Encore un mouvement vers la dissidence
Un Mac dans l'ombre du FN
Dans le but de dynamiser la « droite identitaire »
à Charleroi d'abord, dans le reste de la « francophonie
» ensuite, un député régional du Front
national vient de fonder une nouvelle structure : le Mouvement d'action
civique (Mac). Encore un « organe » de plus dans la galaxie
frontiste !
Si le FN reste à l'état
de groupuscule, son initiateur annonce d'ores et déja que le
Mac se transformera en parti politique pour les élections régionales
de 2009. La réalité est toute autre : ce Mac rejoindra
très vite la galerie folklorique qui anime la vie politique
du FN. Le Mac n’est en effet que l'un des nouveaux symptômes
de la maladie endogène qui ravage le Front national depuis
sa création.
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Affiche
pour les élections communales d'octobre 2006 du fondateur
du Mac... (document : RésistanceS). |
Comme RésistanceS l'a souvent écrit, le Front national
de Daniel Féret est un parti avançant sur une seule
jambe. Le FN reste un groupuscule incapable de s'organiser en tant
que véritable parti politique, malgré les moyens en
sa possession (la dotation publique, c'est-à-dire une masse
d'argent considérable) et les conditions sociétaires
qui lui sont favorables (un électorat protestataire et réactionnaire
en augmentation d'élection en élection). Pour contrecarrer
cet état de fait, nombreux sont ceux, au « Front »,
qui veulent mettre hors d'état de nuire le président-fondateur
de ce parti, Daniel Féret, considéré comme le
principal frein au développement organisationnel du FN.
« Créer une dynamique
militante »
Parmi les anti-Féret les plus acharnés, se trouvent
Patrick Sessler (ex-secrétaire général du FN),
Charles Pire (député régional liégeois)
et Jean-Pierre Borbouse (député régional et conseiller
communal de Charleroi). En avril dernier, avec d'autres adeptes du
lepénisme (dont le président-fondateur de Belgique &
Chrétienté, l'avocat Ghislain Dubois), Jean-Pierre Borbouse
avait participé à la création du Comité
belge de soutien à Jean-Marie Le Pen ( ).
Un comité qui disparut immédiatement après le
« Waterloo électoral » du président-candidat-à-vie
du FN français à la présidentielle. Quelques
jours plus tard, Jean-Pierre Borbouse annoncera la création
du Mouvement d'action civique (Mac).
A l'occasion de cette fondation, Borbouse
a notamment déclaré :
« Ce n’est pas parce
que mon parti est malade que nous allons rester les bras ballants
à nous morfondre. Je n’en ai d’ailleurs pas le
droit vis-à-vis des électeurs du Front national qui
m’ont élu au Parlement wallon pour les représenter.
J’ai donc décidé de créer (ce) mouvement
qui n’est ni un concurrent, ni bien sûr un adversaire
du FN, bien au contraire, mais qui sera un moyen complémentaire,
aujourd’hui même indispensable, au développement
de notre action politique au Pays de Charleroi. »
Le but du Mac de Borbouse est de «
créer une dynamique militante et un réseau de citoyens
résolus à concevoir et à promouvoir une alternative
viable pour Charleroi. Car c’est bien à Charleroi que
nous allons poser les premiers jalons de notre action. Nous voulons
faire de Charleroi un laboratoire politique pour une droite socialement
engagée et résolument identitaire. Demain, si nous travaillons
bien, et si notre action touche le cœur de nos concitoyens, notre
exemple fera tache d’huile et, qui sait, serons-nous présents
dans l’ensemble de la francophonie ».
Le Mac présent aux élections de 2009 ?
Le Mac n'a pour l'instant que l'ambition d’être
un mouvement au sein de la « mouvance identitaire » du
FN. Mais si ce parti reste ankylosé par ses maux actuels, alors
« il appartiendra aux animateurs du Mac de prendre leurs
responsabilités dans l’optique de l’échéance
électorale régionale de 2009 ».
La création de ce Mouvement d'action civique
n'est qu'un élément de plus dans la déconfiture
généralisée de la « droite nationale »
incarnée par le FN de Daniel Féret. Après la
fondation de nombreuses structures dissidentes et concurrentes, le
Mac rejoindra bien vite la longue liste des déçus du
frontisme, souvent eux-mêmes caractérisés par
leur incapacité politique et leur folklore désuet.
Alexandre VICK
© RésistanceS –
Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 mai
2007.
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La croix celtique et Jean Thiriart,
emblème et principales dirigeants du Mouvement d'action civique
(premier du nom).
Le Mac (premier du nom) :
Organisation de référence de l'extrême droite
belge
Ce n'est pas un hasard,
si le député régional Jean-Pierre Borbouse a
choisi de dénommer son organisation « Mouvement d'action
civique » (Mac). Ce nom est bien connu de l'Histoire de l'extrême
droite belge. En effet, il fut déjà utilisé jadis.
En septembre 1960, issu
du Comité d'action et de défense des Belges d'Afrique
(CADBA), le Mouvement d'action civique (en abrégés :
Mac) va voir le jour. Il adopte pour emblème la croix celtique
et se singularise par un anticolonialisme extrémiste. Dans
cette optique, il apporte un appui logistique à l'Organisation
armée secrète (OAS). L'OAS est un réseau clandestin
d'extrême droite, constitué de militaires et de civiles,
spécialisé dans les actions terroristes afin d'empêcher
l'indépendance de l'Algérie française. La Belgique
deviendra l'une des bases arrières de l'OAS.
Le Mac belge est lui
aussi réputé pour ses nombreuses et violentes actions
commandos contre ses adversaires. Pour les élections législatives
de 1961, il va tenter, sans succès, de réunir les diverses
formations d'extrême droite et d'ultradroite de l'époque
(Parti national, Parti indépendant, Parti social-indépendant,
Rassemblement national...) au sein d'un cartel électoral. Après
des conflits internes, déjà symptomatiques de l'extrême
droite francophone de jadis, le Mac disparaît en septembre 1962.
Il donne directement
naissance à Jeune Europe, une nouvelle organisation qui marquera
les années 1960 et sera singularisée par son charismatique
dirigeant, Jean Thiriart, ancien des Amis du Grand Reich allemand
(Agra, un cercle collaborationniste durant l'occupation nazie), du
CADBA, du Mac et futur théoricien du « communautarisme
», un nationalisme européen préconisant une alliance
avec le Tiers-monde contre les Etats-Unis et le « Sionisme international
». L'ancien « économiste » du Mac, Henri
Moreau, rejoindra pour sa part bien plus tard le Front national de
Daniel Féret, après sa création en 1985.
[M.AZ].
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