Nelson Mandela : l'ennemi « numéro un » éternel
L'extrême droite, la droite conservatrice et libérale pro-apartheid
Dans les années 1980, les néonazis scandaient qu'il fallait « pendre Nelson Mandela », tout comme les étudiants du parti conservateur anglais.
Plusieurs parlementaires de la droite conservatrice, chrétienne et libérale agissaient pour le compte d'un lobby pro-apartheid. En Belgique y compris.
Dès l'annonce de la disparition éminente de Nelson Mandela, une partie de l'extrême droite a profité de l'occasion pour exprimer sa haine à son encontre. En effet, le héros de la lutte contre l'apartheid reste l'un des ennemis symboliques le plus important des partisans du système raciste en vigueur en Afrique du Sud, de 1948 à 1991.
La haine
C'est dans les deux pays européens d'où sont essentiellement originaires les blancs sud-africains que les manifestations hostiles à Mandela se sont exprimées de manière bien identifiable. Aux Pays-Bas, un groupuscule d'extrême droite récemment créé, Identitair verzet (IDVerzet, Résistance identitaire), a par exemple lancé la semaine dernière une campagne d'action « contre la glorification du terroriste Mandela ». Le premier acte de cette campagne : l'accrochage sur une statue le représentant d'une pancarte proclamant : « Communist - Terrorist ».
En Grande-Bretagne, le 12 juin dernier, Nick Griffin, le leader et député européen du British national party (BNP) a twitté un message des plus clairs : « La dernière ligne droite pour le saint Nelson Mandela, apparemment. Evitez la BBC quand ce vieux terroriste va crever: ce sera à vomir. » Son message particulièrement nauséabond fera directement scandale, obligeant Griffin de le supprimer des écrans.
C'est l'emblème que Nelson Mandela représente qui peut expliquer la haine obsessionnelle entretenue contre lui par l'extrême droite. Nelson Mandela, un des plus anciens et plus vieux prisonniers politiques, artisan de la fin du régime d'apartheid, illustre la transition sans effusion de sang d'un système idéologique entièrement basé sur la séparation raciale (toujours revendiquée à l'extrême droite ) à une société multiculturelle. La haine contre le premier président noir démocratiquement élu remonte à longtemps.
« Pendez le terroriste Mandela »
Dans les années quatre-vingts, alors toujours emprisonné (depuis 1963), Nelson Mandela est « LA » cible emblématique pour l'extrême droite dans son ensemble. Les néonazis le désignent comme l'homme par excellence à abattre. Blood and Honour (B&H), une organisation internationale de nazis-skins, vend dans son matériel de propagande un t-shirt portant le slogan « Stop ANC terrorism-Hang Nelson Mandela » (« Stop au terrorisme de l'ANC- Pendons Nelson Mandela »). Sur B&H : voir l'encadré en fin de l'article de RésistanceS suivant .
En Belgique, le groupe L'Assaut édite au même moment un autocollant du même acabit : « Pendez Mandela ». Revendiquant une « Europe blanche », ce groupuscule bruxellois néonazi avait vu le jour en 1988, comme successeur du VMO-Bruxelles, la section francophone bruxelloise du Vlaamse militanten orde, dont l'un des autocollants scandait : « Apartheid : oui - Communisme : non ». A l'heure actuelle, le dirigeant du VMO-Bruxelles et du groupe L'Assaut dirige toujours le mouvement Nation . Le VMO est à la base de la création en 1978 du Vlaams Blok, le nom du Vlaams Belang jusqu'en 2004 , comme le groupe Voorpost, une autre organisation d'extrême droite flamande partisane acharnée de l'apartheid. Voorpost était alors implanté, via des sections locales, en Belgique, aux Pays-Bas et en Afrique du Sud .

