
Une étude de RésistanceS.be
Évolution électorale et rapport de force des partis d'extrême
droite en Belgique (depuis 1989)
Pour illustrer la déroute actuelle des formations politiques d'extrême droite
dans notre pays, RésistanceS.be propose des tableaux comparatifs
et détaillés de leurs résultats électoraux respectifs depuis
plusieurs années et du nombre de leurs candidats alignés aux
élections.
Par Manuel Abramowicz

Panneau électoral dans une commune bruxelloise pour le scrutin
de juin prochain. Au centre, l'affiche de Wallonie d'Abord.
L'extrême
droite est au niveau de la militance politique beaucoup plus
faible que la gauche radicale, dont la majorité des organisations
se sont rassemblées dans le Front des gauches (affiche de
gauche) © Manuel Abramowicz / RésistanceS.be
Résultats des partis d'extrême droite de Belgique aux élections régionales et
législatives de 1999 à 2009
Notre
tableau n°1 (ci-dessous) montre que les deux importants partis
d'extrême droite, le Vlaams Belang (VB) et le Front national
(FN), ont vu leurs résultats électoraux diminuer. Et ce de
façon beaucoup plus considérable pour le FN que pour le VB.
Si ce dernier se maintient globalement, ce n'est pas le cas
des frontistes, qui disparaîtront en 2009 des Parlements régionaux
bruxellois et wallon. La chute au niveau électoral du FN est
donc importante. Après avoir connu son score le plus haut
en Région wallonne (8,12 %), aux Régionales de 2004,
le parti d'extrême droite francophone s'effondrera en 2009
(3,51 %).
Ce même tableau observe encore
que toutes les dissidences ou concurrences du Vlaams Belang
et du Front national sont vouées à ne récolter que des échecs
électoraux. A l'exception du front wallon AGIR (une dissidence
du Parti des forces nouvelles, formation néofasciste des années
1980) aux élections provinciales de 1991 et de 1994, du Front
nouveau de Belgique aux élections régionales bruxelloises
de 1999, de Force Nationale aux provinciales de 2006 (voir
notre tableau n°2) et aujourd'hui du mouvement Wallonie d'Abord
(voir tableau n°1).
TABLEAU N°1
Résultats des partis d'extrême droite de Belgique aux élections régionales et
législatives de 1999 à 2009
|
|
Vlaams Blok / Belang
(VB) |
Nieuwe Partij (NP)
Fervent Nationaal (FN)
Vrijheid (1) |
Front national (FN) |
Front nouveau de
Belgique (FNB) |
Bloc WL, Bloc national,
FNationale Wallonie d'Abord (2) |
Nation |
| Législatives
1999 - Chambre |
24.66 % (Anv.)
8,67 % (BHV) |
Pas présent |
5,41 % (Hain.)
1,64 % (BHV) |
1,2 % (Hain.)
0,86 % (BHV) |
Pas encore fondé |
Pas encore fondé |
| Législatives
1999 - Sénat |
15,04%
(Col. Nl) |
Pas présent |
4,01 % (Col.fr) |
1,00 % (Col.fr) |
Pas encore fondé |
|
| Régionales
1999 |
15,50%
(RF) |
Pas présent |
4 % (Rég.wall)
2,63 % (RBC) |
0,79 % (RW)
1,30 % (RBC) |
0,09 % (Hain.)
0,16 % (RBC) |
Pas encore fondé |
| Législatives
2003 - Chambre |
24,09 % (Anv.)
10,3 % (BHV)
18,1 % (RF) |
Pas présent |
5,60 % (RW)
11,84 % (canton
de Charleroi)
2,25 % (BHV) |
0, 50 % (Hain.)
0,20% (BHV) |
Pas de liste |
0,13 % (BHV)
0,43 % (Hain.) |
| Législatives
2003 - Sénat |
18,21 % (Col. Nl) |
Pas de liste |
5,95 % (Col.fr) |
Pas de liste |
Pas de liste |
Pas de liste |
| Régionales
2004 |
24,15 %
(RF) |
0,22 % (Anv.)
0,75 % (Br.fla). |
8,12 %(RW)
5,42 % (RBC) |
0,54% (RW)
0,68% (RBC) |
0,26 % (Liège, uniquement) |
Pas de liste |
| Législatives
2007 - Chambre |
24,07 % (Anv.)
9,53 % (BHV)
19,1% (RF) |
0,14 % (Anvers)
0,02 % (BHV) |
5,6 % (RW)
1,93 % (BHV) |
0,32% (Hain.)
