| Chili
1973-2003 : un autre 11 septembre Les lobbies belges pro-pinochetiste Dans notre pays, Pinochet a pu compter sur lappui d« amis belges ». Venus en majorité de la droite puriste et de lextrême droite, ceux-ci étaient aussi chrétiens et libéraux. Le modèle politique chilien dautrefois leur plaisait : il assurait une stabilité sociale dont lessor économique tirait profit. Que la dictature ait été sanguinaire ou non leur importait peu, pas plus que la façon dont lordre y était maintenu, à coups de baïonnette Bien des années avant larrestation du dictateur chilien Augusto Pinochet à Londres, en 1998, notre pays comptait déjà des lobbies favorables à son régime politique. De fait, le modèle pinochetiste était revendiqué et défendu par plusieurs tendances politiques et par divers cercles économiques belges. Au cours des années septante, les « amis belges de Pinochet » se recrutaient dans les rangs ultra-libéraux et au sein des organisations dextrême droite. Nous vivions encore à lheure dun affrontement permanent entre les deux blocs celui de l« américanosphère » dun côté, celui de la « soviétiquosphère » de lautre , à lheure de la « Défense de lOccident chrétien » dressée contre l« Empire rouge », celle des ultimes dictatures politiques et militaires européennes (au Portugal, en Espagne, puis en Grèce), dimportantes tensions sociales et des « séquelles » laissées par la « révolution » de mai 68 , Contre la soi-disant anarchie, lordre Petits et grands patrons apporteront donc leur appui aux choix de ce libéralisme musclé, imposé à coups de matraques et de baïonnettes dans ce pays dAmérique latine. En France, les milieux de la droite chrétienne prennent la défense de la junte au pouvoir au Chili dès 1974. Le Club de lAstrolabe en offre lexemple : ce cercle de réflexion catholique était animé par un certain Charles Million, ancien dirigeant de lUDF et aujourdhui meneur de la Droite libérale-chrétienne (DLC), une formation politique dissidente active outre-Quiévrain. « La Junte ( ) sort peu à peu le pays du marasme où lavait plongé le marxisme » écrira un dénommé Pierre-Louis Lecour dans « Le Nouvel Europe magazine » en septembre 1975 (1). Ce magazine était alors aux mains de lun des chefs de lextrême droite belge, Emile Lecerf, qui sétait mis au service de la collaboration pro-nazie pendant lOccupation de notre pays. Ce canard servira, dans les années septante, de point de convergence entre les courants de la droite pure et dure présents chez les libéraux comme chez les sociaux-chrétiens, et lextrême droite activiste. Dun bout à lautre de ce journal, relativisme et révisionnisme sorganisaient afin de réhabiliter le régime hitlérien, promu meneur de la « croisade contre le Bolchévisme ». Trente-deux ans après la chute dAdolf Hitler, lextrême droite et lultra-droite anticommuniste primaire allaient faire dAugusto Pinochet un nouveau Croisé, parti défendre la tranquillité occidentale contre le communisme. Au Chili, en Belgique et partout ailleurs, les « amis de Pinochet » semploieront à atténuer ses crimes. Le Front se mobilise pour le dictateur Près de deux ans plus tôt, ce même journal avait pris la défense de Pinochet dans le cadre de sa rubrique hebdomadaire « Tribune des indépendants et PME », tenue par Jean Solé, le président de la Fédération des petites et moyennes entreprises de Belgique (3). Le même mois, le numéro de « Bastion », le mensuel du Front nouveau de Belgique (une dissidence du Front national que « Polémique Hebdo » soutiendra), affichait à son tour son appui au dictateur sud-américain. À propos de ceux qui réclamaient que la justice soccupe de Pinochet, on pouvait lire dans lorgane de presse de ce « Front » dextrême droite : « Les anciens « réfugiés » chilien, qui sont restés réfugiés en Europe, même lorsque la Démocratie a été rétablie dans leur patrie, sagitent comme des vautours et multiplient les actions en justice. Non pas dans leur pays, mais dans ceux où lopinion publique, longtemps travaillée par les médias de gauche, considèrent Pinochet comme un démon et lassimilent, sans nuance, aux nazis et au Führer » (4). Son auteur achevait son propos sur ces mots : « Vraiment, on ferait mieux de laisser Augusto Pinochet prendre tranquillement le thé avec Margaret Thatcher (sic) et disserter ensemble de leur passé. Seule lhistoire peut encore les juger ». RésistanceS
Notes : (1) LECOUR, Pierre-Louis : « Du Chili au Portugal », in « Le Nouvel Europe magazine », n° 64, septembre 1975, pp. 14 17. (2) Article non signé : « Le Général Pinochet, héros anticommuniste », in « Polémique Hebdo », n° 203, 24 août 2000, p. 4. (3) SOLE, Jean : « A propos dAugusto Pinochet », in « Tribune des indépendants et PME » publiée dans « Polémique Hebdo », 3 décembre 1998, p. 5. (4) KORTENHORST, R. : « Controverse à propos dAugusto Pinochet », in « Le Bastion », n° 29, décembre 1998, pp. 20-21.
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