RésistanceS.be 6-6-2012

Portrait du parti néonazi grec


Au cœur de l'Aube dorée


Les élections législatives anticipées du 6 mai dernier ont fait découvrir avec effroi l'existence d'un mouvement ouvertement néonazi. L'Aube dorée existe pourtant depuis plus de trois décennies. Les années ont passé, la situation économique, politique et sociale n'a cessé de se détériorer : c'est ainsi que ce «parti» en est venu à séduire 6,9 % de l'électorat hellénique.

Par RésistanceS

 



Le chef de l'Aube dorée entouré de ses troupes de choc, dont le salut ne laisse planer aucun doute © TVxs.gr


«Nous croyons en une nouvelle civilisation grecque sur la base de la grande tradition éternel de notre race». Telle est la profession de foi que l'on peut encore lire aujourd'hui, dans la notice de présentation que l'Aube dorée diffuse sur l'un de ses nombreux sites Internet : la survie de la «race grecque» y est présentée comme l'objectif premier de ce «mouvement nationaliste».

Pan-hellénique, ce parti d'extrême droite l'est résolument. Il appelle de ses voeux une «Grande Grèce, juste et forte» : un État nationaliste qui rassemblerait la totalité des «Grecs de sang», depuis l'Épire du Nord (au sud de l'Albanie) jusqu'à Chypre (dont une partie se trouve sous occupation turque), en englobant la Macédoine (celle de la République de Macédoine), la Thrace (péninsule balkanique partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie) et l'ensemble de la mer Egée (qui borde notamment les côtes turques). Géographique et racial : voilà comment se définit l'idéal étatiste de l'Aube dorée, d'où la nécessité d'expurger le pays de ses éléments étrangers. «Le plus grand problème national et social est la présence dans notre pays de millions d'immigrants illégaux», affirme ce mouvement, qui en tire la conclusion qu'il faut «lutter pour une Grèce qui appartient aux Grecs». La Grèce dont rêve l'Aube dorée serait donc débarrassée de tout immigré. Le parti organise d'ailleurs régulièrement des campagnes de propagande et des expéditions violentes contre des étrangers, qui prennent le plus souvent l'allure des pogroms d'autrefois.


Une tradition de dictature
Partant du principe que la «société est pourrie», l'Aube dorée estime que la Grèce doit cesser d'être aux mains des «politiciens rusés» et des «ploutocrates» pour passer sous celles des «Forces armées», épaulées par une élite politique dont la seule mission serait de garantir l'«intérêt national». La gouvernance qu'appelle ce parti est ouvertement autoritaire, fidèle en cela aux deux dictatures qu'a connues la Grèce : celle de Metaxas, entre 1936 et 1941, et celle des colonels, de 1967 à 1974.

Si c'est en mai dernier, à la faveur de sa percée électorale, que l'Aube dorée a acquis sa notoriété, le mouvement n'en est pas moins actif depuis plus de trente années. Longtemps marginale, cette organisation a fini, à force de militantisme, par devenir la plus puissante et la mieux structurée des formations néonazies du pays. Ses effectifs, qui tournaient autour de huit-cents personnes en 1996, atteindraient aujourd'hui cinq milles. L'Aube dorée dispose d'implantations dans la majorité des grandes villes de Grèce. Dans les quartiers populaires, ses militants proposent des actions sociales naturellement réservées aux «Grecs de souche». Ce sont ces «initiatives populaires», conjuguées à la crise économique, politique et sociale qui frappe le pays de plein fouet, qui ont permis à l'Aube dorée de remporter son actuel succès électoral.

Ce mouvement politique a pour origine le journal Chryssi Avghi (Aube dorée), que lance en décembre 1980 Nikólaos Michaloliákos, un activiste bien connu de l'extrême droite ultra nationaliste. Né dans la capitale en 1957, celui-ci rejoint dès ses 16 ans le Parti du 4 Août, une formation nationaliste de droite fondée en 1965 par des metaxistes. La dictature des colonels une fois tombée, Michaloliákos goûtera à la prison pour des actions menées en solidarité avec les Grecs de Chypre. C'est au sortir de sa dernière détention qu'il donnera naissance au journal Chryssi Avghi, d'où devait être créée, en 1981, la Ligue populaire (Laikos syndesmos), premier nom porté par l'Aube dorée.

 

 

 



Aperçu de la boutique militante de l'Aube dorée. A côté d'ouvrages hitlériens, de publications et de CD néonazis, on y remarque en particulier les Carnets de Turner en version grecque, un livre qui fait l'éloge du terrorisme racial...