0,29% (Liège)
0,16% (BHV) |
0,26 % (Liège)
0,39 % (Hain.) |
Cartel avec le FNB
(sous ce nom) |
| Législatives
2007 - Sénat |
19,22% (Col. Nl) |
Pas de liste |
5,95 % (Col.fr) |
Pas de liste |
0,59% (Col.fr) |
Pas de liste |
| Régionales
2009 |
15,28 % (RF) |
0,39 % (Anvers)
0,29 % (Br.fla). |
3,51 % (RW)
2,05 % (RBC)
(3) |
Fusionné dans le
FN «rénové» |
0,96 % (RW)
0,91 % (Liège)
1,05 % (Hain.)
1,53% (Namur) |
0,12 % (BHV, uniquement) |
©
Tableau : RésistanceS.be - mai 2010 Sources : chiffres SPF Intérieur
et Vrije Universiteit Brussel (VUB)
Initiales du tableau :
Anv. : Anvers (circonscription
électorale)
BHV : Bruxelles-Halle-Vilvoorde
Br. Fla. : Brabant flamand
Col. Fr. :
collège francophone (Wallonie
+ Bruxelles)
Col. Nl. : collège néerlandophone
(Flandre + Bruxelles)
Hain. : Hainaut
RBC : Région de Bruxelles-capitale
RF : Région flamande
RW : Région wallonne
Notes
du tableau n°1 :
1.
La liste «Vrijheid»
déposée aux Régionales de 2009 (et à nouveau aux Législatives
de 2010) est proposée par le Nieuwe partij-Fervent nationaal
(NP-FN), un minuscule parti d'extrême droite flamand et belgicain,
lié au Front national belge («canal historique»).
2.
Aux élections
régionales de 2009, le mouvement Wallonie d'Abord (WdA) est
apparu dans le paysage électoral. Présent alors pour la première
fois à un scrutin, il y a obtenu des résultats globalement
positifs, dont 1,53 % dans la circonscription de Namur. WdA
est issu directement de Force nationale (FNationale), fondée
en 2005 par des dissidents du Front national, passés aussi
en 1999 par le Bloc WL et en 2004 par le Bloc national.
3.
Aux élections
régionales de 2009, deux «clans frontistes» se revendiquent
du Front national. Des listes «Front national» (FN) sont déposées
en Wallonie et dans la Région de Bruxelles-capitale par les
«réformateurs» (conduits par le député régional bruxellois
Patrick Sessler, le député régional wallon Daniel Huygens
et le sénateur Michel Delacroix). Le second clan frontiste,
conduit par le député fédéral Patrick Cocriamont, les députés
régionaux wallons Charles Petitjean et Charles Pire, se présente
en Wallonie sous l'étiquette du «FN Plus» et dans la Région
de Bruxelles sous celle des Forces nouvelles belges (FNB).
Dans le tableau n°1, le score du Front national pour ces élections
régionales reprend l'addition des résultats obtenus par le
Front national (FN), le FN Plus et les FNB. Issus du FN unitaire
(qui implosa en 2007), ces deux clans frontistes se sont réunifiés
à l'occasion des élections législatives anticipées du 13 juin
2010.
Évolution de la représentation politique de l'extrême droite francophone de
1989 à 2009
Notre tableau n°2 (ci-dessous)
passe en revue la représentativité parlementaire - et dans
les conseils provinciaux - de l'extrême droite francophone,
depuis les élections régionales bruxelloises de 1989 qui virent
élire les deux premiers parlementaires du Front national.
Ce tableau montre l'augmentation
évolutive des élus frontistes dans le parlement fédéral (un
député en 1991, deux en 1995, et deux sénateurs en 2003) et
dans les parlements régionaux wallons et bruxellois (deux
députés bruxellois en 1989, six bruxellois et deux wallons
en 1995, quatre bruxellois et quatre wallons en 2004), mais
aussi le déclin électoral qui coûta au FN sa disparition
des hémicycles wallon et bruxellois (aux élections régionales
de 2009).
De 1989 à 1995, puis de 2003
à 2007, le tableau n°2 rappelle que le Front national a connu
deux périodes importantes dans son histoire de succès électoraux.
Ces derniers lui permirent de collectionner plusieurs mandats
politiques. Succès et mandats qui auraient dû pousser le FN
à se structurer sous la forme d'un véritable parti politique.
Ce qui lui aurait peut-être évité ses «Waterloo électoraux»
de 1999, de 2000 (aux élections communales, non mentionnées
dans le tableau ci-dessous) et de 2009.
Comme on peut le constater,
la domination de la représentativité politique de l'extrême
droite francophone revient au Front national. Le FN a eu des
élus à tous les niveaux électifs : conseil provincial, parlement
régional, parlement européen, Chambre des députés (Parlement
fédéral) et Sénat. Sa présence, dès 2003, dans les deux hémicycles
parlementaires fédéraux lui auront permis de recevoir une
dotation financière publique. En 2007, avec la réélection
d'un député et d'un sénateur, le parti d'extrême droite continuera
de recevoir un financement public (qui sera cependant «gelé»
suite à sa division en deux clans antagonistes).
