RésistanceS 26-06-2008

L'extrême droite condamnée !


Arrestation du frontiste Tonnelier


Depuis plusieurs mois, il avait entamé une campagne en vue de se faire blanchir en revendiquant le «droit à l'oubli». Manque de pot : Georges-Pierre Tonnelier, militant et dirigeant de l'extrême droite belge francophone depuis les années 1990 vient de se faire sévèrement condamner pour racisme et calomnie. Il a même été arrêté et aurait été expertisé par un psychiatre à la demande de la justice. Ce lundi, il devrait en outre être exclu du Front national.


Georges-Pierre Tonnelier, responsable FN, a été ces derniers jours au cœur de l'actualité... politico-judiciaire, comme en témoignent plusieurs articles de presse – Document : RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite.


Poursuivi devant la justice pour racisme contre un étudiant d'origine juive et calomnie à l'égard d'un commissaire de la police judiciaire, Georges-Pierre Tonnelier a été condamné à 18 mois de prison ferme, ce jeudi 26 juin, par le tribunal correction de Bruxelles, et ce lors d'un énième procès le mettant en cause. La peine est très sévère. Mais juste, si l’on considère les faits qui étaient reprochés à ce responsable du Front national de Delacroix-Sessler, ainsi que son pedigrée.

Actuellement toujours étudiant en droit à l'Université catholique de Louvain-La-Neuve (UCL), ce personnage est bien connu du microcosme d'extrême droite. C'est en effet au milieu des années 1990 que Georges-Pierre Tonnelier débute sa «carrière politique» au Front national belge (FN) de Daniel Féret, puis au Front nouveau de Belgique (FNB), une des nombreuses dissidences frontistes. Tonnelier y sera à chaque fois l’un des proches de la direction. Il fut même attaché parlementaire de Marguerite Bastien, l'ex-présidente-fondatrice du FNB (aujourd'hui fusionné au nouveau FN), et de Michel Delacroix, sénateur frontiste et actuel président ff du FN rénové et expurgé de Daniel Féret. Georges-Pierre Tonnelier a aussi collaboré aux éditions Mengal, spécialiste en ouvrages favorables au racisme et au négationnisme (un procès contre Tonnelier et celles-ci devrait s'ouvrir en automne prochain). Il y a plusieurs années, il fut aussi proche du mouvement Bruxelles-Identité-Sécurité où militait aussi Hervé Van Laethem, le président de l'asbl Mouvement Nation.

En septembre dernier, Georges-Pierre Tonnelier participait, avec le clan des «réformateurs» (un courant interne frontiste), à l'éviction réussie de Daniel Féret du Front national, jusqu'alors «président-à-vie» de ce parti néofasciste. Depuis lors, le jeune frontiste (30 ans) comptait parmi les responsables du « FN sans Féret » en collectionnant les titres honorifiques : secrétaire du bureau politique, webmaster de son site Internet, responsable de l'une de ses sections communales bruxelloises et président de son centre d'études. De plus, Tonnelier figurait sur la liste des salariés du FN : il y travaillait officiellement comme assistant parlementaire. En avril dernier, avec l'ensemble des dirigeants du nouveau FN, il avait participé à la mise sur pied d'un comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (au sujet de celui-ci )


Condamné pour racisme et antisémitisme
La longue liste des appartenances multiples de Tonnelier à l'extrême droite est également assortie d'une série impressionnante d'affaires judiciaires le concernant. Revêtant régulièrement la casquette de plaignant (contre un commissaire de police, le patron des éditions Mengal, ses voisins et... RésistanceS pour méchanceté !), le frontiste est aussi régulièrement poursuivi devant les tribunaux, pour racisme et d'autres délits. En avril 2006, il avait été condamné avec son président de l'époque, Daniel Féret, dans le cadre d'un procès entamé par le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, le service public fédéral en charge de l'application des lois anti-discriminations. Un autre procès s'ouvrira en automne prochain contre Tonnelier, toujours pour infraction à la législation antiraciste.

Le 26 juin dernier, c'est pour incitation à la haine raciale que ce responsable du FN s'est fait condamner à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bruxelles. Son délit ? Avoir tenu des propos antisémites, en février 2003, contre un étudiant qui fréquentait la même haute école que lui. Au cours de cette audience, le tribunal a encore infligé à Tonnelier 12 mois de prison ferme pour dénonciations calomnieuses publiées sur Internet à l'encontre d'un commissaire de la police judiciaire, en juin 2003.

Absent durant les débats de ce procès, Tonnelier pourrait faire opposition de ce jugement et demander d'être rejugé. Il semble bien que la stratégie du prévenu ait précisément été de ne pas se présenter à son procès, afin de pouvoir demander ensuite son annulation et un nouveau procès, ce qui lui permettrait de gagner du temps et d’être condamné le plus tard possible. Effectivement, Tonnelier aimerait sans doute d'abord terminer ses études de droits à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve...

Dans le cadre de sa formation universitaire, une chose est sûre : sa fréquentation des tribunaux est une bonne école pour l'intéressé ; mais elle pourrait également lui coûter cher quant à son possible avenir de juriste.