Une croix gammée bien grecque
Dans sa propagande «politiquement correcte», ce mouvement se réclame d'une idéologie «nationaliste populaire et sociale». La réalité est tout autre : ses racines doctrinales plongent dans le nazisme, le fascisme et le néometaxisme, tandis que son emblème - par sa forme comme par ses couleurs - renvoie à la croix gammée (et ce même s'il s'inspire d'un signe antique). En couverture de son premier numéro, Chryssi Avghi arborait du reste une version stylisée, à la grecque, du sigle de l'Allemagne hitlérienne.

Les clins d'oeil au «national-socialisme» et au néonazisme n'ont depuis lors jamais cessé : culte rendu au «martyr» Rudolf Hess (le numéro deux du Troisième Reich), recyclage du vocabulaire politique de l'entre-deux-guerres, embrigadement des jeunes militants par la diffusion de CD de musique nazie-skin, mise en vente de livres nazis, contacts politiques noués avec des organisations néofascistes étrangères, adhésion à un paganisme germanique (celui-là même qui inspira les croyances philosophico-religieuses des SS), antisémitisme entretenu sans relâche (très répandu en Grèce, où une partie de l'Église orthodoxe continue de l'exploiter), étrangers pris systématiquement pour cibles, défense de la «race grecque»...


Michaloliákos tient sa revanche
Présente de façon régulière aux différents scrutins, le plus souvent au sein de cartels réunissant d'autres formations d'extrême droite, l'Aube dorée n'avait jamais obtenu de succès électoral avant les dernières législatives. Aux européennes de 1999, elle faisait liste commune avec Proti Grammi (Première ligne) et récoltait un ridicule 0,75 %. Cinq ans plus tard, toujours aux européennes, l'Aube dorée, cette fois derrière un nouveau cartel - la Patriotiki Symmachia (Alliance patriotique) - descendait encore plus bas : 0,17 %. L'Alliance patriotique, conduite par l'Aube dorée, retentait l'aventure en 2006, à l'occasion des municipales. A Athènes, sa liste franchissait de justesse la barre du 1 % mais ce scrutin allait sonner le glas de l'Alliance patriotique.

Aux législatives du 6 mai dernier, l'Aube dorée a finalement fait son entrée dans le paysage politique : 6,9 % des voix se sont portées sur son sigle et vingt-et-un députés ont été élus. Un succès sans précédent, rendu possible par une crise généralisée et par l'effondrement de la Laïkós Orthódoxos Synagermós (Laos), parti d'extrême droite qui participait, depuis novembre 2011, au gouvernement d'union nationale constitué sous la pression des autorités européennes. Voilà Nikólaos Michaloliákos enfin vengé des «politiciens pourris» auxquels il impute la ruine de son pays bien aimé.


Un petit dictateur
Figure charismatique, Nikólaos Michaloliákos exerce depuis plus de trente ans une autorité sans partage sur l'Aube dorée : un véritable petit dictateur. Son septième congrès, tenu à Athènes en Janvier 2011, l'a reconduit au poste de secrétaire général. En mai dernier, à la conférence de presse donnée dans la foulée de son «triomphe» aux législatives, Nikólaos Michaloliákos a laissé voir un tempérament pour le moins autoritaire : un de ses lieutenants, réputé caractériel, obligeait les journalistes présents à se lever en son honneur.

Aux yeux de l'Aube dorée, les médias - comme tous les autres rouages de la société - devront désormais avancer au «Stechschritt» (le pas de l'oie, en allemand).

RésistanceS
Rédaction de RésistanceS.be

PS : Un sondage réalisé en Grèce annonce une baisse de l'Aube dorée, de 6,9 % à 4,7 %, lors des nouvelles élections législatives convoquées pour le 17 juin prochain.



Nikólaos Michaloliákos, fondateur et dirigeant de l'Aube dorée, à l'occasion d'une conférence de presse récente de son mouvement.

 


Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.




© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 juin 2012.

 


Sommaire de ce dossier de RésistanceS.be

 

Sources :

  • Notre partenaire grec, la revue culturelle Eneke
  • Grèce : l'extrême droite participe à l'union nationale, article du quotidien Le Figaro du 11 novembre 2011
  • Dossier néonazisme, livre de Patrice Chairoff, éditions Ramsay, Paris, 1977.
  • L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, Anne-Marie Duranton-Crabol, éditions Complexe, Bruxelles, 1991.
  • Les extrémismes de l'Atlantique à l'Oural, rapport 1996 du Centre européen de recherche et d'action sur le racisme et l'antisémitisme (CERA), coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube, Paris, 1996.
  • Les extrémismes en Europe, rapport 1997 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge), Paris, Bruxelles, 1997.
  • Les extrémismes en Europe – Etat des lieux 1998, rapport 1998 du CERA, coordonné par Jean-Yves Camus, éditions de l'Aube (édition française) et Luc Pire (pour l'édition belge),  Paris, Bruxelles, 1998.
  • Europe politique.eu, site d'informations sur la situation politique en Europe réalisé par Laurent de Boissieu, journaliste politique. Consulté en mai 2012




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