Dans l'Histoire politique belge
Violence mortelle flamingante
Il y a plus de trente ans, un militant du Front démocratique des francophones (FDF), Jacques Georgin, trouvait la mort après une agression commise par un commando ultra-violent composé de membres de la Volksunie (VU, l'ancêtre de l'actuel N-VA de Bart De Wever) et du Vlaamse militanten orde (VMO), un groupe de choc d'extrême droite. Plusieurs militants nationalistes flamands impliqués dans cette action tragique ont ensuite poursuivi leur combat politique à la VU, au Taal-Aktie-Komitee (TAK) et au Vlaams Blok/Belang. Voici un texte de feu Hugo Gijsels, journaliste flamand d'investigation et membre-fondateur de RésistanceS.be, sur ce fait dramatique de l'histoire politique belge.

Dans les années 1970, le mouvement national-flamand se caractérise par le Vlaamse militanten orde (VMO), ses défilés para-militaires et ses violences. Le TAK est directement issu du VMO – Photo Archives Hugo Gijsels / RésistanceS.be
Le 12 septembre 1970, neuf militants et responsables de la Volksunie (VU), le plus important et le principal parti nationaliste flamand de l'époque, également membres pour la plupart du Vlaamse militanten orde (VMO), un groupe d'extrême droite fondé dans les années 1950 comme service d'ordre de la VU ), furent impliqués dans l'attaque, à Laeken (Bruxelles), d'une équipe de colleurs d'affiches du Front démocratique des francophones (FDF), formation politique fondé en 1965 pour défendre les intérêts des habitants francophones de Bruxelles et ceux de sa périphérie (aujourd'hui le FDF s'est rebaptisé en Fédéralistes démocrates francophones et est l'une des quatre structures-fondatrices du Mouvement réformateur, le MR ).
«De la part du VMO»
Au cours de cette attaque ultra violente, trois militants du FDF furent blessés tandis que le quatrième, Jacques Georgin, mourut avant qu'on ait pu le conduire à l'hôpital. D'après le sénateur FDF Emile Guillaume, témoin de cette attaque (qui, par ailleurs, pense qu'au départ, cette attaque était une tentative visant sa personne, étant donné qu'il ressemble très fort à Jacques Georgin, mais que les membres du VMO se sont trompés de cible), les militants du FDF étaient en train de coller des affiches avenue Houba de Strooper, près de l'Atomium de Bruxelles.
Vers une heure du matin, deux voitures s'arrêtèrent à hauteur de Jacques Georgin, l'isolant ainsi immédiatement du reste du groupe et le rouant de coups. Alors qu'il était déjà étendu sur le sol, ses agresseurs le tabassèrent avec des pieds de table. En guise d'adieu, ils crièrent «De la part du VMO». Georgin parvint à se traîner jusqu'au café le plus proche, demanda un verre d'eau et succomba peu après d'un infarctus.
La nuit même, les neuf personnes composant le commando VU-VMO furent arrêtées. Suite aux manœuvres des avocats du Vlaamse militanten orde pour ralentir l'enquête, demandant notamment que l'on fasse des recherches sur les «causes réelles» de la mort de Georgin, il fallut attendre le mois de mars 1978 pour que la Cour d'Appel de Bruxelles puisse reprendre enfin l'affaire en main (après un premier procès en 1971 devant le tribunal correctionnel de première instance). Les neufs militants et dirigeants nationalistes flamands furent condamnés pour meurtre sans préméditation à des peines d'emprisonnement allant de trois mois à un an avec sursis et à une amende de deux millions de francs belges de l'époque, à verser en guise de dommages et intérêts à la veuve et aux enfants de Jacques Georgin.