Quant aux dissidences et aux
concurrences du FN, le tableau n°2 démontre leur insuccès
électoral. Seul le front wallon AGIR fera élire des conseillers
provinciaux (un en 1991 et trois en 1994), le Front nouveau
de Belgique (FNB) gagnera aux régionales bruxelloises de 1999
un député et le FNationale deux conseillers provinciaux en
2006. Pour les autres «petites listes» d'extrême droite, les
gifles électorales furent systématiquement au rendez-vous.
TABLEAU N°2
Évolution de la représentation politique de l'extrême droite francophone de
1989 à 2009
|
|
Total élus d'extrême
droite |
Scores FN |
Elus FN |
Scores
Autres (FR). |
Elus
Autres (FR) |
| Régionales 1989
(1) |
2 députés régionaux |
3,28%
(RBC) |
2 |
PFN :
0,96 % |
0 |
| Législatives 1991
Chambre |
1 député fédéral |
4,20%
(Bxl) |
1 |
AGIR :
1,93 % (Lg.) |
0 |
| Provinciales 1991 |
3 conseillers provinciaux |
1,07 % (Hain.)
2 % ( Namur) |
2 |
AGIR :
1,02 % (Lg) |
1 AGIR |
| Européennes 1994
Collège francophone |
1 député européen |
7,87% |
1 |
AGIR :
1,92 % |
0 |
| Provinciales 1994 |
13 conseillers provinciaux |
7,11 % (Hain), 5,53
% (BW)
5,32 % (Nam.)
2,9 % (Lg). |
10 :
4 (Hain.)
3 (BW)
2 (Nam)
1 (Lg). |
AGIR :
4,74 % (Lg) |
3 AGIR |
| Législatives 1995
Chambre |
2 députés fédéraux |
4,73 % (BHV)
7,83 % (Hainaut) |
2 |
AR :
0,12 % (BHV)
AGIR :
2,21 % (Lg)
0,37 % (Hain.) |
0 |
| Régionales 1995 |
8 députés régionaux |
7,46 % (RBC)
5,11 % (RW) |
8 :
6 (RBC)
2 (RW). |
AR :
0,1 % (RBC)
AGIR :
2,36 % (Lg)
0,41 % (Hain.) |
0 |
| Législatives 1999
Chambre |
1 député fédéral |
5,41 % (Hain.) |
1 |
FNB : 1,2 %. FN-FW
: 0,12 %.
FNBP : 0,1 %. PSD : 0,04 %... (en RW)
(dans le Hain.) |
0 |
| Régionales 1999 |
4 députés régionaux |
3,6 % (RBC)
3,95 % (RW) |
3 :
2 (RBC)
1 (RW) |
FNB :
1,5 % (RBC)
FNB :
0,79 %.
FN-FW : 0,03 %.
FNBP : 0,03 %. REF : 0,01 %... (en RW) |
1 FNB |
| Européennes 1999
Collège francophone |
0 |
4,10% |
0 |
FNB : 1,07 % |
0 |
| Provinciales 2000 |
1 conseiller provincial |
2,58 % (Hain.) |
1 (Hain.) |
AGIR :
0,35 % (Lg). |
0 |
| Législatives 2003
Chambre |
1 député fédéral |
7,20 % (Hain.) |
1 (Hain.) |
FNB et Nation :
0,5 % et 0,4% (Han.) |
0 |
| Législatives 2003
Sénat
Collège francophone |
2 sénateur |
5,95% |
1 + 1 coopté |
Pas de listes |
0 |
| Régionales
2004 |
8 députés régionaux |
5,42 % (RBC)
8,12 % (RW)
11 % (Hain.) |
8 :
4 (RBC)
4 (RW) |
FNB :
0,69 % (RBC)
0,54 % (RW). BN :
0,26 % (Lg) |
0 |
| Européennes 2004
Collège francophone |
0 |
7,45% |
0 |
FNB : 1,1 % |
0 |
| Provinciales 2006 |
6 conseillers provinciaux |
5,27 % (Hain.)
2,4 % (BW)
1,72 % (Lg) |
2 (Hain.)
1 (BW)
1 (Lg) |
FNationale :
1,5 % (Hain.)
