RésistanceS.be 28-05-2010

 

Une étude de RésistanceS.be

Évolution électorale et rapport de force des partis d'extrême droite en Belgique (depuis 1989)

 

Pour illustrer la déroute actuelle des formations politiques d'extrême droite dans notre pays, RésistanceS.be propose des tableaux comparatifs et détaillés de leurs résultats électoraux respectifs depuis plusieurs années et du nombre de leurs candidats alignés aux élections.

Par Manuel Abramowicz

 



Panneau électoral dans une commune bruxelloise pour le scrutin de juin prochain. Au centre,  l'affiche de Wallonie d'Abord.
L'extrême droite est au niveau de la militance politique beaucoup plus faible que la gauche radicale, dont la majorité des organisations se sont rassemblées dans le Front des gauches (affiche de gauche) © Manuel Abramowicz / RésistanceS.be

Résultats des partis d'extrême droite de Belgique aux élections régionales et législatives de 1999 à 2009

Notre tableau n°1 (ci-dessous) montre que les deux importants partis d'extrême droite, le Vlaams Belang (VB) et le Front national (FN), ont vu leurs résultats électoraux diminuer. Et ce de façon beaucoup plus considérable pour le FN que pour le VB. Si ce dernier se maintient globalement, ce n'est pas le cas des frontistes, qui disparaîtront en 2009 des Parlements régionaux bruxellois et wallon. La chute au niveau électoral du FN est donc importante. Après avoir connu son score le plus haut en Région wallonne (8,12 %), aux Régionales de 2004, le parti d'extrême droite francophone s'effondrera en 2009 (3,51 %).

Ce même tableau observe encore que toutes les dissidences ou concurrences du Vlaams Belang et du Front national sont vouées à ne récolter que des échecs électoraux. A l'exception du front wallon AGIR (une dissidence du Parti des forces nouvelles, formation néofasciste des années 1980) aux élections provinciales de 1991 et de 1994, du Front nouveau de Belgique aux élections régionales bruxelloises de 1999, de Force Nationale aux provinciales de 2006 (voir notre tableau n°2) et aujourd'hui du mouvement Wallonie d'Abord (voir tableau n°1).

TABLEAU N°1

Résultats des partis d'extrême droite de Belgique aux élections régionales et législatives de 1999 à 2009

 

Vlaams Blok / Belang (VB)

Nieuwe Partij (NP) Fervent Nationaal (FN)
Vrijheid (1)

Front national (FN)

Front nouveau de Belgique (FNB)

Bloc WL, Bloc national, FNationale Wallonie d'Abord (2)

Nation

Législatives
1999 - Chambre

24.66 % (Anv.)
8,67 % (BHV)

Pas présent

5,41 % (Hain.)
1,64 % (BHV)

1,2 %  (Hain.)
0,86 % (BHV)

Pas encore fondé

Pas encore fondé

Législatives
1999 - Sénat

15,04%
(Col. Nl)

Pas présent

4,01 % (Col.fr)

1,00 % (Col.fr)

Pas encore fondé

Régionales
1999

15,50%
(RF)

Pas présent

4 % (Rég.wall)
2,63 %  (RBC)

0,79 % (RW)
1,30 %  (RBC)

0,09 %  (Hain.)
0,16 % (RBC)

Pas encore fondé

Législatives
2003 - Chambre

24,09 % (Anv.)
10,3 % (BHV)
18,1 %  (RF)

Pas présent

5,60 % (RW)
11,84 % (canton de Charleroi)
2,25 % (BHV)

0, 50 % (Hain.)
0,20% (BHV)

Pas de liste

0,13 % (BHV)
0,43 % (Hain.)

Législatives
2003 - Sénat

18,21 % (Col. Nl)

Pas de liste

5,95 % (Col.fr)

Pas de liste

Pas de liste

Pas de liste

Régionales
2004

24,15 %
(RF)

0,22 % (Anv.)
0,75 % (Br.fla).

8,12 %(RW)
 5,42 % (RBC)

0,54% (RW)
0,68% (RBC)

0,26 % (Liège, uniquement)

Pas de liste

Législatives
2007  - Chambre

24,07 % (Anv.)
9,53 % (BHV)
19,1%
(RF)

0,14 % (Anvers)
0,02 % (BHV)

5,6 % (RW)
1,93 % (BHV)

0,32% (Hain.)
0,29% (Liège)
0,16% (BHV)

0,26 % (Liège)
0,39 % (Hain.)

