Sombre
avenir pour le VB et le FN : analyse et enjeux
L’extrême droite survivra-t-elle
après le 13 juin ?

Affiches et tracts électoraux des différentes
listes d'extrême droite qui seront présentes sur les
bulletins de vote aux prochaines élections (à l'exception
de l'affiche de la liste Vrijheid qui date des élections régionales
de 2009) © Doc. RésistanceS.be – Photos : AFF (aff.skynetblogs.be)
et Tractothèque (tractotheque.blogspot.com).
Les élections législatives anticipées, qui auront
lieu le 13 juin prochain, seront décisives pour l’avenir
immédiat des partis qui incarnent en Belgique l’extrême
droite. Menacé par le dynamisme préélectoral
de la N-VA, le Vlaams Belang pourrait y perdre 50 % de son électorat.
Et la majorité de ses élus actuels.
Malgré le soutien de quatre autres
groupuscules, deux clans ennemis du Front national – réunis
aujourd’hui pour des raisons opportunistes - ne seront présents
que dans trois circonscriptions électorales et furent incapables
de déposer une liste pour le Sénat. Ils n’ont
donc aucune chance, après le rendez-vous électoral du
mois de juin, de récupérer une dotation financière
et le sigle «FN». Qui reviendrait alors dans l’escarcelle
du FN «canal historique».
La bérézina frontiste devra
profiter à Wallonie d’Abord, un mouvement issu d’une
dissidence frontiste, présent partout aux élections,
et sans doute aussi au Parti populaire. L’Après-13 juin
annonce la fin de la nocivité du Vlaams Belang dans le paysage
politique et peut-être même sa marginalisation totale.
L'exclusion du Parlement fédéral de l'extrême
droite francophone, étiquetée «Front national»,
est à l'ordre du jour, ainsi que sa disparition de la scène
politique.
Analyse de RésistanceS.be
de la situation préélectorale des extrêmes droites
de Belgique.
Le dimanche 13 juin prochain, à l'occasion des élections
législatives anticipées, les électeurs belges
souhaitant voter à l'extrême droite auront le choix.
En effet, différentes listes appartenant à cette catégorie
du paysage politique seront présentes et parfois même
en concurrence, comme ce sera le cas dans une circonscription électorale
flamande, dans celle de Bruxelles-Hal-Vilvoorde (BHV) et dans deux
circonscriptions en Région wallonne.
La N-VA contre le VB
Dans le nord du pays, le Vlaams Belang (VB) sera le seul
parti d'extrême droite présent partout. A une seule exception
: dans la circonscription de Louvain (Brabant flamand), une liste
concurrente, la liste «Vrijheid» proposée par le
Nieuwe Partij-Fervent nationaal, tentera une nouvelle fois de lui
prendre quelques voix. Cette présence ne représente
cependant aucun réel souci pour le parti nationaliste d’extrême
droite. Pour lui, le danger immédiat se trouve ailleurs. C’est
l’actuel dynamisme préélectoral de la Nieuw-Vlaamse
Alliantie (N-VA), la formation nationaliste démocratique, formée
en 2001 sur les ruines de feue la Volksunie (le premier parti nationaliste
important de l'Après-guerre), qui fait crainte à l’état-major
du VB la fin de son hégémonie totale sur l’électorat
radical.
En effet, à l’occasion des
élections de juin, la N-VA pourrait devenir le premier parti
en Flandre. Cette jeune formation politique conduite par la personnalité
la plus populaire dans cette partie de la Belgique, Bart De Wever,
capte désormais une partie sans cesse plus importante de l’électorat
«traditionnel» et «historique» du Vlaams Belang.
De 19 % à ... 10 %
Résultat : aujourd’hui, la N-VA est crédité
de 26 % des voix. Quant à lui, le parti nationaliste d’extrême
droite tomberait le 13 juin à… 10 %. Un tsunami politique
qui ravagerait plus de 30 ans d’activisme politique (le VB fut
fondé en 1978). Aux dernières élections législatives,
en 2007, le Vlaams Belang rassemblait encore autour de son sigle plus
de 19 % des votants. La dégringolade serait donc des plus dramatiques
pour le VB qui durant plus de trois décennies représentait
«LE» danger pour l’ensemble de la classe politique
néerlandophone.
L’«Après-13 juin»
pourrait sonner le chant du cygne du Vlaams Belang, par ailleurs déjà
ravagé de l’intérieur par des tensions entre ses
radicaux (sous la coupe de Filip Dewinter, le véritable chef
du parti) et ses pragmatiques (conduits par Franck Vanhecke, son ancien
président de 1996 à 2008). L’avenir - la survie
? - du parti se jouera à n’en pas douter le 13 juin prochain.

