Radioscopie
«Wallonie d'abord !» , l'extrême
droite régionaliste
Récemment apparue dans le paysage politique, «Wallonie
d'abord !» est un mouvement provenant en droite ligne de l'extrême
droite. Ses dirigeants sont tous d'anciens membres de la direction
et d'ex-parlementaires du Front national de Daniel Féret. Depuis,
ils tentent de camoufler la véritable nature idéologique
de leur mouvement. Enquête de RésistanceS.be sur une
liste électorale qui sera présente le 7 juin prochain.

Affiches pour les élections européennes
du mois prochain de «Wallonie d'abord !», un nouveau mouvement
d'extrême droite © Photo Tractothèque (http://tractotheque.blogspot.com).
Les dirigeants de «Wallonie d'abord !» réfutent
toute appartenance à l'extrême droite. Et l'affirment
avec énergie. Notamment en téléphonant avec insistance
aux journalistes qui ont déjà parlé de cette
liste électorale qui se présentera pour la première
fois, le 7 juin prochain, aux élections européennes
et régionales en Wallonie. Ce scrutin sera un test pour ce
nouveau mouvement politique créé en 2008. En fait, celui-ci
n'est pas si neuf que cela.
Né de Force nationale
Effectivement, «Wallonie d'abord !» est le nouveau
nom de Force nationale. Cette dernière avait été
fondée en 2004, par des membres du Bloc national (une structure
qui n'existera que durant l'année 2004) et des dissidents du
Front national de Daniel Féret, dont Francis Detraux, sénateur
FN de 2003 à 2007, Jacqueline Merveille, une de ses anciennes
secrétaires générales, et Juan Lemmens, député
régional bruxellois du FN de 1995 à 1999. De 2004 à
2008, Force nationale fut actif et se présenta aux élections
communales et provinciales de 2006. Cette dissidence du FN féretiste
y obtint un conseiller communal et deux conseils provinciaux dans
le Brabant wallon.
L'objectif de Force nationale était de
remplacer le Front national. Constatant l'impossibilité de
concurrencer le FN d'origine avec une forme de parti politique lui
étant trop apparentée, les initiateurs de Force nationale
changèrent de stratégie en adoptant un tournant régionaliste
en général, wallingant en particulier. C'est ainsi que
l'année dernière est né le mouvement «Wallonie
d'abord !» autour de Juan Lemmens, Christian Haudegand, Jacqueline
Merveille et Francis Detraux (voir ci-dessous notre encadré
les concernant).
A l'époque déjà,
Force nationale, bien que ses liens avec le Front national étaient
évidents, tant sur la forme que sur le fond, tentait de se
faire passer pour un parti démocratique en affirmant, dans
ses écrits, respecter la Déclaration universelle des
Droits de l'Homme. Cependant, ni les dirigeants de Force nationale
à l'époque ni ceux de «Wallonie d'abord !»
aujourd'hui (qui sont grosso modo les mêmes) n'ont produit une
déclaration officielle informant qu'ils rompaient définitivement
avec l'extrême droite.

Photo extraite du «Bastion», le
journal du Front nouveau de Belgique (FNB), de gauche à droite
: Marguerite Bastien (présidente-fondatrice du FNB), Roger
Nols (qui venait d'adhérer au FNB) et Juan Lemmens, lors d'une
réunion de ce parti en novembre 1998 – Doc. : Archives
RIDAF.
Camouflage wallon
Les écrits politiques de «Wallonie d'abord !»
sont peu nombreux. A part une présence minimaliste sur Internet,
l'activité de ce mouvement semble fort limitée. Il ne
s'est pas doté d'un organe de presse, contrairement aux autres
partis et mouvements d'extrême droite, et son site Internet
ne présente qu'une home page, sans aucun document permettant
de prendre connaissance du programme réel et des orientations
idéologiques de ce mouvement. Malgré une expression
politique fort réduite depuis sa création en 2008, il
a néanmoins réussi à réunir plus de 5000
signatures pour pouvoir présenter une liste aux élections
européennes, et des milliers d'autres pour les élections
régionales. Il faut savoir qu'il est plus aisé de trouver
des signataires en Wallonie pour une liste de type régionaliste
et avec un nom pouvant séduire un électorat wallon que
pour le Front national, un parti diabolisé et dont la réputation
en matière de récolte de signatures est entachée
par des pratiques douteuses en la matière.
