Réquisitoire du Ministère
public : dissolution du Front National, deux ans fermes pour
son président, Daniel Féret, et un an avec sursis
ou des travaux d’intérêt général
pour Georges-Pierre Tonnelier
L’asbl
Front National, son président Daniel Féret, et
l’ancien collaborateur parlementaire de ce dernier, Georges-Pierre
Tonnelier, sont poursuivis en justice pour incitation à
la haine raciale. Ceci fait suite à de nombreuses plaintes
portant sur des tracts, des dessins et le programme du parti.
Toute une série de documents, relus aujourd’hui
par le Ministère public, et qui tendent à assimiler
les immigrés à des voleurs, à des délinquants,
à des criminels, ou encore à des terroristes.
L’asbl Front National, son président Daniel Féret,
et l’ancien collaborateur parlementaire de ce dernier,
Georges-Pierre Tonnelier, sont poursuivis en justice pour incitation
à la haine raciale. Ceci fait suite à de nombreuses
plaintes portant sur des tracts, des dessins et le programme
du parti. Toute une série de documents, relus aujourd’hui
par le Ministère public, et qui tendent à assimiler
les immigrés à des voleurs, à des délinquants,
à des criminels, ou encore à des terroristes.
Rappelons que le fond de ce dossier judiciaire n’avait
pas été évoqué au tribunal correctionnel
(première instance). Ce degré avait été
gaspillé du fait que les prévenus et le Ministère
public avaient interjeté appel. Pour le Front National,
il s’agissait d’un procès politique. Un appel
« prématuré » dira l’arrêt.
Et pour le parquet, dans le but de ne pas devoir rouvrir des
débats annexes. Le Ministère public avait eu gain
de cause en novembre 2003 et l’affaire fut fixée
ultérieurement en vue de traiter la compétence
et le fond. Cette décision fut confirmée par un
arrêt de la cour de Cassation en mars 2004.
La Cour a été trompée par la défense.
Les prévenus sont complices
Nous allions donc enfin avoir un débat contradictoire
ce mercredi. Mais les prévenus du FN sont parvenus, une
nouvelle fois, à user de subterfuges visant à
éluder la question sur le fond et de manière à
reporter les débats. D’abord, le président
à vie du Front National n’était pas présent.
Ensuite, son ancien assistant parlementaire aurait subitement
perdu l’assistance de son avocat.
Le président, Daniel Féret, était représenté
par ses avocats, maître Michel Delacroix, par ailleurs
sénateur FN, et maître Landenne. Cette dernière
était de plus coachée par maître Bart Siffers,
qui participa naguère à la défense du Vlaams
Blok.
Pour la défense de Féret, le député-président
jouirait d’une nouvelle immunité parlementaire
depuis sa récente élection, le 13 juin dernier,
au Conseil de la Région de Bruxelles-Capitale (son immunité
avait déjà été levée au Parlement
fédéral). A relire les articles 58, 59 et 120
de la Constitution belge, on réalise que la défense
a voulu duper la Cour. En effet, une immunité n’est
pas accordée à la suite d’une élection,
mais lorsque les députés sont en session parlementaire.
Ce qui n’est pas le cas pour Daniel Féret à
Bruxelles.
Mais qu’en sera-t-il en septembre, lorsque les débats
se poursuivront ? Le parquet devra-t-il opérer une nouvelle
levée d’immunité auprès du Parlement
régional bruxellois, ou la levée d’immunité
du Parlement fédéral suffit-elle, dès lors
qu’elle s’applique à la même personne,
et aux mêmes faits délictueux reprochés
? Nous penchons vers cette deuxième hypothèse.
Georges-Pierre Tonnelier est pour sa part venu dire à
la Cour que les infractions spécifiques pour lesquelles
il est poursuivi ne pouvaient pas faire l’objet de débats,
aujourd’hui. En cause : il serait en brouille avec le
FN et avec son président, Daniel Féret. Ainsi,
il ressort de cette mise en scène que l’avocat
commun à ces trois parties ne pourrait plus assurer la
défense de Tonnelier. Celui-ci aurait entre-temps été
consulter un nouvel avocat, mais qui aurait refusé de
l’assister pour des raisons déontologiques.
Le hic dans cette mise en scène, c’est que l’avocat
commun à Tonnelier, Féret et à l’asbl
Front National, c’est Michel Delacroix, le sénateur
FN. Or, Georges-Pierre Tonnelier signe ses courriers en précisant
qu’il est collaborateur du groupe Front National au Sénat.
Mieux, sur le site Internet personnel de l’avocat (géré
par Tonnelier), nous retrouvons une photographie de Delacroix
en compagnie de Tonnelier avec la légende suivante :
« En campagne à Mons, se rendant à une
réunion avec son collaborateur Georges-Pierre Tonnelier
».
