ATT00486.jpg (9790 bytes)Même en complet-veston, le Vlaams Blok est dangereux
«Wat het Vlaams Blok verzwijgt», Marc Spruyt, Editions Van Halewyck, Louvain, 337 pages.

S'il faut en croire les partis démocratiques flamands, c'est juré, on ne
rompra pas le cordon sanitaire autour du Vlaams Blok après les élections
communales. Même si ce dernier parti met tout en oeuvre se racheter une
bonne conduite démocratique...Ce serait une très grave erreur de penser
qu'il s'est défait de sa mauvaise graisse extrémiste pour devenir un
très correct parti conservateur. Marc Spruyt qui fait ce constat en
forme d'avertissement sait ce dont il parle. Il y a cinq ans, ce
politologue avait remué la Flandre en publiant une étude sur ce que
deviendrait le nord du pays si le parti extrémiste y venait au pouvoir.

C'est que pas davantage à l'époque qu'aujourd'hui, la majorité des
électeurs du Blok ne connaît son programme politique au-delà des slogans
simplistes contre les étrangers, contre les francophones et contre les
impôts...

Un lustre a passé et le Vlaams Blok se dit prêt à participer à la
gestion de la Flandre. Sans doute, ses leaders n'attendent-ils pas une
nouvelle progression importante aux élections communales, étant moins
implantés localement mais pour Marc Spruyt il ne s'agit pas de baisser
la vigilance car au cours de ces cinq ans, le parti extrémiste flamand a
effectué une étonnante courbe rentrante qui pourrait le rendre
sympathique à une frange de l'opinion qui vote encore pour les partis
traditionnels. C'est ce qui a amené le chercheur à poursuivre ses
investigations et à en faire un nouvel ouvrage («Ce que le Vlaams Blok
tait») qui mériterait d'être traduit, notamment pour les Bruxellois
francophones qui seraient prêts à répondre à l'appel des sirènes de
Johan Demol.

Le diagnostic est clair: les Blokkers cherchent à tout prix à être
acceptés comme des joueurs normaux et respectueux des règlements sur le
terrain politique. Ce changement d'attitude n'est pas neuf: en fait,
Marc Spruyt le situe déjà en 1996 lorsque le Blok a organisé un congrès
sur la... démocratie où il fit même l'éloge du parlementarisme. Il a
aussi sérieusement amendé ses propositions en matière d'immigration et
de demandeurs d'asile. Cependant, ce changement de look ne se traduisit
pas par une évolution des esprits puisque le parti extrémiste flamand
continua à exploiter ce fonds de commerce, même si quelques «têtes
brûlées» le quittèrent à ce moment.

N'empêche, la presse nordsite que l'on avait connue plus vigilante tomba
dans le piège de cette pseudo-normalisation puisque d'aucuns
n'analysèrent plus le Blok qu'en termes de rapports de force entre
«bons» et «mauvais», entre «plus flamands» et «plus racistes» sans
oublier les conservateurs catholiques qui ne sont pas loin de considérer
le cardinal Danneels comme un dangereux gauchiste. Et pourtant,
l'implosion annoncée ne se produisit pas. Pire, selon Spruyt, cela
rendit le parti même plus respectable. Et donna lieu à des dérapages
verbaux de la part d'élus classiques comme le CVP Johan Weyts.

Le politologue met dès lors en garde ceux qui partagent ces schémas
d'analyse: non seulement, le Blok n'a pas renoncé à ses idées
extrémistes mais il n'a même pas rompu avec des groupes comme le
Voorpost et le Were Di qui font toujours le coup de poing contre tout ce
qui est peu ou prou démocratique ou «belge». Un exemple récent: lors des
«Joyeuses Entrées» flamandes de Philippe et Mathilde, les Blokkers
n'étaient jamais au premier rang des contestataires, laissant ce rôle
aux troupes de choc.

En même temps, le Blok joue pleinement la carte parlementaire, assurant
à la droite extrême, une représentation inespérée alors que le régime
parlementaire a toujours aussi mauvaise presse auprès de ses militants!

Il est vrai que cette participation lui permet aussi de bénéficier du
financement des partis et d'accéder aux tribunes de la radio et de la
télévision publiques. Sans parler d'une représentation dans nombre
d'institutions en vertu de la représentation proportionnelle.

Le Blok peut-il percer à Bruxelles? Marc Spruyt ne le pense pas,
comptant sur le bon sens des francophones mais fait quand même remarquer
que son électorat flamand y est deux fois plus fort qu'en Flandre...

C. L.

Le Soir du jeudi 7 septembre 2000
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2000