RésistanceS.be 04-11-2012

Manipulation et Infiltration


Une fraction de l'extrême droite se mobilise (sur Facebook) pour la grève générale


Après les électeurs protestataires, une fraction de l'extrême droite tente de recruter des travailleurs protestataires. La situation actuelle est des plus favorables pour rencontrer les victimes de la crise socio-économique. C'est dans ce but, que des groupuscules «nationaux-solidaristes» s'activent, pour l'instant derrière leur clavier, sur le Net pour apporter un soutien opportuniste à la prochaine grève générale européenne appelée par les organisations syndicales.
 

 



Depuis quelques années, l'extrême droite radicale tente de participer à des manifestations syndicales dans le but de récupérer leurs slogans et de détourner les travailleurs de leur combat initial. Photo prise lors de la manifestation bruxelloise de soutien aux ouvriers de l'usine automobile VW de Forest, en décembre 2006 © Photo : Manuel Abramowicz


Alors que la Confédération européenne des syndicats appelle à une journée d’action et de solidarité en Europe contre les mesures d’austérité, le 14 novembre prochain , un groupe Facebook, jusqu'alors inconnu, reprend à son compte l’appel et publie de la propagande prônant une participation active à cette journée. Les propos de ce groupe, intitulé «Europe, révolution» et apparu en avril dernier sur Facebook, sont indubitablement proches idéologiquement de ceux de l’extrême droite pure et dure.

Depuis quelques jours, de nombreux internautes diffusent de bonne foi des images venant de ce groupe sans se rendre compte que le lien qui y est systématiquement accolé renvoie vers une propagande nauséabonde, à peine masquée.



Sans grande culture politique
On y découvre pêle-mêle des textes dénonçant le sionisme (souvent un cache-sexe pour désigner les juifs, qui restent les «ennemis numéro un» de l'extrême droite traditionnelle, les illuminatis (une société secrète nourrissant les fantasmes des adeptes des complots), les francs-maçons, la burka et l’islam, relayant de façon confuse des appels à l’insurrection, des préjugés antisémites et racistes.

Les erreurs grossièrement populistes, comme celle qui prétend qu’il y aurait en Belgique «1000 Ministres pour 10 millions d’habitants», laissent penser qu’il s’agit d’un groupe monté par un ou plusieurs jeunes militants sans grande culture politique dont l’activisme reste à ce stade relativement limité. Facebook recense tout de même plus de 1600 personnes qui affirment «aimer» ce groupe et plusieurs milliers de comptes d’autres utilisateurs qui en parlent.

Parmi ces milliers d’internautes, plusieurs militants et cadres d’organisations de gauche ont repris les photos condamnant les mesures d’austérités, laissant ainsi leurs coordonnées visibles par tous. Tous ceux que la rédaction de RésistanceS.be a pu identifier et contacter ont retiré immédiatement les images et le lien vers ce groupe.



«Nationaux-solidaristes»
Ce n’est pas la première fois que des groupuscules d'extrême droite essayent d'infiltrer d es mouvements sociaux.

Il faut se rappeler que, depuis quelques années, des activistes  «nationaux-solidaristes» se sont retrouvés en marge de piquets de grève et manifestations de travailleurs tantôt avec leur drapeau rouge et noir (repris des libertaires !), tantôt avec un masque de mouton pour insulter les manifestants. En 2001 déjà, un «Comité nationaliste contre la globalisation» avait vu le jour à l’occasion de la présidence belge de l’Union européenne, comme l'avait révélé RésistanceS.be (). Le principal slogan de ces nationaux-solidaristes,  «Europe, jeunesse, révolution», est proche du nom repris par le groupe Facebook dont il est question dans cet article.

Les «nationaux-solidaristes» appartiennent à la fraction dite «sociale» de l'extrême droite. Cette fraction est directement issue des rangs «NR» (nationalistes-révolutionnaires), une terminologie utilisée dans les années 1970 par les néofascistes et les néonazis pour avancer masqué afin de se dédiaboliser. Leur leader était alors le français François Duprat, numéro deux de l'époque du Front national de Jean-Marie Le Pen, dont le programme social et économique était pourtant déjà bien proche de celui des ultralibéraux, la mondialisation (avant la lettre) de l'économie en moins. Duprat reste à l'heure actuelle l'une des références politiques de l'extrême droite «solidariste» (). Ce courant idéologique fait également référence à Joris van Severen, un des plus importants dirigeants de l'extrême droite flamande des années 1930, et théoricien du national-solidarisme. Une doctrine idéologique qui revendique la solidarité de toutes les classes sociales entre elles pour le bien de la nation ().



Confidentielle
Jusqu’à présent, les services d’ordre des organisations syndicales n’ont pas été en mesure de mettre en place une stratégie pour empêcher l'extrême droite de se rendre à leurs piquets de grèves et leurs manifestations. Il faut dire que la présence de militants de groupes néofascistes est restée confidentielle, voire cachée derrière des masques...

Julien MAQUESTIAU

 

 

 


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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 4 novembre 2012.



Leader syndical de la FGTB, décembre 2006 © Photo : Manuel Abramowicz

A propos de l'extrême droite antisociale, lire sur RésistanceS.be :

 

Sur RésistanceS.be, les syndicalistes contre l'extrême droite



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