A la surprise générale (dont celle du principal intéressé), Georges-Pierre Tonnelier a été arrêté, menotté et amené par la police pour interrogatoire le 26 juin dernier, après la lecture de sa nouvelle condamnation, et ce à la demande du substitut du procureur du roi . Son arrestation fut mouvementée (voir ci-dessous notre encadré : «Vous allez lâcher mon gamin ! »).

La raison de celle-ci trouve son origine dans la destruction par Tonnelier d'un autre dossier judiciaire le concernant. Le 19 juin de cette année, selon des employés du greffe du Palais de Justice de Bruxelles, il s'est présenté chez eux pour consulter le dossier judiciaire le concernant dans un autre procès relatif, une fois encore, à de l'incitation à la haine raciale. «Il a demandé à pouvoir disposer d'une copie de ce dossier mais les employés du greffe lui ont expliqué qu'il fallait un délai de plusieurs jours. Le militant d'extrême droite aurait alors perdu son self-control, insulté ses interlocuteurs et déchiré le dossier», selon le correspondant bruxellois de l'agence Belga au Palais de Justice. Ces faits sont graves, surtout pour un étudiant en droit et éventuel futur juriste, voire avocat. Il semble donc évident que cet épisode devrait peser lourd dans l'avenir professionnel de Tonnelier.


Arrestation mouvementée de Tonnelier


« Vous allez lâcher mon gamin ! »



Extrait de l'article du site « 7sur7 » consacré à l'arrestation inédite du frontiste Georges-Pierre Tonnelier – Document : 7sur7.


Surprise ce jeudi 26 juin pour le public présent au verdict du procès de Tonnelier, pour ses parents et en particulier pour lui-même : à la fin de la lecture du jugement qui le condamnait à 18 mois de prison, l'arrestation immédiate du prévenu fut demandée par le substitut du procureur du roi. Deux policiers se dirigèrent vers lui pour lui mettre les menottes, mais Georges-Pierre Tonnelier tenta d'empêcher son interpellation. Il hurla «Au secours... Au secours!..» et repoussa violemment le bureau de l'huissier, tentant même de le renverser, selon la dépêche de l'agence de presse Belga à ce sujet.

Le responsable du Front national se laissa ensuite tomber par terre pour éviter d'être emmené par les forces de l'ordre.Ces dernières parvinrent finalement à lui mettre le grappin dessus manu militari, et à l'évacuer de la 61e chambre où s'était déroulé son procès. Pendant ce temps, d'autres policiers devaient repousser les parents du condamné «qui criaient également et tentaient de se battre », d'après Belga. Dans son compte-rendu de ce procès haut en couleur, le correspondant de l'agence de presse au Palais de justice notait à ce sujet :

«La mère du prévenu avait commencé à tordre le bras d'un policier en hurlant: ''Vous allez lâcher mon gamin !''. Le père du prévenu tentait d'empêcher les agents d'emmener son fils mais l'un de ceux-ci lui a indiqué sèchement qu'il allait le menotter également».

C'est pour finir Marc-Léon Levaux, l'avocat de leur fiston, qui réussira à les calmer en leur promettant qu'il allait probablement être laissé en liberté quelques heures plus tard.

Comme Georges-Pierre Tonnelier et son avocat (voir à son sujet notre encadré en fin d'article), Marie-Claire Suigne, la mère du premier, provient elle aussi des rangs de l'extrême droite. Aux élections législatives de 2003, elle figurait en cinquième position sur la liste déposée dans la Circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) par le Front national de Daniel Féret (*). Le Front national chez les Tonnelier ? Une affaire de famille...

A.V

(*) Source : les résultats électoraux des élections législatives de 2003 mis en ligne sur « Belgium.be », le portail officiel de l'Etat fédéral.


Expertise psychiatrique et exclu du FN ?
Selon des informations publiées dans le quotidien La Dernière Heure (DH), au sujet des suites de la condamnation de Tonnelier, «le parquet de Bruxelles, qui s'inquiète de sa santé mentale, (voulait) préalablement (à sa libération suite à son arrestation de ce 26 juin) le faire examiner par un expert psychiatre» (1). Depuis lors, aucune nouvelle information sur cette expertise bien particulière n'a été diffusée par la DH. Nous avons donc tenté de contacter directement ce dimanche 29 juin, sans succès, l'intéressé lui même pour avoir sa version des faits.

Pour sa part, soucieux de ne pas être associé aux délits de Georges-Pierre Tonnelier qui lui valent une nouvelle condamnation, son parti (et employeur), le Front national, s'est fendu d'un communiqué de presse affirmant notamment :

«Suite à l’arrestation de Monsieur Georges-Pierre Tonnelier, le Bureau Politique du Front National précise que l’intéressé n’occupe plus aucune fonction en son sein depuis février 2008. Monsieur Tonnelier terminait ses obligations contractuelles comme collaborateur parlementaire au moment de son arrestation. Le Bureau Politique du FN condamne son comportement sans la moindre ambiguïté. Une procédure d’exclusion à son encontre sera initiée lors du bureau Politique de ce lundi 30 juin».