Dans la Région de Bruxelles-capitale,
«Wallonie d'abord !» avait le projet de déposer
dans un premier temps une liste au nom de « Bruxelles d'abord
». Mais, le mouvement n'a pas été capable de récolter
les 500 signatures de citoyens nécessaires pour pouvoir être
en lice le 7 juin prochain.
Son programme électoral est quant à
lui caractérisé par sa quasi inexistence. Seul son manifeste
de fondation peut aujourd'hui démontrer que «Wallonie
d'abord !» se singularise par une prose classique de l'extrême
droite contemporaine.
Extraits
du manifeste de fondation de «Wallonie d'abord !»
:
«Wallonie
d'abord !» est née de la constatation que les partis
politiques actuels ont conduit la Wallonie à la faillite
et sont incapables de résoudre les maux qui rongent la
Wallonie : chômage, immigration abusive, santé,
insécurité, etc…»
«La Wallonie
doit rester wallonne, belge et européenne. Elle n'a pas
vocation à accueillir des populations majoritairement
inassimilables qui posent de graves problèmes de cohabitation,
de sécurité et de coût social pour notre
communauté.»
«Nous
sommes fermement opposés à l'extension du droit
de vote aux résidents non-européens.»
«Nous
voulons que la Wallonie prenne ses distances avec une politique
de connivence envers les immigrés qui a montré
ses limites.»
«Pour
ramener la sécurité dans nos villes et communes,
il faudra appliquer une politique de tolérance zéro.
Cela veut dire réagir contre chaque forme de criminalité,
vandalisme ou délabrement».
|

Capture d'écran, le 11 mai 2009, du site de Christian Haudegand,
tête de liste de «Wallonie d'abord !» pour le Parlement
européen.
Un
autre lien direct qui permet de classer «Wallonie d'abord !»
à l'extrême droite est le modèle politique qu’elle
s’est choisi : Alsace d'abord. Le choix du nom, le logo et l'orientation
national-régionaliste de «Wallonie d'abord !» sont
en effet identiques à ceux d'Alsace d'abord. Il ne peut s'agir
de similitudes qui seraient le fruit du hasard.
Le modèle : Alsace d'abord !
Fondée en 1989, Alsace d'abord est alors dirigée
par Robert Spieler, un député du Front national français
qui fit dissidence. A la fin des années 1990, il recevra l'appui
de transfuges du Mouvement national républicain (MNR), le parti
d'extrême droite fondé par Bruno Mégret, l'ex-numéro
deux du FN de Jean-Marie Le Pen. Avec ses slogans radicaux anti-immigrés,
Alsace d'abord développe un nationalisme de type régionaliste,
dans le cadre d'une vocation européenne. Pour lui, «
menacée par l’immigration non européenne »,
l'identité alsacienne et française doivent entrer en
résistance. Pas étonnant alors qu'Alsace d'abord collabore,
depuis 2007, avec le Bloc identitaire, une organisation qui regroupe
les purs et durs du nationalisme en France. Revendiquant une Europe
des ethnies, ce mouvement alsacien est en très bons termes
avec le Vlaams Belang. Lors de la convention de ce dernier, organisée
au Parlement flamand le 25 avril dernier, pour présenter son
programme électoral pour les élections régionales
du 7 juin prochain, Christian Chaton, le vice-président et
conseiller général du Haut-Rhin d'Alsace d'abord, était
parmi les invités de marque venus de l'étranger pour
y assister. Jeune Alsace, l'organisation de jeunesse d'Alsace d'abord,
multiplie les contacts fraternels et politiques avec les Vlaams Belang
jongeren (VBJ).

Est-ce vraiment un hasard ? Le modèle
de «Wallonie d'abord !» est Alsace d'abord, un mouvement
national-régionaliste d'extrême droite lié au
Vlaams Belang. Sur notre illustration : affiches de ces deux mouvements
– Doc. : RésistanceS.
Malgré
ses liens directs avec l'extrême droite la plus illustrative,
«Wallonie d'abord !» a pour stratégie de se démarquer
de celle-ci et de se dissocier de l'image négative du Front
national. D'où proviennent pourtant tous ses dirigeants et
la plupart de ses candidats aux élections du mois prochain
!