Tonnelier serait donc l’assistant d’un avocat qui
ne veut plus le défendre ? Il y a moins de deux semaines
encore, Tonnelier envoyait un courrier électronique faisant
la promotion de la candidature de son Sénateur-ex-avocat
pour les élections du 13 juin.
Last but not least, concernant la défense FN, maître
Landenne sortit un nouvel argument dilatoire obligeant les parties
à débattre de cet unique point la semaine prochaine,
mais dont l’arrêt ne sera rendu qu’au mois
d’août. (L’argument tient le raisonnement
selon lequel les parties civiles ne peuvent pas siéger
en appel, le Ministère public ayant interjeté
appel sans eux, l’année dernière.)
Un réquisitoire éclairant
Heureusement, le Ministère public a pu requérir.
Non sans mal. Car, outre la mise en scène et l’argument
dilatoire soulevés ci-dessus, la défense a porté
plainte, sur le champ, car selon elle, l’avocat général
ne peut requérir contre Féret, sous peine d'une
condamnation pénale, étant donné qu’il
a une nouvelle immunité parlementaire, disent-ils.
Courageux devant cette menace brandie, l’avocat général
a requis:
Deux ans de prison ferme pour Féret, qui est un récidiviste.
Il a en effet déjà été condamné
en 1986 pour faux et usage de faux, lequel a servi d’alibi
pour un soi-disant malade poursuivi pour vol à main armée.
En outre, il reconnaît la paternité des tracts
haineux.
Un an avec sursis, éventuellement conditionné
de travaux d’intérêt général,
pour Georges-Pierre Tonnelier. Lui aussi reconnaît les
tracts pour lesquels il est mis en cause. Il avait pour sa part
déjà bénéficié d’une
suspension de prononcé à la suite de menaces écrites
qui commençaient par « sale bougnoule
», et qui étaient signées par « Tonton
Adolf, Jean-Marie et Benito ».
La palme du réquisitoire vise sans conteste la structure
même de l’asbl Front National. L’avocat général
dit en substance : « L’asbl FN est un instrument
criminogène qui use et abuse de la liberté d’expression
pour inciter à la haine et à l’exclusion
de l’autre ». Il poursuit en nous éclairant
: « On ne peut accepter les insultes, des coups de
plume et des coups de langue, qui sont parfois plus tranchants
que des coups de couteau ». L’avocat général
requiert la dissolution de l’asbl Front National.
Les débats sur l’immunité de Daniel Féret
et sur les questions de fond reprendront en septembre.
David LEFÉBURE

A
l'initiative d'étudiants en
sciences politiques de l'Ulg, rapidement
suivis par le Front Antifasciste (FAF
Liège), les Téritoires
de la Mémoires et bien d'autres
associations, une manifestation se
déroulera ce lundi 28 juin
2004 à 14h, à la Place
Saint Lambert de Liège.
Le collectif étudiant, fort
motivé, démarre un véritable
chantier au départ de cette
manifestation. Il entend constituer
des groupes qui traiteront, dès
octobre, de la démocratie avec
des élèves du secondaires.
Plus d'infos: contacter
RésistanceS,
nous relayerons.
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Au
Vlaams Blok, il n’y a pas que la démocratie que
l’on s’emploie à casser. Dans les rangs du
parti d’extrême droite flamand, on est coutumier
des actes de violence et autres délits. Un comble pour
le parti qui a fait de la sécurité son cheval
de bataille… Illustration par quelques récents
faits d’armes blokkers.
On se souvient peut-être qu’il y
a quelques semaines, Wim Felix, conseiller
communal Vlaams Blok tuait une personne et en blessait trois
dans une bagarre de bistrot (voir notre article Un
conseiller communal Vlaams Blok abat une personne et en blesse
trois ! ). Il ne s’agit pas là d’un cas
isolé..
Il y a quelques semaines également, mais à Anvers
cette fois, Rob Verreycken, conseiller communal
(et élu député régional, le 13 juin
dernier), se querelle en rue avec sa femme, en présence
de leurs trois enfants. Bilan : un nez cassé, des écorchures
et deux yeux au beurre noir pour l’épouse, qui
a déposé plainte à la police. Verreycken,
sixième sur la liste anversoise du Blok, dirige le service
juridique du parti. Coup de sang ? Peut-être… Mais
en fait de coups, Verreycken, n’en est pas à son
premier : en 1997 déjà, il agressait un photographe,
lequel devait être transporté aux urgences. Et
en 1999, pour une question de loyer impayé, il tabassait
l’une de ses locataires, après avoir pénétré
dans son appartement par escalade. Verreycken s’est également
rendu coupable, dans sa jeunesse, de tentative de fraude au
CPAS d’Anvers.