Un autocollant (à gauche) réclamant la pendaison de Nelson Mandela du groupe néonazi belge L'Assaut et l'un pro-apartheid de son géniteur, le VMO-Bruxelles (à droite) © Photo et archives : RésistanceS.be
La droite pro-apartheid
Il y a vingt-cinq ans, l'extrême droite fasciste ou nazie n'était cependant pas la seule à réclamer la pendaison de Mandela et à soutenir le système raciste sud-africain.
Les étudiants du parti conservateur anglais eux aussi, comme les néonazis, revendiquaient sans complexe le lynchage de Mandela, à la façon KKK. Avec un slogan simple et direct : « Pendez Nelson Mandela et tous les terroristes de l’ANC ! Ce sont des bouchers ». Les conservateurs d'outre-Manche étaient alors menés d'une main de fer par Margaret Thatcher. La première ministre anglaise considérait personnellement le dirigeant charismatique du mouvement anti-apartheid comme un terroriste, mais le dictateur chilien Augusto Pinochet comme un héros . Il y a trois ans, le journaliste français Alain Gresh rappelait que lors du sommet du Commonwealt de 1987, organisé à Vancouver, Thatcher « s’opposa à l’adoption de sanctions » contre l'Afrique du Sud raciste (Le Monde Diplomatique de juillet 2010).
Issu du même courant conservateur que l'ancienne « Dame de fer », l'actuel premier ministre, David Cameron, se rendit pour sa part, en 1989, en voyage en Afrique du Sud, pour le compte « d'une société chargée de faire du lobbying contre les sanctions imposées au régime sud-africain qui pratiquait alors l'apartheid », révélait, il y a quatre ans, le quotidien anglais The Independent (du 26 avril 2009).
Dans ces années-là, comme en Grande-Bretagne, dans plusieurs autres états européens, il existait également un lobby pro-apartheid, souvent constitué de parlementaires de partis politiques de la droite classique, associés pour l'occasion à des élus de formations nationalistes d'ultra-droite.
Ainsi, en France, « de 1986 à 1988, les députés du FN à l’Assemblée nationale avaient contribué avec des élus de droite, RPR et UDF, à relancer un groupe d’amitié France-Afrique du Sud qui était un soutien ostensible du régime de Pretoria », rappelait il y a quelques jours Michel Soudais, le journaliste spécialiste de l'extrême droite de l'hebdomadaire français Politis 
Le rappel récent du soutien du Front national à l'apartheid sud-africain de l'époque n'a pas été du goût de sa présidente Marine Le Pen. Qui tente depuis son élection à sa tête, en janvier 2011 , de faire passer son parti comme une formation acceptable dans le paysage électoral.
Lobby raciste au Parlement belge
Dans les années quatre-vingt, il existait aussi en Belgique un lobby pro-apartheid. Agissant sous le nom de Protea, parmi ses membres-fondateurs ont pouvait compter dix-huit députés du Christelijke Volkspartij (CVP, Parti populaire chrétien l'ancêtre de l'actuel CD&V), dix-huit parlementaires et responsables de la Volksunie (le parti nationaliste flamand dont provient la N-VA de Bart De Wever ) et huit parlementaires du PVV (le nom à l'époque du parti libéral Open VLD), selon les auteurs de l'ouvrage collectif « Les Barbares. Les immigrés et le racisme dans la politique belge » (publié en 1988 par les revues antifascistes francophone et flamande CelsiuS et Halt, aux éditions EPO).
Tout naturellement, les élus affiliés au groupe de pression Protea avaient aussi constitué – avec des élus francophones chrétiens (PSC) et libéraux (PRL) - au Parlement belge un « front d'opposition » contre le projet de loi antiraciste. Qui sera finalement votée, après un très long parcours du combattant, en juillet 1981 l
Comme cela vient d'être relaté, le soutien au racisme d'Etat sud-africain ne fut en Europe pas uniquement le fait d'une extrême droite pure et dure, mais également de fractions idéologiques piliers alors de partis conservateurs, chrétiens et libéraux. La disparition annoncée de Nelson Mandela aura été l'occasion de rappeler cet épisode tabouisé des coulisses de la scène politique européenne.
Manuel ABRAMOWICZ
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.
© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – 5 juillet 2013.
|

Récente action aux Pays-Bas de l'extrême droite pro-apartheid contre Nelson Mandela.
A lire ou relire sur l'apartheid et le racisme sur RésistanceS.be :
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.
Pour être régulièrement informé sur l'extrême droite, le racisme, le sectarisme et l'intégrisme, retrouvez également le journal RésistanceS.be sur le réseau social Facebook
CLIQUEZ ICI

Note
de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient
reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source,
en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire
belge de l'extrême droite. Pour la reprise de nos informations
sur des sites Internet, veuillez faire un hyperlien vers notre site
: www.resistances.be

Campagne « Extrême
droite : ils se trompent de colère ! »
Depuis
le mois d'août 2008, RésistanceS.be, le web-journal de
l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information
pédagogique en direction des électeurs et des militants
d'extrême droite !
Pour plus d'information
et la soutenir CLIQUEZ
ICI
Comité
de soutien de l'asbl RésistanceS

Pour
bénéficier de nos services :
que faire ?
Soutenez vous aussi RésistanceS.be !
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême
droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce
à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs
qui lui font des dons.
Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS.be !
Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant
un don sur son compte bancaire :
n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282
Avec en communication : « Don 2012 »
... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême
droite, le journal RésistanceS.be et les réactualisations
de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela
n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa
Newsletter : CLIQUEZ ICI

Affiche de la campagne d'information 2009 de RésistanceS.be,
le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite ©
asbl RésistanceS.be 2011
|