Front national-Vlaams Belang : les aller/retour continuent
Nomadisme électoral, aussi à l’extrême droite
Pour les élections communales du 14 octobre, sur des listes du parti d’extrême droite néerlandophone Vlaams Belang figurent aussi – et en très bonnes places - des anciens responsables du Front national francophone. Agissant par opportunisme, ces «immigrés politiques» témoignent que les thèmes de l’ultradroite xénophobe et antidémocratique n’ont pas de frontières linguistiques.

Affiches du Front national belge pour les élections communales de 2000.
Il y a peu de temps, plusieurs observateurs politiques avaient fait le constat de changement régulier d’étiquettes politiques de candidats et de conseillers communaux issus de communautés immigrées. Après avoir été élu au suffrage universel sur une liste PS, l’un passait au MR, un autre du FDF au CDH, etc. Le cas le plus récent (et pas le dernier) : la cousine du socialiste Emir Kir. Prévue initialement sur la liste nationaliste flamande de la N-VA à Saint-Josse, elle court désormais pour l’écurie francophone libérale dans le but de piquer quelques voix à son cousin.
Ce phénomène de transfuge politico-électoraliste a été désigné sous le terme de «nomadisme électoral». Mais, il n’est pas l’une des caractéristiques d’hommes et de femmes politiques d’origine turque, marocaine, congolaise… A l’extrême droite, le phénomène en question s’observe également. Au sein des groupuscules divers et variés francophones néofascistes, nationalistes et autres identitaires, c’est même une pratique courante/constante. Ce nomadisme électoral traverse encore, au sein de la droite pure et dure, la frontière linguistique.
Clan ennemi
L’un des champions dans ce type de sport de combat est le dénommé Patrick Sessler. Militant nationaliste dès les années 1980, il agit alors dans les rangs serrés du Front de la jeunesse et de son parti des « Forces nouvelles » (PFN) l Ce dernier deviendra, en 1985, l’ennemi juré du Front national naissant. Quatre ans plus tard, Sessler quittera le premier pour le second. Son passage dans le clan ennemi lui vaudra une promotion puisqu’il deviendra - pour un temps - le numéro deux du FN belge, caractérisé par ses positions nationalistes de type belgicain (revendiquant l’unité du pays). Moins de cinq ans plus tard, après une scission éphémère, le même Sessler démissionnera du Front national pour rallier le camp des séparatistes flamands du Vlaams Blok (le nom - jusqu’en 2004 - de l’actuel Vlaams Belang). Patrick Sessler y restera près de dix années et s’occupera de l’animation des affiliés francophones du VB. En 2005, le même – avec quelques autres - retournera à la maison frontiste.
Au cours de ses transhumances, Sessler a exercé plusieurs mandats électifs : à Schaerbeek comme conseiller communal FN (élu en 1994), puis pour le compte du VB et député régional FN (jusqu’en 2009). Ainsi que des postes à responsabilité tant au Front qu’au Vlaams Blok/Belang.
Hibernation et immigré politique
Depuis sa non élection aux régionales de 2009 pour le compte du Front national «réformé» (une des dissidences du FN canal historique qu’il dirigeait alors) et lassé par l’atomisation généralisée et permanente de sa famille idéologique, ce dirigeant d’extrême droite était pour finir entré en hibernation. Sans pour autant couper totalement les ponts avec ses «camarades politiques» les plus fidèles. Récemment, il était réapparu sur Facebook et apportait son soutien à l’un ou l’autre rescapé du naufrage frontiste 
Addict à la politique, pour les élections communales 2012 Patrick Sessler a décidé de remettre le pied à l’étrier. En effet, il figure à la troisième place de la liste schaerbekoise du… Vlaams Belang ! Sur Facebook, l’ex-numéro deux du FN s’explique sur son retour en politique pour le compte du parti indépendantiste flamand. «J'ai décidé de reprendre le combat politique en faveur du bon sens et du sens commun. En démocratie, il est indispensable qu'une voix dissonante se fasse entendre», écrit Sessler. Et poursuit, fidèle à la doctrine maurrassienne : «Comme vous le savez, il n'y a pas de majorité ni d'opposition dans nos assemblées. Il y a, comme dans les pays totalitaires, le règne d'un parti unique. Celui qui a fait le choix de l'étranger au détriment du National. Ce parti unique fait le choix d'un modèle de société multiculturel et il a fait le choix de laisser se développer l'Islam au détriment de nos valeurs laïques. Mon combat a été, est et sera de dire ce qui doit être dit. »
Patrick Sessler n’est pas le seul «immigré politique» francophone à se retrouver au Vlaams Belang. A Molenbeek, la conseillère communale sortante Front national, Christiane Vanieuwenhoven figure à la deuxième place sur la liste des indépendantistes flamands.

De l’extrême droite francophone à l’extrême droite néerlandophone, Patrick Sessler a toujours été en bonne compagnie : avec Léon Degrelle, le négationniste Olivier Mathieu, Jean-Marie Le Pen…
Pas de frontières linguistiques
Les raisons du passage de certains nationalistes radicaux de l’extrême droite francophone à la néerlandophone relèvent de l’opportunisme, du rapport de force contextuel de l’une ou de l’autre et des ententes personnelles du moment.
Ce nomadisme électoral est une preuve de plus que les thèmes récurrents (contre l’immigration, l’Islam, le monde politique…) des belgicains et des flamands de l’ultra droite n’ont eux pas de frontières linguistiques.
Manuel ABRAMOWICZ
© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 21 septembre 2012. |

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