Le FN aura donc rapidement fait le ménage, dans le but d’apparaître comme un parti respectable. N'empêche : la condamnation et l'arrestation de Georges-PierreTonnelier confirment que l'extrême droite est bel et bien délictueuse et que son éradication est plus que nécessaire. La nature endogène fasciste, raciste et antisémite des partis et mouvements d'extrême droite vient d'être confirmée une fois de plus avec la condamnation de Tonnelier. Et pourtant, celui-ci prétendait partout qu'il n'était ni fasciste ni raciste. Il revendiquait aussi le «droit à l'oubli» de son «passé» d'extrême droite. Une tentative désormais sérieusement compromise...

Alexandre Vick

(1) source : « Leader d'extrême droite arrêté», article de Gilbert Dupont, La Dernière Heure du 27 juin 2008, p. 13.

 

Portrait


Son avocat, un ancien secrétaire politique du FN
Georges-Pierre Tonnelier est un habitué des tribunaux. Il a déjà comparu de nombreuses fois devant la Justice de notre pays et devrait encore être cité dans d'autres dossiers judiciaires, comme plaignant ou comme prévenu. L'avocat qui a plaidé dans l'affaire qui vient de le voir condamner ce 26 juin pour racisme et calomnie est Marc-Léon Levaux.

Ce dernier vient du même milieu politique que Tonnelier. Dans les années 1990, il était actif au sein de l'extrême droite liégeoise, alors dominée par le parti AGIR, issu d'une dissidence du Parti des forces nouvelles (un groupuscule néonazi et négationniste). Comme Georges-Pierre Tonnelier, il va ensuite rejoindre le Front nouveau de Belgique (FNB), puis le Front national (FN) de Daniel Féret. Par la suite, Marc-Léon Levaux se rapprochera d'Hubert Defourny, un ancien gendarme, grand amateur d'armes, dirigeant de la tendance radicale-identitaire d'AGIR et «Fondateur» du mouvement REF. Marc-Léon Levaux est notamment l'auteur de REF : L'espoir wallon – Histoire du Mouvement (1995-1998), un petit livre amateur de propagande à la gloire de ce groupuscule qui tenta d'imiter Rex, le parti politique de sinistre mémoire de Léon Degrelle.

Au sujet du parcours politique de l'avocat de Tonnelier, la quatrième de couverture de son pamphlet partisan du mouvement REF mentionnait :

« Né en 1967 à Verviers, dont il est le plus jeune conseiller communal et conseiller du centre public d'aide sociale, Marc LEVAUX (en majuscule dans le texte d'origine), titulaire d'un diplôme de Droit de l'Université de Louvain, connaît bien la droite populaire pour avoir été l'un des premiers collaborateurs du député ''Front nouveau de Belgique'' Marguerite BASTIEN avant de devenir secrétaire politique du ''Front National'' belge du Dr. FERET. Très déçu des deux ''fronts nationaux'' de Belgique, il siège aujourd'hui comme indépendant ».

Concernant le mouvement REF, Marc-Léon Levaux mentionnait en conclusion de son livre confidentiel, avant de se référer directement à l'ancien général SS wallon Léon Degrelle :

«Aujourd'hui, les aspirations politico-idéologiques de REF désignent le mouvement comme l'alternative évidente aux deux ''FN'' belges perçus comme des imposteurs»

Ce petit livre de Marc-Léon Levaux est fortement teinté de «prosélytisme» (sic) en faveur du groupuscule néorexiste REF, aujourd'hui totalement disparu de la circulation malgré son espoir, et beaucoup de «complaisance pour son concepteur», l'ex-gendarme Hubert Defourny, également condamné pour racisme (*). C'est cet auteur que Georges-Pierre Tonnelier a choisi comme avocat. Par un nouvel effet du hasard ?

A.V


L'avocat de Georges-Pierre Tonnelier, Marc-Léon Levaux, ex-secrétaire politique du Front national de Daniel Féret, est l'auteur d'un pamphlet à la gloire de REF, un groupuscule nostalgique du rexisme et de son leader, l'ex-SS wallon Léon Degrelle – Document : RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite.

(*) «REF : L'espoir wallon – Histoire du Mouvement (1995-1998) », de Marc(-Léon) Levaux, éditions Reflex, Liège, 1998, petit livre de 47 pages, format A5.



© RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le dimanche 29 juin 2008 à 16 h 41.

Daniel Féret et Marguerite Bastien à l'époque du Front national unifié. Georges-Pierre Tonnelier fut l'un de leur collaborateur les plus proches – Document : extrait d'un tract du FN en 1995.

Plus d'infos?
Vous souhaitez avoir plus d'informations sur Georges-Pierre Tonnelier, responsable du Front national condamné pour racisme ?

Consultez notamment nos articles suivants :

Le point sur Georges-Pierre Tonnelier

Qui est Georges-Pierre Tonnelier ?

Nouveau procès pour racisme contre Tonnelier

 


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