Stèle en hommage de Jacques Georgin, militant du FDF, située avenue Huart Hamoir, dans la commune bruxelloise de Schaerbeek © Fond photos FDF.
De la Volksunie au Vlaams Blok
En prison, un des inculpés dans cette dramatique affaire, Roger Van Ransbeeck, avec son avocat Piet de Pauw (membre de la VU et ancien militant du VMO), planifia la création d'une nouvelle organisation militante. Elle apparaîtra en 1971-1972 sous le nom de Taal-Aktie-Komitee (TAK, ). Pour sa part, le Vlaamse militante orde se mit en «hibernation» pour quelques temps, afin d'éviter une dissolution.
L'un des autres membres du commando flamingant, Roeland van Walleghem, était lui aussi membre du VMO (de sa section bruxelloise), depuis 1966. Deux ans plus tard, il fut propulsé au comité de direction de la section de Laeken de la Volksunie et, à partir de 1972 (soit très peu de temps après la mort tragique du militant FDF), il siégea au comité directeur de ce parti nationaliste pour l'arrondissement bruxellois.
Après le départ au milieu des années 1970 du courant d'extrême droite de la VU, Roeland van Walleghem rejoindra le Vlaams Blok. En 1991, il fut élu sénateur pour son compte.
Hugo GIJSELS
in Le Vlaams Blok, éditions Luc Pire, 1994, p. 226 – Revu, adapté et réactualisé par Manuel Abramowicz, en juillet 2011. Hugo Gijsels fut membre du comité de fondation de la revue RésistanceS.be .
Note de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source, en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite.
© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be – info@resistances.be – Article mis en ligne le 6 juillet 2011.
|

Au sommaire de ce dossier de RésistanceS.be :
Tic TAK, boum !
Violence mortelle flamingante à la base du TAK
Du TAK au Vlaams Blok/Belang

Le TAK revendique l'amnistie des collaborateurs pronazis.
Lire le dossier de RésistanceS.be sur ce thème
CLIQUEZ ICI
A lire également sur le nationalisme flamand d'extrême droite :
Le Vlaams Belang, stop ou encore ?
Au cœur de l'idéologie national-solidariste
Dans l'histoire du VMO, bras militariste du mouvement national-flamand
Le NSV, portrait d'un cercle d'étudiants flamands d'extrême droite
Le parti des casseurs frappe, encore et encore…

Dossier sur Were Di, le groupe nationaliste pour une «Flandre blanche» à la base du corpus idéologique du TAK et du Vlaams Blok/Belang
CLIQUEZ ICI
Note
de la rédaction
Nous acceptons volontiers que nos informations soient
reproduites. Nous souhaitons cependant que vous en citiez la source,
en indiquant clairement qu'elles proviennent de ResistanceS.be, l'Observatoire
belge de l'extrême droite. Pour la reprise de nos informations
sur des sites Internet, veuillez faire un hyperlien vers notre site
: www.resistances.be

Campagne « Extrême
droite : ils se trompent de colère ! »
Depuis
le mois d'août 2008, RésistanceS.be, le web-journal de
l'Observatoire de l'extrême droite, anime une campagne d'information
pédagogique en direction des électeurs et des militants
d'extrême droite !
Pour plus d'information
et la soutenir CLIQUEZ
ICI
Comité
de soutien de l'asbl RésistanceS

Pour
bénéficier de nos services :
que faire ?
Soutenez vous aussi RésistanceS.be !
Média gratuit proposé par l'Observatoire belge de l'extrême
droite, RésistanceS se réalise uniquement grâce
à l'apport financier de son équipe et de certains lecteurs
qui lui font des dons.
Vous lisez gratuitement les articles de RésistanceS.be !
Soutenez financièrement ce service exceptionnel en versant
un don sur son compte bancaire :
n° 310-1618732-82
IBAN : BE25 3101 6187 3282
Avec en communication : « Don 2011 »
... et abonnez-vous gratuitement à sa Newsletter !
Vous souhaitez recevoir des informations sur l'Observatoire de l'extrême
droite, le journal RésistanceS.be et les réactualisations
de son site Internet :
=> Abonnez-vous (c'est en plus gratuit, mais cela
n'empêche pas de faire un don : revoir ci-dessus) à sa
Newsletter : CLIQUEZ ICI

Affiche de la campagne d'information 2009 de RésistanceS.be,
le web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite ©
asbl RésistanceS.be 2011
|