même nom qui est lui-même issu dune scission du FNB, apparue en été 1997. Devenir a également repris le flambeau de lex-groupe néonazi lAssaut et celui des "combattants de lEurope blanche". Combattants actifs sur les traces de larmée européenne de jadis la
Waffen-SS !
Un mode demploi de la haine
En 1997, Didier H., toujours sous le nom demprunt de Robert Ervin, avait publié son premier livre, "lIslam : le Défi", aux éditions lAnneau, la structure éditoriale de Thule Sodalitas contrôlée par son "kamarade de combat" Ralf Van den Haute. A lheure actuelle, son petit livre est toujours distribuée par le Front nouveau de Belgique. A sa sortie, il fut salué des deux mains par le directeur du "Bulletin célinien" (un mensuel littéraire consacré à lécrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline) dans les colonnes du journal national-catholique "Polémique". Le contenu de ce livre nest cependant pas original puisquil contient une bonne partie du press-book dErvin. Sur plus de 90 pages, il répète sa
rengaine anti-islamique déjà trop bien connue depuis lépoque où il commença à sévir dans "lAnneau". Dans cette brochure, il renforce sans détours les pires préjugés à lencontre des populations musulmanes. Il alimente également le discours raciste de nouvelles approches pseudo-historiques. Mais, afin de se dédouaner de tout parti pris et dantisémitisme, il cite abondamment les travaux historiques de BatYeor, une chercheuse dorigine juive. Cette référence nest que de pure forme. Puisque pour "sauver les valeurs indo-européennes" et la "race européenne" face à lIslam, Ervin
préfère pour finir se référer politiquement tour à tour à Charles Martel, à Bruno Mégret (le président-fondateur du Mouvement national républicain, la « dissidence Titanic » du FN français) ou encore à Eugène Terreblanche (le bouillant leader nationaliste boer dixit Ervin et le chef du groupe
néonazi sud-africain AWB). Contre "ce rouleau compresseur" (3) que représente la religion musulmane pour les nationalistes ethno-différentialistes, il revendique une renaissance européenne.Quant au métissage, réalité historique et démographique de nos pays post-industriels, Ervin le dénonce comme un effet mortel pour la "race blanche" dune mondialisation qui altère la qualité génétique de la population européenne.
Lhomme qui se cache derrière le pseudonyme de Robert Ervin pourra toujours dire quil nest pas raciste, puisque dans ses écrits, il a aussi dénoncé le racisme "anti-blanc" (sic). Une chose reste sûre : sa plume apparaît comme étant le bassin de réception de toutes les idées et de tous
les mythes de lextrême droite nostalgique de lEurope germanique, de son Reich et de sa "propreté génétique"Les productions rédactionnelles dErvin résonnent comme un écho lointain de certains textes nauséabonds, écrits il y a plus de 50 ans. Des textes qui armèrent intellectuellement les fanatiques qui se rendront responsables des pogroms et autres massacres à venir. Les lecteurs dextrême droite de
Robert Ervin sont donc pour leur part valorisés dans leurs instincts les plus enfouis. Pour finir ce dossier sur ce sinistre publiciste dun racisme vieillot sorti du musée des horreurs, signalons encore quil na pas que les immigrés extra-européens dans sa ligne de mire. En effet, en mars 1998, il avait écrit dans
"le Bastion" un article sur linsécurité. On pouvait y lire, notamment, ceci : "Limmigration italienne, faut-il le rappeler, ce nest pas seulement des mineurs courageux et une cuisine attrayante, cest aussi cette mafia tentaculaire et un chômage massif."RIDAF
Notes :
(1) Réseau dinformation et de documentation antifasciste.
(2) In "lHistoire", mars 1998, page 39.
(3) Ce terme est celui utilisé par Ralf Van den Haute, léditeur dErvin.
Pourquoi Robert Ervin ? Robert Ervin est donc un pseudonyme utilisé par Didier H. Un pseudo, on ne le choisi pas par hasard. Alors pourquoi celui-là ? Sans doute étant jeune Didier H. devait aimer les romains historiques, fantastiques et de science-fiction. Comme par exemple ceux écrits par Robert Ervin Howard !
Cet auteur américain, né en 1906 (il se suicida à lâge de 30 ans), est le père de héros mythiques inventés de toute pièce. Conan le Barbare, cest lui. El Borak, cest encore lui. Bran Mak Morn, cest toujours lui. Dans les romans de cet Américain du début du siècle, la celtitude des peuples nordiques
européens, la recherche du Graal, le combattant individuel face à de multiples ennemis protéiformes et le combat contre la décadence de la civilisation sont omniprésents. Ces histoires faisaient certainement rêver Didier H., alias Robert Ervin.A la lecture des textes du faux Robert Ervin, le vrai, sil en avait la possibilité, doit, on en est sûr, se retourner dans sa tombe
Robert Ervin aime le gaz :
Portrait dun jeune cadre industriel et dextrême droiteA la lecture de ses nombreux articles parus dans la presse nationaliste, une chose saute aux yeux : Robert Ervin écrit vite et bien. Cest normal. Professionnellement, ce jeune cadre universitaire est lauteur de plusieurs brochures commerciales et il dirige le bureau dinformation et de documentation dun office spécialisé dans lindustrie du gaz (son nom exact est connu de la rédaction) et fédérant tant des sociétés privées que publiques, dont des intercommunales. Ça tombe bien.
Parce que les « problèmes » causés par le gaz doivent certainement intéresser Robert Ervin. En 1995, dans un opuscule lié à des anciens SS belges, il signait un article qui prenait la défense des historiens
révisionnistes, ceux niant justement lexistence des chambres à gaz nazies !Un milieu professionnel favorable ?
Notre enquête sur Ervin nous a appris quune partie du secteur de lindustrie du gaz serait aussi une pépinière damateurs de régimes musclés. Selon le témoignage de syndicalistes de combat, des sociétés publiques de ce secteur seraient dirigées, notamment, par des proches ou des membres de
lOpus Dei. Parmi les récents ingénieurs recrutés, beaucoup, se singulariseraient par des discours racistes et antisyndicaux. Didier H-Ervin évoluerait donc professionnellement dans un milieu naturel bien favorable à ses positions politiques.