De gauche à droite : Filip Dewinter
(le véritable n°1 du Vlaams Belang), Karel Dillen (le fondateur
du parti en 1978 et son président jusqu'en 2006) et Gerolf
Annemans (le n°3 du VB), lors d'une manifestation nationaliste
à Bruxelles, en 1990, à l'époque où le
parti indépendantiste flamand dirigeait l'agenda de toute la
classe politique © Photo : Manuel Abramowicz
«Facho-francophones» : le cirque continue
Tous les courants de l'extrême droite belge francophone,
affaiblis par des années des guerres de clans permanentes,
se présenteront le 13 juin prochain : des nationaux-libéraux
aux nationalistes-«révolutionnaires» (néofascistes),
en passant par les partisans d'une Belgique unie et ceux revendiquant
une Wallonie forte... La balkanisation des «facho-francophones»
reste au programme. A l’occasion des élections qui viennent,
le «cirque politique» de l'extrême droite est à
nouveau en tournée...
En Wallonie et dans la circonscription
électorale de Bruxelles-Hal-Vilvoorde, trois «pôles»
représentatifs de l'utra droite radicale, xénophobe,
nationaliste (belgicaine ou régionaliste wallonne) et populiste
se disputeront, ici et là, l'électorat protestataire,
raciste, islamophobe, favorable à des solutions expéditives
pour régler les problèmes de société,
etc... Il y aura trois listes du «Front national» (n°7),
une seule liste du «FN+» et partout (Chambre et Sénat)
des listes de Wallonie d’Abord.
Guerres des Fronts
La liste «Front national» est un cartel électoral
formé de deux clans frontistes (celui du député
sortant Patrick Cocriamont et celui du sénateur sortant Michel
Delacroix, issus du FN unitaire qui implosa en 2007), du Front démocratique
belge (FDB), de la Fédération des nationalistes wallons
(FNW), de la Fédération des nationalistes populaires
bruxellois (FNPB) et du mouvement néofasciste Nation. Malgré
leur rassemblement sous le même logo, ils ont été
incapables de déposer des listes partout. Ce FN, sous le n°7,
ne sera présent que dans les circonscriptions électorales
de BHV, de Namur et du Hainaut.
Le «FN+» est la liste proposée
par le Front national-Nationaal front (FN-NF), l’association
fondatrice du FN belge en 1985. Il s’agit du «canal historique»
du parti d’extrême droite présidé jusqu’en
juin 2008 par Daniel Féret. Malgré le dynamisme de son
leader, le conseiller communal frontiste Salvatore Nicotra, et la
revendication de 300 membres, ce FN n’a réussi à
déposer qu’une seule liste, dans le Hainaut.
Pour sa part et à la différence
du «Front national» (liste n°7) et du «FN+»,
le mouvement Wallonie d’Abord (WdA), la troisième composante
de l’extrême droite francophone, sera présent sur
l'ensemble de la Wallonie et même à Bruxelles-Halle-Vilvoorde,
y compris pour le Sénat. Apparue aux élections régionales
de l’année dernière, WdA provient directement
de Force Nationale (FNationale), une scission du Front national. Ses
principaux dirigeants et candidats sont issus des rangs frontistes.
Encouragés par des résultats relativement bons en 2009,
les scores des listes de Wallonie d’Abord pourront constituer
une surprise le 13 juin prochain. Si tel était le cas, il s’agirait
de la première dissidence du «mouvement frontiste»
qui pourrait réussir à long terme.