Toujours à la même période, Marc
Nullen, conseiller communal dans le Limbourg, est arrêté
pour trafic de drogues dures. Ce patron de café était
à la tête d’un trafic d’ecstasy. Outre
l’ecstasy, du speed, de la cocaïne, de l’héroïne,
du cannabis et des armes à feu, ainsi qu’une importante
somme d’argent, ont été saisis, mentionnait
la presse dans les jours suivants.
Du côté des « simples » militants,
même zèle : fin mai, un colleur d’affiches
blokker est identifié par un militant Ecolo comme étant
l’auteur de tags sur des affiches des Verts. Sans doute
furieux d’être démasqué, le militant
blokker se venge sur la voiture du militant Ecolo en dégonflant
ses pneus et en la recouvrant de peinture blanche.
La campagne électorale semblant décidément
stimuler le dynamisme politique des militants, le 13 juin dernier,
c’étaient trois militants du Vlaams Blok qui, à
l’issue de la fête de leur parti à Anvers,
étaient interpellés : deux d’entre eux pour
coups et blessures, le troisième pour provocation. Leurs
victimes : une femme et un enfant. Les trois individus étaient
sous l’influence de la boisson.
Des militants qui se veulent visiblement les dignes successeurs
des fondateurs du Blok, issus du VMO ou du Voorpost, groupes
paramilitaires nostalgiques de la dictature nazie qui affectionnaient
déjà ce genre de méthodes musclées.
Nadia GEERTS
On se souvient
qu’en mai dernier, le Vlaams Blok s’illustrait une
nouvelle fois par ce qui ressemblait fort à un coup de
pub pré-électoral, en annonçant la création
d’une ligne téléphonique de dénonciation
des étrangers en situation illégale. La ligne
téléphonique avait d’ailleurs été
fermée quelques jours plus tard. La section des jeunes
du parti d’extrême droite flamand, le Vlaams Blok
Jongeren (VBJ), récidive aujourd’hui avec l’ouverture
d’une nouvelle ligne téléphonique, destinée
cette fois à la dénonciation des… enseignants
!
À l’heure où
l’on parle de plus en plus, et à juste titre, de
la nécessité d’instaurer dans les écoles
des cours d’éducation civique, le Vlaams Blok prenant
au bond une balle qui ne lui était vraiment pas destinée,
appelle quant à lui à la dénonciation des
enseignants qui auraient l’outrecuidance de le présenter
à leurs élèves « sous un jour négatif
».
Et voilà ainsi la notion de neutralité de l’enseignement
exploitée jusqu’à son aporie par un parti
qui a bien compris que c’était dès l’école
qu’il fallait enseigner aux jeunes à décortiquer
le discours extrémiste. Et qui est bien déterminé
à se faire passer comme un parti « comme les autres
». Car nul ne contestera sans doute qu’il serait
inadmissible qu’un enseignant, quel qu’il soit,
s’affiche ouvertement dans ses classes comme partisan
de tel ou tel parti, comme détracteur de telle ou telle
tendance politique démocratique. Mais faut-il prendre
ce devoir de réserve comme une interdiction faite aux
enseignants de tenir le moindre discours politique ? De mettre
en garde leurs élèves contre les dangers du fascisme
? De les sensibiliser à la complexité de la pensée
politique ? De tenter de leur transmettre le goût de la
démocratie et le rejet du populisme ou du totalitarisme
?
But véritable du Blok : nier ses racines néonazies
On voit bien qu’alors, ce qui me semble être la
principale raison d’être de l’enseignement,
à savoir la formation de citoyens responsables, s’évanouirait,
pour laisser place à ces écoles vides de sens
où l’on se bornerait à la transmission froide
de savoirs dénués de sens, et d’où,
sans doute, tout discours historique ou éthique serait
banni ou expurgé au nom de la sacro-sainte neutralité.
Que serait une école sans valeurs ? Et que seraient ces
valeurs si elles devaient un jour interdire aux enseignants
d’attirer l’attention de leurs élèves
sur les origines historiques jamais démenties ni jamais
désavouées du principal parti d’extrême
droite de notre pays ? Origines historiques dont, on le sait,
il reste aujourd’hui de nombreuses traces. Les Philip
Dewinter, Gerolf Annemans, Roeland Raes, Wim Verreycken, Karen
Dillen ou Johan Demol sont aujourd’hui des cadres haut
placés du parti, et leurs accointances avec des des groupes
paramilitaires néonazis et/ou négationnistes sont
avérées. Faut-il taire cela au nom de la neutralité
de l’enseignement ?
Nadia GEERTS
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