État
des lieux de l'Observatoire de l'extrême droite
L'extrême droite belge francophone et
les élections anticipées
Le Front national, divisé aujourd'hui en trois fractions,
ne devrait pas pouvoir réussir à se présenter
aux élections législatives anticipées de juin
prochain. Sauf si... État des lieux de RésistanceS.be.

Militants du Front national en 1999, à
l'époque où le parti d'extrême droite était
uni © Photo Télésambre.
Aux précédentes élections législatives,
le 10 juin 2007, le Front national (FN) était une formation
politique unie qui remporta un certain succès. Le FN y fit
élire son premier sénateur, l'avocat d'extrême
droite Michel Delacroix, et réélire dans le Hainaut
un député fédéral, Patrick Cocriamont.
Trois mois après ces élections, la formation frontiste,
suite à des conflits internes, se divisa en deux fractions
ennemies. La première se regroupa derrière le sénateur
Michel Delacroix et plusieurs députés régionaux
wallons. Cette fraction sera connue sous le nom de «FN rénové».
Le second clan restera regroupé autour du président-fondateur
du parti, le docteur Daniel Féret. Embourbé dans des
ennuis judiciaires, Féret laissera pour finir, en juin 2008,
la présidence de son Front à Patrick Cocriamont.
Depuis 2007, ces deux clans frontistes
revendiquent l'héritage du parti, sa propriété
légale et surtout sa dotation publique. En juin 2009, ils se
présenteront aux élections régionales. Le FN
rénové sous le nom de «Front national»,
le FN de Cocriamont sous le nom de «FN Plus» en Wallonie
et sur celui des «Forces nouvelles belges» (FNB) dans
la Région de Bruxelles-capitale (relire à ce sujet notre
article consacré aux résultats des élections
régionales de 2009 ).
Entre temps, les partisans de Daniel Féret avaient relancé
le Front national-Nationaal front (FN-NF), l'asbl fondatrice du parti
d'extrême droite. Avec un nouveau président, le jeune
conseiller communal Salvatore Nicotra. Ce qui donnera lieu à
la situation ubuesque suivante : après les Régionales
de 2009, il n'y aura plus deux FN, mais trois FN différents
!
La donne frontiste reste identique aujourd'hui,
à la veille des élections législatives anticipées
qui auront lieu en juin prochain. Et ces trois entités séparées
du Front national ambitionnent de toutes se présenter devant
les électeurs.
Pour pouvoir déposer une liste
pour le Sénat, ils vont devoir respectivement , sauf coup de
théâtre, rassembler plus de 5.000 signatures d'électeurs.
Pour la Chambre des représentants, il en faudra 400 pour les
circonscriptions de Liège et celle du Hainaut et 500 pour la
circonscription de BHV. Pour cette raison, le FN de Patrick Cocriamont
vient de mettre en ligne sur son site un formulaire, à télécharger,
pour récolter ces précieuses signatures. Formulaire
qui était par ailleurs impossible à ouvrir à
la date du 30 avril, prouvant une fois encore les incompétences
politiques comme techniques de ces frontistes...
Le «canal historique» présent ?
Dans un délai extrêmement court, la mission
de récolte de signatures est donc certainement vouée
à l'échec pour le FN de Cocriamont, comme d'ailleurs
pour celui de Michel Delacroix : leur base militante est squelettique.
Même si le Front national de Michel Delacroix (dit FN rénové)
s'est adjoint les services militants du mouvement Nation, par ailleurs
lui-même victime d'un reflux du nombre de ses militants, depuis
la mise en retraite du dirigeant-fondateur de ce petit groupe d'action
politique, formé en 1999 par des dissidents, des déçus
et des concurrents de l'époque du FN.
Du côté du Front national
«canal historique», celui présidé par le
conseiller communal Salvatore Nicotra avec l'aval du docteur Daniel
Féret des signatures auraient déjà été
récoltées en prévision d'élections anticipées
(un scénario connu depuis bien longtemps). Ce FN pourrait donc
éventuellement être présent dans certaines circonscriptions
électorales : dans le Hainaut, dans la province de Liège...
voir même dans celle de Bruxelles-Hal-Vilvoorde ! Encore faudrait-il
que ses signatures aient légalement été obtenues
sur les formulaires ad hoc, selon le code électoral. Tout dépendra
aussi du fait de savoir à qui appartient légalement
le signe «FN». Au FN de Nicotra (propriétaire de
l'asbl fondatrice) ou aux FN de Cocriamont et Delacroix (élus
en 2007 au niveau fédéral sous le sigle du FN) ? En
Flandre, les frontistes du «canal historique» comptent
par ailleurs déposer une liste dans la province du Limbourg,
grâce à la récupération de l'ancienne section
flamande du Front national, qui reste dans ses statuts un parti national.
