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RésistanceS.be 4-7-2012 |
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Un média (aussi) au service de la haine Internet, racisme et extrême droite
Depuis l’ouverture d’Internet au grand public, au milieu des années 1990, l’extrême droite, ses partis, organisations et individus qui la composent, ont trouvé un nouveau média d’expression idéologique. Au programme le plus souvent : racisme, rejet de la démocratie, promotion de revendications autoritaires... Et parfois aussi infraction aux législations nationales et internationales. En 2001, le politologue Jérôme Jamin (Université de Liège) faisait déjà le tour de la question avec Manuel Abramowicz, le coordinateur de RésistanceS.be. Publié dans le journal des Territoires de la Mémoire, une asbl installée à Liège, cet entretien reste d’actualité. Le revoici suivi d’une réactualisation sur un état des lieux de la situation pour l'année 2012.
Avant et après l'ouverture au grand public d'Internet, l'extrême droite raciste utilise encore d'autres moyens de propagande. Comme le montre cette photographie d'un autocollant pour la «défense de la race blanche», prise à Paris, en janvier 2012 © Photo : Manuel Abramowicz
Janvier 2001 : Yahoo ! annonce que la vente d'objet de nature militaire, historique ou contemporain et de documents arborant des insignes ou symboles liés aux idéologies prônant la haine ou la violence sera interdite sur son portail de vente aux enchères. Jérôme Jamin : Manuel Abramowicz, concrètement, par rapport à la condamnation légale du racisme en général, que ce soit dans les propos ou dans les actes, quels sont les nouveaux enjeux posés par Internet sur cette question ? Manuel Abramowicz : Via Internet, tout comme via d'autres canaux de communication tout à fait marginaux (lettres, tracts, graffitis anonymes), la haine raciste peut maintenant s'exprimer en toute impunité. Pourquoi ? Parce que les lois nationales ont souvent d'énormes difficultés à s'adapter au contexte international dans lequel le Web se développe sans limites, sans réglementations et sans éthique. Nous sommes en face de deux adversaires à l'ossature complètement différente : les lois sont rigides et faites sur mesure, elles doivent donc être adaptées. Cela prend beaucoup de temps. En un mot : la démocratie est un exercice périlleux. Internet, par contre, c'est la rapidité, l'«imagination au pouvoir» en quelque sorte. Sans aucune restriction, souvent. Notre société de l'urgence est donc le milieu de développement idéal pour Internet. Tout le monde peut accéder à son système de base. Hier, n'importe quel raciste de bas étage devait dépenser une énergie gigantesque pour exprimer son mal de vivre (psychologique ou sociétaire). Il «produisait» dans son coin, dans l'ombre des grands journaux, ses tracts et autres pamphlets anonymes, photocopiés à la sauvette en un nombre d'exemplaires ridicule, avec une mise en page régulièrement illisible. Aujourd'hui, avec un budget relativement bas (en comparaison avec les sommes qu'il faut, par exemple, engloutir pour lancer un journal), quasi n'importe qui peut avoir accès au Net et y diffuser sa haine personnelle. Et en plus, se donner une importance disproportionnée puisque diffusé dans la minute même dans le monde entier. Avec Internet, en parallèle avec la mondialisation de l'économie néolibérale, nous assistons à la mondialisation d'un néoracisme. Ce dernier est virtuel sur la toile, mais reste psychique dans les têtes des concepteurs de ces sites racistes et d'une minorité, pour finir, de ceux qui s'y connectent. JJ : Que font les autorités belges pour lutter contre ce néoracisme virtuel ? Manuel Abramowicz : A l'heure actuelle, il était temps d'ailleurs, les actions illégales des racistes sur Internet, au même titre que celles des réseaux pédophiles, dans la plupart des États démocratiques, sont sans cesse combattues avec force et intelligence. En effet, diverses autorités judiciaires et des organismes internationaux ont enfin décidé d'agir, souvent de concert, pour mettre fin aux dérives sectaires et antidémocratiques que permettait