Cartel avec le FNB (sous ce nom)

Législatives
2007 - Sénat

19,22% (Col. Nl)

Pas de liste

5,95 % (Col.fr)

Pas de liste

0,59% (Col.fr)

Pas de liste

Régionales
2009

15,28 % (RF)

0,39 % (Anvers)
0,29 % (Br.fla).

3,51 % (RW)
2,05 % (RBC)
(3)

Fusionné dans le FN «rénové»

0,96 % (RW)
0,91 % (Liège)
1,05 % (Hain.)
1,53% (Namur)

0,12 % (BHV, uniquement)

© Tableau : RésistanceS.be - mai 2010 – Sources : chiffres SPF Intérieur et Vrije Universiteit Brussel (VUB)


Initiales du tableau :

Anv. :
Anvers (circonscription électorale)
BHV : Bruxelles-Halle-Vilvoorde
Br. Fla. : Brabant flamand
Col. Fr. : collège francophone (Wallonie + Bruxelles)
Col. Nl. :
collège néerlandophone (Flandre + Bruxelles)

Hain. :
Hainaut

RBC :
Région de Bruxelles-capitale
RF : Région flamande
RW :
Région wallonne

Notes du tableau n°1 :
1.      
La liste  «Vrijheid» déposée aux Régionales de 2009 (et à nouveau aux Législatives de 2010) est proposée par le Nieuwe partij-Fervent nationaal (NP-FN), un minuscule parti d'extrême droite flamand et belgicain, lié au Front national belge («canal historique»).

2.      
Aux élections régionales de 2009, le mouvement Wallonie d'Abord (WdA) est apparu dans le paysage électoral. Présent alors pour la première fois à un scrutin, il y a obtenu des résultats globalement positifs, dont 1,53 % dans la circonscription de Namur. WdA est issu directement de Force nationale (FNationale), fondée en 2005 par des dissidents du Front national, passés aussi en 1999 par le Bloc WL et en 2004 par le Bloc national.

3.      
Aux élections régionales de 2009, deux «clans frontistes» se revendiquent du Front national. Des listes «Front national» (FN) sont déposées en Wallonie et dans la Région de Bruxelles-capitale par les «réformateurs» (conduits par le député régional bruxellois Patrick Sessler, le député régional wallon Daniel Huygens et le sénateur Michel Delacroix). Le second clan frontiste, conduit par le député fédéral Patrick Cocriamont, les députés régionaux wallons Charles Petitjean et Charles Pire, se présente en Wallonie sous l'étiquette du «FN Plus» et dans la Région de Bruxelles sous celle des Forces nouvelles belges (FNB). Dans le tableau n°1, le score du Front national pour ces élections régionales reprend l'addition des résultats obtenus par le Front national (FN), le FN Plus et les FNB. Issus du FN unitaire (qui implosa en 2007), ces deux clans frontistes se sont réunifiés à l'occasion des élections législatives anticipées du 13 juin 2010.


Évolution de la représentation politique de l'extrême droite francophone de 1989 à 2009

Notre tableau n°2 (ci-dessous) passe en revue la représentativité parlementaire - et dans les conseils provinciaux - de l'extrême droite francophone, depuis les élections régionales bruxelloises de 1989 qui virent élire les deux premiers parlementaires du Front national.
Ce tableau montre l'augmentation évolutive des élus frontistes dans le parlement fédéral (un député en 1991, deux en 1995, et deux sénateurs en 2003) et dans les parlements régionaux wallons et bruxellois (deux députés bruxellois en 1989, six bruxellois et deux wallons en 1995, quatre bruxellois et quatre wallons en 2004), mais aussi le déclin  électoral qui coûta au FN sa disparition des hémicycles wallon et bruxellois (aux élections régionales de 2009).
De 1989 à 1995, puis de 2003 à 2007, le tableau n°2 rappelle que le Front national a connu deux périodes importantes dans son histoire de succès électoraux. Ces derniers lui permirent de collectionner plusieurs mandats politiques. Succès et mandats qui auraient dû pousser le FN à se structurer sous la forme d'un véritable parti politique. Ce qui lui aurait peut-être évité ses «Waterloo électoraux» de 1999, de 2000 (aux élections communales, non mentionnées dans le tableau ci-dessous) et de 2009.

Comme on peut le constater, la domination de la représentativité politique de l'extrême droite francophone revient au Front national. Le FN a eu des élus à tous les niveaux électifs : conseil provincial, parlement régional, parlement européen, Chambre des députés (Parlement fédéral) et Sénat. Sa présence, dès 2003, dans les deux hémicycles parlementaires fédéraux lui auront permis de recevoir une dotation financière publique. En 2007, avec la réélection d'un député et d'un sénateur, le parti d'extrême droite continuera de recevoir un financement public (qui sera cependant «gelé» suite à sa division en deux clans antagonistes).

