RésistanceS 28-05-2007

Encore un mouvement vers la dissidence


Un Mac dans l'ombre du FN


Dans le but de dynamiser la « droite identitaire » à Charleroi d'abord, dans le reste de la « francophonie » ensuite, un député régional du Front national vient de fonder une nouvelle structure : le Mouvement d'action civique (Mac). Encore un « organe » de plus dans la galaxie frontiste !

Si le FN reste à l'état de groupuscule, son initiateur annonce d'ores et déja que le Mac se transformera en parti politique pour les élections régionales de 2009. La réalité est toute autre : ce Mac rejoindra très vite la galerie folklorique qui anime la vie politique du FN. Le Mac n’est en effet que l'un des nouveaux symptômes de la maladie endogène qui ravage le Front national depuis sa création.

Affiche pour les élections communales d'octobre 2006 du fondateur du Mac... (document : RésistanceS).


Comme RésistanceS l'a souvent écrit, le Front national de Daniel Féret est un parti avançant sur une seule jambe. Le FN reste un groupuscule incapable de s'organiser en tant que véritable parti politique, malgré les moyens en sa possession (la dotation publique, c'est-à-dire une masse d'argent considérable) et les conditions sociétaires qui lui sont favorables (un électorat protestataire et réactionnaire en augmentation d'élection en élection). Pour contrecarrer cet état de fait, nombreux sont ceux, au « Front », qui veulent mettre hors d'état de nuire le président-fondateur de ce parti, Daniel Féret, considéré comme le principal frein au développement organisationnel du FN.

« Créer une dynamique militante »
Parmi les anti-Féret les plus acharnés, se trouvent Patrick Sessler (ex-secrétaire général du FN), Charles Pire (député régional liégeois) et Jean-Pierre Borbouse (député régional et conseiller communal de Charleroi). En avril dernier, avec d'autres adeptes du lepénisme (dont le président-fondateur de Belgique & Chrétienté, l'avocat Ghislain Dubois), Jean-Pierre Borbouse avait participé à la création du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen (). Un comité qui disparut immédiatement après le « Waterloo électoral » du président-candidat-à-vie du FN français à la présidentielle. Quelques jours plus tard, Jean-Pierre Borbouse annoncera la création du Mouvement d'action civique (Mac).

A l'occasion de cette fondation, Borbouse a notamment déclaré :

« Ce n’est pas parce que mon parti est malade que nous allons rester les bras ballants à nous morfondre. Je n’en ai d’ailleurs pas le droit vis-à-vis des électeurs du Front national qui m’ont élu au Parlement wallon pour les représenter. J’ai donc décidé de créer (ce) mouvement qui n’est ni un concurrent, ni bien sûr un adversaire du FN, bien au contraire, mais qui sera un moyen complémentaire, aujourd’hui même indispensable, au développement de notre action politique au Pays de Charleroi. »

Le but du Mac de Borbouse est de « créer une dynamique militante et un réseau de citoyens résolus à concevoir et à promouvoir une alternative viable pour Charleroi. Car c’est bien à Charleroi que nous allons poser les premiers jalons de notre action. Nous voulons faire de Charleroi un laboratoire politique pour une droite socialement engagée et résolument identitaire. Demain, si nous travaillons bien, et si notre action touche le cœur de nos concitoyens, notre exemple fera tache d’huile et, qui sait, serons-nous présents dans l’ensemble de la francophonie ».


Le Mac présent aux élections de 2009 ?
Le Mac n'a pour l'instant que l'ambition d’être un mouvement au sein de la « mouvance identitaire » du FN. Mais si ce parti reste ankylosé par ses maux actuels, alors « il appartiendra aux animateurs du Mac de prendre leurs responsabilités dans l’optique de l’échéance électorale régionale de 2009 ».

La création de ce Mouvement d'action civique n'est qu'un élément de plus dans la déconfiture généralisée de la « droite nationale » incarnée par le FN de Daniel Féret. Après la fondation de nombreuses structures dissidentes et concurrentes, le Mac rejoindra bien vite la longue liste des déçus du frontisme, souvent eux-mêmes caractérisés par leur incapacité politique et leur folklore désuet.

Alexandre VICK

© RésistanceS – Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 mai 2007.



 


La croix celtique et Jean Thiriart, emblème et principales dirigeants du Mouvement d'action civique (premier du nom).


Le Mac (premier du nom) :
Organisation de référence de l'extrême droite belge

Ce n'est pas un hasard, si le député régional Jean-Pierre Borbouse a choisi de dénommer son organisation « Mouvement d'action civique » (Mac). Ce nom est bien connu de l'Histoire de l'extrême droite belge. En effet, il fut déjà utilisé jadis.

En septembre 1960, issu du Comité d'action et de défense des Belges d'Afrique (CADBA), le Mouvement d'action civique (en abrégés : Mac) va voir le jour. Il adopte pour emblème la croix celtique et se singularise par un anticolonialisme extrémiste. Dans cette optique, il apporte un appui logistique à l'Organisation armée secrète (OAS). L'OAS est un réseau clandestin d'extrême droite, constitué de militaires et de civiles, spécialisé dans les actions terroristes afin d'empêcher l'indépendance de l'Algérie française. La Belgique deviendra l'une des bases arrières de l'OAS.

Le Mac belge est lui aussi réputé pour ses nombreuses et violentes actions commandos contre ses adversaires. Pour les élections législatives de 1961, il va tenter, sans succès, de réunir les diverses formations d'extrême droite et d'ultradroite de l'époque (Parti national, Parti indépendant, Parti social-indépendant, Rassemblement national...) au sein d'un cartel électoral. Après des conflits internes, déjà symptomatiques de l'extrême droite francophone de jadis, le Mac disparaît en septembre 1962.

Il donne directement naissance à Jeune Europe, une nouvelle organisation qui marquera les années 1960 et sera singularisée par son charismatique dirigeant, Jean Thiriart, ancien des Amis du Grand Reich allemand (Agra, un cercle collaborationniste durant l'occupation nazie), du CADBA, du Mac et futur théoricien du « communautarisme », un nationalisme européen préconisant une alliance avec le Tiers-monde contre les Etats-Unis et le « Sionisme international ». L'ancien « économiste » du Mac, Henri Moreau, rejoindra pour sa part bien plus tard le Front national de Daniel Féret, après sa création en 1985.

[M.AZ].