Juste avant le lancement de la campagne, les
parlementaires sortants frontistes, le sénateur Michel Delacroix
et le député Patrick Cocriamont ont signé l'acte
de protection du sigle «FN-Front national», comme le montre
cet extrait du Moniteur Belge du 12 mai dernier... avec l'appui de
Georges-Pierre Tonnelier, une personne qui affirme pourtant ne plus
faire partie de l'extrême droite. RésistanceS.be vient
de vous prouver que s'est pourtant toujours le cas. Pour agrandir
ce document CLIQUEZ SUR SON IMAGE © Doc. RésistanceS.be
Les enjeux
Ces élections représentent donc un enjeu majeur
pour les différents partis de l’extrême droite
de Belgique.
Pour le Vlaams Belang
- Il y joue sa place de leadership
de l’opposition nationaliste et identitaire. Place que le
Vlaams Belang détenait depuis la fin des années 1980.
- Le danger immédiat du parti
nationaliste d’extrême droite est clairement identifié
: il s’agit du flux électoral considérable que
reçoit actuellement la N-VA de Bart De Wever, le plus populaire
des politiciens du Nord du pays. Et dirigeant du futur éventuel
premier parti en Flandre !
- Provenant de l’aile droite
de la Volksunie (VU), le raz-de-marée programmé de
la N-VA serait une belle revanche des nationalistes démocrates
sur les plus fanatiques du mouvement flamand. En 2001, la VU avait
mis la clé sous le paillasson après des années
de pertes électorales en faveur du Vlaams Belang.
- En cas de raclée monumentale,
ce qui devrait être le cas selon un dernier sondage, avec
un maintien électoral à 10 % (contre plus de 19 %
en 2007), le Vlaams Belang pourrait voler en éclat.
- La majorité de ses élus
devront quitter les bancs du Parlement.
- Départ suivi d’une diminution
considérable de son financement public. Une amputation qui
le handicapera considérablement pour alimenter sa «machine
de guerre» politique en campagne permanente.
- N’ayant plus aucun espoir pour
impulser un changement interne et sans plus d’avenir politique,
les pragmatiques du parti néofasciste le quitteront pour
d’autres cieux : la N-VA, la Lijst Dedecker (LDD), le CD&V
(le parti démocrate-chrétien flamand) ou pour fonder
une nouvelle formation politique qui pourrait entrer ensuite dans
un cartel avec l'un de ces derniers.
- Contre vents et marées, les
purs et durs du VB tenteront de maintenir un cap pour éviter
de se «groupusculiser» et de sombrer.
- Par ces retombées post-électorales
: la Flandre de l’Après-13 juin pourrait être
débarrassée de la nocivité que représentait
jusqu’à récemment encore le Vlaams Belang.
Pour l’extrême droite francophone
A la différence du
Vlaams Belang, le Front national belge et ses multiples dissidents-concurrents
n’ont jamais été en grande forme. L’extrême
droite francophone est bien connue pour sa désunion légendaire,
son incompétence généralisée, son potentiel
militant bas et son incapacité de se structurer sous la forme
d’un véritable parti politique. Il n’y a que deux
périodes de son histoire - de 1989 à 1995 et de 2004
à 2007 - où le Front national a été capable
de véritablement s’organiser pour essayer de se construire
sur des bases solides qui lui auraient permis un développement
durable. Depuis, le «frontisme à la Belge», inspiré
par le FN français de Jean-Marie Le Pen, est totalement parti
en vrille. Face à cette situation :
- Les scores électoraux prévus
le 13 juin prochain pour les frontistes sont des plus mauvais.
- Ils confirmeront le «Waterloo
électoral» subi aux Régionales de 2009 quand
le Front national perdit l’ensemble de ses députés
régionaux wallons et bruxellois.
- Incapable de déposer une liste
pour le Sénat, le «Front national» (liste n°7)
n’a plus qu’une (mini) chance de pouvoir faire réélire
sa tête de liste dans la Hainaut, le député
fédéral sortant Patrick Cocriamont.