Quant aux dissidences et aux concurrences du FN, le tableau n°2 démontre leur insuccès électoral. Seul le front wallon AGIR fera élire des conseillers provinciaux (un en 1991 et trois en 1994), le Front nouveau de Belgique (FNB) gagnera aux régionales bruxelloises de 1999 un député et le FNationale deux conseillers provinciaux en 2006. Pour les autres «petites listes» d'extrême droite, les gifles électorales furent systématiquement au rendez-vous.

 

TABLEAU N°2

Évolution de la représentation politique de l'extrême droite francophone de 1989 à 2009

 

Total élus d'extrême droite

Scores FN

Elus FN

Scores
Autres (FR).

Elus
Autres (FR)

Régionales 1989 (1)

2 députés régionaux

3,28%
(RBC)

2

PFN :
0,96 %

0

Législatives 1991
Chambre

1 député fédéral

4,20%
(Bxl)

1

AGIR :
1,93 % (Lg.)

0

Provinciales 1991

3 conseillers provinciaux

1,07 % (Hain.)
2 % ( Namur)

2

AGIR :
1,02 % (Lg)

1 AGIR

Européennes 1994
Collège francophone

1 député européen

7,87%

1

AGIR :
1,92 %

0

Provinciales 1994

13 conseillers provinciaux

7,11 % (Hain), 5,53 % (BW)
5,32 % (Nam.)
  2,9 % (Lg).

10 :
4 (Hain.)
3 (BW)
2 (Nam)
1 (Lg).

AGIR :
4,74 % (Lg)

3 AGIR

Législatives 1995
Chambre

2 députés fédéraux

4,73 % (BHV)
7,83 % (Hainaut)

2

AR :
0,12 % (BHV)
AGIR :
2,21 % (Lg)
0,37 % (Hain.)

0

Régionales 1995

8 députés régionaux

7,46 % (RBC)
5,11 % (RW)

8 :
6 (RBC)
2 (RW).

AR :
0,1 % (RBC)
AGIR :
2,36 % (Lg)
0,41 % (Hain.)

0

Législatives 1999
Chambre

1 député fédéral

5,41 % (Hain.)

1

FNB : 1,2 %. FN-FW : 0,12 %.
FNBP : 0,1 %. PSD : 0,04 %... (en RW)
 (dans le Hain.)

0

Régionales 1999

4 députés régionaux

3,6 % (RBC)
3,95 % (RW)

3 :
2 (RBC)
1 (RW)

FNB :
1,5 %  (RBC)
FNB :
0,79 %.
FN-FW : 0,03 %.
FNBP : 0,03 %. REF : 0,01 %... (en RW)

1 FNB

Européennes 1999
Collège francophone

0

4,10%

0

FNB : 1,07 %

0

Provinciales 2000

1 conseiller provincial

2,58 % (Hain.)

1 (Hain.)

AGIR :
0,35 % (Lg).

0

Législatives  2003 Chambre

1 député fédéral

7,20 % (Hain.)

1 (Hain.)

FNB et Nation : 0,5 % et 0,4% (Han.)

0

Législatives 2003 Sénat
Collège francophone

2 sénateur

5,95%

1 + 1 coopté

Pas de listes

0

Régionales
2004

8 députés régionaux

5,42 % (RBC)
8,12 % (RW)
11 % (Hain.)

8 :
4 (RBC)
4 (RW)

FNB : 
0,69 % (RBC)
0,54 % (RW). BN :
0,26 % (Lg)

0

Européennes 2004
Collège francophone

0

7,45%

0

FNB : 1,1 %

0

Provinciales 2006

6 conseillers provinciaux

5,27 % (Hain.)
2,4 % (BW)
1,72 % (Lg)

2 (Hain.)
1 (BW)
1 (Lg)

FNationale :
1,5 % (Hain.)
  2,03 % (BW). FNB :
0,29 % (Hain.)

2 FNationale

Législatives  2007 Chambre

1 député fédéral

7,87 % (Hain.)

1 (Hain.)

FNationale et FNB :
0,39 %
0,32 % (Hain.)

0

Législatives 2007 Sénat
Collège francophone

1 sénateur

5,95 %

1

FNationale  : 0,59%

0

Régionales
2009 (2)

0

2,05 % (RBC) 3,51 % (RW)
4,94 % (Hain.)