«Wallonie d'abord !» tentera
de séduire un électorat sensible aux discours régionalistes
wallons, de droite comme de gauche. Discours récupérés,
depuis la disparition du Rassemblement wallon (le premier grand parti
régionaliste du sud du pays), par le Parti socialiste (notamment
avec l'adhésion dans les années 1980 de José
Happart) et le Parti réformateur libéral (avec son fondateur
Jean Gol, qui provenait du Rassemblement wallon). Le « wallingantisme
» a donc été depuis bien longtemps recyclé
dans des partis traditionnels. Quant à l'extrême droite,
qui malgré tout lança des initiatives pour susciter
un sursaut nationaliste wallon, l'échec fut finalement chaque
fois au rendez-vous. Ce fut le cas avec AGIR qui se présentait
comme un « front wallon » de 1989 à 1995 et avec
le Bloc wallon (issu d'une des branches d'AGIR et de dissidence du
FN) qui fit une expérience désastreuse aux élections
communales de 2000... avant de disparaitre définitivement de
la circulation politique. Sera-t-ce le cas de «Wallonie d'abord
!» le 7 juin prochain ?
Alexandre Vick
Portraits
Les candidats de
«Wallonie d'abord !» aux Européennes 2009
Le nouveau mouvement
politique «Wallonie d'abord !» présente,
pour les prochaines élections européennes, une
liste constituée de huit candidats effectifs. La plupart
d'entre eux proviennent en droite ligne de l'extrême droite
belge, en particulier de Force nationale, du Front national
et du Front nouveau de Belgique (FNB).
Juan Lemmens
: 3e candidat sur la liste européenne de «Wallonie
d'abord !»
Il peut être considéré comme l'éminence
grise de «Wallonie d'abord !», comme il l’était
déjà pour Force nationale. Issu des rangs de la
Nouvelle Droite intellectuelle, il était actif dans les
années 1980 à l'UDRT, un parti poujadiste qui eut
un certain succès électoral. Juan Lemmens rejoindra
ensuite le Front national de Daniel Féret. En 1995, il
sera élu pour son compte député régional
bruxellois. Ensuite, avant la fin de son mandat, en 1998, il passe
pour quelques mois au Front nouveau de Belgique (FNB), présidé
par Marguerite Bastien, députée fédérale
dissidente du FN. Avec un autre député bruxellois
sortant du FN, Emile Eloy, il met sur pied le Bloc nationaliste
francophone et présente une liste portant le nom de «
Bloc WL » aux élections régionales de 1999.
Son échec est cuisant : 0,19 %. Reprenant son courage à
deux mains, Juan Lemmens poursuit son projet de fonder une nouvelle
force politique alternative au FN belge. Aux élections
régionales de 2004, avec une poignée d'autres ex-frontistes
renforcés par de nouveaux militants nationalistes, Lemmens
propose aux électeurs un nouveau parti, le Bloc national.
Le nom comme le logo sont quasi identiques à ceux du parti
de Daniel Féret. Présent uniquement dans la circonscription
de Liège, son score sera marginal : 0,26 %. Quelques mois
plus tard, Lemmens participera à la création de
Force Nationale, en 2004, avec le sénateur du Front national,
Francis Detraux. S'octroyant le titre de secrétaire politique
du nouveau parti d'extrême droite, en octobre 2006, Lemmens
est élu conseiller provincial sur sa liste déposée
dans le Brabant wallon. Aux élections législatives
de 2007, Juan Lemmens menait la liste Force Nationale dans le
Hainaut. 
Comme les autres dirigeants de «Wallonie
d'abord !» , Juan Lemmens provient du Front national de
Daniel Féret. Extrait du tract bruxellois de ce parti
pour les élections communales de 1994 – Doc. :
Archives RIDAF.
Francis Detraux
: 7e candidat effectif et 1er candidat suppléant
de «Wallonie d'abord !»