Au niveau de la «force militante»,
c'est le Front «canal historique» qui serait le plus «peuplé»
(avec environ 300 membres cotisants) et le mieux structuré.
Récemment, la plupart des responsables de la Fédération
des nationalistes wallons (FNW) des ex-députés régionaux
frontistes Charles Petitjean et Charles Pire, provenant du FN de Michel
Delacroix et depuis juin 2009 associé au «parti»
de Patrick Cocriamont, auraient rejoint Salvatore Nicotra et son FN-NF.
Le président-fondateur du Front national
belge Daniel Féret et le sénateur frontiste Michel Delacroix.
En juin prochain, ce dernier ne sera certainement plus membre du Parlement.
Il devra le quitter par la petite porte, ainsi que son «homme
de main»...
Disparition de l'extrême droite ?
Quant au mouvement Wallonie d'abord, issu d'une scission
régionaliste du FN de 2004 ( ),
l'une de ses dirigeantes, Stéphanie Moriau, annonçait
sur Facebook le 23 avril dernier : «nous sommes prêts
à aller aux élections !». Apparue aux Régionales
de 2009, Wallonie d'abord avait provoqué une petite surprise
par des résultats honorables pour une formation marginale qui
se présentait pour la première fois à des élections.
Dans la province de Namur, son bastion, sa liste avait obtenu 1,53
%. Wallonie d'abord est toujours présidée par Francis
Detraux, ancien sénateur du Front national, avec l'appui d'autres
dissidents de ce parti d'extrême droite.
Dans les jours qui viennent, sera confirmée
la présence ou non, en juin prochain, de listes électorales
FN ou d'extrême droite sous un autre label (Wallonie d'abord,
Front des nationalistes belges-FNB...). Faute de signatures d'électeurs
en suffisance et sans la possibilité de bénéficier
de signatures de parlementaires d'autres partis politiques, l'extrême
droite francophone ne se retrouvera pas sur les bulletins de vote
en juin prochain.
Le Front national belge était
présent au Parlement fédéral depuis bientôt
vingt ans, avec l'élection aux législatives de 1991
de son premier député, feu Georges Matagne. En cas d'impossibilité
de présenter des listes électorales, sa représentation
dans nos parlements sera réduite à zéro. Aux
Régionales de juin 2009, aucun député FN ne fut
réélu. Seuls quelques conseillers communaux et provinciaux
représenteront encore, ici et là dans diverses communes
et provinces de Wallonie, l'extrême droite nationaliste belge
et wallonne.
Manuel Abramowicz
Un ancien
député FN en correctionnel
Mardi dernier, RésistanceS.be
a été informée du renvoi devant le tribunal
correctionnel de Jean-Pierre Borbouse. Il y sera jugé
pour coups et blessures envers son épouse, Annick C,
et pour des propos racistes. Député régional
du Front national de 2004 à 2009, il fut l'un des dirigeants
du «clan des réformateurs» de ce parti d'extrême
droite. Clan conduit par l'ex-député bruxellois
Patrick Sessler et le sénateur Michel Delacroix contre
Daniel Féret, le président-fondateur du FN.
Depuis la cuisante défaite
des frontistes aux élections régionales, en juin
2009, Jean-Pierre Borbouse, toujours membre du FN «rénové»,
faisait partie des partisans de la «réunification»
des clans frontistes. Il préconisait également
une alliance avec le mouvement Nation. C'est à Gilly,
dans la commune de Borbouse, que les derniers militants de Nation
se réuniront ce 1er mai à l'occasion de la Fête
du Travail.
RésistanceS.be
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© RésistanceS.be
– web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite
– www.resistances.be – info@resistances.be – Article
mis en ligne le 30 avril 2010.
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Le FN belge devrait disparaitre du Parlement en juin prochain...
Lire également sur RésistanceS.be
• Le Front national belge va-t-il se
réunifier ?



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