2,03 % (BW). FNB :
0,29 % (Hain.) |
2 FNationale |
| Législatives 2007
Chambre |
1 député fédéral |
7,87 % (Hain.) |
1 (Hain.) |
FNationale et FNB
:
0,39 %
0,32 % (Hain.) |
0 |
| Législatives 2007
Sénat
Collège francophone |
1 sénateur |
5,95 %
|
1 |
FNationale : 0,59% |
0 |
| Régionales
2009 (2) |
0 |
2,05 % (RBC) 3,51
% (RW)
4,94 % (Hain.) |
0 |
WdA :
0,96% (RW), 1,05 % (Hain.) |
0 |
©
Tableau : RésistanceS.be - mai 2010 Sources : chiffres SPF Intérieur
et Vrije Universiteit Brussel (VUB)
Initiales et
abréviations utilisées dans ce tableau :
AR : Alliance radicale
(scission du FN, soutenue par le Vlaams Blok)
BHV : Bruxelles-Halle-Vilvoorde (circonscription électorale)
BN : Bloc national
(scission du FN, participera à la création de FNationale en
2004)
BW : Brabant wallon
(Province, circonscription électorale)
BXL : Bruxelles (arrondissement électoral)
FN : Front national
FNationale : Force nationale (scission du FN, donnera naissance en 2009 au mouvement
Wallonie d'Abord )
FNB : Front nouveau de Belgique (dissidence du FN, 1995-2008)
FNB-P : Front de la Nation belge-parti (autre dissidence frontiste)
FN-FW : Front national-Fédération wallonne (scission du FN)
Hain. : Hainaut (Province, circonscription électorale)
Lg. : Liège (Province, circonscription électorale)
PFN : Parti des forces nouvelles (parti néofasciste actif de 1974 à 1991,
fusionné dans le FN ensuite)
PSD : Parti social-démocrate (scission du FN)
RBC : Région de Bruxelles-capitale
REF : mouvement Référendum (scission du front wallon
AGIR, se rapprochera en 1996 du FNB)
RW : Région wallonne
WdA : Wallonie d'Abord (mouvement issu en 2009 de FNationale)
Notes :
1.
En 1989, les élections régionales n'ont lieu que
dans la Région de Bruxelles-capitale (RBC).
2.
Revoir la note n° 3 du tableau n°1.
Nombre de candidats effectifs de l'extrême droite francophone aux élections
législatives de 2003, 2007 et 2010
Le tableau suivant (n°3)
souligne que le FN, en plus de son monopole électoral sur
l'ensemble de l'extrême droite, réunit autour de son sigle
plus de candidats que ses concurrents ou dissidents. Toutefois,
pour les élections législatives de juin 2010, l'un des deux
FN en présence (le cartel électoral mis sur pied par les parlementaires
sortants, le sénateur Michel Delacroix et le député Patrick
Cocriamont) a dû faire appel au Front démocratique belge (FDB),
au mouvement Nation et à la Fédération des nationalistes wallons
(FNW) pour pouvoir constituer ses listes électorales de candidats.
Le nombre de candidats du cartel frontiste (48 candidats)
en 2010 est bien inférieur à celui que présenta le FN aux
législatives de 2003 (71 candidats) et de 2007 (89 candidats).
Pour sa part, le FN «canal historique» (présidé par le conseiller
communal Salvatore Nicotra), présent uniquement aux législatives
de juin 2010 dans la circonscription du Hainaut, n'a pu trouver
que six candidats effectifs. Et ce bien que ce FN revendique
plus de 300 affiliés.
TABLEAU N°3
Nombre de candidats effectifs de l'extrême droite francophone aux élections
législatives de 2003, 2007 et 2010
|
|
Législatives 2003 |
Législatives 2007 |
Législatives 2010 |
| Front national |
71 candidats
(présent partout) |
89 candidats
(présent partout) |
54 candidats, dont
48 pour le «Front national» (liste n°7, présent que
dans 3 circonscriptions) et 6 pour la liste «FN+ » (uniquement
dans le Hainaut). |
| Front nouveau de
Belgique |
29 candidats
(présent dans
3 circonscriptions sur 6) |
41 candidats
(présent dans
5 circonscriptions sur 6) |
N'existe plus |
| Nation |
27 candidats
(présent dans
2 circonscriptions sur 6) |
En cartel avec le
FNB |
En cartel avec la
liste n°7 «Front national» (Cocriamont, Delacroix...) |
| FNationale
Wallonie d'Abord |
N'existait pas encore |
31 candidats
(présent dans
4 circonscriptions sur 6) |
45 candidats
(présent partout) |
| TOTAL |
127 candidats |
161 candidats |
99 candidats |
©
Tableau RésistanceS.be mai 2010
Ces chiffres, qui témoignent de la nette
diminution du nombre de candidats d'extrême droite aux élections,
sont de nouvelles preuves du reflux militant considérable
que l'on observe dans l'ensemble des formations politiques
d'extrême droite. Ce reflux s'explique par l'incapacité du
Front national de se structurer sous la forme d'un véritable
parti, une donnée expliquant également le reflux électoral
de celui-ci aux dernières élections régionales (juin 2009).
Manuel
Abramowicz

©
RésistanceS.be web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême
droite Article mis en ligne le 28 mai 2010.
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