Dans les années 1990-2000, il fut l'un des responsables
wallons du Front national (avec son épouse Jacqueline Merveille
: voir plus bas). Pendant un temps, Francis Detraux fut également
l'un des trésoriers du FN. Il fut quelques fois candidat
sur les listes du Front national, comme lors des élections
européennes de 1999 et de 2004. A plusieurs reprises élu,
il a représenté le Front national au Conseil provincial
de Namur (de 1994 à 2000), au Conseil communal de la ville
de Namur (entre 1999 et 2000) puis, premier candidat suppléant,
il remplacera la tête de liste, Audrey Rorive, au poste
de sénateur après les élections législatives
de 2003. C'est lors de son mandat comme sénateur que Francis
Detraux fit scission du Front national et participera en 2004
à la création de Force nationale. Il deviendra président
de ce nouveau parti. Comme sénateur sortant, il conduira,
aux élections législatives de 2007, la liste de
Force nationale déposée pour le Sénat. Aujourd'hui,
c'est à son domicile privé que se trouve le siège
officiel de «Wallonie d'abord !», qui était
également auparavant celui de Force nationale.
Jacqueline
Merveille : 2e de liste de «Wallonie d'abord !»
Cette ancienne proche et intime du docteur Daniel Féret,
le président-fondateur du Front national belge, fut l'une
de ses secrétaires générales les plus fidèles.
Durant de nombreuses années, Jacqueline Merveille fut la
responsable frontiste dans la province de Namur. En 1994, elle
est élue au conseil communal de la ville de Namur. A plusieurs
reprises, Merveille a été candidate sur des listes
électorales du FN. En 1999, elle était la première
candidate suppléante du FN pour les élections européennes.
Lors d'une réunion électorale de ce parti, elle
a déclaré, selon le quotidien Le Soir du 27 septembre
1994 : «les francs-maçons, c'est la haute finance,
le grand capital. Et je n'ose même pas dire ce qu'il y a
encore derrière !». Dissidente du Front national
en 2004, elle participe à la création de Force nationale
et est nommée présidente de sa fédération
wallonne. En 2007, elle conduira, dans la circonscription de Liège,
la liste de ce FN bis aux élections législatives.

Jacqueline Merveille (à l'extrême
droite), à la tribune d'un meeting du Front national
en 1999 à Charleroi, avec le député fédéral
Hugues Wailliez (issu de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie
X), le président du FN Daniel Féret et le député
régional Alain Sadaune. Ce dernier participa avec Jacqueline
Merveille à la création en 2004 de Force Nationale.
Christian
Haudegand : tête de liste de «Wallonie d'abord
!»
Ce curé dissident du Vatican milite à l'extrême
droite depuis les années 1980. Il a régulièrement
été candidat aux élections pour des partis
de cette mouvance : Parti pour la liberté du Citoyen (droite
nationaliste intégriste, ex-Parti libéral chrétien),
Front national (de 1994 à 2004) et Force nationale (3e
candidat aux élections législatives de 2007 dans
l'arrondissement de Liège). 
Christian Haudegand en 2004 devant le
drapeau du Front national.
Marie-Thérèse
Wynants : 4e candidate effective de «Wallonie d'abord
!»
Cette pensionnée bruxelloise de 74 ans était présente,
en 6e place, aux élections législatives de 2007
sur la liste déposée pour le Sénat par Force
nationale. Auparavant, elle avait déjà été
candidate en 1999. Cette année-là, elle figurait
en 15e place sur la liste déposée pour les élections
régionales bruxelloises par le Bloc WL, une dissidence
du Front national conduite par les députés frontistes
régionaux sortants Emile Eloy et Juan Lemmens.
Jean-Louis
Clooten : 5e candidat effectif de «Wallonie d'abord
!»
Lui aussi figurait en 2007, en 10e place, sur la liste sénatoriale
de Force nationale. Aux élections régionales de
1999, il figurait en 2e place sur la liste bruxelloise du Bloc
WL.
Evelyne Clooten
: 6e candidate effective de de «Wallonie d'abord !»
Aux élections de 2007, elle était également
candidate pour Force nationale. Comme Marie-Thérèse
Wynants, Jean-Louis Clooten et Juan Lemmens, Evelyne Clooten s'était
présentée aux élections régionales
bruxelloises de 1999 sur la liste dissidente frontiste Bloc WL.
Elle figurera en 3e position aux élections régionales
de 2004, dans la circonscription de Liège, sur la liste
du Bloc national, conduite par Juan Lemmens.
Seule la dernière candidate de «Wallonie d'abord
!», Arlette Cunin, se présente
à notre connaissance pour la première fois aux
élections.
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mis en ligne le 12 mai 2009.
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