- Présente au Parlement fédéral
depuis les élections législatives de 1991, il y a
près de 20 ans déjà, l'extrême droite
francophone pourrait disparaître de l'hémicycle.
- Sans argent (dès lors qu’il
n’est plus représenté au Sénat et à
la Chambre, la dotation financière publique lui sera supprimée)
et sans élus, ce FN sera incapable de reprendre en main le
frontisme.
- De plus, si Patrick Cocriamont n’est
pas réélu, il ne sera plus le détenteur légal
du sigle «FN-Front national».
- C’est dès lors, le Front
national-Nationaal Front (FN-NF) de Salvatore Nicotra, président
de l’association officielle de la structure historique du
FN belge, qui redeviendra alors le propriétaire du sigle
qui permit de 1989 à 1995, puis de 2003 à 2007, l’obtention
de résultats électoraux importants.
- Bénéficiant d’un
nom de parti pouvant encore séduire, Salvatore Nicotra devra
cependant repartir de zéro pour reconstruire le Front national,
sans élus régionaux et fédéraux, sans
apports financiers.
- De son côté, le mouvement
Wallonie d’Abord, en cas d’augmentation des résultats
récoltés aux élections régionales de
2009, pourrait prendre la place laissée par le Front national
dans les circonscriptions où il est absent : dans la circonscription
de Liège et du Luxembourg, et tester sa popularité
possible sur l’ensemble de la Région wallonne et dans
la circonscription de BHV avec sa liste pour le Sénat (qui
sera la seule liste d’extrême droite en présence).
- De bons résultats pour Wallonie
d’Abord signifieraient un espoir pour ce mouvement de faire
élire des députés aux prochaines élections
régionales, voire même de nombreux conseillers communaux
aux élections communales à venir.
- Ce cas de figure dépendra
bien entendu de la capacité de Wallonie d’Abord de
se structurer et de recruter de nouveaux adhérents. En sera-t-il
capable ?
- Une chose est dorénavant sûre
: le développement possible de Wallonie d’Abord, au
même titre que celui du Parti populaire de Mickaël Modrikamen,
représentera un danger de premier ordre pour la survie de
l’extrême droite frontiste dans notre pays.
Manuel Abramowicz
RésistanceS.be dans le quotidien
L'ECHO... 
Ce vendredi 28 mai, Manuel Abramowicz, responsable
de la rédaction de RésistanceS.be a été
interviewé par le quotidien belge de politique et de finance
L'ECHO à propos de la situation de l'extrême droite à
la veille des prochaines élections législatives. Pour
lire l'article ci-dessus CLIQUEZ SUR L'IMAGE.
© RésistanceS.be – web-journal
de l'Observatoire belge de l'extrême droite – www.resistances.be
– info@resistances.be – Article mis en ligne le 28 mai
2010.
|

Un dossier de RésistanceS.be, l'Observatoire
belge de l'extrême droite, qui sera réactualisé
systématiquement jusqu'au bilan des élections législatives
du 13 juin 2010.
AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER
•
Percée
historique pour la N-VA, le Vlaams Belang sérieusement saigné
électoralement et le FN deviendrait extra-parlementaire...
(13/06/2010)
• Les enjeux de ces élections
pour le VB, le FN... : l’extrême droite survivra-t-elle
après le 13 juin ?
• Extrême
droite : qui sera présent aux législatives du 13 juin
• Évolution
électorale et rapport de force des partis d'extrême droite
en Belgique (depuis 1989)
A lire également
sur RésistanceS.be (service gratuit)
• L'extrême
droite belge francophone et les élections anticipées
• Le Front national belge va-t-il se
réunifier ?

Relire le dossier de RésistanceS.be sur les élections
régionales de 2009

Relire le dossier de RésistanceS.be sur les élections
législatives de 2007

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droite : ils se trompent de colère ! »
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asbl RésistanceS.be 2010
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