RésistanceS.be 16-02-2013

REACTUALISATION


Gabbers, gabberskins et techno


Tu as le « look facho ». Telle une tribu, les mouvements de jeunesse d'extrême droite cultivent un style propre de reconnaissance. Les « crânes rasés » et autres gabberskins peuplent les manifs nationalistes. Explication sur une « sous-culture » présente chez des « jeunes blancs ».

 



Pour séduire des jeunes en rébellion, l'extrême droite adopte aussi un ton particulier comme le montrent ces couvertures de journaux – Doc. Archives RésistanceS.be


Le gabber (un mot néerlandais signifiant « amis », « pote » ou « frère ») est un « registre musical » électronique qui apparaît vers le milieu des années 1990 en Hollande.

Il appartient au courant techno, en particulier à sa variante « hardcore » (dont les sons sont plus agressifs, martiaux, scandés…). Comme pour d’autres cultures musicales, des caractéristiques « tribales » apparaissent : au niveau du look, du langage, des signes de ralliement, de l’adhésion au groupe, des lieux de sortie, de l’attitude adoptée à l’égard des autres courants musicaux…


« Sieg heil » en discothèque
Composés de jeunes adolescents encore en âge d’aller au lycée, les gabbers se développent d’abord essentiellement dans les pays du Benelux. En Belgique, des méga-discothèques (notamment dans le Hainaut occidental, en bordure de la frontière belgo-française), où la techno s’écoute en boucle, offriront des espaces réservés aux gabbers.

À l’instar de ce qui s’est produit dans les années 1980 chez les skinheads, une sous-catégorie apparaît également dans le mouvement gabber, toujours au Pays-Bas, au début des années 2000 : les gabberskins. Ouvertement d’extrême droite, ils portent les mêmes signes de reconnaissance que ceux des « crânes rasés » : vêtements de même marque, emblèmes nationalistes (croix celtique, par exemple) et chiffres codés nazis (18, 88…). Dans les boîtes de musique où ils se déchainent, les « sieg heil » sont une habitude.


Contre-culture anti-système
Selon un rapport de la Fondation Anne Frank, il existait aux Pays-Bas, entre 2001 et 2005, près de 125 groupes de jeunes racistes se revendiquant du gabber, responsables de plus de 200 incidents, souvent très violents. Dans une perspective d’infiltration pour en recruter ses éléments les plus radicaux, c’est dans le milieu des années 1990 que la musique techno, écoutée par les gabbers, avait déjà intéressé la fraction « NR » (nationaliste-révolutionnaire) de l’extrême droite française.

« La vague techno s’affirme, dans sa droite ligne, en rupture totale avec le système bourgeois (…). La contre-culture techno-rave est, tactiquement, d’autant plus intéressante qu’elle ne peut se réclamer d’une quelconque américanophilie vu le retard accumulé dans ce domaine par les sous-produits d’outre-Atlantique (…). Notre leitmotiv nous impose d’être présents (et majoritaires) au sein de tous les mouvements anti-système. La guérilla, c’est de montrer à l’ennemi que nous pouvons être partout, à chaque instant (…). À nous de gonfler et de faire gonfler la vague techno, et de ne pas la laisser détourner de ses principes fondateurs ou s’égarer sur les chemins post-soixante-huitards… », était-il écrit en août 1995 dans un article de L’Avant-garde combattante, un mensuel confidentiel parisien de tendance NR.

Pour le politologue Stéphane François (université de Strasbourg), spécialiste des « sous-cultures » d'extrême droite (musique, esotérisme...), le phénomène gabber s’est aussi récemment implanté en France où ses adeptes « sont souvent issus de milieux modestes. Ils proviennent de famille monoparentale, précarisée, alcoolique ou violente… » (*).


Nationalistes autonomes en black bloc
Ces bandes juvéniles représentent souvent les « petits blancs », terme désignant les nationaux de souche vivant dans les quartiers populaires de nos grandes villes, caractérisés par leur paupérisation et une forte présence de populations immigrées, contrairement aux réalités majoritaires des autres quartiers.

Politiquement, les gabberskins sont actifs dans des partis d’extrême droite, mais surtout désormais chez les « nationalistes autonomes », un courant relooké néonazi qui s’illustre par ses apparitions radicales en « black bloc » et ses slogans « anti-système » dans des manifestations d’extrême droite.

Manuel Abramowicz

(*) Interview de Stéphane François par le site Droite(s) extrême(s) d'Abel Mestre et Caroline Monnot, journalistes au quotidien le Monde, 27 janvier 2011 (www.droites-extremes.blog.lemonde.fr).

[Texte extrait de l'article « Les skinheads néonazis sont-ils de retour ? » de Manuel Abramowicz publié dans Aide-Mémoire, trimestriel de l'asbl les Territoires de la Mémoire, Liège, n°59, janvier-mars 2012].



La rédaction de RésistanceS.be

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© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 16 février 2013.

 

SOMMAIRE DE CE DOSSIER

 

La plupart des articles de ce dossier son extrait du chapitre « L'extrême droite se donne un label révolutionnaire pour séduire les jeunes » (p. 111 à 134) de Manuel Abramowicz publié dans le livre collectif L'école face au racisme : les jeunes au défi de l'ethnicité, sous la direction de Joël Kotek et Ahmed Medhoune, éditions Quorum, Gerpinnes, 1997. Son contenu reste d'actualité.

 


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