0

WdA :
0,96% (RW), 1,05 % (Hain.)

0

© Tableau : RésistanceS.be - mai 2010 – Sources : chiffres SPF Intérieur et Vrije Universiteit Brussel (VUB)



Initiales et abréviations utilisées dans ce tableau :
AR :
Alliance radicale (scission du FN, soutenue par le Vlaams Blok)
BHV :
Bruxelles-Halle-Vilvoorde (circonscription électorale)
BN :
Bloc national (scission du FN, participera à la création de FNationale en 2004)
BW :
Brabant wallon (Province, circonscription électorale)
BXL :
Bruxelles (arrondissement électoral)
FN :
Front national
FNationale :
Force nationale (scission du FN, donnera naissance en 2009 au mouvement Wallonie d'Abord )
FNB : Front nouveau de Belgique (dissidence du FN, 1995-2008)
FNB-P :
Front de la Nation belge-parti (autre dissidence frontiste)
FN-FW :
Front national-Fédération wallonne (scission du FN)
Hain. :
Hainaut (Province, circonscription électorale)
Lg. :
Liège (Province, circonscription électorale)
PFN :
Parti des forces nouvelles (parti néofasciste actif de 1974 à 1991, fusionné dans le FN ensuite)
PSD : Parti social-démocrate (scission du FN)
RBC :
Région de Bruxelles-capitale
REF : mouvement Référendum (scission du front wallon AGIR, se rapprochera en 1996 du FNB)

RW :
Région wallonne
WdA :
Wallonie d'Abord (mouvement issu en 2009 de FNationale)

Notes :

1.       En 1989, les élections régionales n'ont lieu que dans la Région de Bruxelles-capitale (RBC).
2.      
Revoir la note n° 3 du tableau n°1.

Nombre de candidats effectifs de l'extrême droite francophone aux élections législatives de 2003, 2007 et 2010

Le tableau suivant (n°3) souligne que le FN, en plus de son monopole électoral sur l'ensemble de l'extrême droite, réunit autour de son sigle plus de candidats que ses concurrents ou dissidents. Toutefois, pour les élections législatives de juin 2010, l'un des deux FN en présence (le cartel électoral mis sur pied par les parlementaires sortants, le sénateur Michel Delacroix et le député Patrick Cocriamont) a dû faire appel au Front démocratique belge (FDB), au mouvement Nation et à la Fédération des nationalistes wallons (FNW) pour pouvoir constituer ses listes électorales de candidats. Le nombre de candidats du cartel frontiste (48 candidats) en 2010 est bien inférieur à celui que présenta le FN aux législatives de 2003 (71 candidats) et de 2007 (89 candidats). Pour sa part, le FN «canal historique» (présidé par le conseiller communal Salvatore Nicotra), présent uniquement aux législatives de juin 2010 dans la circonscription du Hainaut, n'a pu trouver que six candidats effectifs. Et ce bien que ce FN revendique plus de 300 affiliés.

 

TABLEAU N°3

Nombre de candidats effectifs de l'extrême droite francophone aux élections législatives de 2003, 2007 et 2010

 

Législatives 2003

Législatives 2007

Législatives 2010

Front national

71 candidats
(présent partout)

89 candidats
(présent partout)

54 candidats, dont
48 pour le «Front national» (liste n°7, présent que dans 3 circonscriptions) et 6 pour la liste «FN+ » (uniquement dans le Hainaut).

Front nouveau de Belgique

29 candidats
(présent dans
3 circonscriptions sur 6)

41 candidats
(présent dans
5 circonscriptions sur 6)

N'existe plus

Nation

27 candidats
(présent dans
2 circonscriptions sur 6)

En cartel avec le FNB

En cartel avec la liste n°7 «Front national» (Cocriamont, Delacroix...)

FNationale
Wallonie d'Abord

N'existait pas encore

31 candidats
(présent dans
4 circonscriptions sur 6)

45 candidats
(présent partout)

TOTAL

127 candidats

161 candidats

99 candidats

© Tableau RésistanceS.be – mai 2010

 

Ces chiffres, qui témoignent de la nette diminution du nombre de candidats d'extrême droite aux élections, sont de nouvelles preuves du reflux militant considérable que l'on observe dans l'ensemble des formations politiques d'extrême droite. Ce reflux s'explique par l'incapacité du Front national de se structurer sous la forme d'un véritable parti, une donnée expliquant également le reflux électoral de celui-ci aux dernières élections régionales (juin 2009).

Manuel Abramowicz

 

© RésistanceS.be – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite – Article mis en ligne le 28 mai 2010.