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Les ennemis de l’Europe
démocratique s’organisent
L’extrême
droite en fraction au Parlement européen
Le 8 janvier dernier, des formations d’extrême
droite présentes au Parlement européen ont adressé
une lettre au président de celui-ci pour annoncer la formation
d’un groupe politique. Son nom ? ITS, c’est-à-dire
« Identité, Tradition, Souveraineté ». Tout
un programme… et de nombreux avantages. Portrait d’un
groupe anti-européen en général et de ses membres
roumains et bulgares en particulier.

Sud de la France,
en 2001, Jean-Marie Le Pen en affiche. Aujourd'hui, il tente - à
nouveau - de fédérer l'extrême droite de l'Europe
de l'Ouest et de l'Est © Photo Manuel Abramowicz - RésistanceS.
Composition de ce groupe ? Sept Français,
parmi lesquels Bruno Gollnisch, Jean-Marie et Marine le Pen ; trois
Belges (se présentant comme Flamands), Frank Vanhecke, Koenraad
Dillen et Philip Claeys ; cinq Roumains ; deux Italiens ; un Britannique
; un Bulgare et un Autrichien.
Si Frank Vanhecke, président du
Vlaams Blok/Belang, définit ce groupe comme « une collaboration
essentiellement technique » - destinée, en somme, à
obtenir un financement et un droit de parole plus importants -, les
principes constitutifs de l’ITS n’en sont pas moins éclairants.
Ainsi, parmi eux : « engagement en faveur des valeurs chrétiennes,
de l’héritage, de la culture, des traditions de la civilisation
européenne », « engagement en faveur de la famille
traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société
» et « opposition à une Europe unitaire, bureaucratique
et à un super Etat européen ».
C’est grâce à l’entrée
des Roumains et des Bulgares dans l’Union européenne
qu’un groupe parlementaire a finalement pu être constitué
au Parlement. Une entrée contre laquelle le membre britannique
d’ITS, Ashley Mote, se prononçait pourtant encore dans
une interview, le 12 novembre dernier (1). Qui sont ces députés
à droite de la droite venus de Roumanie et de Bulgarie ?
Extrémistes roumains et
bulgares : antisémitisme, cléricalisme, populisme, xénophobie…
Le Parti de la Grande
Roumanie (PRM) existe depuis 1991. Le PRM est dirigé par Corneliu
Vadim Tudor. Dans ses discours, Tudor stigmatise l’Occident
et le capitalisme et s’affirme violemment xénophobe,
contre « l'Occident capitaliste juif qui veut voler la Roumanie
et l'a contaminée par des mœurs dissolues et le sida »(2).
A l’occasion du scrutin présidentiel de 2004, Corneliu
Vadim Tudor avait déclaré vouloir « rendre le
pouvoir au peuple roumain ». Selon lui, son élection
à la présidence de la République faisait «
partie du plan de Dieu pour le peuple roumain ». Le PRM a finalement
obtenu 13 % des voix, ce qui le plaçait en troisième
position.

Depuis quelques années, le dirigeant du
PRM travaille à expurger ses discours de tout relent antisémite.
Après avoir longtemps considéré le maréchal
Ion Antonescu (3) comme un « héros national »,
il a ainsi fini par reconnaître sa responsabilité dans
la mort de 400.000 Juifs dans les camps de la mort, durant la seconde
guerre mondiale.
Le composante roumaine du groupe ITS se compose
de cinq députés: Petre Popeanga (trésorier),
Eugen Mihaescu (vice-président), Daniela Buruiana, Viorica
Moisuc et Cristian Stanescu.
Côté Bulgare, l’Ataka
a été créé en 2005. Il a remporté
8,7% des suffrages aux élections législatives du 25
juin 2005. Les contraintes imposées par l’Union européenne
ayant obligé les partis bulgares à expurger leur discours
de ses relents populistes et xénophobes, le leader de l’Ataka,
Volen Siderov, n’a eu qu’à exploiter un créneau
désormais libre (4). Considéré comme fasciste,
ce parti prône la « préférence nationale
» et est ouvertement raciste et antisémite.

Extrait de « L’appel de l’Ataka
», signé Siderov : « Faisons entrer dans le pouvoir
des patriotes intègres qui pensent à la Bulgarie. C’est
la seule garantie que l’on ne nous pillera pas à nouveau.
Sinon, nous deviendrons demain un territoire peuplé de serviteurs
des étrangers » (5). Et l’appel conclut sur ces
mots : « Purge ! Révision ! Châtiment ! Prenons
ce qui est à nous ! Rendons la Bulgarie aux Bulgares ! ».
Au niveau philosophique, l’Ataka
n’est certes pas un partisan de la séparation de l’Eglise
et de L’Etat : « Restitution immédiate des biens
de l’Eglise. Confirmation par la loi de l’Orthodoxie comme
religion officielle de la Bulgarie. Introduction du catéchisme
à l’école primaire. Harmonisation avec l’avis
du Saint-Synode de toutes les décisions concernant les grands
problèmes de société, les projets de loi. Elaboration
d’un statut de l’Eglise orthodoxe bulgare comme institution,
établie financièrement et structurellement et qui prend
une place déterminante au sein de la société
bulgare et définit le système de valeurs pour l’avenir
de la Bulgarie(6).
Lifting de façade
En Belgique, un groupuscule néofasciste
proche des intégristes nationaux-catholiques de Belgique &
Chrétienté affirmait officiellement soutenir Ataka.
A cela rien d’étonnant, même si la ligne idéologique
du groupe européen ITS semble s’arc-bouter sur des identités
pas toujours cohérentes les unes avec les autres.
Ainsi, RésistanceS dénonçait
il y a peu les incohérences de la nouvelle compagne présidentielle
de Jean-Marie Le Pen, laquelle s’emploie notamment à
faire du Front national français un défenseur de la
laïcité… (7). L’alliance entre Le Pen (père
et fille) et Gollnisch d’une part, et les cléricaux d’Ataka
de l’autre, autour de la défense des valeurs chrétiennes,
est un signe de plus de ce qu’il ne s’agit de rien d’autre
que d’un lifting de façade.
L’un des représentants d’Ataka,
Dimitar Stoyanov, seul membre bulgare du bureau de l’ITS et
beau-fils de Volen Siderov, s’est distingué en 2006 pour
s’être opposé à la nomination de la députée
hongroise d’origine rom Livia Jaroka comme meilleure parlementaire
2006, titre décerné par un magazine du parlement. Stoyanov,
membre du parti ultra-nationaliste Ataka, a justifié son opposition
par ces mots : « Dans mon pays il y a des dizaines de milliers
de filles tziganes plus belles que cette honorable-là (...).
Les meilleures d'entre elles sont chères - jusqu'à 5.000
euros pièce, Wow! ». Le parlement bulgare a condamné
les propos de Stoyanov, jugés xénophobes et misogynes.
Quant au président du Parlement européen, Josep Borrel,
il a demandé à Stoyanov de « retirer publiquement
les remarques offensantes et provocantes » qu'il avait faites
sur Livia Jaroka.
Nadia GEERTS
© RésistanceS – L'Observatoire
de l'extrême droite - Bruxelles – Belgique – www.resistances.be
/ info@resistances.be – 15 janvier 2007
(1) 
(2) source :
(3) premier ministre et dictateur roumain entre 1940 et 1944, allié
à Hitler. Il fut exécuté en prison en 1946 après
avoir été traduit devant un « tribunal du peuple
» de la Roumanie devenue communiste.
(4) source :
(5) source :
(6) idem
(7)
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