Internet. Sans néanmoins se lancer dans une «chasse aux sorcières» contre-productive et censurer tous azimuts la liberté d'expression. Les propos xénophobes véhiculés par ce «nouvel» outil d'information doivent, de plus en plus, être anonymes. Les webmasters des sites racistes, antisémites, négationnistes et/ou néonazis ont, de plus en plus, recours à des subterfuges techniques pour brouiller les pistes qui pourraient conduire au cœur de leur PC ou de leur Mac - où sont directement conçus ces mêmes sites - les policiers et les magistrats spécialisés dans la cybercriminalité, ainsi que les hackers antiracistes qui se sont donné pour mission de saboter de façon techno-informatique les sites d'extrême droite. Seulement voilà, les rangs de l'extrême droite raciste ne sont pas toujours formés d'idiots. Leurs théoriciens sont de plus en plus habiles. Ils jouent avec les mots, trouvent de nouveaux termes et des expressions codées pour ne plus tomber sous le coup des lois antiracistes ou antinégationnistes. Sur les sites Internet tout comme dans leurs fanzines amateurs. Récemment encore, le secrétaire général de la rédaction du journal néofasciste français Rivarol donnait comme conseil pour résister aux pressions du pouvoir à des néonazis de chez nous, d'être plus malins que le système et tenter de le contourner. Il mentionnait : «Un bon dictionnaire des synonymes peut y pourvoir, un peu de sournoiserie n'est pas inutile et Dieu pourvoit au reste».
JJ : L'affaire Yahoo! a fait la une des journaux pendant plusieurs semaines. Quels étaient exactement les enjeux de ce procès ? Manuel Abramowicz : L'affaire dite Yahoo!, du nom de cette gigantesque société internationale américaine proposant divers produits commerciaux sur le Net, est intéressante à plus d'un titre. Premièrement, elle soulève la question de l'absence de limite territoriale inhérente à la toile mondiale. Une entreprise qui vend sur son site des objets nazis par correspondance, c'était le cas de Yahoo! jusqu'en novembre 2000, localisée dans un pays où ce genre de commerce est autorisé, peut-elle mondialiser cette pratique et entrer «électroniquement» parlant via les autoroutes de l'information sur le territoire d'États nationaux qui réprimandent la diffusion apologétique de la dictature nazie ? La réponse de la plupart des pays européens est «non». Deuxièmement, l'affaire contre Yahoo! est un cas de conscience, non pas des démocraties, mais des sociétés commerciales qui sont présentes sur Internet uniquement dans un but lucratif. Et comme l'argent n'a pas d'odeur, des sociétés vendent tout ce qui peut faire augmenter leur chiffre d'affaires. Dans les affaires, trop souvent, l'éthique est absente. C'est cela aussi la dure réalité de la «loi du marché». Heureusement que le droit est là pour jouer son rôle de gardien du respect de la démocratie. Troisièmement, en effet, l'affaire contre Yahoo! restera l'une des références des annales judiciaires internationales à propos de la lutte contre le racisme sur Internet. La condamnation de la «boîte» américaine Yahoo! par un tribunal français est une grande victoire de la démocratie sur le règne de l'argent et sur les apprentis dictateurs. Propos recueillis par Jérôme Jamin * Cette interview, réalisée par le politologue Jérôme Jamin, a été publiée une première fois, il y a onze ans, dans Aide-Mémoire, le magazine des Territoires de la Mémoire (Liège, n°17, avril-juin 2001). Elle fait suite à l’organisation par Manuel Abramowicz, le 2 mars 2001 à l’Université libre de Bruxelles (ULB), d’une table ronde du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (organisme public fédéral belge) sur le thème «Internet, racisme, négationnisme... Que faire ?». Cette table ronde avait réuni une dizaine d'experts de cette question. Source de l'interview :
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Peut-on vraiment tout dire sur Facebook ? (30/04/2013)
QUE FAIRE ? Comment agir contre le racisme sur Internet ? Alors, contactez le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (organisme public belge antidiscrimination)
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